‹ Histoire de la Cathédrale de RodezChapitre 52 sur 152 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

pas néanmoins tout à fait perdu pour l'avancement des constructions. Le chapitre, à défaut de l'évêque, fit continuer les travaux, soit avec ses fonds particuliers, soit avec ceux de l'œuvre. Ce qui le prouve d'abord, c'est que les armoiries du chapitre se voient au nord et à l'ouest par-dessus celles de Bertrand deChalençon. Une autre preuve, c'est le traité (1) conclu avec Bernard Anthony, maître maçon, le 1" février 1503 (n. st.). Il porte que Bernard Anthony travaillera à la cathédrale pendant un an avec vingt ouvriers ou manœuvres, lui compris, et aussi le charretier cum aliis peyreriis et manoperis in numéro vigenti personarum existentibus ipso incluso necnon carratario. Son salaire et celui des autres ouvriers restent fixés au même chiffre qu'auparavant et c'est la Fabrique qui les paiera. Le chapitre, sur ses revenus propres, donnera trente pipes de vin, cent soixante setiers de seigle, dix seliers de froment et 180 livres tournois pro lo companatge (2).

Bernard Anthony, on s'en souvient, était maître et gouverneur de l'œuvre magister et gubernator edificii avant 1503, sous B. de Chalençon et sous B. de Polignac; il le fut encore après cette époque. Son nom paraît dans les comptes de la Fabrique de 1507-1508 et 1509-1510 avec un salaire de 50 livres tournois (3).

Il devait jouir d'une grande réputation d'habileté, car il fut appelé à Monde en 1508 par l'évêque François de la Rovère et par les chanoines pour donner son avis avec trois autres maçons, Antoine Maurin, Jacques Chasal et

(1) Voir Appendice, n» XII.

(2) Companatge du latin cum pane, ce qui se mange avec le pain. Mot du lexique populaire qui exprime l'accompagnement du pain, depuis le plus vulgaire des mets jusqu'au plus distingué ; c'est la pitance, la portion donnée à chaque repas.

(8) Voir Appendice, n° XIII.

Pierre Fay, sur l'emplacement du grand clocher qu'on se proposait de bâtir. Dans l'acte Bernard Anthony est qualifié mestre de V église de Rodez, (Note de M. André, archiviste de la Lozère.)

On le trouve mentionné pour la dernière fois avec la qualification de mestre de Vobra de Nostra Dama dans les comptes de la commune de la cité de Rodez de 15U (1)

Le chapitre fit donc travailler à la cathédrale durant la vacance du siège ; mais cette continuation fut lente et pénible à cause de la modicité des ressources. Aussi remarque-t-on en mesurant de l'œil sur la façade de l'ouest la courte distance qui sépare ses armoiries de celles de B. de Chalençon, que l'ouvrage n'était pas fort avancé. Il paraît même, que les travaux n'eurent lieu que sur les murs du nord et de l'ouest et non du côté du sud où il n'existe pas la moindre trace des armoiries capitulaires.

François d'Estaing, dès qu'il fut paisiblement assis sur le siège épiscopal, poursuivit l'entreprise avec plus de vigueur. De son temps comme toujours, la grande difficulté, c'était le manque défends. Ses inépuisables libéralités pourvurent à tout. Nous avons vu que le clocher avait été reconstruit entièrement à ses frais. Il contribua aussi d'une manière très-large à l'achèvement de la cathédrale. Ses armoiries paraissent à la clef de voûte des deux avant-dernières travées du bas-côté nord et à celle de la dernière chapelle du côté du sud. Nous en concluons que ces parties de l'édifice furent bâties de ses propres deniers.

La charité des fidèles avait été aussi de tout temps, pour

(1) Item a pagiiat a mestre Bernât Authôni mestre de l'obra de Nostra Dama per las causas contengudas en ung tradatis senhat dels cossols quinze sols set déniés, xv s. vu d. Comptes de la cité de 1510-1511.

Page 1