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CHAPITRE IV

MODiLLONS. — Origine des modillons. — Leur symbolisme générai, — leur belle exécution, -- leur nombre, — leur disposition générale. — Caractère uniforme des couronnes. — Rapports entre la Normandie et le Poitou. — Peinture physique du démon au xiii* siècle. — Inspiration de Dante.

L'architecture romane, à ses différentes périodes, n'a pas de caractères plus sensibles et plus distinctifs que les modillons ou corbeaux par lesquels on chercha dès les premiers temps à couvrir l'effet maussade des poutres qui soutenaient ses plafonds et ses entablements '. Après

* M. de Caumoni j Hist, sommaire de Varchîteclure au moyen âge ^ p A\ ,78, 79.

DE POITIERS. 2n

avoir sculpté ces extrémités visibles de la charpente, elle s'en fit un genre d'ornement qui ne fut plus que de convention , et là même où le bois devint inutile quand on n'employa plus que la pierre dans la construction des éjglises, elle suspendit ces figures sculptées, qui saillirent sur les murs pour supporter des corniches. L'Anjou , le Maine, le Poitou, les prodiguèrent; on y voit peu d'églises antérieures au gothique dont la façade, les ailes extérieures, et quelquefois aussi l'intérieur, ne présentent une série de sujets qui y complètent le système d'ornementation. Nous disons quelque fok^ parce qu'en général les nefs et le sanctuaire en sont dépourvus; on ne les retrouve guère en grand nombre que dans les édifices comme le nôtre, où les frais de telles décorations pouvaient se faire par les Chapitres ou les abbayes ^ C'était d'ailleurs un vaste champ pour le symbolisme, dont les mystérieuses pensées y répètent les traditions des sciences occultes , ou les épisodes de la légende , ou les sévères leçons de la vertu et des mœurs. Nous allons voir cx)mment ce triple caractère peut se dérouler ici . sous nos yeux. Avant tout, considérons le sujet plutôt dans ses rapports avec l'art que dans ceux qu'il peut avoir ^vec la pensée. Nulle part en Poitou nous ne rencontrons de plus jolie sculpture. Aux formes épaisses et souvent ^^\ déterminées des corbeaux martelés à la hâte dans ï^os églises des x^ et xi* siècles , et même dans celles que vit naître la première partie du xir , nous voyons succéder, vers la fin de celui-ci, et aussi au commencement du suivant, une touche pleine dévie qui annonce du savoir-faire, et rivalise parfois avec les magnifiques chapiteaux dont la végétation s'épanouit ici de toutes partsl H est vrai que les artistes travaillaient pour une cathé-

drale; ils durent imprimer à leurs miniatures de pierre une perfection relative, et^ quoique souvent il y ait sans doute beaucoup à redire quand on veut analyser en puri ste, on ne peut trop s'étonner de voir la figure humaine , les poses les plus difficiles, les costumes, les armes , les instruments, rendus avec une rare expression ^ et plai re^ sinon toujours par ]a beauté du type choisi^ du moins parla savante habileté qui l'exécuta.

Avant que la tribune de l'orgue vînt masquer les murailles occidentales de l'église, et le plâtre voiler le fond des absidioles , rien ne coupait cette vaste ligne de reliefs historiés, et le nombre des modillons s'élevait à près de trois cent vingt, si Ton compte parmi eux tous les ctiapiteaux de ces petites colonnes qui, séparant les arcades bouchées des murs latéraux, s'élèvent jus<i «'à l'entablement qui supporte la galerie, et semblent jeter à dessein, au milieu de tant de têtes bizarres, de gï'acieux feuillages que l'œil y retrouve avec plaisir. SomM^ toute, ces divers sujets portent jusqu'à deux cent soixante-sept le nombre réel des corbeaux; ils s^tf divisés exactement par treize dans chaque trav^ (F. pi. VIL ) Les croisillons n'en interrompent point* suite, et ils s'y promènent en suivant leur contour, notre travail ne serait pas complet, si nous ne donnî^ de ces intéressantes moulures qu'une idée généra L'histoire de l'art ne peut d'ailleurs rester étrangère l'analyse de ces détails si variés. Ainsi nous décrira avec soin chacun d'eux; nous dirons , en nous appuy des livres saints et d'autres autorités compétentes , qu^ pensée instructive il faut, selon nous, attacher à le expressions diverses, invitant le lecteur qui veut c prendre notre basilique à nous suivre dans un voj

autourdece monde merveilleux. Notre planche VIII* nous servira de carte routière.

