LES COMPAGNIES DE CAVALERIE LÉGÈRE
La fin du xv* siècle vit naître les guerres d'Italie qui occupèrent les deux premiers tiers du siècle suivant, et qui mirent successivement nos troupes^ en dehors et en dedans de nos frontières, en contact avec toutes les nations de l'Europe occidentale. Les nécessités d'une longue suite de campagnes et le besoin d'imiter les troupes étrangères dans ce que celles-ci semblaient avoir de bon, devaient amener de profondes modifications dans la constitution générale de l'armée et dans l'organisalion particulière de la cavalerie.
La prenûère conséquence de l'état de guerre fut une nouvelle augmentation du nombre des compagnies d'ordonnance. Ce nombre s'accrut d'abord par le zèle de beaucoup de seigneurs riches et puissants qui furent autorisés à leva: de nouvelles compagnies, puis par le dédoublement des compagnies. Voici pourquoi et comment eut lieu ce dédoublement. Nous avons dit que la plupart des capitaines titulaires étaient des hommes
de haute naissance, occupant dans Tarmée ou à la cour des positions supérieures à celle de capitaines de cavalerie. Détournés du commandement direct de leurs compagnies par les devoirs des charges dont ils étaient revêtus, ils se faisaient remplacer par leurs lieutenants ou par des c^itaines4ieutenants, gentilshommes braves, expérimentés, ayant passé par tous les grades de la hiérarchie, depuis le noviciat du page et de Tarcher jusqu'aux emplois d'homme d'armes, d'enseigne et de lieutenant. Cet usage s'était introduit dès les premiers jours. On voit en 1446 la compagnie du grand sénéchal conduite à la prise du Mans par le lieutenant Renaud de Denesay, qui la conimandait encore en 1460 à la bataille de Formigny. La compagnie du connétable de Richemont marchait dans le même temps- sous les ordres de Jacques de Saint-Paul. Cet usage ne pouvait que se généraliser, et, à répoque où nous .sommes arrivés, Bayard est le typé de cette catégorie d'ofiBciers exerçant la fonction réelle au lieu et place du titulaire. A la mort de celui-ci, sa compagnie de 100 lances était souvent partagée. Une fraction était laissée à l'héritier de nom, quelquefois par suite à un enfant-, l'autre fraction était donnée au capitainelieutenant ou à quelque gentilhomme de mérite, qui recevait ainsi une" juste récompense de ses services. De cette façon on entretenait à la fois
Les Compagnies de cavalerie légère. 41
rémulation chez les hommes de naissance et chez les hommes de valeur, et c'est par ce chemin que sont arrivés tant de soldats de fortune au XVI® siècle.
Par l'effet de ces dislocations, on vit des compagnies de 80, de 60, de 5o, et même de 20 lances. On trouva un nouveau mobile d'encouragement dans cette inégalité des effectifs, qui se traduisait par une inégalité correspondante dans le traitement des capitaines, toujours proportionnel au nombre d'hommes placés sous leurs ordres. Une augmentation de 5 lances, de 10 lances, était un véritable avancement, et tout capitaine, en se montrant brave et habile, pouvait espérer voir sa compagnie monter au complet de 100 lances. C'est précisément ce qui advint à Bayard après sa magnifique défense de Mézières. François P' le fit capitaine de 1 00 hommes d'armes, et cette récompense fut considérée comme la plus haute expression de l'estime et de la reconnaissance royales. Quand le chevalier mourut, sa compagnie fut partagée entre Montluc et Sansac, deux illustres soldats.
Ce système du morcellement s'appliqua aussi aux compagnies de cavalerie légère que la guerre fit naître en grand nombre, de sorte qu'il n'y a pas d'homme un peu connu du xvi® siècle qui n'ait eu sa compagnie. Beaucoup même en eurent deux : une compagnie de gens d'armes et une I. 4.
compagnie de chevau-légers. Quelques grands personnages en eurent même davantage.
