CHAPITRE XIX
La ganle du trésor était confiée à trois prêtres hebdomadiers. Malgré leur vigilance, il y eut quelquefois des soustractions. En 1441, la veille du dimanche de Quasimodo, des voleurs dérobèrent les deux bustes renfermant les reliques des onze mille vierges, et une petite croix d'argent doré. Ils furent arrêtés à Avignon. Par acte du 27 juin de la même année, l'évêque et les chanoines nommèrent des procureurs pour aller recouvrer les objets volés.
Maintenant nous allons donner le texte complet et litléral des inventaires. Le latin en est si facile et si clair que nous n'avons pas cru devoir mettre une traduction en regard ; elle ferait double emploi, et allongerait inutilement notre travail. Quelques courtes notes suffiront pour éclaircir les passages et les mots trop obscurs.
Inveniarium capelle Sancti Sotularis(i). — 132^6
Anno Domini M° CCG° vicesimo secundo noverint uni-
versi quod die veneris post festum Resurrectlonis
Domini, discreti viri domini B. Ayni, Johannes de Bonavilla et Durandus Cornialhac ebdomadarii ecclesie Ruthenensis, in mei notarii publici et testimonio subscriptorum presenciâ recognoverunt et confessi fuerunt venerabilibus viris domino Amalrico de Landorra canonico et baiulo venerabilis capituli Ruthenensis ac domino Yzarno
(1) Le lieu où étaient déposés le trésor et les reliquaires s'appelait la chapelle du Saint-Soulier, à cause de la fameuse relique de ce nom. Pendant longtemps ce fut la même chose que la chapelle absidale de Nolre- Dame-des-Indes. Au xvii" siècle, il y eut un autel spécial pour le Sainl- Soulier, sous la tribune du fond de l'église.
de Cuzello canlori ecclesie Ruthensis, presentibus et dictam recognitionem per se et nomine dlcti capituli recipieritibus se habuisse et récépissé a dictis dominis canonicis nomine dicti capituli tradentibus ex causa custodie et coiiservationis reliquias et ornementa et bona dicte ecclesie infrascriptas et infrascripta, videlicet :
Majestatem majorem sive ymaginem Béate Marie dicte ecclesie munitam et ornatam mirifice gemmis et auro sine diminucione lapidum ac tribus garlandis aparatis argento et lapidibus preciosis in capite dicte Majestatis et cum unâ coronâ aparatâ lapidibus et argento in capite imaginis infantis dicte Majestatis (1).
Item quatuor lapides preciosos in quâdam pixide (2).
Item quatuor toalhas (3).
Item novem vela tam nova quam vetera.
Item Nostre Domine Sotular (4') cum ornamenlo §uo.
(1) Cette statue de la sainte Vierge si magnifiquement ornée d'or et de pierreries, jouait un grand rôle à la cathédrale. On ne la tirait du trésor que dans les principales fêtes ; le clergé en procession venait la prendre pour la porter sur l'autel majeur et il l'y rapportait de même après l'oifice. Nous aimons ce titre de Majesté que lui donne notre inventaire. C'était vraiment là la souveraine, et pour tout dire en un mot, la Notre- Dame de Rodez.
(2) Pixide de (Axis^ boite.
(3) Toalhas nappes d'autel, iobalea.
' ^) Le Saint-Soulier. Il existe encore. Il est en cuir noir doublé de cuir blanc. Le cuir principal paraît avoir été verni. La semelle est formée du même cuir que l'empeigne. La couture qui les réunit est pareille à celle d'un habit. Au-dessus du soulier, il y a une broderie de soie rouge, verte et blanche. La semelle ne porte aucune trace d'usure Le soulier était renfermé dans une boîte très-simple, de chêne, sans ornement, et, chose remarquable, sans serrure. Les sacristains racontent, qu'au jour de l'exposition, des personnes indiscrètes profitant d'un moment favorable, ouvraient la boîte, et coupaient un morceau de la sainte chaussure. 11 manque les trois quarts de la chaussure ancienne. Les dernières recoupes 9ont évidemment de date récente.