CHAPITRE XIII
l'aumône générale, vulgairement dite la Pièce, distribuée aux pauvres de Rodez tous les jours du Carême, et en 1668 réunie à l'hôpital général (1). On lit dans le Fouillé des bénéfices du diocèse de Rodez, qu'en 1299, Bérenger d'Arpajon avait fondé une chapellenie à la cathédrale, et qu'il la dota de maisons et de jardins situés à la rue Neuve.
Chapelle de Saint- Laurent^ martyr. De toutes les chapelles de la cathédrale c'est peut-être la seule qui n'ait jamais changé de vocable. Dès le xiv« siècle, on la trouve dédiée, comme aujourd'hui, à l'illustre martyr saint Laurent. En 1411, Arquet de Larche, peintre-verrier, d'origine italienne, peignit les murs de cette chapelle et décora ses fenêtres de verrières. Ce travail lui fut payé 300 livres tournois. Nous voyons dans les comptes de la fabrique que ces mêmes verrières furent réparées par un aatre peintre du nom de Guillaume Albaret, en 1460(2).
Celte chapelle renferme deux tombeaux apparents. L'un, celui du côté gauche, a la forme d'un simple sarcophage en pierre sans aucun ornement, plus rétréci aux pieds qu'à la tête, muni d'un couvercle à deux pentes. Le sarcophage est élevé de plus d'un mètre au-dessus du niveau du sol. Il touche d'un côté à la muraille, et de l'autre il est soutenu par deux arcs trilobés qui s'appuient sur trois petits piliers espacés. Les arcs trilobés se répètent au-dessus du tombeau, et ils sont couronnés chacun par un fronton triangulaire découpé d'un quatrefeuille au centre, avec crochets sur les rampants et fleuron au sommet. L'ensemble de ce
(1) Archives de l'Avei/ron^ Fonds du chap. de Rode2. Titres eoncer-^ nant l'aumône générale dite la Pièce.
(2) Pour de plus amples détails sur Arquet de Larche et Guillaume Albaret, voyez plus loin nos documents sur les anciens artistes du Rouergue.
petit monument n'est pas dépourvu d'élégance. Comme il ne porte ni inscription ni armoiries, on ne sait à quel personnage l'attribuer. Le style de ses moulures annoncerait le xv^ siècle.
L'autre tombeau est placé contre le mur à droite de l'autel. Ses formes sont rectangulaires ; une épaisse table de pierre le recouvre. De cette table se détache en fort relief la statue couchée du défunt. Il est vêtu d'une aube ou tunique descendant jusqu'aux pieds. Par-dessus la tunique est un long manteau avec collet rabattu; une agrafe le rattache sur le devant. Les mains se croisent sur la poitrine ; la tête coiffée de l'aumusse repose sur un coussin; les pieds s'appuient sur un lion accroupi, ils sont chaussés avec des souliers très-pointus.
Quel est le personnage qui repose dans ce tombeau ? Ce ne peut être qu'un chanoine, l'aumusse l'indique assez; mais son nom est très-incertain. Suivant nos conjectures, il s'appelait Jean de Via, et il était fils de noble Pierre de Via, chevalier, seigneur de Yillemur et de la baronnie de Calvinet. Ces conjectures ne sont pas tout à fait gratuites : elles s'appuient sur le testament même de Jean de Via fait, le 22 août 1348, au château de Calvinet (Cantal). En voici les principales dispositions. Jean de Via dit : «Si je meurs après avoir pris l'habit canonial, si contwguat me mori ut canonicum et extando canonicum ecclesie kathedralis Béate Virginis Marie civitatis RuthenensiSf je veux que mon corps soit enterré à la chapelle Saint-Laurent de la cathédrale de Rodez. Si, au contraire, je meurs sans avoir pris l'habit canonial, je choisis ma sépulture dans le couvent des Frères Prêcheurs de Cahors, au tombeau de mon père. » Il fonde ensuite quatre cha-pellenies dotées de 15 livres tournois, à prendre sur les revenus patrimoniaux qu'il possède aux lieux de Rignac,