‹ Histoire de la Cathédrale de Poitiers (volume 2)Chapitre 69 sur 98 · II · texte numérisé non relu

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justement blâmée. Nous allons voir dans ses notes sur Salnt*Pierre de Poitiers un mélange d'erreurs déjà accréditéesavant lui, une copie textuçUe des notions historiques données par les livres que nous venons de citer, et des preuves incontestables de cette rapidité d'observation qui donne des aperçus pour des certitudes, et des hérésies pour des vérités. On voit d'ailleurs à la description faite par notre membre de l'Institut que les antiquités chrétiennes lui étaient peu familières :

« L'entrée 'de la cathédrale est précédée d^une espèce de COUT pavée avec des dalles, dans laquelle il faut descendre six marches; son enceinte est formée par un mur à hauteur d*appui, dans lequel il y a trois ouvertures par lesquelles on entre dans ce porche. Il y a sur le mur , à chaque ouverture, une figure d'animal très-mutilée : c'est probable- , ment un lion. En face est le siège ou la chaire dans laquelle s'asseyait le catéchiste. » — L'érudition ici ne va pas loin , et la clarté du style est contestable. Un parvis diffère d'un porche , et l'espèce de cour avait un nom que l'antiquaire parisien devait savoir; et puis la chaire avait été destinée à bien d'autres qu'au catéchiste '. — « o» veut faire remonter la fondation de celte église au temps de saint Martial , époque où, elle fut détruite, en 1 021 • » — Qui veut cela? Qui jamais a voulu placer saint Martial au xi^ siècle? Où a-t-OD pu prendre une destruction de notre église si voisine de sa construction?... La Vie des saints et la Chronologie ecclésiastique étaient-elles donc si peu connues en 1811 ? — Poursuivons : « Ce fut Henri II qui la fit reconstruire, et elle n'a été achevée que 200 ans après, par le duc de Berry , en 1 379. » — On pourrait conclure de là

• F. notre ciiap. x de la 2* partie.

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que le Henri II dont on parle ici vivait en 1021 ; que dès ce temps l'édifice fut relevé par lui, et que de 1 021 à t379 il ne s'écoula que 200 ans , ce qui est difficile à croire. — « Le portail est moins remarquable que celui de Notre- Dame; » c'est l'avis du comte Orloff. — « Le vaisseau est vaste et d'une belle simplicité, » à la bonne heure, u mais sa hauteur n'est pas proportionnée à son étendue; » reproche peu réfléchi, redit à satiété par ceux qui ne savent pas comprendre que l'harmonie générale des parties et le genre d'architecture ne demandent que ce qui est. D'ailleurs peut-on accuser d'être basses des voûtes qui s'élèvent de 24 à 29 mètres au-dessus du pavé ? — <« Cette vaste église renfermait autrefois un riche trésor et plusieurs tombeaux » (encore le comte Orloff) ; — «il n'y a plus aujourd'hui qu'un seul monument :. c'est un bloc de marbre qui est près de la sacristie. L'inscription qu'on y lit est presque effacée ; » — assertion d'un antiquaire dont les yeux avaient souffert, et qui voyageait pour sa santé. Voilà donc la cathédrale telle que Millin Ta vue. Voici maintenant ses observations sur deux de nos plus remarquables peintures auxquelles nous avons consacré quelques pages :

(c Auprès de la sacristie est un tableau sur bois» avec cette inscription : dus de la vergne jussit, .état. lvi. On lit plus bas : De Lax (lisez de Jax) fecit 1 590. En haut, on voit la Trinité; à gauche, saint Grégoire, saint Augustin et saint Jean-Chrysostôme Tun au dessus de l'autre; à droite, saint Âmbroise, saint Jérôme et saint Cyrille. Tous étendent la main vers un prêtre qui célèbre la messe. La Vergne, qui a donné ce tableau, est à genoux sur les marches de l'autel. Entre la Trinité, qui est placée à la partie supérieure, et le célébrant, qui est dans

