‹ Histoire de la Cathédrale de RodezChapitre 65 sur 152 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Narbonne. Ce sont en particulier ces trois cathédrales qui vont nous servir de terme de comparaison. Elles appartiennent à la même région monumentale que la cathédrale de Rodez. De plus, elles ont été construites à la fin du xiii« siècle, et, dit M. VioUet-Le-Duc, « sur des plans <( tellement identiques qu'il est difficile de ne pas voir (( dans ces trois monuments la main d'un même artiste. <( Peut-être, cependant, la cathédrale de Narbonne, tout « en appartenant à la même école que les deux autres, « fut élevée par un autre architecte. Mais quant aux ca- (( thédrales de Clermont et de Limoges, non-seulement « ce sont les mêmes plans, mais les mêmes profils, les « mêmes détails d'ornementation, le même système de

construction (1). » C'est déjà un point important que la date des trois cathédrales soit certaine, que M. VioUet- Le-Duc, en maints endroits de son livre les reconnaisse pour appartenir à l'école ogivale française, pour être des filles de la cathédrale d'Amiens^ l'église ogivale par excellence. Nous montrerons que la cathédrale de Rodez qui est leur contemporaine peut aussi se dire leur sœur, et qu'elle a surtout la plus grande analogie avec la cathédrale de Narbonne. Entrons dans l'examen analytique et détaillé de l'édifice.

Invocation et titre. La cathédrale de Rodez est dédiée à la très-sainte Vierge Marie. Ce vocable remonte à une époque fort reculée. En supposant, contrairement à la tradition, qu'on ne doive pas l'attribuer à saint Martial, il est du moins certain qu'il date au plus tard de l'épiscopat de saint Dalmas au vi® siècle.

La cathédrale de Clermont s'appelle Notre-Dame de Grâce. Je ne me souviens pas d'avoir jamais lu un titre

(1) Dictionnaire de l'architecture française^ t. H, p. 372.

semblable pour notre cathédrale. Santa Maria Rhuthenensis (1), Nostra Dona, Notre-Dame de Rodez, voilà les seuls noms qu'on lui donne suivant les temps et les idiomes.

Orientation. Notre cathédrale est parfaitement orientée. Le chevet regarde droit vers l'Orient, plus vers le lever équinoxial du soleil que vers le lever du solstice, comme le veut Durand de Mende, dans son Rational, liv. I, ch. i. En cela , du moins , les constructions du xiii^ siècle n'eurent pas besoin d'innover, car l'ancienne cathédrale était tournée comme la nouvelle. Aujourd'hui , tous , prêtres et architectes, semblent dédaigner cette vieille coutume (2) de l'orientation des églises; nos pères cependant y tenaient beaucoup. Dans le Rouergue, on trouve

(1) Voir dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. IV, 5« série, le Mémoire sur les e'vêques de Rodez, aux ix^, x^ et xiF siècles, par M. G. Desjardins, ancien archiviste de l'Aveyron, et particulièrement les Chartes formant les pièces justificatives,

(2) Vieille et bonne coutume, sans contredit. Les Constitutions du pape saint Clément, disciple de saint Pierre, lib. 11, c. lv et lxi, veulent que Téglise soit longue, en manière de navire et tournée vers l'Orient. Saint Clément d'Alexandrie, à la fin du siècle, remarque dans ses S tr orna tes que, si les chrétiens ont coutume de se tourner vers l'Orient, lorsqu'ils prient, ce n'est plus, comme les paiens, pour adorer le soleil, mais pour adorer Jésus-Christ , vrai soleil de justice et de vérité. C'est par des raisons de cette nature, toutes prises dans un symbolisme trèspur et très-élevé, que, Cornélius à Lapide {Trésors de cet auteur, t. III, p. 71 et 72), explique l'orientation prescrite par les Constitutions apostoliques. Les plus illustres écrivains ecclésiastiques rendent témoignage du prix que les premiers chrétiens attachaient à l'orientation des églises, et presque tous les auteurs liturgiques insistent sur son importance. Les Grecs et même les protestants la pratiquent encore. Une foule de significations mystiques des cérémonies de la consécration des églises et de la célébration de la sainte messe, reposent sur le principe de l'orientation. Aussi le Congrès de Ratisbonne en 1858, émettait, à l'unanimité, le vœu de voir à l'avenir les églises orientées conformément à l'antique tradition et à la symbolique chrétienne. Voy. sur ce sujet les excellents articles de l'abbé Ricard, dans la Revue de Part chrétien, 1858, et le livre intitulé ; Du symbolisme dans les églises du moyen âge.