Dès les premières campagnes d'Italie, les archers s'étaient séparés des hommes d'armes et avaient formé des compagnies particulières, qui furent bientôt désignées collectivement par le nom nouveau de cavalerie légère et qui ccanrmencprent à combattre à part sous leurs guidons et leurs cornettes propres. C'était une imitation de la constitution des troupes à cheval vénitiennes, partagées en cavallarmati et copolje^ gieri. On' opposait les archers à cheval aux estradiotSy à la cavalerie albanaise. Louis XII voulut même avoir des Albanais à sa solde : une lettre de ce monarque, datée de Beauvais, 3o juillet 1499, ii^forme qui de droit qu'il a nommé le sieur de Fontrailles capitaine général de tous les Albanais et chevau-légers à son service et à sa solde. En i5o7, au siège de Gênes, il avait 2,000 estradiots commandés par le capitaine Mercurio. Deux ans après, Georges Castriotto lui amenait 400 lances moresques, qui depuis, recrutées par des Français jusqu'au nombre de 1,000, furent appelées compagnies nouvelles de cavalerie légère. François P' suivit les mêmes errements et étendit le rôle et l'effectif de la cavalerie légère nationale pour tenir tête aux géne^ taires espagnols.
Cette modification dans l'organisation et dans
Les Compagnies de cavalerie légère. 43
le so^ke des troupes à cheval, qui se fit dans les premières années du règne de Louis XII, eut pour résultat d'établir peu à peu une ligne de démarcation tranchée entre les compagnies d^hommes d'armes ou de gens d'armes, qui continuèrent les traditions de la cavalerie noble et restèrent troupes de réserve et privilégiées sous le nom de gendar^ merie, et la cavalerie légère qui ouvrit largement ses rangs aux aventuriers de toutes les classes et par conséquent à la roture. Avec le temps, le résultat de la lutte n'était pas douteux : la cavalerie légère devait Tonporter. Tout considéré, l'homme noble devait préférer la position d'officier dans la cavalerie légère à celle de soldat dans la gendarmerie, qui finit par être surtout une école pratique où la jeune noblesse apprenait son métier.
Tel fijt le point de départ de cette singulière constitution des' troupes à cheval de l'ancienne monarchie, qui, jusqu'aux derniers jours, comp* tait d'une part la maison du roi et la gendar-' merie de France, dont les compagnies pouvaient ou prétendaient faire remonter leur origine aux ccanpagnies des ordonnances de Charles VII, et de l'autre la cavalerie légère formée en régiments de toute nature ccanprenant indistinctement les cuirassiers et les hussards, à l'exclusion des dragons qui formaient un corps à part, intermédiaire entre l'infanterie et la cavalerie, une infuiterie à cheval.
A mesure qu'on avance dans le xvi® siècle, on voit la gendarmerie noble fondre à vue d'œil en même temps que Pesprit féodal tend à disparaître dans le tourbillon des idées nouvelles qui vont former Tesprit moderne. Tout porte coup à la chevalerie et profite à la cavalerie légère et à Tinfanterie. On lit Polybe et César: la guerre redevient une science, et Timportance commence à passer de la force, de l'adresse et de la valeur individuelles aux masses organisées, instruites et obéissantes.
L'emploi de plus en plus répandu des armes à feu conduit d'abord, par une erreur très -naturelle, les hommes d'armes à épaissir le métal de leurs bardes et à s'alourdir au point que le maniement du cheval et de la lance leur devient impossible, et ce ne fut que plus tard, au milieu d'une guerre civile sans merci ni trêve, qu'ils s'aperçurent que devant le mousquet et le canon, la mobilité et la liberté des mouvements sont plus sûrs que les meilleures cuirasses et qu'ils commencèrent à remplacer celles-ci par le buffle, qui devait lui-même, plus tard encore, être rejeté comme inutile.
