CHAPITRE XIV
Cène, et dans le haut la bénédiction des petits enfants par Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Chapelle de Notre-Dame des Indes. Pendant tout le moyen âge et jusqu'au xyii** siècle, cette chapelle a servi de trésor pour les reliques et les joyaux de l'église que l'on y conservait dans des armoires. Voilà pourquoi certains monuments l'appellent le trésor et encore le Saint- Soulier à cause de la fameuse relique de ce nom. Il y avait en même temps un autel dédié à sainte Marie-Madeleine, comme le prouve cet article d'un rituel du xiv« siècle : Item in festo Béate Marie Magdalene fiât processio cum capis ad altare suum in thesaurario et per ecclesiam et nihil portetur. Dans quelques actes anciens, par exemple, dans le testament de Raymond d'Aigrefeuille, elle est désignée sous le titre de chapelle de Pierrefort, sans doute parce que Aldebert de Pierrefort, Petraforti, chanoine ouvrier en 1320, en avait été le bienfaiteur et y était enseveli.
On y a aussi déposé le corps de Gaubert de Veyrac et d'Éblon de Saint-Exupère, son cousin, tous deux successivement archidiacres de Saint- Antonin, morts le premier en 1377 et le second en 1400.
Mais le mort le plus illustre qui repose sous les dalles de celte chapelle, c'est Raymond d'Aigrefeuille, évêque de Rodez. Son testament du 13 juillet 1361 porte qu'il veut être enseveli dans la chapelle dite de Pierrefort ; il ordonne qu'elle sera convenablement ornée et dédiée sous le vocable de Saint-Benoît. Il fonde deux chapellenies, et les dote de mille florins d'or. Parmi les objets précieux qu'il laisse à sa chapelle on remarque ceux-ci : un ciboire d'argent pour mettre les saintes hosties, un encensoir d'argent avec sa navette, deux reliquaires en forme de buste contenant les reliques des on^e mille
vierges et deux coussins : duo capita undecim millium virginum cura reliquiis que sunt intus et duo pulvinaria capelle. Il lègue au chapitre cent sols tournois de rente pour que la fête de saint Benoît soit élevée au rite double; aux Frères-Prêcheurs de Rodez, cinquante florins d'or pour la construction de leur église; à Faydit d'Aigrefeuille, son successeur, un beau missel enluminé, unum niissale pulchrum quod eciam perpci fecï et solemmter illu^ minari (1).
Le tombeau de Raymond d'Aigrefeuille se voit encore dans la chapelle de Notre-Dame des Indes ; il est de la même forme que celui de Gilbert de Cantobre. Une statue couchée au-dessus du cercueil, représente le défunt avec tous ses habits pontificaux, la mitre sur la tête et la crosse appuyée contre le bras gauche. La mitre est un peu plus haute que celle de Gilbert de Cantobre ; ses broderies sont très-fines et d'un dessin très-compliqué. Le devant du tombeau n'offre pour toute ornementation que quatre moulures circulaires dans lesquelles est inscrit un écusson aux armes du défunt. L'écusson est surmonté de la mitre et accompagné d'un trilobé. Les armoiries de Raymond d'Aigrefreuille sont très-dégradées et presqu'illisibles ; il portait : d'argent à trois étoiles d'or, deux et une, au chef de gueules à trois besanis d'or, un et deux.
De nos jours, cette chapelle avait repris son antique vocable de Sainte-Marie-Madeleine. Elle s'appelle maintenant Notre-Dame des Indes àtause du précieux tableau de ce nom, qu'on y plaça en 4853. Le tableau est une copie fidèle de l'image miraculeuse du Mexique dite la Madone de Guadalupe, objet d'un culte si extraordinaire
(1) Le testament de Raymond d'Aigrefenille est dans un registre des Arch. de l'Av., fonds de l'évêché de Rodez.