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la partie inférieure du tableau ^ le peintre a figuré r Adoration des mages , probablement pour ne pas perdre de place. y> Cette dernière idée est charmante. On voit que nous avons pris la liberté de n'être pa^ d'accord avec elle'.

ce Un autre tableau placé près de là représente la Résurrection de lésus-Christ , au milieu de$ quatre évangélistes* Le peintre y a encore placé une gunntité de saints, parmi lesquels on reconnaît saint Georges qui tue le dragon, et à droite saint Marlin qui coupe un pan de son habit pour le donner à un pauvre, o On voit avec quel bagage d'iconographie chrétienne et d'agiographie Miltin s'était hasardé dans son Voyage.

En fait, les véritables appréciateurs sont rares, et nous en savons peu qui aient parlé sciemment de cette pauvre cathédrale si maltraitée, on le voit, partant de voyageurs pressés et de savants mal instruits.

Telles sont les idées répandues jusqu'à présent, sauf deux ou trois exceptions qu'il faut citer. Dom Baunier, par exemple, en juge mieux; il parle en termes vrais et convenables de la grandeur spacieuse de l'église, de sa largeur, «qui n'a point de pareille; » il répèle la phrase consacrée que, « si son élévation répondait à sa longueur et à sa largeur, elle ne le céderait à aucune autre du royaume. » Mais voyez comme il faut toujours que l'homme paye son tribut à la faiblesse de sa nature!... II ajoute : « On n'y conserve plus de reliques qu'un ossement de saint Hilaire d'irles— (celui reçu en 1602 et 1606), — toutes celles qu'on possédait autrefois ayant été brûlées par les hérétiques •. »> C^est là une erreur que

« F. ci-dessDs , À* partie , ch. XVHL

■ Recueil historique des archevêchés et évêchés^ etc., l. i, p. <68, in-4".

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^ÔQlredisent assez tous les documents écrits que nous avons cités; après les dévastations -du wv siècle, de nombreuses reliques nous restèrent encore.

Mais on ignore peut-être une des gloires de notre cathédrale : c'est d'avoir eu son poëte. En 1774, le 30 juillet^ eut lieu, dans l'enceinte basilicale, le service de Louis XV. L'oraison funèbre y fut prononcée; un beau catafalque figurait au milieu de la nef médiane. Tout cet ensemble inspira un écolier de philosophie, qui se prit à décrire en patois poitevin, mesuré et rimé, les beautés architecturales et les détails de la cérémonie. Un berger des environs raconte ses impressiont de voyage en langage que tous nos lecteurs ne comprendront peutêtre pas sans l'avoir étudié, quoiqu'il ne soit pas l'idiome pur sang des villageois de notre province :

Je vis la calhédrale.

D'abord eo arrivant j'ou pris pour iu chàteas; Au Tiavait deux clochis rans coume nous tobneas. Ah ! qu'au lé ben conslruit ! ah I qu'où l'at de parade I Me disais-je à moi-même... Ah! que de festonnadel etc., etc. >.

On voit que le paysan du Poitou ne jugeait pas de la façade comme MM. Orloff et Millin. Quant au poëte, il devait plus tard abandonner la muse champêtre pour les harangues de l'orageuse convention. 11 devait laisser dans l'histoire des homrries célèbres un nom que la postérité a jugé déjà ; l'élève de philosophie était , vingt ans plus tard, le conventionnel Piorry.

Finissons par une citation que recommande une pensée

* S$cu$il poUecin, à la bibliothèque de Poitiers, in -4% n« 21.

