PREFACE
Je reviens, après une interruption de vingt ans, aux études délaissées en face des devoirs qui m^étaient imposés.
Les longues et difficiles recherches auxquelles j'ai donné une bonne partie de ma vie, pour arriver à débrouiller les origines , la filiation et Thistoirc des troupes françaises , me sont aujourd'hui doublement chères.
L'histoire des troupes à pied a sérieusement occupé les loisirs de ma jeunesse : celle des troupes à cheval me console en ce moment et m'aide à oublier.
Après les développements que j'ai donnés à rhistoire de l'ancienne infanterie, je serai plus bref pour la cavalerie.
Envisageant l'infanterie comme le tiers état de
l'armée, j'ai fait ressortir la constance et la pro- I. I
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gression du rôle qu'elle a joué. Je Tai prise avilie au X® siècle sous la prépondérance de la caste féodale; se réveillant au xii® siècle avec le tiers état par Talliance conclue entre le roi et les communes ; grandissant sous Louis XI de tout ce que perdait la chevalerie ; se faisant une large place dans le mouvement rénovateur du xvi'' siècFe; établie enfin à son rang par Richelieu et Louis XIV.
L'histoire de l'infanterie ainsi entendue est celle de l'armée elle-même.
Pour répondre à toutes les curiosités, il restait à entrer dans le détail des diverses organisations qui se sont succédé, et à écrire les monographies de chaque corps particulier. C'est ce que j'ai déjà fait pour les deux armes de l'infanterie et de l'artillerie qui étaient autrefois bizarrement confondues l'une dans l'autre. C'est ce qui me reste à faire pour les armes de la cavalerie et des dragons qui étaient non moins bizarrement séparées.
On s'étonnera peut-être de quelques-unes de mes appréciations sur les causes qui ont retardé si longtemps l'organisation régulière de la cavalerie. Ces causes étaient purement sociales; elles tenaient à des prétentions, des coutumes et des préjugés, dont très-peu d'hommes, au temps où
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ils agissaient, pouvaient ou voulaient mesurer* les fâcheuses conséquenœs. On est aujourd'hui désintéressé dans ces questions et Ton y voit plus clair. L'on m'a déjà reproché , et l'on pourra me reprocher encore, de m'être arrêté pour l'histoire des troupes au moment de la chute de la monarchie, et de m'être borné, pour les temps qui ont suivi, à fournir les indications qui permettent de rattacher les régiments actuels aux régiments d'autrefois. J'ai eu, pour en agir ainsi, beaucoup de motifs sérieux. Je puis me contenter d'en signaler un seul. C'est que l'objet que je m'étais proposé était exclusivement, comme l'indique le titre de mon premier ouvrage, de donner l'histoire des troupes de l'ancienne armée, c'est-à-dire la partie de notre histoire militaire pour laquelle les documents formels font défaut et qu'il n'était possible d'écrire qu'après avoir trouvé , analysé , rapproché et comparé, par les procédés de la critique, les renseignements épars dans une multitude de livres qui n'ont rien de spécial et dans lesquels ces renseignements se rencontrent par hasard , comme l'on rencontre dans certaines roches les moules des êtres organisa des vieilles époques géologiques. Ce travail était déjà bien lourd, et
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seul il était d^une utilité réelle , nos archives , à peu près complètes depuis la guerre de Sept ans , permettant de faire, sans préparation et avec tous les détails désirables, non-seulement l'histoire d'un corps moderne, mais celle de tout officier, et même souvent celle d'un simple soldat.
Un reproche mieux fondé me sera adressé, celui de ne pas traiter les notices des corps de la cavalerie avec l'ampleur que j'ai donnée aux notices des corps de l'infanterie. Je ne fais aucune difficulté d'en convenir et d'avouer les motifs de cette différence. Je ne suis plus dans l'âge où le temps n'est rien, où l'on entreprend un voyage autour du monde avec l'espoir de l'achever. J'ai préféré me restreindre, courir le risque de paraître incomplet, aride, mais assurer — c'est là toute mon ambition — la conservation des matériaux que j'ai réunis et qui pourront servir à d'autres. Cette ambition n'est pas sans mérite dans un temps où Ton brûle les bibliothèques, et où il s'en est fallu d'une demi-heure que les cendres des archives de la Guerre allassent se confondre dans un même nuage avec celles des archives de la Légion d'honneur et de la cour des Comptes.
Les notices, telles que je les donne, sont de
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simples esquisses, où les masses sont disposées à leur place, où les "traits essentiels sont accusés, où il ne reste plus qu'à rapporter les détails. J'espère qu'elles seront utiles à de jeunes camarades possédant ce que je n'ai plus , l'ardeur des belles années.
Le ministre, mes chers amis , vous invite avec raison à écrire l'histoire détaillée de vos régiments. Lisez : lisez beaucoup de vieux livres : ce sont les meilleurs ; et quand vous rencontrerez un fait intéressant le corps auquel vous appartenez, rapportez-le sur le canevas que je vous fournis, et vous arriverez facilement au but de votre entreprise.
23 Décembre 1872.
Gén'. SUSXNE.