RÉGIMENTS DE CHASSEURS
La création des chasseurs à cheval, ou dragons légers, est la caractéristique de cette réorganisation des troupes à cheval commencée en 1 762 et terminée en 1788. Elle est la conséquence des réflexions faites après les désastres éprouvés par nos armées pendant les campagnes contre l'Allemagne. Ces réflexions ont eu pour résultat, d'abord la réduction successive des régiments de cavalerie proprement dite , montée , armée et exercée exclusivement pour combattre en ligne, et l'augmentation des régiments destinés plus spécialement à éclairer la marche des armées et à faire autour d'elles la petite guerre, puis le partage des dragons en deux séries, dont les effectifs étaient proportionnés aux ressources du pays en chevaux de diverses tailles, enfin l'armement uniforme de toutes les troupes à cheval, sans autre différence que celle qui existe entre le mousqueton et la carabine, de manière que tous les régiments pussent, au besoin, se suppléer, et jouer le rôle III. 3
indiqué par les circonstances. A partir de 1788, les hussards n'avaient plus de raison d'être. C'était des chasseurs habillés d'une manière particulière. On les a conservés pour des motifs qui se comprennent, mais qu'il est difficile de justifier.
Parmi les douze régiments de chasseurs à cheval classés en 1788, les seuls dont nous ayons à nous occuper, les six premiers étaient des régiments de dragons transformés ; les six autres tiraient leur origine des légions mixtes organisées sous Louis XV. Leur histoire est donc plus longue que ne l'indique la daté de leur organisation officielle et définitive, et pour bien saisir la filiation de ces corps, il est nécessaire de rappeler en quelques mots la formation des légions mixtes et leurs transformations successives.
Ces corps étaient nés au contact des armées allemandes et de la nécessité d'éclairer les mouvements d'une armée qui avait été organisée pour servir en batailles rangées ou dans des sièges réguliers, et qui avait une inaptitude nationale à se garder.
Ces corps mixtes avaient rendu de très-grands services dans les guerres de 1741 et de 1756, mais la paix avait deux fois fait sentir tous les inconvénients résultant, non-seulement de la fantaisie qui les régissait, mais aussi du mélange des troupes à pied et des troupes à cheval, qui, souvent excellent en temps de guerre sous un chef
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habile et énergique, ne présente que des difficultés en temps de paix, au point de vue de l'administration, de la discipline et de Tinstruction. On aura beau faire, Tesprit d'un fantassin et Pesprit d'un cavalier contrasteront toujours. Dans un pareil mariage, ce sera toujours l'esprit du cavalier qui dominera; le fantassin souffrira dans son instruction, dans ses habitudes et même dans son amour-propre, sans que le cavalier y gagne ; au contraire. Ces inconvénients s'étaient déjà révélés avant la paix de Versailles. Aussi les ordonnances du 21 décembre 1762 et du i^'mars 1763 prescrivirent-elles un remaniement général de tous les corps francs et irréguliers, pour faire au moins disparaître les bizarreries et les anomalies, et organisèrent ces corps en six légions uniformes, comprenant chacune dix-sept compagnies, une de grenadiers, huit de fusiliers et huit de dragons. C'étaient : les légions de Conflans, Royale, de Flandre, de Hâinaut, de Clermont-prince et de Soubise.
En 1 766, la légion de Clermont-prince prend le titre de légion de Condé.
En 1767, les dragons de la légion de Conflatis sont transformés en hussards.
En 1768, la légion de Hainaut devient légion de Lorraine.
En 1769, une septième légion est formée sous le nom de légion Corse, et prend en 1776 le titre de légion du Dauphiné*
L'ordonnance du 25 mars 1776 dissout ces sept légions. Les compagnies de cavalerie de la légion de Conflans forment le régiment de hussards de ce nom, qui est devenu en 1788 le régiment de Saxe.
Les compagnies de dragons des six autres légions, au nombre de 48, sont transformées en 24 escadrons de chasseurs à cheval, qui sont attachés aux 24 régiments de dragons, dont ils.deviennent les cinquièmes escadrons.
