CHAPITRE V
TRANSFORMATIONS POSTÉRIEURES A IjHc).
La loi du i®"" janvier 1791, qui régla à nouveau la composition de Parmée, fit perdre, du moins officiellement, aux régiments les noms et les titres SOUS lesquels ils avaient combattu jusque-là.- Le rang et le numéro. de beaucoup d'entre eux furent même changés, dans le but de faire disparaître toutes les traces.de Pancienne étiquette militaire et de placer les corps dans Tordre de leur véritable ancierineté. LMntention des législateurs était bonne, mais ils * n^avaient, pour établir ce nouveau numérotage, que des traditions vagues sur Torigine de ' la plupart des corps, quand cette origine remontait au delà du xviii^ siècle. Alors comme aujourd'hui, et probablement plusqu'âujourd'hui, les archives du département de la guerre ne renfermaient que peu de pièces, relatives à Torganisation des troupes pour les temps antc-. rieurs à Louis XV, et ces pièces' elles-mêmes ne fournissent le plus souvent que des motifs d'induction, des éléments de critique historique, ra- 1. 10
i82 Histoire de la Cavalerie.
renient des réponses directes. Aussi les auteurs de la loi de 1 79 1 ont-ils été quelquefois à côté de la vérité, et ont-ils soulevé des réclamations, qui se. sont, à la vérité, perdues dans la débâcle générale du pays.
Quoi qu'il en soit, voici le classement tel qu'il fut arrêté en 1 79 1 :
lerde carabiniers ) provenant du dédoublement des ca-
20 de carabiniers ) rabiniers de Monsieur.
!•<• de cavalerie ex-Colonel général.
2« — ex-Royal.
30 — ex-Commissaire général.
4« — ex-régiment de la Reine.
5« — ex- Royal- Pologne.
60 — ex-régiment du Roi.
7« — • ex- Royal-étranger.
8« — ex-cuirassiers du Roi.
9» — ex-Artois,
lo® — ex- Royal-Cravates.
11'= — ex-Royal-Roussillon.
i2« — ex-régiment du Dauphin.
i3o — ex-Orléans.
i4« — ex- Royal-Piémont.
1 5» — ex-Royal-allemand.
16" — ex- Royal- Lorraine.
17e — ex- Royal-Bourgogne.
i8e — ex-Berry.
198 — ex- Royal-Normandie.
20® — ex- Royal-Champagne.
210 — ex- Royal- Picardie.
22e — ex-Royal-Navarre.
23 « -— ex- Royal-Guyenne.
240 — ex-Mestre de camp général.
Transformations postérieures à l'jSg, t83
Ce dernier régiment, dont on faisait remonter à tort la création à i652, aurait ' du occuper le sixième rang, après Royal-Pologne ; mais il venait d'être cassé à la fin de 1790, après les troubles de Nancy, et rétabli quelques jours plus tard en prenant la queue de tous les autres.
Cette série des régiments de cavalerie fut altérée dès le printemps de 1792 par Témigration de Royal-allemaijd qui portait le numéro i5.
Comme conséquence, les régiments qui avaient reçu les numéros 16 et suivants, avancèrent tous d'un rang.
Le numéro 24, resté vacant, fut repris en 1 798 par un des deux régiments nouveaux qui venaient d'être formés à l'Ecole militaire, par ordre du 4 février, sous les numéros 25 et 26, pour débarrasser Paris d'une bande de soldats déserteurs. Le vingt-cinquième prit le numéro 24, et le vingtsixième devint le 2 5".
La liste des régiments de dragons fut formée de la manière suivante :
ler de dragons, ex- Royal-dragons.
2« — ex-Condé-cavalerie.
3® — ex-Bourbon-cavalerie.
4® — ex-Conti-cavalerie.
5*^ — ex-Golonel général-dragons.
G» — ex- La Reine-dragons.
7*' — ex-Le Dauphin-dragons.
8*" — ex-Penthièvre-cavalerie.
O** — ex- Lorraine-dragons.
loe de dragons ex-Mestre de camp général-dragons.
ne
ex-Angoulêuie-dragons.
ex-Artois-dragons.
ex-Monsieur-dragons.
ex-Chartres-cavalerie.
ex-Noailles-cavalerie.
ihe
• ex-Orléans-dragons.
ex-Schomberg-dragons.
