Marquis de Lugeac (Charles-Antoine Guérin), i®"" avril
La compagnie des grenadiers à cheval de la garde a été organisée à la fin de la campagne de 1676, et le roi s'en fit le capitaine. Elle était destinée à marcher et à combattre à la tête des troupes à cheval de la Maison, à faire les chemins et ouvrir les passages pour ce corps. Dans les sièges les grenadiers servaient à pied et précédaient les mousquetaires dans les attaques et les assauts.
C'était une troupe d'élite dans la vraie acception du mot. Voici les termes de la lettre que le
capitaine écrivait au colonel du régiment d'infanterie dont le tour était venu de fournir un grenadier de recrue : « Le Roy ayant besoin d'un gre- « fiadier de votre régiment pour mettre dans sa M compagnie des grenadiers à cheval^ Sa Ma- « jesté m'a commandé de vous écrire d'en choisir « et d'en faire partir un incessamment, qui soit « grand, fort brave, et portant moustache. »
Les grenadiers, avant d'être incorporés, étaient présentés au roi, qui les examinait lui-même attentivement, et le colonel, qui n'avait pas fait un choix heureux, recevait, outre une réprimande, l'ordre de faire partir un autre grenadier à ses dépens.
La compagnie comptait i capitaine-lieutenant commandant, 3 lieutenants, 3 sous-lieutenants, 3 maréchaux des logis et i3o hommes de troupe, y compris 6 sergents, 3 brigadiers, 6 sous-brigadiers, I porte-étendard, 2 fourriers, 6 appointés et 4 tambours. Elle était armée et manœuvrait comme l'infanterie, quoique à cheval.
Les grenadiers avaient conquis leur étendard au combat de Leuze en 1690. Ce jour-là ils avaient pris 5 drapeaux à l'ennemi. Pour perpétuer le souvenir de cette action d'éclat dans laquelle le capitaine de Riotor avait perdu la Nie, le roi leur donna un étendard de soie blanche, brodé et frangé d'or, orné sur chaque face d'une carcasse d'artifices qui crève en l'air, avec cette devise : Undiquè terror, iindiqtiè lethum.
Grenadiers à cheval, 23 j
Le roi reconnut aussi les services du capitaine de Riotor en le remplaçant par son frère à la tête de sa compagnie.
L'uniforme donné par Louis XIV aux grenadiers à cheval était : habit bleu, doublure, veste et parements rouges ; bordé, agréments, boutons et boutonnières d'argent; manches en botte et poches en travers ; bandoulière de buffle galonnée d'argent, ceinturon bordé d'argent; bonnet de drap rouge garni de peau d'ourson noir et bordé d'argent ; culotte et bas rouges ; équipage du cheval de drap bleu, bordé d'argent.
Le costume réglé en 1762 différait très-peu du premier. La coupe en était plus moderne ; l'habit avait des revers et un collet rouges comme la doublure. Il y avait six brandebourgs sur chaque revers, deux autres au-dessous, et encore deux autres à la taille derrière; les parements toujours retroussés en botte étaient ornés d'un double galon d'argent : l'habit était retroussé avec un bordé d'argent sur la doublure; la veste écarlate était également galonnée d'argent; les buffleteries étaient blanches; trois grenades d'argent ornaient la giberne noire ; le bonnet d'ourson portait sur le devant une plaque d'argent.
La compagnie des grenadiers à cheval a été licenciée en 1776, en vertu des dispositions de l'ordonnance du i5 décembre 1775. Elle a reparu un Instant sous la première restauration.