La lance, cette arme caractéristique de la chevalerie, son emblème et son palladium, échappç aux bras paralysés des gentilshommes et tombe aux mains des fantassins lestes et audacieux des bandes, qui ne se souviennent que
Les Compagnies de cavalerie légère. 45
trop qu'ils sont les héritiers des francs -archers, et qui retournent avec bonheur les pointes de ces lances, devenues piques et hallebardes, contre les représentants des anciens oppresseurs de leur race. A la fin du xvi® siècle, il n'y avait plus de lances dans la cavalerie, qui ne se fiait désormais que dans Tefifet soudain et protecteur du pistolet. L'homme d'armes, par la force des choses, s'était transformé en chevau-léger. La lance ne devait plus reparaître que de loin en loin dans l'armée française, et chaque fois sa réapparition fut la conséquence d'un engouement passager pour la chevaleresque Pologne.
Cet abaissement du rôle et du prestige de la chevalerie eut donc les effets immédiats qu'il devait avoir. François P% qui voyait bien où était la cause du mal, eut beau, pour l'enrayer, réglementer à nouveau l'organisation des compagnies d'hommes d'armes par son ordonnance du 20 janvier i5i4 (vieux style) donnée à la Ferté-sous-Jouarre, ordonnance qui portait la lance fournie à 8 hommes, 2 hommes d'armes solidaires l'un de l'autre, ayant chacun son archer, son coutillier et son page; il eut beau recommander à tous de s'exercer au tir de l'arc et de l'arbalète ; prescrire à tous capitaines d'avoir en leurs compagnies bon nombre d'archers tirant bien de l'arc et des arbalétriers qui soient bons pour tirer soit à cheval, soit à pied, établir dans onze grandes villes un artilleur, exempt de
tailles, pour fourrlir de bonnes armes les archers des ordonnances en les payant, les archers, coutilliers et pages continuèrent à abandonner la lance fournie pour devenir maîtres dans les compagnies de cavalerie légère.
Beaucoup d'hommes d'armes même, qui, tous nobles qu'ils étaient, n'avaient pas la prétention de devenir officiers dans les compagnies d'ordonnance, ambitionnèrent des grades dans les compagnies légères et laissèrent dans les rangs de la gendarmerie des vides qui ne purent plus être comblés que par l'admission de soldats roturiers. Toutefois, pour sauver les principes, ces chevaliers d'aventure étaient faits nobles. La question était renversée. Autrefois il fallait être noble pour être soldat; maintenant la profession conférait la noblesse. « Sire, disait Bayard à Fran- « cois !•% je n'ai autres en ma compaignie que <( soldats intrépides, et entre autres un fier homme, « le fils d'un de mes tambours, qui me montre « le chemin de partout. C'est un démon d'esca- <( lades et de courage. Certes, Votre Majesté <( feroit un grand coup de me le faire officier: <( son père n'a jamais pu le devenir à cause, a- « t-on dit, de sa caisse et de sa casaque, et ce- « pendant c'est un rude et maître compagnon... <( — Bayard mon ami, dit le Roy, caisses et <( casaques sont honorables à mon service. Fai- <( sons officiers, tout dans ce moment, le père et
Les Compagnies de cavalerie légère. 47
« k fils ensemble, et toute la race encore, puis- « qu'elle est si loyale. »
Les grades de Tinfanterie, comme ceux de la cavalerie légère, excitant désormais l'ambition des cavaliers noble?, il devint tellement d'usage qu'un gendarme démonté, ou hors d'état de continuer à entretenir son équipage, trouvât place dans les rangs des bandes d'infanterie, qu'on créa pour lui une position d'attente et intermédiaire entre le simple homme de pied et le caporal : c'était la position de lanspessade ou anspessade, grade sans analogie aujourd'hui, à moins que l'on ne veuille le comparer à l'état des artifciers des batteries d'artillerie et des maîtres des compagnies de pontonniers et d'ouvriers. On sait que cette dénomination de lanspessade dérive des mots italiens lania spenata, lance rompue, par opposition à lania fornita, lance fournie.