• ex-régiment du Roi-dragons.
Trois nouveaux régiments de dragons furent formés en 1793 et prirent rang à la suite des anciens. Le 19® fut composé des volontaires d'Angers et de cavaliers des légions du Nord et des Francs ; le 20^ avec les dragons volontaires, dits de Jemmapes, et le 21® des dragons de la Manche et de la cavalerie de la légion de police, qui provenait en partie des gardes-françaises.
Le nombre des régiments de chasseurs à cheval s'élevail à 12 en 1791. Ces régiments étant de formation récente, il ne fut rien changé au classement qui leur avait été assigné eh 1788.
I er de chasseurs à cheval, ancien Alsace , ex - dragons de
Boufflers.
2e — — ancien Évêchés, ex-dragons de
Montmorency.
30 — ^ — ancien Flandre, ex-dragons de
Deux-Ponts.
4^ — — ancien Franche -Comté, ex-
dragons de Durfort.
b'^ — — ancien Hainault. cx-Jragons Je
Ségur.
Transformations postérieures à ij^'f/, i85
ôo de chasseurs à cheval, ancien Languedoc, ex-dragons
de Languedoc.
7e — — ancien Picardie.
8e — — — Guvenne.
0" — ' — -^ Lorraine.
10© — • — — Bretagne,
ne — — — Normandie.
12e — — — - Champagne.
Nous devons noter ici qu'un décret du 24 septembre 1791, qui ne semble pas avoir reçu sa pleine exécution, revenant encore à Tidée des légions mixtes, prescrivit l'organisation de 6 corps de ce genre, comprenant chacun 2 bataillons de chasseurs à pied et i régiment de chasseurs à cheval. Ces légions furent ou devaient être composées comme il suit avec les 12 bataillons de chasseurs à pied existant et G des régiments de chasseurs à cheval : i ""^ légion : 5*^ et i o^ bataillons de chasseurs à pied et i ®^ régiment de chasseurs à cheval; 2^ légion: 3^ et" 8° bataillons, 4^ régiment'; 3® légion : i*''* et 6® bataillons, 6® régiment ; 4P légion : 4^ et 7^ bataillons, 9° régigiment ; 5^ légion : 2^ et 7^ bataillons, 10^ régiment ; 6® légion : 6® et 1 2® bataillons, 1 2^ régiment.
De 1793 à 1795, i3 régiments de chasseurs à cheval furent formés et prirent rang à la suite des 12 premiers, c'étaient:
i3o de chasseurs à cheval, ex -cavalerie de la légion américaine.
i86 Histoire de la Cavalerie.
i4« de chasseurs à cheval, ex-hussards de l'Égalité, de la
Mort, etc.
i5e — — ex-chasseurs bretons et bour-
guignons.
i6e — — ex-chasseurs de La Bretesche.
17e — — ex-chevau-légers belges.
188 — — ex -chasseurs et dragons de
Bruxelles.
19e — — ex-légion de Rosenthal.
2oe — — ex-cavalerie de la légion de la
Moselle.
2i<> — — ex-hussards braconniers.
328 — — ex-cavalerie de la légion des
Pyrénées orientales.
2 3« — . — ex-hussards de la légion des
Ardennes.
24® — — ex -chasseurs volontaires de
Rayonne.
25® — — ex-chasseurs de la Montagne.
Nous négligeons de mentionner d'autres corps aussi bizarres de noms que de composition, qui n'ont pas survécu aux réformes de 1795. Il suffit de constater que la Convention avait senti la nécessité de mettre un frein aux excès de zèle des patriotes, de régulariser les éléments utiles et de casser le reste.
Les anciens régiments de hussards furent classés en 1791 dans Tordre suivant, et à la queue de la cavalerie.
ler de hussards, ancien Bercheny.
2e — — Chamborant,
Transformations postérieures à lySg, 187
3^ de hussards, ancien Esterhazy.
4e — — Saxe.
5» — — Colonel général.
6« — — Lauzun.
Le régiment de Saxe émîgra en 1792, ce qui fit monter les deux derniers d'un rang. A ces 5 régiments anciens vinrent s'en ajouter 8 autres de 1792 à 1794.
