GENDARMERIE DE FRANCE
Ce corps, dernier débris des compagnies des or- * donnances, était le premier de la cavalerie après la Maison du roi. Il comprenait encore, sous Louis XIV et Louis XV, 1 6 compagnies formant 8 escadrons. Chaque compagnie entretenait au pied de paix 40 hommes,* et le double au pied de guerre, ce qui donnait 1,280 Cavaliers; une forte brigade de cavalerie de réserve. Cette troupe d'élite s'est toujours montrée digne du long passé de gloire qu'elle représentait, et jalouse de justifier en toute occasion ce que François P"" avait dit d'elle à Charles-Quint lui demandant, en i552, de lui prêter une somme d'argent et sa gendarmerie pour l'aider à combattre les Turcs : « Pour le « premier point, je ne suis pas banquier; pour « l'autre, comme ma gendarmerie est le bras qiiî « porte mon sceptre, je ne l'expose jamais au « péril, sans aller chercher la gloire avec elle. »
Nous avons dit les causes de la disparition presque complète de la vieille gendarmerie, et
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comment, après la paix des Pyrénées, Louis XIV n'en conserva que quatre compagnies, dont il se fit capitaine, et quelques autres qui appartenaient à des princes du sang. Ce corps a longtemps été composé de i6 compagnies, avec un état-major général qui rendait à Châlons-sur-Marne.
Les quatre premières compagnies, qui s'appelaient compagnies du roi, ou d'ordonnance, ou grande gendarmerie, avaient i capitaine-lieutenant, I sous-lieutenant, i enseigne, i guidon, 4 maréchaux des logis, 2 brigadiers , 2 sousbrigadiers, I timbalier , 2 trompettes et un nombre variable de gendarmes, 80 en temps de paix, 160 en temps de guerre; elles étaient chefs d'escadrons, et • escadronnaient : les gendarmes écossais avec les gendarmes de Bretagne; les gendarmes anglais avec les chevaulégers de Bretagne; les gendarmes bourguignons avec les gendarmes . d'Aquitaine, et les gendarmes de Flandre avec les chevau-légers d'Aquitaine.
Les compagnies des princes, gendarmes ou chevau-légers, avaient la même composition que les compagnies du roi. Dans les compagnies de chevau-légers, l'enseigne et le guidon étaient remplacés par deux cornettes. Deux compagnies de chevau-légers, celles de la Reine et du Dauphin, étaient chefs d'escadrons. Le groupement des compagnies des princes par escadrons était ainsi
réglé après les quatre premiers escadrons] dont les quatre compagnies du roi étaient chefs : le cinquième escadron se composait des gendarmes de la Reine et des gendarmes de Berry; le sixième, des chevau-légers de la Reine et des chevau-légers de Berry -, le septième, des gendarmes du Dauphin et des gendarmes d'Orléans; le huitième, des chevau-légers du Dauphin et des chevau-légers d'Orléans. Ces huit escadrons avaient leurs quartiers habituels autour de leur état-major établi à Châlons, dans les villes de Saint-Dizier, Sainte- Ménehould, Bar-sur-Aube, Sézanne, Rethel, Vitry, Joinville et Chaumont.
Un singulier exemple du respect des traditions, c'est que les compagnies de gendarmes ne relevaient que du roi, tandis que les compagnies de chevau-légers recevaient l'ordre des officiers généraux de rétat-major de la cavalerie légère. Le roi nommait les officiers des gendarmes, le colonel général nommait ceux des chevau-légers.
L'armement et l'habillement des gendarmes et des chevau-légers étaient identiques. Les uns et les autres portaient une carabine rayée, deux pistolets et un sabre à poignée argentée ; un habit complètement rouge galonné d'argent, une veste en demi-buffle, la bandoulière en buffle bordée d'argent : à partir de l'année i ySo, cette bandoulière se distingua, dans chaque compagnie, par une couleur particulière qui se reproduisait dans
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le cordon du sabre ou de Tépée, dans les banderoles des trompettes et le tablier du timbalier. Les manches de Phabit étaient retroussées en bottes et les poches étaient coupées en travers. La culotte et les bas étaient rouges; le chapeau bordé d'argent était orné d'une cocarde noire. L'équipage du cheval était rouge avec. le chiffre du roi ou du prince propriétaire brodé en argent.