Le développement le plus complet du système d'organisation de la cavalerie que nous venons d'essayer de faire connaître, correspond à l'avénement à la couronne de Henri II et à l'ocohpation de Metz. La cavalerie de l'armée qiri fat rassemblée à Joinville pour cette mémorable expéditi(Mi, au mois de mars i552, comptait d'après les Mémoires du maréchal de Vieilleville 6,000 hommes d'armes, 6,000 chevau-légers, 6,000 arquebusiers à cheval, 6,000 {Âstoliersr aUemands
et 8,000 chevaux de l'arrière-ban, en tout 3 2, 000 cavaliers. C'était le quart de la totalité de l'armée, et l'effectif de la cavalerie légère française était déjà le double de celui des hommes d'armes.
Voici quelques détails propres à faire connaître l'état et la physionomie de la cavalerie vers le milieu du xvi® siècle. D'après un mémoire de i547 « l'homme d'armes doit être monté de « 2 bons chevaux de service et armé d'un corps « de cuirasse, armet ou bourguignote, grands « garde-bras, espaulettes, avec une bonne et forte « lance..., les archers montés d'un bon cheval, « armés de corselet, brassards ou manches de « maille et d'un morion, et, au lieu de lance, un « fort et roide épieu, avec la pistole à l'arçon de « la selle, au lieu d'arc et de flèches qu'ils por- « talent anciennement, avant que cette diablerie « de pistoles fût inventée. »
Une ordonnance royale du 1 2 novembre 1 649 fixa à nouveau les gages de la gendarmerie.
Le capitaine eut 800 livres, outre les 400 livres qui lui revenaient pour son état d'homme d'armes et non compris, bien entendu, la somme qui lui était allouée pour l'entretien de sa compagnie, somme qui était proportionnelle à l'ejBFectif.
Le supplément fut de 400 livres pour le lieutenant, de 200 livres pour l'enseigne ou le guidon et de 1 00 livres pour le maréchal des logis, qui recevaient d'ailleurs 400 livres comme homme d'armes.
Les Compagnies de cavalerie légère. 49
L'homme d'armes touchait, comme il vient d'être dit, 400 livres, et Tarcher 200.
Les compagnies de cavalerie légère étaient assimilées pour la solde aux archers des compagnies d'ordonnance, c'est-à-dire que le simple cavalier touchait 200 livres, et que les officiers recevaient 200 livres de moins que ceux des gendarmes.
Le ban et l'arrière-ban de la noblesse, quand on les appelait, formaient des compagnies organisées, armées et payées comme celles de la cavalerie légère.
En même temps qu'il réglait le service des troupes à cheval, Henri II, respectant l'indépendance des capitaines des compagnies d'ordonnance, plaçait le 20 décembre 1649 la cavalerie légère sous l'autorité et la direction d'un colonel général, comme cela avait été fait deux ans auparavant par son père pour l'infanterie.
Les gendarmes demeurèrent sous le commandement immédiat du roi, représenté par le connétable, et ils sont toujours restés dans cette situation, puisque celles de leurs compagnies qui ont survécu sont devenues ce que l'on a appelé plus tard la maison du roi et des princes.
Le ban' et l'arrière-ban de la noblesse, au contraire, assimilés à la cavalerie légère, obéirent au colonel général et subordonnèrent sans difficulté leurs bannières à la bannière entièrement blanche, sans armoiries, du colonel général, qui héritait i. 5
5o Histoire de la Cavalerie.
ainsi par anticipation d'une partie des attributions et prérogatives du connétable, dont la charge ne fut supprimée qu'en février 1627, à la mort de Lesdiguières.
La charge de colonel général de la cavalerie légère a existé sans interruption jusqu'au 1 7 mars 1 788, C'est pour cela que les chefs des régiments de la cavalerie, contrairement à ce qui s'est vu pour l'infanterie, n'ont jamais porté jusqu'à cette date le titre de colonel, mais exclusivement celui de mestre de camp.
