‹ Histoire de la Cathédrale de RodezChapitre 124 sur 152 · CHAPITRE XVJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVJ

être un peu plus à l'aise, ajouter au premier banc un second banc servant d'accoudoir; malheureusement ils le firent sans l'autorisation préalable des chanoines. De là vint toute une grosse querelle. On prétendait que le banc gênait, parce qu'il se trouvait dans l'endroit où se plaçaient les quatre chanoines chapiers, le sous-chantre et tout le corps de la musique. L'évêque Bernardin de Gorneillan, prenant, comme de raison, fait et cause pour les chanoines, envoya son aumônier aux consuls pour les prier de retirer l'accoudoir ; ils n'en firent rien.

En descendant de l'autel après Vintroït, l'évêque apercevant l'accoudoir à la même place les fit de nouveau prier de l'ôter; les consuls répondirent très-haut que l'évêque n'y avait aucun intérêt. Alors Bernardin de Corneillan revêtu de ses habits pontificaux se dirigea vers eux pour leur intimer le même ordre sous peine d'excommunication. Au lieu d'obéir, Jouery mit insolemment la main sur la chappe de Vévêque avec un grand effort qui fit crier tout haut à Vévêque : Eh quoy! vous mettez la main sur votre prélat, vous êtes excommuniés. Un murmure général s'éleva contre Jouery et la messe fut interrompue. Les consuls un peu confus se retirèrent après que Jouery eut rudement poussé le dit accoudoir contre l'évêque, et sans tadresse que mit ce dernier pour le tenir, il fût arrivé de l'inconvénient.

Le même jour de Noël, à deux heures de l'après-midi la ville députa vers l'évêque quelques notables bourgeois pour conférer avec lui sur le sujet de l'accoudoir. On leur fit voir l'incommodité qu'il portait à l'office divin et euxmêmes reconnurent que pendant qu'ils étaient en charge consulaire, ils n'avaient jamais usé d'un tel accoudoir. Ils apportèrent à leurs mandants la réponse qu'il n'y avait pan

apparence de pouvoir apposer tel accoudoir veu le désordre qui en arrive.

Malgré cette réponse, les consuls vinrent tumultueusement sur la fin des vêpres avec leur accoudoir. L*évêque marcha à leur rencontre, dans tous ses habits d'officiant, et il leur commanda de Tenlever sous peine d'excommunication. Ils répondirent avec arrogance qu'il n'en serait rien. Alors l'évêque leur déclara qu'attendu leur rébellion et contumace, ils étaient excommuniés de fait, et il ordonna que les vêpres qui avaient été interrompues seraient continuées autre part. Forcés encore une fois de battre en retraite, les consuls sortirent de l'église et on continua les vêpres.

Le lendemain 26 décembre, l'évêque envoya quérir le prieur des Dominicains, le gardien des Cordeliers avec un autre religieux du même ordre, le père recteur du collège et un autre jésuite et plusieurs autres théologiens pour conférer avec eux sur ce qui était arrivé la veille. Ils demeurèrent tous d'accord que les consuls avaient encouru les censures de l'Église et que le service divin ne pouvait être célébré en leur présence, et que s'ils demandaient l'absolution, l'évêque devait la leur donner. Mais au lieu de demander l'absolution, ils avaient appelé comme d'abus de la dite excommunication et signifié leur appel au curé de la cathédrale et à l'évêque.

Le 27, les supérieurs des couvents de Saint-Dominique et de Saint-François, des jésuites et des capucins et quelques autres notables bourgeois vinrent prier l'évêque de la part du peuple de vouloir absoudre les consuls qui, en effet, l'attendaient à la cathédrale dans la chapelle des Reliques. L'évêque s'y rendit avec la plupart des chanoines, et il y trouva les consuls avec une grande multitude de peuple.

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