Les étendards des compagnies étaient différents les uns des autres par la couleur et par les ornements et devises. Sur seize types d'étendard, cinq avaient le fond blanc, six bleu, cinq rouge, et un jaune.
Les compagnies chefs d'escadrons avaient 2 étendards, I timbalier et 4 trompettes; les autre» n'avaient qu'un étendard et ne possédaient que 2 trompettes, sans timbalier.
. Les tabliers de timbalier et les banderoles de trompettes reproduisaient les tableaux et devises des étendards aussi bien que leur couleur.
On remarquera que les compagnies qui escadronnaient ensemble avaient la même couleur distinctive. Seulement la couleur des compagnies chefs d'escadrons étaient d'un ton plus foncé que la couleur de la compagnie commandée.
On remarquera encore, en parcourant les listes des officiers qui ont commandé ces compagnies, qu'un grand nombre d'entre eux, surtout au I, 21
xviii^ siècle, ont monté des compagnies les plus jeunes ou les moins favorisées aux compagnies les plus anciennes, même à celles appartenant au roi. La gendarmerie était le refuge de cette partie très-nombreuse de la noblesse qui n'avait pas . assez de fortune pour acheter ou entretenir un régiment. C'était un moyen de les récompenser.
Dans les derniers temps, la gendarmerie se recrutait parmi les bourgeois vivant noblement et possédant au moins 400 livres de revenu, i Le rôle militaire de la gendarmerie a été magnifique sous le règne de Louis XIV. Elle a combattu en première ligne dans toutes les actions considérables des armées de Flandre, d'Allemagne et dltalie. Ce rôle s'est un peu effacé au xvin® siècle. Cependant la gendarmerie s'est encore montrée avec un grand éclat à Fontenoi, où quatre de ses escadrons firent un trou dans la fameuse colonne du duc de Cumberland ; à Raucoux et à Lawfeld, où le corps entier fournit des charges furieuses. La gendarmerie , comme les autres corps de l'armée, ne fut pas heureuse pen- * dant les campagnes de la guerre de Sept-Ans. Sa dernière bataille fut celle de Minden, où elle fut maltraitée, et où le partisan Freytag lui enleva tous ses équipages.
Voici le résumé des campagnes et stations de la gendarmerie depuis la reconstitution du corps par Louis XIV.
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Guerre de 1672 à 1678, en Flandre.
Guerre de 1688, en Flandre, sur le Rhin, et campagne de 1693 en Italie, avec Catinat. Se distingue à Leuze et à la Marsaglia.
Armée d'Italie, en 1701 et 1702 ; bataille de Luzzara.
Armée d'Allemagne , en 1 703 ; bataille de Spire ; elle est écrasée en 1 704, à Hochstedt : de 1706 à 171 3, en Flandre et sur le Rhin; batailles d'Audenarde et de Malplaquet.
A Paris, en i7i5 ; à Metz et Thionville, en 1 7 1 9 ; en Franche-Comté, en 1 72 1 .
Armée du Rhin, en 1733.
Armée de Westphalie, en 1 742 .
En Alsace, en 1743.
En Flandre, de 1745 à 1748.
A Pont-à-Mousson , en r 748 ; à Arras , en 1760; à Nevers, Moulins et Riom, en 1751 ; à Nancy, en 1756.
Armée d'Allemagne, de 1767 à 1762. Quitte Liège à la paix pour se rendre à Lunéville.
Nous avons déjà dit que la gendarmerie fut réduite à 10 compagnies le i®*' mars 1763 par la suppression des chevau-légers et leur incorporation dans les compagnies de gendarmes de même titre. Les 4 compagnies appartenant au roi, ou grande gendarmerie^ furent alors établies aux alentours de Versailles. Les 6 autres compagnies, ou petite gendarmerie^ furent données comme
gardes d'honneur au roi Stanislas; de là, naquit l'usage de désigner ces compagnies sous le nom de gendarmerie de Lunéville,
Les réformes de 1776 firent disparaître encore 2 compagnies. Les 8 dernières ont été licenciées le i®"" avril 1788, conformément aux dispositions d'une ordonnance du 2 mars.