C'est pour cela aussi, et parce que la permanence des régiments de cavalerie n'a réellement commencé qu'en 1671, à une époque où beaucoup de choses d'autrefois avaient perdu de leur signification et de leur valeur, que les régiments de cette arme n'ont jamais eu d'étendards colonels blancs. On a vu, à l'histoire de l'infanterie, que l'octroi du drapeau blanc à un régiment équivalait jusqu'au règne de Louis XIII à l'inscription permanente du corps sur le registre de l'ordinaire des guerres. C'était dans ce temps une haute faveur et la reconnaissance de services signalés. Les premiers régiments de cavalerie formés sous Louis XIII n'étant que des agrégations temporaires pour la durée d'une guerre et même d'une campagne, il n'y avait pas lieu de leur donner rétendard blanc, et plus tard, quand la permanence fut appliquée à tous les corps de Tannée,
Les Compagnies de cavalerie légère. 5i
les charges de colonel général avaient perdu toute leur importance, n'étaient plus que des charges de cour, et le roi ne se souciait plus d'augmenter la puissance d'un colonel général de la cavalerie légère en lui laissant le droit d'avoir dans chaque régiment de cavalerie une compagnie entièrement à sa dévotion. Il avait tourné cette difficulté pour l'infanterie en supprimant le colonel général et en se substituant à lui. Voilà pourquoi la cornette blanche, signe de l'autorité du colonel général de la cavalerie légère, sa bannière personnelle, est le seul étendard blanc qui ait jamais flotté sur la tête de nos escadrons de cavalerie légère, et pourquoi cette cornette blanche était arborée par la première compagnie du régiment appartenant en propre au colonel général. C'était sa compagnie, sa propriété, commandée par son lieutenant-colonel, et l'on verra que le roi Louis XVIII, dont on ne contestera pas la science en pareille matière, entendait encore ainsi en 1814 le rôle et la signification de l'enseigne blanche et de la compagnie colonnelle.
Nous devons ajouter, pour ne rien omettre, que la charge de porte-cornette blanche de France a survécu à la suppression de la charge du connétable. On voit figurer dans un état militaire de 1 788, au titre de l'état-major général de la cavalerie légère, le marquis de la Chenaye comme porte-cornette blanche de France, à côté du mar-
quis de Rochefort, porte-cornette blanche du colonel général. Quel pouvait être le rôle militaire du porte-cornette blanche de France sous Louis XV ? Nous pensons qu'il représentait toujours rarrièreban de la noblesse, qu'on n'appelait plus, mais qui existait toujours en principe.
La liste suivante donne les noms des personnages qui ont possédé la charge de colonel général de la cavalerie légère française, jusqu'à l'époque où la cavalerie a été enrégimentée d'une manière permanente, c'est-à-dire jusqu'en 1671. A la lecture de ces noms, on comprendra pourquoi nos rois, à partir de Henri IV, ont tendu à réduire peu à peu la charge à un simple titre d'honneur.
20 décembre 1549. Claude de Lorraine, duc d'Aumale.
24 novembre i558. Jacques de Savoie, duc de Nemours. 6 mai 1589. Charles de Valois, duc d'Angoulême.
1er janvier 1624. Louis-Emmanuel de Valois, comte
d'Alais, fils du précédent.
20 juillet i653. Louis de Lorraine -Guise, duc de
Joyeuse, gendre du précédent.
24 avril 1657. Henri de La Tour d'Auvergne, vi-
comte de Turenne.
A partir de l'année i552, le colonel général eut quelquefois pour auxiliaire un mestre de camp général, ou premier chef d'état-major. La charge de mestre de camp général est devenue permanente le 6 septembre 1 578. Les personnages qui
Les Compagnies de cavalerie légère. 53
en ont été pourvus depuis cette date jusqu'à Tannée 1671 sont:
6 septembre iSjS. Bernard de Nogaret, marquis de La
Valette.
27 septembre 1589. Anne d'Anglure, baron de Givry.
1594. Louis de L'Hôpital, marquis de Vitry.
28 juillet 1595. François de La Grange d'Arquien
de Montigny.