6« de hussards, créé 7® en 1792, ex-troupes légères à
cheval de Boyer.
7e — ex-hussards de Lamothe.
7» bis de hussards, ex-ier corps des hussards de la Liberté.
8» — ex-éclaireurs à cheval de Fabrefonds.
9« — ex-2'' corps des hussards de la Liberté,
loe — ex-hussards de Jemmapes.
II» — ex-cavalerie des légions germanique et
révolutionnaire.
12e — ex- volontaires des Pyrénées occiden-
tales.
En résumé, la cavalerie régulière des armées de la Convention se composait de :
2 régiments de carabiniers.
de cavalerie.
de dragons.
de chasseurs à cheval.
de hussards.
Total 86 régiments.
Le Directoire eut un instant la velléité de réduire ces chiffres; Un arrêté du 8 janvier 1796
i8S Histoire de la Cavalerie,
fixait la composition de la cavalerie à 5i régiments, 20 de cavalerie de ligne, 12 de dragons, 1 1 de chasseurs et 8 de hussards ; mais un autre arrêté du 17 janvier annula le premier : tout se borna à la suppression en 1795, des 17' et 18^ de chasseurs d'origine belge, dont les numéros restèrent vacants et à celle du 21'' de dragons qui n'eut lieu qu'à la fin de 1798. Les choses demeurèrent ainsi jusqu'au Consulat.
Le 26 août 1801, le i*"" régiment de dragons piémontais fut incorporé dans l'armée française et y devint le 21'' de dragons. Un autre régiment de dragons piémontais fut transformé le même jour en 26® de chasseurs à cheval.
Le 23 décembre 1802, les 5°, 6® et 7° régiments de cavalerie, sont cuirassés comme Tétait déjà le 8«.
L'arrêté consulaire du i®'" vendémiaire an XII (24 septembre i8o3), apporta de profondes modifications dans l'organisation de la cavalerie. Celle-ci devait comprendre 80 régiments, savoir :
2 régiments de carabiniers.
12 — de cuirassiers.
3o — de dragons.
26 — de chasseurs à cheval.
10 — de hussards.
\o\z\ comment on arriva à cette nouvelle répartition de.> sous-armes.
Les [2 premiers régiments de cavalerie furent
Transformations postérieures à ijSg, 189
cuirassés. On ^ vu que les 5^, 6®, y*' et 8®, Tétaient déjà depuis un an. Ils prirent le nom de cuirassiers.
Les régiments de cavalerie, portant les numéros de i3 à 18, passèrent dragons et prirent dans cette arme les numéros 22, 23, 24, 25, 26 et 27.
Les régiments de cavalerie, portant les numéros de 19 à 25, furent licenciés et leurs éléments versés dans d'autres corps.
Le 7^ bis de hussards, le 11^ et le 12*^ de hussards sont devenus les 28®, 29^ et 30*^ de dragons.
Les numéros 17 et 18 demeurèrent provisoirement vacants dans Tarme des chasseurs à cheval, qui ne compta en réalité que 24 régiments.
A ce moment, voici ce qu'étaient devenus les survivants des régiments de cavalerie légués par la monarchie à la république.
Dénominations anciennes. Dénominations nouvelles.
lordecarabinicrs j j^j^^^^j^^^^
ler
de carabiniers.
Colonel général-cavalerie,
ler
de
cuirassiers.
Royal,
Commissaire général,
I^ Reine,
Royal -Pologne,
Le Roi,,
Royal-étranger,
igo Histoire de la Cavalerie,
Cuirassiers du roi, 8® de cuirassiers.
Artois, 9» —
Royal-Cravates, loc —
Royal-Roussillon, ne —
Le Dauphin, i2« —
Royal-dragons, i» de dragons.
