CHAPITRE VIII
qu'il employa (1). Jean Salvanh dirigeait les travaux. Un texte l'apolle surintendant des constructions de Gages (2). Dans un autre passage de 1561, il est qualifié urchitecteur, architecte (3). C'est la première fois que nous voyons paraître ce mot dans le Rouergue. Le moyen âge l'avait mis de côté; il fut, au xvi" siècle, renouvelé deô Grecs et des Romains. M. de Laborde pense qu'on le donna pour la première fois en 1541 à Sébastien Serlio, architecte du palais de Fontainebleau. Le Rouergue ne tarda pas à l'adopter. Ne pourrait- on pas en conclure que Jean Salvanh était en effet un architecte dans le sens qu'on donne aujourd'hui à ce mot, plus théoricien que praticien, dirigeant, fournissant les dessins, mais y mettant beaucoup moins les mains que ses prédécesseurs?
Jean Salvanh vécut encore longtemps. Le 8 février 1580, il traite avec Raymond de Frédand, chanoine et bayîe du chapitre pour voûter l'église de Castanet au prix de deux
(1) 1551. A Anthoine Vernhes dit Ortolès raasson, pour advance de prix fait avec lui sur la repparation de la tour Sainct Pierre à Gaige, xxx 1. — A Jean LeteuUier, de Sauveterre, pour sept milliers de bricques à massonner qu'il a faicts à Gaige, x 1. x s. — A Jehan Leroux, vitrier, pour les besoignes qu'il a faictes à Gaige, xxv 1. t. — A Guillaume Raynal. menuisier, pour avoir faicl troys portes de bois noyer au bas du donjon de Gaige, xiii 1. x s. — A M'' Bernard Galhar dict Rodelle, menuisier, en déduction du marché faict avec lui de faire et parfaire à ses despens XIII portes et autant de fenestres au dict château de Gaiges, xx 1. Ibid.
(2) 1562. A Jehan Salvaing surintendant des réparations de Gaige, la somme de six cents livres tournois, à plusieurs fois, comme Monseigneur de Roudez verra estre besoing pour les réparations du dict Gaige pour les quelles la dicte somme sera employée pour six moys à cornmancer au premier jour de novembre 1562. Ibid.
(3) novembre 1561. A W Jehan Silvaing, urchitecteur, la somme de mille livres tournois pour employer aux réparations du chasteau de Gaige suivant Testât faict par Monseigneur, et ce pour les moys de novembre, décembre, janvier, febvrier, mars, apvril, may, juing, juiHet et aoust dernier. Ibid.
cents livres (1), les charrois et les manœuvres demeurant à la charge des paroissiens. Le système de la voûte gothique n'est pas abandonné. L'architecte promet de volter la nef de la dite esglise et y faire troys croysiers et deux arcs doubleaux. Dans cet acte Jean Salvanh est qualifié maître de Vœuvre de Téglise de Notre-Dame. Il l'était donc encore et il le fut sans doute jusqu'à la fin de sa vie. Titre purement honorifique. Depuis que les grands travaux de la cathédrale étaient finis, on peut croire qu'il n'y avait pas de traitement pour le maître de l'œuvre, ou du moins que son traitement était peu élevé (2).
(1) Le même architecte est chargé de faire des réparations considérables à l'église de la Salvetat, unie comme celle de Castanet à la mense capitulaire. Arch. de l'Av.j fonds du chapitre de Rodez. Registre.
(2) En 1560-1561, je vois figurer parmi les consuls de la cité, Jean Salvarig mestre de l'obra de la cathédrale. C'est étonnant. Il fallait que ce fût un homme bien considéré puisqu'on a voulu l'élever jusqu'au consulat. M. H. Affre, Lettres sur Vhistoirede Rodez^ p. 151, cite en 1626 un sieur Antoine Boissonnade désigné dans quelques actes comme maistre masson de Vœuvre de Nostre-Dame de Roudès. Nous ne savons pas s'il faut voir là un dernier architecte de notre cathédrale. Au xvii' siècle le titre d'architecte était déjà fort usité et les constructeurs des grands édifices ne se faisaient pas faute de le prendre. Au moyen âge et au xvie siècle, l'architecte était non-seulement maistre masson mais maistre et cap de l'obra, c'est-à-dire maître et chef des bâtisses.