3o décembre 161 1. N., comte de Saint-Aignan. i«r septembre 1620. Gilbert Filhet de La Curée.
juillet 1628. François, duc de LaTrémouille.
8 avril i633. Charles d'Escoubleau, marquis de
Sourdis.
5 juillet 1637. Roger de Choiseul, marquis de
Praslin.
II décembre 1641. Jean, comte de Gassion.
3o mai 1646. Philippe de Clérambaut, baron de
Palluau.
3i août i653. Roger, comte de Bussy-Rabutin.
6 décembre 166 5. Armand du Cambout, marquis de
Coislin.
Les attributions ordinaires du mestre de camp général, avant que cette charge fût devenue une sinécure, s^étendaient à tout ce qui est relatif à la discipline, à Pinstruction et aux marches des troupes à cheval. Quand il y avait deux armées sur pied, le mestre de camp général commandait la cavalerie de celle où n'était pas le colonel général.
Le cas de trois armées en campagne s'étant présenté, le colonel général eut dès. Torigine un deuxième adjoint ayant qualité pour le remplacer comme magister équitum, G'^st Pintendanl général, ou commissaire général de la cavalerie légère, titre qui implique des attributions de surveillance administrative. Le premier officier qui fut pourvu de cette charge fut certainement Horace Farnèse, puisqu'il existe un ordre royal daté de Cognac le 24 janvier i554, et donnant à Louis Pic de La Mirandole commission de colonel et intendant général des chevau-légers françois en Italie, en V absence du duc d'Aumale, colonel général, et en remplacement d'Horace Farnèse, duc de Castro, décédé.
La charge du commissaire général n'est devenue permanente que le i5 octobre 1654, et elle a existé, comme celles du colonel général et du mestre de camp général jusqu'au 17 mars 1 788. Un seul commissaire général a exercé en titre d'office, avant la permanence des régiments. C'est Timoléon de Séricourt, marquis d'Esclainvilliers, nommé le i5 octobre 1654.
Nous avons vu qu'en i552, au moment de l'occupation de Metz, la cavalerie légère fitmçaise figurait dans l'armée pour un chiffire double de l'effectif des compagnies d'ordonnance.' Il nous a été impossible de trouver ou de composer un état complet des troupes de tous noms et de tous
Les Compagnies de cavalerie légère. 55
genres, françaises ou étrangères, archers, argoulets, albanais, pistoliers, arquebusiers, que le roi Henri II pouvait avoir à son service dans les dernières années de son règne. Après la paix du Câteau-Cambrésis qui amena la cessation de la guerre extérieure et Pévacuation de P Italie, il y eut de nombreuses réformes ; les troupes étrangères furent congédiées -, la plupart des compagnies de cavalerie légère françaises furent réformées, et celles qui furent conservées à cause du nom et des services de leurs capitaines, furent tranformées en compagnies de gendarmes, qui seules pouvaient jouir du privilège de la permanence, c'est-à-dire d'être payées sur l'ordinaire des guerres.
On se fera une idée des forces de cavalerie alors maintenues sur pied par le mandement du roi François II, donné à Saint - Germain , le I®' février i56o, au moment où allait éclater la conjuration d'Amboise « pour le département <i des compagnies des ordonnances que ledict sei- <( gneur veult et entend faire marcher en armes « et grands chevaux. » C'est, croyons-nous, une liste très-complète des compagnies de cavalerie entretenues à ce moment.
« Département des compagnies de gens d'armes ordonnés marcher et estre le 25 de ce présent mois es lieux cy-après déclare^ :
En Savoie, Dauphiné et Bresse.
M. le prince de Salerne", 3o lances.
M. de La Mothe-Gondrin, 3o — M. de Savoie, loo —
En Languedoc.
M. le comte de Villars, M. de Clermont,
Roy de Navarre
En Guyenne,
lOO
M. de Burie,
A Bordeaux,
M. de Jarnac,
A La Rochelle.
M. d'Ossun, M. le comte de 1
En Piedmont.
Beyne,
lo compagnies.
43o lances.