Condé, ex-cavalerie, 2® —
Bourbon, ex-cavalerie, 3® —
Conti, ex-cavalerie, 40 —
Colonel général-dragons, 5^ —
La Reine, 6» —
Le Dauphin, 7e —
Penthièvre, ex-cavalerie, 8® —
Lorraine, 9e —
M estre de camp général, loe —
Angoulême, ii» —
Artois, 12e —
Monsieur, i Se —
Chartres, ex- cavalerie, 14e — *
Noailles, ex-cavalerie, 1 5e —
Orléans, 168 —
Schomberg, 17e —
Le Roi, i8e —
Orléans-cavalerie, 22e —
Royal-Piémont-cavalerie, 23e
Rôyal-Lorraine-cavalerie, 24e —
Royal- Bourgogne-cavalerie, 2 5e —
Berry-cavalerie, 26e —
Royal-Normandie-cavalerie, 27e —
Rien n'était changé dans la situation des anciens régiments de chasseurs à cheval et de hussards.
Le 3o septembre 1806, les chevau-léger?i belges
Transformations postérieures à 178p. 191
du duc d'Aremberg devinrent le 27^ de chasseurs à cheval.
Le 29 mai 1808, le 28* de chasseurs à cheval fut formé avec un corps de dragons toscans organisé le 7 janvier précédent.
Le 10 mars 1808, des régiments provisoires de grosse cavalerie, de dragons et de cavalerie légère sont formés pour Tarmée d'Espagne avec des compagnies détachées et l'un de ces régiments, le 3* de cavalerie légère, devient le 22 août suivant le 29*^ de chasseurs à cheval.
Le 24 décembre 1809, on forma 2 nouveaux régiments de cuirassiers, le i3® avec les i**' et 2® régiments provisoires de grosse cavalerie formés Tannée précédente pour l'Espagne, et le 14® avec le 2* régiment de cuirassiers hollandais; le i®' de ces régiments hollandais était entré dans la garde.
Le 25 décembre 18 10, le 3o® de chasseurs à cheval est organisé à Hambourg, et le 2® de hussards hollandais prend le numéro 1 1 dans l'arme des hussards français.
Le 18 juin 181 1, k renommée que s'était acquise un corps de lanciers polonais, levé en 1807 à Varsovie et incorporé la même année dans la garde, porta l'empereur à décréter la création de 9 régiments de chevau-légers-lanciers. Il désigna pour cette arme nouvelle, les i^''^ 3«, 8®, 9°, 10° et 29® dragons, les i®*" et 2^ régi-
ments de lanciers polonais de la ligne, et le 3o^ de chasseurs à cheval.
Le 7 septembre de la même année, les 17* et 18^ régiments de chasseurs à cheval, dont les numéros étaient restés vacants depuis 1795, furent remplacés par 2 nouveaux régiments formés avec des détachements : le 1 7^ : à 'Lille et le 18° à Metz; et Ton forma un 3i® régiment par la fusion des i®"^ et 2® régiments provisoires de cavalerie . légère employés à Tarmée d'Espagne.
Le 10 janvier 181 2, un 9^ régiment bis de hussards est formé en Espagne ; il devient le 12® de hussards le 17 février î8i3.
Enfin le i*^' janvier 18 14, les hussards de Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, deviennent le i3^ hussards, et le 28 du même mois le 14° de hussards est formé par la fusion d'un i3® bis, dont le général Miollis à Rome et la grande duchesse de Toscane à Florence organisaient les escadrons, et d'un 14^ que le prince Cannille Borghèse formait à Turin.
Il existait donc à la fin de T Empire, en tenant compte des 6 numéros vacants dans les dragons et les chasseurs, 93 régiments de cavalerie de la ligne. Savoir :
2 régiments de carabiniers. 14 — de cuirassiers.
24 — de dragons.
Transformations postérieures à //tV/y. 193 « ' ' ~
9 régiments de chevau-légers-lanciers.
3o -^ de chasseurs à cheval.
14 — de hussards.
Uordonnance royale du 12 mai 18 14, ne conserva que 57 de ces régiments : 2 régiments de carabiniers formant brigade, sous Tancien nom de carabiniers de Monsieur, 12 régiments de cuirassiers, 1 5 de dragons, 6 de lanciers, 1 5 de chasseurs et 7 de hussards. Dans chaque sousarme ce furent les plus anciens numéros qui survécurent, et un certain nombre d'entre eux reçut des dénominations particulières en rapport avec les idées de la Restauration.
