CHAPITRE IV
de la nef. Les documents contemporains sont loin de confirmer cette opinion. G. de la Tour, il est vrai, reprit les travaux abandonnés depuis quelque temps, mais il ne les mena pas très-loin. On ne peut lui attribuer d'une manière certaine qu'une ou deux travées du chœur, les deux avantdernières, nous en donnerons la preuve plus bas, et peutêtre aussi les murs du transept.
Si l'on nous objectait que les armoiries de cet évêque se trouvent cependant ii la clef de voûte de la première travée du bas-côté nord de la nef, nous répondrions que ces armoiries fournissent elles-mêmes la preuve que la travée n'a pas été bâtie sous l'épiscopat de Guillaume de la Tour. En effet, l'écu est surmonté d'une croix à double traverse. Or, d'après tous les auteurs anciens qui ont écrit sur l'art héraldique, le P. Menestrier, Baron, etc., la croix à double traverse était le privilège des primats , des patriarches et des légats. Guillaume de la Tour ne devint patriarche d'Antioche, qu'après s'être démis de l'évêché de Rodez, c'est-à-dire en 1457. Avant cette époque, les nombreux actes où son nom figure, ne lui donnent jamais que le titre d'évêque. Il faut donc en conclure que la travée en question est postérieure à 1457, et la présence des armoiries de Guillaume de la Tour indique qu'elle fut élevée non point sous son épiscopat , mais seulement avec l'argent qu'il avait fourni.
Et à ce propos, nous ferons remarquer que les nombreuses armoiries qui se voient tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'église , diffèrent beaucoup entr'elles par la signification. Celles de l'intérieur n'ont qu'une faible valeur chronologique ; elles indiquent plutôt aux frais de qui la partie de l'édifice qui les porte a été construite que l'époque de sa construction. Au contraire, les armoiries de Textérieur servent toujours et presque uniquement à fixer
l'époque de la construction. Cela est surtout vrai pour la dernière partie de la cathédrale. Là, sur les murs goutterots et à la façade occidentale, on voit s'échelonner les armoiries de Bertrand de Chalençon , du chapitre durant la vacance du siège, de François d'Estaing, du cardinal Georges d'Armagnac, de Jacques de Corneillan. Chacun a sa part de superficie sur laquelle il domine ; ils ne se font pas grâce d'une assise, d'une seule pierre.
Une autre observation intéressante, c'est que dans la partie de l'édifice qui remonte au xnF siècle, au dedans comme au dehors, les armoiries sont d'une rareté extrême. C'est à peine si l'on aperçoit un ou deux écussons dans les chapelles. Dans ce siècle pourtant les libéralités ne manquèrent pas en faveur de l'église. Mais les bienfaiteurs prenant au sérieux les conseils évangéliques, ne tenaient pas à se faire connaître. Plus tard, on ne trouve plus autant d'humilité dans la charité ; les écussons se multiplient aux clefs de voûte et sur les murs. Chacun veut avoir auprès de ses contemporains et de la postérité le mérite de ce qu'il donne, et la partie de l'édifice qu'il fait élever, si petite qu'elle soit, il la signe pour ainsi dire de son nom en y faisant graver ses armoiries. Au xvi^ siècle ce système est poussé si loin, que François d'Estaing est en quelque sorte obligé de se justifier d'avoir fait sculpter ses armes avec tant de profusion sur le clocher.
Si Guillaume de la Tour ne contribua que d'une manière peu sensible à l'avancement de la cathédrale, on lui doit en revanche plusieurs autres constructions importantes. Il fit bâtir en 1445 la grande tour de l'évêché jadis appelée la tour Corbière, où sont aujourd'hui déposées les archives historiques de l'Aveyron (1), en 1442 le château
(1) Dans le Registre des comptes de la cité de 1431-1432, folio xxv,