CHAPITRE XVI
Les consuls déclarèrent qu'ils ne demandaient pas d'absolution et en même temps Jouery vilipenda le sr d'Hersant, chanoine qui assistait l'évêque, et lui dit qu'il était homme de néant, méchant, sans honneur, vagabond et banny de son pays (1).
Le sr de Senezergue, grand archidiacre, demanda acte de l'insolence du dit Jouery pour en poursuivre la réparalion au nom du chapitre.
L'évêque affligé de ce spectacle, allait se retirer, lorsque le peuple se mit à genoux et lui demanda avec instance l'absolution pour les consuls. Les Pères jésuites et les autres religieux le prièrent de la leur donner etiam invitis. L'évêque le fit, voulant par ce moyen éviter un grand désordre et procurer cette consolation à tout le peuple, et s'en remettant au roi et à son conseil pour ramener les consuls à leur devoir.
Le procès-verbal de cette incroyable scène est signé par
(1) Calomnie atroce et ridicule. Est-ce que d'Hersant n'avait pas été pendant quatorze ans le secrétaire et l'ami intime de François de Corneillan ? Ge souvenir déplaisait au consul Jouery et voilà peut-être ce qu'il ne pouvait lui pardonner. Alors, comme plus tard, les Rulhénois n'étaient pas en très- bonne odeur auprès des secrétaires de l'évêchè. Écoutez ce qu'en disaient en 1682 Bry et Regnoust, dans une notice biographique sur l'évêque Gabriel de Paulmy : « Rodez passe pour une ville de grande dévotion et d'une vertu même sévère qui va jusqu'à la critique et au dénigrement. Sidoine Apollinaire dit : Trevidon calumniosis vicinum mmis heu jugum Ruthenis. Rodez vient, dit-on, de Rodere^ parce que comme il est écrit dans les Archives : Cives suos rodit , et guos rodere non potest, odit. — Il a fallu un miracle et une mort soudaine pour sauver la mémoire du grand D.nlmace de la critique d'un Transobalde. Saint Quintien fut obligé de déserter, aussi bien qu'un des MM. de Cardaillac, chancelier du duc d'Aquitaine, Et en dernier lieu MM, de Gorneillan avec toute la popularité dont ils faisaient profession, n'ont pu éviter la censure des gens de R(»dez. » Annuaire de l'AveyroHy pour 1857. — La fable du chancelier du duc d'Aquitaine a été victorieusement réfutée par M. Léon Lacabane dans la Bibliothèque de l'école des Chartes.
Bernardin de Corneillan, contresigné par son secrétaire, scellé de son sceau et signé par les chanoines du chapitre et autres notables personnes; en tout quarante signatures (1).
Tribune de pierre. Une vaste tribune en pierre est jetée sur la dernière chapelle au bas de la tour nord-ouest et sur la partie du Collatéral qui lui correspond. Elle se prolonge dans la nef centrale au moyen d'une galerie prise dans le mur-pignon et soutenue par un large encorbellement. La voûte très-surbaissée se compose de dalles portées sur des nerfs. Ces nervures forment des octogones réguliers qui en s'entrelaçant donnent naissance à des losanges. La balustrade nous offre de ces potelets de pierre faits au tour, très-caractéristiques du style de la Renaissance à la fin du xvi* siècle.
Celte tribune, véritable hors-d'œuvre un peu massif et presque inutile maintenant, était jadis destinée au clergé de la cathédrale qui venait s'y placer pour entendre les prédications. A l'ouest et au nord d'élégants culs de lampe indiquent la place des deux premiers dignitaires, l'évêque et le grand archidiacre. Ce devait être un beau spectacle, que de voir l'évêque, la mitre en tête et la crosse à la main, bénissant de ce point élevé le prédicateur et la foule pressée dans la nef.
Chapelle du Saint- Soulier. Sous la tribune de pierre, au bas du collatéral nord, il y avait anciennement un autel dédié à la sainte Vierge et qui portait aussi le nom des Saintes-Reliques ou du Saint-Soulier. Petit autel avec retable grec; on peut encore en voir les restes entre deux confessionnaux. En 1580 le pape Grégoire XIII honora cet
(1) Archives de l'Av.y fonds de l'évêché de Rodez Pièces détachées.