CHAPITRE Vin
malencontreusement déplacée. La porte de la sacristie capitulaire date de la même époque et non de l'épiscopal de Georges d'Armagnac, comme on le croyait. Le jambage du côté gauche est marqué des lettres F. D. qui sont les initiales de François d'Estaing.
En 1562, Jean Salvanh bâlit le pignon occidental. Les pyramidions dont il est entouré offrent, par deux fois enchâssées dans les crochets, les armes de Jacques de Corneillan : Écartelé, au i et ^ à trois corneilles posées deux et une, au 2 et S à la croix fleuronnée. Ce sont les dernières armoiriès épiscopales à l'extérieur de la cathédrale. Quoiqu'elles soient très-visibles, personne encore n'en avait signalé l'existence.
Vers la même époque Jean Salvanh conçut un autre projet bien plus grandiose, celui de terminer la tour du sud-ouest dans le genre de la Renaissance. Peut-être comptait-il l'élever aussi haut que le clocher gothique de François d'Estaing. En tout cas, il voulait en faire un ouvrage merveilleux, et l'artiste par avance avait fait graver sur la façade méridionale cette inscription intraduisible à force d'être ambitieuse :
FACESSANT ^EGYPTIORUM INSANE PIRAMIDUM MOLES VALEANT ORBIS MIRACULA (1).
Quelques-uns ont cru voir là un défi insultant porté à
(1) Disparaissez pyramides d'Egypte, masses insensées : Honneur aux vraies merveilles du monde ! L'inscription qu'on lit sur l'autre côté de la tour paraît avoir pour but d'appeler l'admiration, non pas seulement sur une partie de la cathédrale, mais sur l'édifice tout entier. Elle est ainsi conçue : NOS AUGUSTI SANCT^ QU^ CONSACRAT LOCI SPEClEiVI MIREMUR. Cela veut dire sans doute : Admirons la beauté de l'auguste demeure consacrée à la sainte Vierge. L'adjectif féminin sanctœ ne peut s'accorder qu'avec le mot virgini. Ce mot a été omis par l'artiste involontairement ou a dessein. On sait d'ailleurs que la cathédrale est dédiée k la sainte Vierge.
l'art gothique, une entreprise inspirée par la jalousie et par la vanité. Ce n'est guère probable. Les deux arts n'étaient pas encore, tant s'en faut, aussi ennemis qu'ils le furent plus tard. D'ailleurs le clocher de François d'Estaing avait été bâti par Antoine Salvanh, c'était donc pour Jean Salvanh une gloire de famille. Toute son ambition pouvait être d'en faire un semblable, et il les confondait par avance tous les deux dans son admiration. Nous ne pouvons pas croire que l'inscription ait seulement en vue la tour projetée en style Renaissance; ce serait supposer trop d'orgueil et trop de folie dans la tête de notre architecte. Le P. Beau, Vie de F. d'Estaing^ 1656, p. 286, en parlant de la cathédrale s'exprime ainsi : a Néanmoins en tout ce que nous venons de dire, il n'y a rien de pareil à cet admirable ouvrage du clocher de la même église, qui passe encore à présent et à bon droit pour une des merveilles du monde. » Ces mots sont la traduction presque littérale de l'inscription. Les deux tours^, celle de François d'Estaing et celle du cardinal d'Armagnac, voilà donc les deux ouvrages que l'on voulait célébrer dans un langage si emphatique en les comparant aux pyramides d'Egypte.
Malheureusement le rêve de l'éminent artiste ne se réalisa pas. Les murs informes et les colonnes tronquées qui supportent la charpente de cette tour attestent que l'ouvrage fut abandonné presque aussitôt après avoir été commencé. Quel en fut le motif? On n'en peut guère assigner qu'un seul : l'absence du cardinal d'Armagnac devenu en 1562 archevêque de Toulouse. On sait que le cardinal d'Armagnac était riche et puissant (1); il aimait prodi-
(1) On en jugera par les honneurs et les bénéfices ecclésiastiques réunis sur sa tête. Il fut conseiller d'État, lieutenant pour le roi en Languedoc, ambassadeur à Venise et à Rome, cardinal en 1544, dom d'Au-