« Aultres compaignies qui demeureront à la suite de M, le maréchal de Termes, pour le pays de Poictou :
Maréchal de Termes, à Loches,
5o lances.
M. de Sansac,
M. du Lude,
M. de La Vauguyon,
M. de Randan,
Prince de Navarre,
Comte de La Rochefoucaud,
Comte de Charny,
8 compagnies.
270 lances.
Les Compagnies de cavalerie légère. bj
En Bretaigne.
M. d'Estampes, 3o lances.
« En Touraine et Anjou, avec M. le duc de Montpensier , nommé au gouvernement de Tours :
M. de Montpensier, 3o lances.
Comte d'Horon, gendarmes écossois, 60 —
M. de Gonnor, 3o —
M. de Vassay, 3o —
4 compagnies. 1 5o lances.
A Sedan, Champaigne.
Duc de Bouillon, 3o lances.
« Aultres étant sous M. le maréchal de Sainte André, es pays de Lyonnois, Auvergne et Bourbonnois.
Maréchal de Saint-André, à Moulins, 80 lances.
M. de Bourdillon, 3o —
M. de Damville, 3o —
M. de Lafayette, 3o —
M. de Montluc, 3o —
5 compagnies. 200 lances.
« Aultres qui demeureront en Basse Normandie, sous M. de Villebon, es environs de Caen :
Marquis d'Elbœuf, 40 lances.
M. de Villebon, 3o —
M. d'Annebaut, 3o —
M. de La Mailleraye, 3o —
4 compagnies. 1 3o lances.
« Aultres qui demeureront à Rouen et environs
M. Tadmiral de Châtillon,
6o lances.
M. d'Estrées,
2 compagnies.
90 lances.
A Met^,
M. de Vieilleville,
3o lances.
A Orléans.
Le prince de La Roche-sur- Yon,
3o lances.
Le duc d'Orléans,
M. de La Trémouille,
M. le Vidame,
4 compagnies,
140 lances.
<( Aultres que le Roy veult faire venir es enyi^ rons d'Orléans, et y estre le 20^ de ce présent mois :
M. d'Angoulesmes, 3o lances.
M. de Nevers, 80 —
M. d'Aumale, 80 —
M. de Nemours, 3o —
M. de Tavannes, 3o —
M. de Terride, 3o —
Francisque d'Esté, 3o —
Comte d'Eu, 3o —
La Roche du Maine, 3o —
Le prince de Gondé, 3o —
M. de Beau vais, 3o —
Le duc de Lorraine, 60 —
A reporter, 12 compagnies. 490» lances.
Les Compagnies de cavalerie légère. Sg
Report. 12 compagnies.
490 lances.
M. le Connestable,
M. le maréchal de Montmorency,
M. le maréchal de Brissac,
M. de Chaulnes,
M. de Genlis,
M. de Guise,
M. de Longueville,
Le prince de Mantoue,
M. de La Brosse,
M. de Crussol,
22 compagnies.
1000 lances.
En Picardie, à Rue.
M. de Sénarpont,
3o lances.
A Montreuil.
M. de Morvilliers,
A Péronne.
M. d'Humières,
3 compagnies.
90 lances.
D'après cet état, il existait en i56o, au moment où commençaient les guerres civiles, 65 compagnies de gendarmes des ordonnances, montant à 2^590 lances.
Il n'y avait plus que 4 compagnies à 100 lances, celles du connétable et du duc de Guise, du roi de Navarre et du duc de Savoie. La majeure partie était à 3o lances.
La pièce suivante est intéressante en ce qu'elle nous montre, trois ans plus tard, après la pre-
6o Histoire de la Cavalerie,
mière guerre civile, raccroissement du nombre et de reffectif des compagnies et leur distribution dans les provinces à cette époque.
C'est un ordre pour une montre générale, ou revue administrative, qui dut avoir lieu le 10 juin i563.