( IIAPITRE X.

peu d'églises anciennes (1), voire de simples chapelles de dévotion bâties sur les rochers ou perdues au milieu des bois qui ne soient pas orientées. Les motifs symboliques influèrent sans doute sur cette direction. Les fidèles aimaient à prier les yeux tournés vers cet Orient qui fut le berceau du monde et où se sont accomplis les grands mystères de notre religion. Mais l'orientation peut avoir un autre genre d'utilité. L'aspect du soleil dardant ses chauds rayons, le matin et le soir, sur toute la longueur de l'édifice, est très-favorable à la conservation des bâtisses, et même, si les jours sont convenablement disposés, il contribue à la décoration intérieure. Qui ne sait, en eff'et, que les peintures, les sculptures et les plus simples détails architectoniques prennent un ton différent suivant qu'ils sont bien ou mal éclairés?

Plan par terre. La vue seule du plan que nous donnons ici suffirait déjà pour prouver que la cathédrale de Rodez appartient à la même école que les cathédrales de Clermont, de Limoges el de Narbonne (2). Elle ne se compose pas seulement d'une grande nef sans transept ni bas-côté, comme Sainte-Cécile d'Alby et dans le Rouergue, Notre-Dame de Villefranche, les églises de Belmont, de Villeneuve, la cathédrale de Vabre, etc., disposition commune dans le Midi, et qui est à certains égards une tradition romane ; elle a un chœur très-allongé, des bas-côtés, un transept et une nef.

Le chœur, sans compter les travées absidales, a dnq

(1 ) On rencontrera peut-être des exceptions à la règle sur l'orientation. Mais alors, surtout si l'église est d'origine ancienne, remarquez que la direction de l'édifice est toujours commandée par quelque nécessité locale.

(2) Le plan de ces trois dernières cathédrales se trouve dans l'ouvrage de M. Viollet-Le-Duc, t. II, p. 372, 373, 374. Il n'y a pas celui de la cathédrale de Rodez.

travées en ligne droite, deux de plus que les cathédrales de Clermont et de Limoges. L'avant-dernière est sensiblement plus étroite que les autres, La ligne terminale du chœur est à pans coupés. Il y a de larges bas-côtés et une belle couronne de cinq chapelles rayonnantes ; chapelles hautes, aussi hautes que les collatéraux, largement ouvertes, toutes égales en profondeur, polygonales non-seulement au chevet, mais le long du chœur, dans la partie qui date du xiiie siècle. Ce système polygonal sans raison d'être en ligne droite, gênant pour la construction, inusité dans les cathédrales du Nord et notamment à Amiens, à Beauvais, à Cologne, à Clermont et à Limoges est un trait frappant de ressemblance avec la cathédrale de Narbonne. En 1330, les dernières chapelles du chœur deviennent carrées, ainsi que plus tard les chapelles de la nef. Si l'on avait suivi jusqu'à la fin le système primitif, nous aurions une cathédrale semblable à celle de Narbonne. La forme carrée d'ailleurs plus facile à bâtir, permit à l'architecle de donner aux chapelles un peu plus de profondeur, mais dérangea la régularité du plan extérieur. Au lieu d'un parallélogramme on a une figure qui tient du cône, plus large en bas qu'au sommet.

Le transept n'a que cinq travées. Il ressort peu à l'extérieur et seulement par la saillie des contreforts (Clermont, Limoges). Il est placé à peu près au milieu de l'édifice, en ne comptant pas la travée des tours, qui forme une sorte di avant-nef , Cette dernière travée omise, le nombre cinq domine dans le plan de la cathédrale : il y a cinq chapelles absidales, cinq côtés à l'abside, cinq travées au chœur, cinq travées au transept, cinq travées à la nef.

Les deux tours qui encadrent la façade de l'ouest sont élevées sur un plan carré. Nous dirons plus tard pour-

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