Par suite de cet arrangement, .tous ceux des anciens régiments qui avaient échappé aux organisations de la République et de TEmpire, se trouvaient conservés. Sur 57 régiments, 5 seulement, les i3®, 14^ et 1 5° 'régiments de chasseurs à cheval, et les 6^ et 7^ régiments de hussards, étaient d'une création postérieure à 1789.
Il est profondément regrettable, que ce respect des choses anciennes et des saines traditions n'ait pas été continué.
Certes on s'explique les sentiments d'irritation et de méfiance que firent naître dans le cœur du roi les événements qui se déroulèrent avec un si rapide entraînement après le débarquement de l'empereur à Cannes, mais un roi est tenu de diriger sa conduite avec prudence et de mesurer
ses actes à une autre échelle que celle des sentiments qu'il éprouve. Qu'on y regarde de près, Ton reconnaîtra que le libéralisme qui a tué la Restauration, n'a été au fond qu'une protestation contre les mesures qui avaient frappé l'armée et avec elle la gloire française. Les fautes se payent tôt ou tard.
Napoléon était entré le i'^'' mars i8i5 dans le golfe Juan avec une flottille qui portait 900 hommes, ses fidèles de l'île d'Elbe. Le roi se retirait à Lille, et datait de cette ville le 23 mars une ordonnance portant licenciement de l'armée et qui débutait par ces mots: « La trahison de « presque tous les corps de l'armée destinés à « défendre la patrie, rendant indispensable de « prendre des piesures, etc. »
Il y a là, dans les termes de cette ordonnance, dans l'âpreté des mesures prises ou annoncées, pour tout homme qui a vécu dans les rangs de l'armée française et qui s'est imprégné de son esprit, de ses idées et de ses sentiments, un acte de dépit d'un inconcevable imprudence, car cet acte allait détruire le dernier scrupule dans les cœurs encore hésitants et jeter la vieille armée tout entière à la suite du chef qui avait porté si haut son renom et sa gloire. Cet acte était d'ailleurs absolument inutile, puisqu'il fallait une armée et qu'on ne pouvait en composer une nouvelle qu'avec les débris de l'ancienne. Cet
Transformations postérieures à ijSij, 195
acte enSn était un mauvais exemple, donné par ceux de qui on devait le moins l'attendre, justifiant jusqu'à un certain point les atteintes portées par la Révolution aux traditions et à la dignité de Tarmée.
C'est aussi de ce mouvement de colère royale qu'est sortie l'idée du drapeau blanc, comme enseigne caractéristique d'une armée fidèle et d'une nation rompant avec son passé.
Louis XVIII, réfiigié à Gand, signa dans cette ville, le 17 juin 181 5, la veille de Waterloo, une . ordonnance relative à la formation d'un régiment d'infanterie légère sous la dénomination de Régiment de La Couronne, Le paragraphe 6 de cette ordonnance est ainsi conçu :
« 6. Ce régiment aura un drapeau dont le « fond sera blanc^ portant l'écusson de France « et la désignation du régiment. »
L'intention du roi à ce moment était évidemment de donner à tous les régiments qu'il y aurait possibilité de former dans les circonstances où il se trouvait, le même drapeau, ne différant d'un régiment à l'autre que par la désignation du corps.
Mais Louis XVIII était un roi instruit, scrupuleux observateur des formes et coutumes antiques qu'il s'attacha à restaurer. Rentré en possession du trône, il confirma son ordonnance du 23 mars licenciant l'armée par de nouvelles
ordonnances du 16 juillet .et du 10 août -i8i5 qui réglaient la formatioii d^une autre armée, et parmi ces ordonnances, il en est une qui semble avoir peu fixé l'attention jusqu'ici et qui est cependant une preuve irréfutable que le roi comprenait toujours le sens et le rôle de renseigne blanche comme le comte de Provence les avait compris dans sa jeunesse.
Les personnages passionnés, qui. avaient tant contribué en 1 8 1 5 à pousser le roi à des mesures violentes, si contraires à la modération et à la sagesse ordinaires de son caractère,' ont repris leur œuvre plus tard -, ils ont ressuscité le drapeau de Charette, qui étsiit blafîc dentelé de noir au bord, portant un écusson fleurdelysé et couronné d'or, avec cette légende : Pro Deo et rege.