Voici le préambule de cette ordonnance, qui mit fin à une carrière qui avait commencé sous Charles VII, et qui supprima un corps de 1,200 hommes, dont les simples soldats avaient le rang de sous-lieutenants :
« Sa Majesté voulant suivre avec constance et avec fermeté les vues d'économie qu'Elle a adoptées, et s'étant déterminée en conséquence à ordonner dans les gardes du corps une réforme qui diminue de plus de sept cent mille livres les dépenses de ce corps. Elle n'a pu se dissimuler que la suppression de la gendarmerie produiroit, soit au présent, soit éventuellement, une économie plus considérable.
Les considérations militaires et le bien du ser- \'ice réclamant aussi depuis longtemps contre les inconvénients des corps privilégiés, il n'a p:\s fallu moins que le concours impérieux de CCS motifs pour décider Sa Majesté à la suppression entière d'un corps qui a toujours servi avec éclat, dont Tinstruction et la tenue sont portées si loin par les soins des chefs de corps
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« distingués qui le commandent; mais, en pre- « nant cette résolution, Sa Majesté est dans l'in- « tention de donner aux officiers et à tous les « individus qui le composent des marques de la « satisfaction qu^Elle a de leurs services, et Elle « veut que ses regrets, témoignés d'une manière « aussi authentique, en soient le premier gage. »
L'article i ^"^ de cette ordonnance décide que la gendarmerie sera réformée .en entier à dater du jer avril.
Par l'article 11, « Sa Majesté entend que les « gendarmes réformés conservent pendant 10 ans « le rang et les prérogatives de sous-lieutenants « dont ils jouissent, pour donner aux anciens le « temps nécessaire pour obtenir la croix de « Saint-Louis. »
L'article 12 arrête que « Sa Majesté, voulant « favoriser le zèle de ceux de ses gendarmes qui, « ne pouvant obtenir immédiatement des places « d'officiers dans ses troupes, voudront continuer « leurs services. Elle autorise les commandants « de ses régiments à les recevoir comme bas-offi- « ciers, et Elle veut que le temps de service qu'ils « y rempliront dans ledit grade leur soit compté « pour la croix de Saint-Louis, comme s'ils y « avoient servi en qualité d'officiers. »
Voilà un roi qui obéissait à une cruelle nécessité, à qui incombait le devoir de réparer des fautes dont il n'était pas coupable, et qui, en I. * 21.
obéissant à cette nécessité, parlait à Tannée comme celle-ci mérite qu^on lui parle.
Si Ton a bien compris ce qu'étaient dans Tancienne armée les corps qui composaient la maison du roi et la gendarmerie : gardes françaises et sdisses, gardes du cprps, gendarmes, chevaulégers et grenadiers à cheval, mousquetaires, gendarmes des ordonnances, on reconnaîtra que la monarchie a fait un magnifique cadeau aux armées de la , république. Tous ces corps, qui disparurent les uns après les autres, pour des causes diverses, dans les quinze dernières années delà monarchie, ont laissé disponibles 10,000 officiers inférieurs ou bas-officiers et soldats capables de faire des officiers instruits, rompus à la discipline, résignés jusque-là à borner leur ambition au grade de lieutenant ou de capitaine, mais tout prêts à gravir les échelons supérieurs de la hiérarchie, abandonnés'par la noblesse. La Convention, assourdie par les clameurs de Pépoque, eut le tort de ne pas voir ou de n'avoir pas osé mesurer le parti qu'elle pouvait tirer de cette richesse inespérée ; mais il faut lui rendre cette justice : après les turpitudes de la campagne de 1793, elle avait jugé les généraux et les officiers improvisés, pris dans les carrefours et les clubs. Après la déroute de Neerwinden et les insanités des chefs révolutionnaires dans la Vendée , elle fit aux sans-culottes une guerre qui, pour être sourde,
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n'en fut pas moins implacable. Si Tan I de la République se fait remarquer par la destitution ou renvoi au tribunal révolutionnaire des chefs de brigade ci-devant nobles^ Tan II se distingue par la destitution ou la rétrogradation des officiers incapables, et c'est là le grand honneur de Carnot, qui n'a jamais organisé quatorze armées, suivant un cliché célèbre, mais qui a réellement organisé la victoire en chassant les idiots et les indignes et en les remplaçant par les hommes de l'ancienne armée. Quoi qu'en disent certains écrivains ou orateurs de parti, tous les chefs qui se sont fait un nom illustre dans les guerres de la Révolution sont sortis des rangs de l'ancienne armée, un seul excepté, c'est Moreau !