CHAPITRE VIII
la fabrique, une source abondante de revenus. François d'Estaing n'eut garde de l'oublier (1). Suivant l'exemple de ses prédécesseurs, il accorda de nombreux privilèges spirituels à ceux qui aideraient l'œuvre de leurs aumônes. Il s'adressa même au pape Léon X, ce grand ami des arts et des lettres auxvF siècle, et en obtint un bref d'indulgences pour le même objet. Ses biographes disent qu'il le fit publier en des termes si pleins de dévotion et de zèle, que pendant longtemps, il n'y eut personne à Rodez, jusqu'aux plus humbles artisans, qui mourut sans léguer quelque chose à la Fabrique.
Dieu bénissant d'une manière si éclatante le zèle et les eiïorts du pieux évêque, la construction marcha rapidement et François d'Estaing, avant sa mort, le l^"" novembre 1529, eut le bonheur de voir sa cathédrale presque terminée.
Entrons dans quelques détails sur ce point. La tour du nord-ouest était telle que nous la voyons aujourd'hui, et l'on peut affirmer que pas une pierre n'y a été ajoutée depuis François d'Estaing, car ses armoiries occupent la dernière assise au nord et à l'ouest. La tour du sud-ouesL avait atteint la même hauteur ; elle portait aussi sur sa façade méridionale les armes de François d'Estaing. Quant au mur-pignon qui joint les deux tours, il s elevait jusque par-dessus la grande rosace. Là encore, entre les lignes d'un petit fronton se détache en relief l'écusson aux armes d'Estaing surmonté de la crosse épiscopale et soutenu par
(1) Voir à l'Appendice, XIV, la carte de toutes les indulgence accordées à l'œuvre de la cathédrale, par divers papes ou légats et par les évêques de Rodez jusqu'à François d'Estaing. On les a réunies sur un petit carré de parchemin pour la commodité des prêtres et des fidèles. Le texte, rédigé dans la langue vulgaire du pays et écrit en minuscules gothiques, est signé par François d'Estaing. Son écriture cursive diffère beaucoup de celle du texte.
deux anges (1). La voûte des collatéraux et des chapelles était achevée. Nous croyons aussi que les quatre dernières travées de la nef étaient voûtées. Il ne restait à faire que les bahuts ou têtes de murs sur lesquels repose la charpente du grand comble. C'est sur ces bahuts et presqu'immédiatement sous la corniche qui les couronne, que Georges d'Armagnac, successeur de François d'Estaing, trouva moyen de placer ses armoiries (2). Certainement on les aurait sculptées plus bas si la chose avait été possible. Voilà une indication précise du point où la construction de l'édifice était arrivée lors de son avènement à l'épiscopat. Les armoiries de G. d'Armagnac se montrent encore avec les initiales de ses nom et prénom et la gerbe symbolique (3) sur les têtes des deux derniers contreforts du côté du sud. Ces pinacles
(1) La balustrade située un peu au-dessus de la rosace, bordant le chemin de ronde, présente les armoiries du chapitre deux fois répétées. Cela prouve qu'elle fut construite durant la courte vacance du siège épis copal, vers la fin de 1529 ou le commencement de 1530, entre la mort de François d'Estaing et l'arrivée de Georges d'Armagnac.
(2) Ces armoiries, sculptées en quatre endroits différents, deux au nord, deux au sud, sur une pierre calcaire très-friable, encastrée dans le mur, sont aujourd'hui presque illisibles. C'est à peine si on peut distinguer l'écu écartelé des d'Armagnac au l et 4 d'argent au lion de gueules et au i et d de gueules au léopard lionne' d'or. Les monstres servant de support à l'écu ont la tête et le corps de l'homme et la queue d'un poisson : ce sont des syrènes.
(3) « Le P. Beau, dont l'opinion fait autorité dans les questions de ce genre, nous donne l'explication de cette gerbe. Après avoir raconté comment le B. F. d'Estaing entourait ses armes du cordon de Saint- François, pour annoncer qu'il voulait être dans les chaînes et captif de J.-Ch., il dit que le secrétaire de Georges d'Armagnac, Guillaume Pliilandrier, imagina, pour enchérir sur le cordon, d'ajouter aux armes de son maître une gerbe liée et dressée avec ces mots, in flagella paratus^ comme pour lui faire dire : Je ne suis pas seulement lié et captif de J.-C, je suis encore prêt à recevoir les coups. Il semble, en effet, qu'il y a plus de dévouement et de mérite à présenter son corps au fouet du bourreau qu'à être simplement enchaîné. » Hist. de F. d'Estaing, par A. Bion de Marlavagne , ch. hon. de Rodez, p. 874.