Voici cette ordonnance :
Ordonnance du i^oi sur le i^établissement des enseig7îes ou cornettes blanches, dans les régiments colonels généraux.
Au château des Tuileries, le 16 juillet 181 5.
De par le Roi :
« Sa Majesté, s'étant fait rendre compte des « ordonnance.^ rendues par Mes rois ses prédé- « ccsseurs, de glorieuse mémoire, sur Tétablissc- (i ment et les prérogatives de.s enseignes et cor-
Transformations postérieures à i'j8(), 197
« nettes attachées aux compagnies générales dans « les régiments d'infanterie ou de cavalerie qui « portaient la dénomination de Régiment dû « Colonel général ;
« Voulant faire jouir les princes de sa famille « et ceux de son sang, qui ont été pourvus des « charges de colonels généraux, de tous ceux « des droits et prérogatives attribués précédem- « ment aux dites charges, qui sont compatibles « avec Torganisation actuelle de .Parmée, et don- « ner, par cette distinction honorable, à tous les « corps qui la composent de nouvelles preuves de « sa bienveillance;
« Sur le rapport du Ministre Secrétaire d'État « de la guerre, elle a ordonné et ordonne ce qui « suit :
« Art. I®^ Chacun des princes de la famille « royale ou des prince^> du sang, qui ont été « pourvus de Tune des charges de colonels gé- « néraux, aura, dans Tune des armes dont il est « colonel général, un régiment qui prendra la « dénomination de Régiment du Colonel gé- « néral :
« En conséquence, le 1 0° régiment d'infanterie « de ligne, qui a déjà le titre de Régiment du « Colonel général, en vertu de l'ordonnance « du 10 mai 18 14, conservera ce titre pour l'in- « fanterie de ligne ;
« Le 7*^ régiment d'infanterie légère prendra la I. 17.
« dénomination de Régiment du Colonel gêné- « ralf pour cette arme ;
« Le 6« régiment de cuirassiers prendra la dé- « nomination de Régiment du Colonel général, « pour les cuirassiers et les dragons ;
« Le 9® régiment de chasseurs à cheval prendra « la même dénomination pour les chasseurs et « les lanciers ;
« Enfin le 7® régiment de hussards, qui porte « déjà le titre de Régiment d'Orléans, y ajou- « tera la dénomination de Colonel général ;
« Art. 2. La i""® compagnie de fusiliers du « 1®"^ bataillon, dans les régiments d'infanterie « colonels généraux, sera chargé de la garde de « renseigne du Colonel général',
« Dans les régiments de troupes à cheval « des Colonels généraux, la cornette blanche du « Colonel général sera confiée au i*^"^ escadron « du régiment ;
« Art. 3. Chacune de ces compagnie ou es- « cadrons, aura, en sus de son organisation, un « officier qui, dans Tinfanterie, aura le titre àCEn- « seigne de la compagnie géfiérale, et, dans la « cavalerie, celui de Corfiette blanc: cet officier « sera pris parmi les lieutenants, et il aura les « appointements de i"^® classe de son grade; « mais il roulera pour son rangjavec les capi- « taines, et il sera susceptible de prendre le com- « mandement d'une compagnie ;
Transformations postérieures à l'jSg, 199
« Art. 4. L'enseigne de Tinfanterie sera blanche « parsemée de fleurs de lys, et portera la devise « suivante : Prœteriti exemplum,Jidesquefutiiri,
« La cornette de la cavalerie sera également « blanche, ayant au milieu un soleil en broderie « d'or, avec la devise : Nec pluribus impar,
« Art. 5. L'enseigne du Colonel général de « rinfanterie, ou la cornette blanche dans la « cavalerie, ne saluera que le Roi, les princes « de la famille et du sang royal, et les maré- « chaux de France, et elle recevra le salut des « drapeaux ou étendards et des armes de tous « les autres corps, lorsqu'elle paraîtra ;
« Art. 6. Le Ministre Secrétaire d'État de la « guerre est chargé de l'exécution de la présente « ordonnance. »
Nous n'insisterons pas. La lecture de ce document, après tant d'autres preuves déjà données, suffit pour établir ce qu'était l'enseigne blanche aux yeux de Louis XVIII, et aux yeux du duc de Feltre son ministre. Nous disons avec intention le duc de Feltre, quoique nous sachions bien que Clarke a cessé un instant d'être ministre du 9 juillet 181 5 au 24 septembre; mais si Gouvion de Saint-Cyr a remplacé Clarke pendant deux mois et demi, ce n'était certainement pas lui qui avait préparé l'ordonnance du 16 juillet, signée sept jours après son entrée au ministère.