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juste, et qui dénote un esprit observateur. Une jeune femme a fait un livre de peu d'éclat » mais qui , sous une forme simple, orné d'un style élégant et facile, révèle des instincts d'artistes, et découvre à son lecteur des apeUQus que beaucoup d'autres n'auraient pas soupçonnés. La jeune voyageuse malade qui va de la Loire aux Pyrénéen s'arrête à Poitiers, comme tant de touristes prétentieux, et quand elle parle, bientôt après , des beaux monuments qu'elle^a visités, elle dépeint ainsi le nôtre : « Imposant édifice aux grandes arcades, aux laides voûtes... Les connaisseurs le regardent comme un beau mélange de style lombard et de gothique. La hauteur et la largeur des ailes le font paraître plus vaste qu'il ne Test réellement, tandis que la plupart des églises go thiques offrent le défaut contraire'. » Ne sontrce pas là autant de vérités que personne avant elle n'avait encore dites , et qui rendent en peu de mots l'effet général qui Ta frappée? N'est-c^ pas le résumé de toute une histoire de notre magnifique monument? et n'est-il pas remarquable que le seul écrivain, peut-être, qui donne sur l'objet une opinion consciencieuse, motivée, et qu'il. s'est faite par lui-même, loin de trouver les voûtes trop basses , vante leur élévation comme un de ses mérites les plus frappants?...

Cette histoire finira ici. Nous terminons dans la mesure de nos forces une œuvre qui n'a pas été sans labeur , mais qui peut-être enfin ne sera pas sans quelque fruit. Entreprise sous l'influence d'une pensée religieuse , elle fut destinée à prouver le mérite de cette majestueuse enceinte , de cette masse si étonnemment solide et si

« De la Loire aux Pyrénées , in-8«. -r Lille , 4 840. P. 86 eH Or

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savamment combinée. Ne semble-t-il pas, en effet, qu'en sa présence, le nom de Dieu paraît plus grand, la religion plus auguste? Ce type de la basilique chrétienne est donc une preuve de plus en faveur de la religion : de là notre amour pour cette église, notre admiration, nos réflexions, nos études; de là pour nous le besoin de la décrire, de raconter les faits qui s'y rattachent, de communiquer aux esprits curieux de ces sortes de peintures et des récits qu'elles appellent, la connaissance, jusqu'à présent oubliée, de ces mille détails perdus sous des écritures muettes ou dispersées. Ce n'est donc pas là le simple ouvrage d'une stérile curiosité, ni Taliment d'esprits frivoles qui aiment à ne tirer aucunes conclusions de leurs lec* tures. On voit bien que ce nom d'église cathédrale est autre chose qu'un mot sans portée, puisqu'il spécialise Tart catholique dans ses types les plus expressifs, puisqu'il suscite toujours les glorieux souvenirs de ces coutumes antiques, de ces traditions vénérables du catholicisme, dont chacune a sa signification propre, et se lie aux vertus chrétiennes dans l'économie générale de la religion. On reconnaît que} pouvoir d'attraction amène et retient autour du siège cathédral les populations avides des vérités spirituelles , quel germe de civilisation fer* mente et pullule sous l'abri de cette puissance épiscopale qui a constitué le monde nouveau , assez ingrat aujourd'hui pour oublier ses saintes origines , assez fou pour rompre ses anciens pactes avec la foi ! Souvent, dans le cours de cette monographie, nous avons pu le constater : c'est de là , c'est de ce siège d'Hilaire , de Fortunat , de Pierre , de Cramaud , de la Rocheposày, que partit Tétincelle libératrice qui électrisa les âmes pour les choses du salut éternel et pour celles des plus grands mlérèfs

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de la terre. Que faudrait-il donc de plus aux peuples pour réveiller leur reconnaissance envers des institutions dont le fondement n^est point d'ici-bas , pour leur ouvrir encore une ère interminable de bien-être et dé gloire, s'ils voulaient comprendre où en est la source?;