Cette répartition fut effectuée de la manière suivante :
Colonel général a reçu le i«r escadron '
Mcstrc de camp général,
Royal,
Le Roi,
La Reine,
Le Dauphin,
Monsieur, '
Artois,
Orléans,
ler
(Chartres,
Condé,
Bourbon,
Conti,
1er
Penlhièvre,
oc
Boufflers,
Lorraine,
Montmorency,
icr
Angoulême,
Deux-Ponts,
Durfort,
Ségur,
Icr
Languedoc,
Noailles,
Schomberg,
de la légion royale.
de la légion de Flandre.
de la légion de Lorraine.
de la légion de Condé.
de la légion de Soubise.
de la légion de Dauphiné.
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Ainsi ces escadrons de chasseurs à cheval étaient placés dans les régiments de dragons par ordre d'ancienneté dans Tune et dans T autre série.
Trois ans plus tard, le 20 janvier 1779, ces escadrons sont 'retirés des régiments de dragons et forment, par leur réunion, six régiments de chasseurs à cheval de quatre escadrons chacun, et ces régiments reproduisent exactement les agrégations de cavalerie qui existaient dans les six légions mixtes supprimées en 1776. Les régiments nouveaux de chasseurs à cheval ne portèrent point de titres particuliers. Ils furent simplement numérotés de i à 6, mais ils auraient pu reprendre sans conteste les noms que portaient les légions dont ils étaient sortis. Peut-être en s'abstenant de leur restituer les anciens titres et en ayant recours au simple numérotage, mode de désignation jusque-là inusité, voulut-on éviter de paraître tendre à remettre les choses sur Pancien pied. On y re\int bientôt cependant, et l'ordonnance du 8 mai 1 784, sans reconstituer précisément les légions mbctes, organisa un système de troupes légères qui ressemblait beaucoup à l'ancien système de 1762.
Cette ordonnance créa six bataillons de chasseurs à pied, de quatre compagnies seulement chacun, et ces bataillons furent attachés aux six régiments de chasseurs à cheval. L'idée de faire
de la cavalerie des nouveaux corps mixtes . Pélément dominant et dirigeant est ici n^anifeste.
Ces nouveaux corps mixtes reçurent les titres de :
i^' chasseurs des Alpes, 2* chasseurs des Pyrénées, 3® chasseurs des Vosges^ 4® chasseurs des Cévennes, 5® chasseurs du Gévaudan, 6® chasseurs des Ardennes.
Cela dura quatre ans. Le 17 mars 1788, les chasseurs à pied et les chasseurs à cheval sont séparés et forment deux armes distinctes comme elles le sont encore aujourd'hui.
Le nombre des régiments de chasseurs à cheval fut porté à 1 2 par la transformation de 6 ré« giments de dragons. Ce sont les 12 régiments dont nous allons donner les notices, et qui reçurent à ce moment des désignations nouvelles, propres à les distinguer des bataillons de chasseurs à pied qui conservèrent les titres donnés CL-dessus.
Le gouvernement, ainsi qu'on Ta vu, est revenu, en 179 1, à ridée des légions mixtes, et un décret du 24 juin prescrivit de réunir, deux à deux, les bataillons de chasseurs à pied et d'attacher à chacun de ces groupes un régiment de chasseurs achevai. Ce décret ne semble pas avoir reçu son exécution. Les événements qui se près-
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sèrentet la guerre qui commença en avril 1792, changèrent le cours des idées, et pendant les nombreuses campagnes auxquelles ils prirent une si grande et si brillante part, les chasseurs à cheval prouvèrent que l'organisation de 1788 était bonne.
Leur vogue fut très-grande. On vit, au moment de leur organisation, des chefs de corps, pourvus de vieux régiments de cavalerie, solliciter le commandement des régiments de chasseurs. Dès le début de la guerre, la jeunesse ardente et patriote, sans arrière-pensée, s'y jeta en foule et donna, de suite, aux opérations, par son entrain et son audace, cette allure leste, entreprenante et soudaine qui déconcerta les méthodiques généraux de l'Allemagne, et nous assura les avantages de Tofifensive jusqu'au bout, du moins jusqu'à la grande folie de 1812.
On peut dire, sans faire de tort aux autres troupes, que l'esprit des chasseurs, des chasseurs à pied, devenus demi-brigades ou régiments d'infanterie légère, et des chasseurs à cheval, dont les régiments se multiplièrent bientôt jusqu'au nombre de 3o, a dominé toute cette glorieuse période de notre histoire militaire. Il suffit de parcourir les listes des chefs de brigade ou colonels de chasseurs à cheval, pour reconnaître dans quelle proportion considérable le corps a fourni des chefs illustres à l'armée.