\'oici du reste quel est le motif qui nous fait attacher un certain prix à Tintervention de Glarke dans cette affaire des drapeaux blancs. C'est que Clarke, depuis duc de Feltre et- maréchal de France, était entré en 1783 dans la formation du régiment Colonel général des hussards, et qu'il y avait obtenu, le 5 septembre 1784, remploi de Cornette blanc, A ce titre, il devait savoir aussi bien que personne qu'elle était la signification de renseigne qu'il a\'ait portée. II avait, d'ailleurs, suivi Louis XVIII à Gand, et devait être au courant de toutes les pensées du roi au sujet de Tarmée.
Si, plus tard, il s'est trouvé des personnes plu> habiles et mieux informées que Louis XVIII et le duc de Feltre au sujet du drapeau blanc, qui en ont transporté l'usage des régiments colonels généraux que désigne l'ordonnance précitée, à tous les régiments de l'armée, en détruisant par conséquent sans bruit l'esprit et la lettre de cette ordonnance, et qui sont parvenus ainsi à faire croire à l'antiquité du drapeau blanc comme symbole politique, c'est un fait contre lequel nou> ne voulons point nous insurger. Il est de trop mince valeur pratique au milieu des périls où notre pays s'agite. Nous n'avons voulu qu'établir la vérité historique.
Les ordonnances royales de 181 5 prescrivaient le licenciement absolu des anciens régiments, le
Transformations postérieures à ijSg. 201
renvoi des hommes dans leurs foyers, la remise aux préfets des rriagasins et des chevaux, et chargeaient des commissions spéciales d'examiner la conduite et la valeur des officiers et de les classer en catégories. 'Ces ordonnances préparaient enfin la formation de nouveaux corps. La cavalerie de la ligne ne dut plus compter que 47 régiments : I régiment de carabiniers, 6 de cuirassiers, i o de dragons, 24 de chasseurs à cheval et 6 de hussards. Il est heureusement des choses, en apparence bien faibles, qui ■ sont plus fortes que toutes les volontés. On peut casser un régiment et en disperser les hommes : on ne disperse pas les comptables. Autour de ces comptables se groupent un certain nombre de sous-officiers et de soldats qui leur sont nécessaires pour les aider dans les opérations de liquidation de l'administration et des magasins. Puis viennent les blessés, les vieux soldats n'ayant pas d'autre famille que le corps, les enfants de troupe, ce que l'on appelle enfin le fonds d'un régiment, le dépôt. Ces dépôts, en y comprenant ceux ' des régiments supprimés en 18 14 et qui n'étaient pas dissous, ont servi de noyaux aux régiments nouveaux, et c'est par ce lien qu'on peut à la rigueur rattacher une partie des régiments actuels à leurs aînés.
Le désir de rompre les traditions et de tout confondre fut si intense en ce moment, qu'il nous a été impossible, malgré les plus persév^érantes
recherches, de déterminer d'une manière complète ce que sont devenus dans la nouvelle organisation les dépôts des anciens corps. Il n'existe au ministère de la guerre, à notre connaissance, aucun document indiquant les procédés suivis pour la composition des nouveaux régiments de cavalerie. Les matricules d'officiers mentionnent pour quelques-uns de ces régiments seulement les dépôts qui leur ont servi de noyaux. Ce n'est que dans les archives particulières et dans les souvenirs de ces corps qu'il serait possible de compléter ces renseignements.
Les 47 régiments, créés par les ordonnances des i6 juillet et lo août i8i5, ont été organisés au commencement de 1816, avec des volontaires et à l'aide des débris des cadres de l'ancienne cavalerie. Voici les noms de ces régiments et quelle a été leur destinée depuis leur formation.
Régiment des carabiniers de Monsieur.
I er régiment de cuirassiers, de la Reine.