Quand nous commençâmes à écrire nos preipières pages, les symptômes profonds du mal social qui tourmente l'Europe étaient encore presque inaperçus aux regards inexercés de la foule; un calme heureux, quelque trompeur qu'il fût, régnait sur la France avec une dynastie chancelante, que ses fautes trop volontaires .devaient exposer bientôt à de si tristes revers. Ces revers sont venus ; d'épais nuages ont obscurci encore les beaux jours de la patrie ; les guerres civiles ont éclaté , des armes fratricides ont lancé le désordre et la terreur dans les rues de nos grandes cités ensanglantées et démolies...; et, pendant ces déplorables secousses qui affligeaient notre cœur, et contre lesquelles un prêtresurtout a toujours l'asile de la prière et de la résignation , nous n'interrompions, dans notre cité, aux habitudes calmes et studieuses, ni le cours de nos recherches attrayantes, ni le nombre de ces pages où nous racontions la nuit ce que le jour nous avait appris. Souvent, il est vrai, quand nos yeux se rassasiaient des belles lignes de nos colonnes et de nos voûtes, quand ils cherchaient le secret de ces images mystérieuses que le symbolisme créa comme autant de leçons à peine comprises d'une génération attardée , nous nous sommes surpris , au bruit lointain de la foudre des batailles, dont le télégraphe nous rendait les sombres échos , à nous demander si ces murs vénérés ne tomberaient pas bientôt sous les coups insensés de quelques nouveaux barbares, triomphateurs aveugles, dont

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le but avoué est de tout détruire, et qui n'y pensent arriver que par l'oubli de Dieu qu'ils ont renié... Mais pourquoi désespérerions-nous? Au milieu môme de ces appréhensions si légitimes ^ la Providence, qui a des vues de douceur sur tant de natiom malades, mais guérUtables \ nous donne chaque jour des preuves miraculeuses d'une assistance qui, chez nous, devra tourner encore à sa gloire. Au travers de ces vapeurs empestées que le génie du mal accumule sur la terre, l'oeil de la foi n'apergoit-il pas cette main bénissante du Christ, élevée sur nous comme nous l'offrent, pleine de miséricorde et et d'amour, nos touchantes et naïves peintures du moyen âge? Oh! non, les temples chrétiens, tout rayonnants encore de la gloire de nos pères et des bontés de Dieu sur le pays des Grégoire , des Germain , de Clotilde et des Radégonde , ne joncheront pas de leurs débris le sol où pénétrèrent leurs fondements. Dans leur enceinte, des jours d'une foi plus vive, d'une prière plus ardente, d'une réconciliation plus générale entre Dieu et les âmes, ramèneront les intelligences, détrompées enfin des vaines promesses du rationalisme et delà matière... Redevenus fidèles après les tempêtes suscitées par leur infidélité , puissent alors les peuples s'éprendre encore des beautés majestueuses du culte, des fêtes que la religion fît pour eux ! Puissent-ils chercher un abri contre de nouveaux malheurs dans la prière versée au pied de l'autel oîi sont tant de consolations et d'espérances! Qu'ils accourent donc empressés aux solennités de la nouvelle Sion, soit que, pour le sacrifice immortel, elle convoque, au jour du repos consacré , tous ses enfants dans ce temple où s'im-

1 Sauabiles fecit omnes nalioues lerraruni. (Sap. 4,44.)

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mole la Victime du monde, soil qu'en ses plus célèbres anniversaires» elle les invite à suivre, dans les rues embellies de la cité , la marche triomphale de l'Homme- Dieu, ou à chanter sa victoire sur la mort, ou à s'élancer avec lui, par une rénovation spirituelle, vers les célestes régions qu'il leur a ouvertes ! Alors tout , dans Thomme et dans la société, aura repris c^tte vie nouvelle que l'Apôtre place en Jésus-Christ seul '• L'humanité relèvera sa tête humiliée sous le joug des fatales passions qui la dégradent; l'esprit, dominant la matière , et non plus dominé par elle , spiritualisera toutes les formes de l'art rendu à son institution véritable; et nul homme, élevé au-dessus des misérables sensations de la terre, instruit, au contact des événements nouveaux et d'un enseignement populaire , de ses hautes destinées et de 'la part qu'un Dieu a daigné lui faire dans son héritage, ne franchira plus le seuil de nos basiliques sans reconnaître qu'une main supérieure en inspira la saisissante ordonnance , et sans se dire, comme le patriarche d'autre fois : C'est vraiment ici que Dieu repose ; ici est vraiment parmi les hommes le lieu de son immortelle grandeur!

' Instaarare omnia in Ghristo. (Saint Pawl^ Épkés.^ i) 40. )

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