CHAPITRE VIÎI
ne furent donc construits qu'après la mort de François d'Estaing.
Antoine Salvanh qui avait dirigé les travaux de la cathédrale pendant l'épiscopat de François d'Estaing continue de les diriger sous Georges d'Armagnac. Son fds (1) Jean Salvanh lui succéda. Le plus ancien document où il figure avec le titre de maître de l'œuvre, date de 1557.
Jean Salvanh né, suivant nos conjectures, de 1515 à 1520, atteignait sa vingtième année vers 1535 ou 1540. Il se forma à la connaissance de son art, sans doute sous la direction de son père, à l'atelier bien plus qu'à l'école, suivant l'usage d'alors. Mais il n'est pas impossible, qu'il soit allé hors de Rodez, voire même hors du Rouergue, prendre les leçons de maîtres, sinon plus habiles, du moins plus versés dans les nouvelles théories architectoniques. C'était le temps de ce qu'on est convenu d'appeler la Renaissance et qui fut, en effet, comme l'a dit un illustre écrivain, la renaissance du paganisme dans les lettres et les arts. L'antiquité classique exerçait un prestige immense sur les esprits; on semblait avoir oublié les traditions nationales ; rien n'était beau que ce qui venait d'Italie. Les rois et les grands seigneurs secondaient ce mouvement en faisant bâtir leurs châteaux et leurs maisons de ville par des artistes italiens. Comment le jeune architecte rulhénois aurait-il pu résister à l'entraînement général ? Il y avait à Rodez un homme qui ne contribua pas médiocrement à le pousser dans cette voie ; c'est le fameux Guillaume Philandrier.
Guillaume Philandrier n'est pas rouerguat d'origine. Il était né à Chatillon- sur-Seine en 1503. Il vint à Rodez
(1) Jean Salvanh est fils d'Antoine Salvanh. Le nom patronymique est semblable. Il lui succède dans le même emploi. Dans les comptes on l'appelle Salvanh, Salvaing, Silvaing.
en 1530 avec Georges d* Armagnac qui le prit pour son lecteur ; il devint plus tard chanoine et archidiacre. Quand Georges d'Armagnac eut été transféré à l'archevêché de Toulouse, Philandrier allait le visiter souvent, et dom Vayssette l'historien du Languedoc rapporte même qu'il mourut dans le palais de son bienfaiteur. C'était un homme très-versé dans la connaissance des choses de l'antiquité, un véritable archéologue. Il s'était surtout adonné à l'étude de l'art antique ; il publia un commentaire sur Vitruve qu'il dédia à son Mécène (1). Georges d'Armagnac ayant été nommé ambassadeur à Venise en i5M et puis à Rome où le pape Paul lïl le créa cardinal, Guillaume Philandrier le suivit en Italie. La contemplation des modèles développa et mûrit le goût qu'il avait déjà acquis par l'étude. De retour à Rodez il exerça une grande influence sur les artistes du pays. On a dit que Guillaume Lissorgues, le brillant architecte des châteaux de Grave et de Bournazel, fut élève de Philandrier. Il n'y a rien là que de très-possible et même de très-probable. Mais ce doit être encore plus vrai pour Jean Salvanh qui habitait Rodez, qui avait des relations journalières avec lui, et qui était l'architecte ordinaire du cardinal d'Armagnac.
L'art de la Renaissance commence à la cathédrale avant Guillaume Philandrier. Il y en a un fort bel exemple dans la clôture du chœur, non achevée par suite de la mort de François d'Estaing (1er novembre 1529) et, de nos jours, si
(1) Voici le titre de cet ouvrage : Gulielmi Philandri Castilionii Gain civis Ro. imprimum lih. M. P'itruvii Pollionis de architectura annotationes. On lit à la fin du livre : Hœc Philander commeniabatur Romœ III calend. augusti M.D.XLI suadente impellente que et adjuvante Mœcenate suo Georgio Armeniaco Ruthenorum episcopo, tum regio ad Paulum III Pont. Max. legato. Une très-ancienne édition de ce livre est dans la bibliothèque publique de Rodez.