2 G — du Dauphin.
30 — d'Angoulême.
40 — de Berry.
5e — d'Orléans.
6e — de Condé.
ler régiment de dragons, du Calvados.
20 — du Doubs.
3e — de la Garonne.
40 — de la Gironde.
5e -~ de l'Hérault.
Transformations postérieures à i/Sy. 20 3
6« régiment de dragons, de la Loire.
7e — de la Manche.
8« — «du Rhône.
9e — de la Saône.
loe — de la Seine.
1er régiment de chasseurs, de TAUier.
2» — des Alpes.
3e — des Ardennes.
4e — de TAriége.
5e • — du Cantal.
6e — de la Charente.
7e — de la Corrèze.
8e — de la Côte-d'Or.
9e — de la Dordogne.
10e — du Gard,
lie — de l'Isère.
12e — de la Marne.
i3e — de la Meuse.
14e — du Morbihan.
1 5e — de rOise.
i6e — de l'Orne.
17e — des Pyrénées.
i8e — de la Sarthe.
190 — de la Somme.
20e — du Var.
2ie — de Vaucluse.
22e — de la Vendée.
23e — de la Vienne.
24e — des Vosges.
1er régiment de hussards, du Jura.
ae — de la Meurthev
3e — de la Moselle»
4e — du Nord.
5e — du Bas-Rhin.
6c — du Haut-Rhiui
Le 27 février 1825, le 2^ régiment de carabiniers fut reconstitué par le dédoublement des carabiniers de Monsieur: 'les 4 derniers régiments de dragons, Manche, Rhône, Saône et Seine, furent transformés en cuirassiers et prirent les numéros 7, 8, 9 et 10 de cette arme, sans titres particuliers.
En vertu de la même ordonnance les 6 derniers régiments de chasseurs, Somme, Var, Vaucluse, Vendée, Vienne et Vosges, devinrent régiments de dragons avec les numéros 7, 8, 9, 10, 1 1 et 12, et sans titres particuliers.
Le 3® régiment de cuirassiers, qui portait le nom d'Angoulême, avait pris celui du duc de Bordeaux à la mort de Louis XVIII, 21 septembre 1824, qui donnait occasion de relever le titre de Dauphin pour le fils de Charles X. Le même jour, le i^"" régiment de hussards avait été donné au duc de Chartres. Le i*''' régiment de chasseurs fut accordé le 17 novembre 182G, au duc de Nemours.
La révolution de i83o devait nécessairement mettre sa marque sur l'armée. Elle fit naturellement disparaître les titres attribués par la Restauration aux corps de cavalerie et rétablit l'arme des lanciers. L'opinion publique, qui se crée facilement des légendes, surtout lorsqu'elle estime que ces légendes sont désagréables à l'autorité, croyait fermement à cette
Transformations postérieures à ijSf). 20 5
époque que la Sainte- Alliance avait interdit au gouvernement de la Restauration d'avoir au delà d'un régiment de lanciers. Il en existait un, en effet, parmi les corps de cavalerie de la garde royale. Le nouveau gouvernement, pour plaire à l'opinion publique , s'.empressa donc , dès le 14 août, de remplacer le régiment des lanciers de la garde par un régiment des lanciers de la ligne, et le 19 février i83i, il porta le nombre des régiments de lanciers à 6, par la transformation des 5 premiers régiments de chasseurs. Ceux-ci devinrent les 5 premiers régiments de lanciers et le régiment des lanciers d'Orléans, formé six mois auparavant avec les débris des lanciers de la garde prit le numéro 6.
Comme conséquence, les i3 régiments conservés de l'arme des chasseurs à cheval, avancèrent tous de 5 rangs ; le 6® devint le i®' et le 1 8Me i Z\
Un 14® régiment de chasseurs fut en même temps formé avec des détachements pris dans les autres corps de la même arme.
Le 27 novembre i836, l'arme des lanciers fut portée à 8 régiments. Ce furent les i3^ et 14'-' chasseurs qui devinrent les 7^ et 8^ lanciers.
Nous ne parlerons pas de la création des chasseurs d'Afrique,^ des spahis, des nouveaux régiments de chasseurs et de hussards mis sur pied en 1 840 et des modifications apportées depuis 1 840