CHAPITRE XV
Nous sommes dans la chapelle préférée de M. le chanoine archiprêtre curé de la cathédrale. Celle haute faveur lui valut en 1851 tout un système nouveau d'ornementation quasi moyen âge. L'autel el le rétable en bois dans le style du xv^ siècle sont l'œuvre de feu M. Ribier, sculpteur de Rodez. Les vierges d'un type si vulgaire qui décorent les niches et les pignons ne doivent pas être du même artiste. Un peintre aveyronnais M. Castanier, a peint l'excellent tableau du milieu du rétable qui représente l'Invention du Rosaire. N'oublions pas le riche confessionnal gothique et le joli pavé mosaïque exécuté récemment sur les dessins de M. l'abbé Alibert, secrétaire de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron. Enfin, grâce aux libéralités de madame Manzon, née de Gatelan, la fenêtre a reçu un beau vitrail sorti de la manufacture de M. Thibaud, peintre verrier de Clermont-Ferrand. Il représente l'Institution du Saint-Rosaire. On voit au bas du vitrail les armes parlantes de Catelan : d'argent au chien (catellus) rampant de sable^ au chef de gueules chargé de trois étoiles d'or.
Sur le mur du fond, en contre-bas de la fenêtre, est appendu un petit tableau de Notre-Dame de la Salette. De nombreux ex-voto l'entourent. Deux lampes brûlent dans cette chapelle qu'on pourrait nommer la chapelle des Saintes-Vierges^ tant les images de Marie y sont multipliées. Les fidèles y prient avec ferveur.
Chapelle du jardin des Olives. Le rétable en pierre qui a donné son nom à la chapelle n'est pas un simple basrelief. L'artiste a voulu faire un drame et un tableau. Le fond très accidenté est en pierre blanche et poreuse semblable à du tuf. Dans l'angle sud on voit la porte bien maçonnée en plein-cintre du jardin de Gethsémani. Plus haut, sur une pointe de rocher, un château fort aux tours
crénelées figure Jérusalem dans le lointain. A Tangle opposé le Christ à genoux, les mains et les yeux levés au ciel. Au-dessus un ange, au lieu de le consoler et de le réconforter comme le voudrait le texte évangélique, semble porter la réponse inexorable de Dieu en lui présentant de la main droite une grande croix, deux clous et de l'autre la couronne d'épines. Dans le haut le Père éternel, mi-corps, avec chape, la tête décorée d'un nimbe crucifère, tient d'une main la boule du monde et de l'autre bénit. Quatre anges mi-corps, rangés en cercle autour du fils de Dieu, tiennent des banderolles relatives à l'agonie du Christ. La première dit : tristis est anima mea usque ad mortem.
La deuxième : Jésus cœpit pavere et tœdere.
La troisième : sudor ejus guttœ sanguinis decurrentis.
La quatrième : Factus in agonia prolixius orabat.
Un peu au-dessous du Christ, dans une anfracluosité de rocher, Pierre, Jacques et Jean dorment d'un profond sommeil. Les statues des apôtres et celles du Christ ne sont pas à dédaigner; il y a souplesse et facilité dans les poses et une expression calme et digne sur les figures. L'arcade qui entoure cette scène dramatique rappelle par son style le portail sud et le jubé ; elle est de la même époque (1460) et probablement du même artiste. Elle est en anse de panier ; au-dessus le tronton, en forme d'accolade, se termine par un panache pédicule. L'intrados de l'arcade est décoré de festons trilobés ; ils sont interrompus au sommet par un ange, qui tient un écusson marqué de trois figures posées 2 et 1 ; ces figures sont effacées , mais la trace indique trois fleurs de lys, l'écu de France sans le chef particulier de la maison d'Estaing (1).
(1) Pourquoi l'écu de France en cet endroit? je ne le sais pas bien. On
CHAPl'IRE XV.
La petite galerie qui règne au-dessus de l'arcade est formée de meneaux contournés en flamme. Il y a vingt-et-une niches et seulement seize statuettes de vingt centimètres environ de hauteur. La plupart sont très-dégradées et ne permettent que difficilement de deviner le sujet qu'on a voulu représenter. 11 semble que ces personnages divers, femmes, hommes, moines, guerriers, devaient porter chacun un des instruments de la Passion.
Dans ce rétable toutes les figures grandes et petites portent encore des traces de coloration. Au moyen âge comme dans l'antiquité, la peinture, la sculpture et la statuaire s'unissaient pour produire un grand effet décoratif.'
Chapelle de Notre- Dame-des-Sept- Douleurs ou du Saint- Sépulcre. Dans les titres anciens elle est souvent nommée la chapelle de Monsieur Roux.
Le chanoine Gaillard Roux, ami de François d'Estaing, la fit bâtir et décorer au commencement du xvi*' siècle. Ses armoiries se voient à la clef de voûte et ailleurs. Elles consistent en un rosier au naturel sous un chef à trois étoiles avec les initiales G. R.
Avant d'entrer dans la chapelle, arrêtons-nous pour étudier la charmante clôture qui la ferme. Elle est en pierre calcaire, exécutée avec une finesse et une richesse de détails prodigieuse. Pas un pilier dont la surface ne soit sculptée et comme ciselée, pas d'arc qui ne soit festonné. L'entablement de la clôture est couronné de festons
ne place en un lieu si honorable que le nom et les armoiries des bienfaiteurs signalés. En 1394 le chapitre s'oblige à faire dire chaque année une messe haute pour le repos de l'âme de Sa Majesté le roi de France, à cause de 200 livres de rente données par le roi Charles V en 1374. Arch. de l'Av.j chap. de Rodez. Registre, 186.
bien plantés et noblement galbés. Sur le soubassement on distingue le chiffre du fondateur de la chapelle, G. R., inscrit dans un losange , et celui de la très Sainte Vierge, petit A sur M {Ave Maria)^ dans un cercle entouré de rayons.
Le sujet si connu des Sibylles, ces prophétesses païennes, réelles ou imaginaires, est sculpté sur les piliers. Chaque statue possède sa niche, son piédestal en cul-de-lampe, et son dais pyramidal. Les culs-de-lampe et les dais sont couverts de sculptures. Le nombre des statues était de douze : il n'en reste plus que quatre et un Ecce Homo à l'intérieur de la chapelle. Toutes les niches de l'extérieur sont vides. Les quatre sibylles, hautes d'environ 70 centimètres, coquettement vêtues, sont : 1° La sibylle persique (de Perse). Une banderoUe porte son nom. Si. Persicn. Elle tient une lanterne à la main droite et foule aux pieds le serpent qui trompa Ève. 2° La sibylle Tiburline (de Tibur, Tivoli). Sur une banderolle on lit ces mots, Si. Tiburtina. Elle tient à la main comme un gant de chair, et prédit les soufflets donnés à Jésus pendant la Passion. Le gant de chair a disparu. Z° La sibylle Aspontienne (de l'Hellespont). Sur la banderolle sont gravés les mots Si, Ellespontina. Elle tient une croix, et prophétise le crucifiement. ¥ La sibylle Erithrée(de la mer Rouge). La banderolle dit : Si. Erithrea ; elle tient une rose blanche épanouie et un bouton d'une autre rose blanche. Elle prédit l'annonciation.
Quant aux sibylles qui remplissaient les niches vides, en voici l'énumération probable, fournie par une note du Manuel d'Iconographie chrétienne, par M. Didron : « 5° La sibylle Libyque (de Lybie). Elle tient un cierge allumé. Elle prédit la venue de Jésus-Christ comme