Commençons par la nef septentrionale, dont nous allons suivre toutes les travées. Chacune d'elles, à une oii deux exceptions près que nous expliquerons, est ornée, comme nous l'avons dit, de treize corbeaux, dont quelques-uns sont de simples chapiteaux surmontant les quatre petites colonnes distribuées entre les arcades. Beaucoup d'entre eux, de forme conique, offrent à la fois et leur feuillage et un sujet qui s'y mêle. Tous les modiltons se mesurent sur une échelle exacte de 33 cent, en hauteur et de 15 en largeur. On voit bien que cet espace rétréci a souvent gêné Farliste; aussi faut-il attribuer à celte cause le rabougrissement de la plupart de ses personnages et leurs postures souvent bizarres. C'est aussi ce qui l'a forcé maintes fois de dépasser les bornes de son champ, en étendant hors d'un chapiteau ou de la pierre historiée les jambes, les bras ou les armes de ses acteurs , ce qui n'en rend le caractère que plus original.

PREMIÈRE TRAVÉE SEPTENTRIONALE (à çauche , m mirant par le portail de la Vierge).

Cette travée ne présente plus que onze modillons, les ^eux premiers se trouvant engagés dans la construction ^e la tribune \

^'*. — Un ange assis, les ailes déployées, les mains

^ Dans cette revue, nous avons cru devoir commencer par le bas de

'église, en visitant de gauche à droite, comme on fait pour les livres

^'^Qe bibliothèque. Cette méthode semble d'autant plus naturelle, qu'elle

. '"^^ jusqu'au dernier modiUon de la nef opposée sans obliger le tou-

^ùte à revenir sur ses pas .

sur ses genoux , dans une attilude calme et rîanle. Aru semper vident façiem pcUris mei. ( Malth. , xviii, 10.)

2*. —Chapiteau à feuilles d'acanthe galbées : ce cai tère reviendra souvent; il règne à la fin du xir %\i en Poitou et en Normandie, et se perpétue jusqu'à la delà deuxième partie du xiii*.

3^ — Hibou à tête humaine couronnée , tenant d ses serres un objet fruste. Sa queue, terminée par i touffe de poil, se relève par-dessus ses ailes fermées niveau de son cou. —Des traits repoussants, la pi qu'il retient en font le type d'une mauvaise nati C'est un de ces oiseaux qui dévorent dans l'Apocaly les chairs des pécheurs. — Ave$ saturaiœ sunt de mm' eoTum. (Apec, xix , 21 . )

Il faut remarquer qu'en général les couronnes soni peu variées ; elles se présentent le plus souvent sou forme d'une toque aplatie entourée, près dn front, d rang de perles ou de pointes. Nous ne trouvons à auci les attributs que leur ont donnés depuis les conventi héraldiques.

4^ — Homme vêtu d'une chlamyde, un genou en tei tenant une espèce de hallebarde à fer recourbé.— 1 mutilée \ '

5*. —Chapiteau à feuilles d'eau recourbées en cros une des moulures les plus fréquentes auxii® siècle.

6*. — Homme embusqué dont la tête, dans toute partie inférieure , est un énorme bec d'oiseau de pr Ses yeux sont larges et saillants. l\ tient de la n

* Les sujets trouqués ne peuvent devenir l'objet d'une interpréu qui , devenant nécessairement conjecturale , pourrait être raisom iwm< contestée.

droile une hache d'armes; ses pieds n'onlque trois doigts, ongles et d'égale longueur. .— C'est quelqu'un de ces persécuteurs de l'Eglise, vautours qui en ravissaient les biens et furent anathématisés par plusieurs conciles de Poitiers '.

7*. — Une femme du peuple grossièrement vêtue , à figure commune , lient debout devant elle par-dessous les bras un enfant qu'elle exerce à marcher. — Pensée des devoirs maternels. — Peut-être souvenir du psaume 130 : Skut ablaclalus est super matre sud , ità retributio in anima ma; ou bien souvenir aux pasteurs de la tendresse que Dieu leur recommande pour les peuples , quand il dit à Moïse : Porta eos in sinu tuo, sicut portare solet nutrix infantur km. (Num.xi, 12.)

8*. — Chapiteau à feuilles recourbées en volutes garnies à leur extrémité de fruits d'eau ou de pommes de pin. - xiif siècle.

9*.— Animal dont le corps écaillé était recourbé en ammonite. — Mutilé. — Projectus est draco ille tnagnus, Serpm antitjjuus. ( Apoc. xii , 9. )

10*. — Tète d'homme fort régulière, à cheveux courts. L'ensemble du modillon est très-endommagé.

M*. — Chapiteau mutilé.

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