Le règlement du i®*" octobre 1786 décrit ainsi la tenue des six régiments de chasseurs qui existaient à ce moment, tenue qui a été appliquée aux 6 régiments de dragons transformés en 1788, avec des couleurs de distinction dont il sera tenu compte.
« L'habillement des bas officiers et chasseurs sera composé d'un habit de drap vert foncé, doublé de serge ou de cadis de couleurs réglées pour chaque régiment -, d'une veste de drap vert foncé, et d'une culotte de drap vert semblable.
« L'habit et la veste seront, à l'exception que l'habit n'aura point de poches marquées en dessus, absolument semblables, quant à la forme et à la position des boutons, à ceux de l'infanterie. Les retroussis des habits seront garnis d'un cor de chasse en drap vert, et les épaulettes, qui seront garnies, entre le dessus et la doublure, d'une plaque de tôle à côtes, seront en laine blanche, losangées de la couleur de distinction.
« La culotte des chasseurs à cheval sera faite à la hongroise; les ouvertures, l'échancrure et les coutures de derrière seront garnies d'une ganse plate de laine, large de quatre lignes, et de la couleur de la culotte. . .
« Indépendamment des parties d'habillement ci-dessus, les bas officiers et chasseurs à cheval seront pourvus d'un surtout et d'un gilet de drap vert...
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« Le manteau pour les chasseurs à cheval sera de drap vert. . . Le devant ne sera point parementé.
« Les chasseurs porteront pour coiffure des chapeaux à visière, coupés ronds, de trois pouces six à huit lignes de profondeur de forme, et de quatre pouces six lignes de hauteur d'aile, relevés des deux côtés avec des ganses noires, qui s'attacheront à un bouton cousu sur le milieu de la forme. Ils seront bordés d'un bord de laine noire de neuf lignes de large, et garnis en temps de guerre d'une calotte de fer é vidée.
« Chaque compagnie de chasseurs... sera distinguée par une houppe de laine ronde et aplatie, de six lignes d'épaisseur et de vingt lignes de diamètre, qui sera portée au-dessus de la cocarde. Celle de la première compagnie sera écarlate ; celle de la seconde bleu céleste ; celle de la troisième rose, et celle de la quatrième, souci. (Pendant la fusion des chasseurs à pied et des chasseurs à che\'al, ces couleurs des houppes étaient pleines pour les chasseurs à pied, et mi-partie blanc pour les chasseurs à cheval.) Dans l'étatmajor, la houppe était blanche...
« Chaque bas officier et chasseur portera un bonnet de police, façonné à la dragonne,.... vert.
« Mêmes insignes de grade que dans la cavalerie et les dragons.
« Les trompettes porteront l'habit de drap ni. 3,
bleu, avec les revers, parements et doublures des couleurs déterminées, et les boutons réglés pour chaque régiment; les galons à la livrée du roi.., disposés comme dans la cavalerie et les dragons.
Rien à signaler dans la tenue des officiers, qui ne soit conforme avec ce qui est prescrit pour la cavalerie, sinon que les officiers auront leurs cheveux en queue et non en cadogan, que leurs cols seront d'étoffe noire, que les vestes et culottes d'été, au lieu d'être en basin blanc, seront de camelot vert, et que les bottes seront à la hongroise.
» Le sabre sera conforme à celui des dragons, ainsi que le ceinturon.
« La giberne et ses accessoires sera comme dans les hussards.
« Les porte-manteaux seront de tricot, dan»
les mêmes formes et proportions que ceux des hussards...
« La selle et tous les équipages qui en dépenr dent... seront façonnés à la hongroise...
« La schabraque sera de peau de mouton, garnie au pourtour d'une bande de tricot festonnée de la couleur distinctive... Celle des officiers sera en drap vert, garnie d'une bordure de drap festonnée de la couleur distinctive et de largeurs différentes pour chaque grade, comme il est réglé pour la cavalerie et les dragons.
« L'armement des chasseurs à cheval, outre le sabre, se compose d'une carabine et d'un seul
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pistolet, en opposition duquel ils porteront à Tar-
con une hache à marteau.
« Les banderoles de trompettes seront supprimées, et il ne sera plus fourni 4 l'avenir que des cordons garnis de glands. . . »
Voici les détails de distinction propres à cha-^ que régiment de chasseurs :