Compaignîes près la personne du roy,
« Monsieur, 70 lances ; Longueville, 60 ; Gonnor, 40 ; Martigues, 40; comte de Charny, 40; du Péron, 40; de Rostaing, 40. — 7 compagnies et 33o lances.
Isle de France,
« Connétable, 100 lances ; maréchal de Montmorency, 80 ; TAdmiral, 60 ; de Méru, 3o; de Thoré, So; de Genlis, 3o; deTorcy, 3o; d'Estrées, 3o; La Chapelle aux Ursins, 3o ; de Rambouillet, 3o. — 10 compagnies et 45o lances.
Picardie.
« Prince de Condé, 80 lances ; Sénarpont, 3o ; Chaulnés, 3o; Mailly, 3o; Morvilliers, 3o; Piennes, 3o; Crèvecœur, 3o ; Rubempré, 3o. — 8 compagnies et 290 lances.
Brie, Champagne, Met![, Toul et Verdun,
a Duc de Lorraine, 80 lances ; Henri de Guise, 70 ; Elbœuf, 5o; Charles de Guise, 3o; duc de Ne vers, 70; Vieilleville, 60; EsclavoUes, 3o; Beauvais, 3o; Crussol, 3o; d'Oysel, 40 ; duc d'Attri, 3o ; Clermont d'Am boise, 3o : vicomte d'Auchy, 5o ; Brienne, 3o ; comte Rheingrave, 40; La Valette, 3o; Barbezieux, 3o; Vaudémont, 5o; Bouillon, 3o; de Brosse, 3o. — 20 compagnies et 840 lances.
Bourgogne,
« Duc d'Aumale, 80 lances ; maréchal de Bourdillon,
Les Compagnies de cavalerie légère, 6i
60 ; Tavannes, 5o ; Sennectère, 3o. — 4 compagnies et
220 lances.
* Lyonnais, Fore!jf, Bourbonnais, Beaujolais, Auvergne,
La Marche.
« Duc de Savoie, 100 lances ; duc de Nemours, 60 ; comte de Beyne, 20 ; Lafayette, 3o ; Biron, 40. — 5 compagnies et 25o lances..
Dauphiné.
« Comte de Suze, 3o lances ; Maugiron, 3o ; Clermont, 3o. — 3 compagnies et 90 lances.
Provence.
« Comte de Tende, 3o lances ; prince de Salerne, 3o. — 2 compagnies et 60 lances.
Languedoc.
a Damville, 60 lances ; Joyeuse, 3o ; comte de Roussillon, 3o; baron de Terride, 40; Francisque d'Esté, 5o; prince de Mantoue, 5o ; de Montsalèz, 40. — 7 compagnies et 3 00 lances.
Guyenne.
« Prince de Navarre, 80 lances ; de Burie, 3o ; Montluc, 40 ; d'Escars, 3o ; La Rochefoucaud, 40 ; Jarnac, 3o ; Montpezat, 3o. — 7 compagnies et 280 lances.
Limosin.
a Du Lude, 3o lances ; Sansac, 40 ; La Vauguyon, 3o ; Ventadour, 3o ; de Losse, 40 ; La Trémouille, 3o ; de Mézidres, 3o. — 7 compagnies et2 3o lances.
Touraine, Anjou, Maine.
« M. d'Anjou, 5o lances; Montpensier, 60; le comte Dauphin, 3o ; comte de Villars, 40 ; Chavigny, 40 ; Guémenée, 3o ; duc de Somma, 3o. — 7 compagnies et 280 lances.
Orléanais et Berry.
« La Roche-sur- Yon, 60 lances; d'Andelot, 3o; Sipierre, 3o; Malicorne, 3o; d'Esguilly, 3o. — 5 compagnies et 180 lances.
Bretagne,
a Estampes, 60 lances ; de Vassé, 3o ; Chantemesle, 3o. — 3 compagnies et 1 20 lances.
Normandie.
« Maréchal de Brissac, 80 Lances ; comte de Brissac, 3o ; La Mailleraye, 3o ; Matignon, 3o ; La Carouge, 3o ; Villebon, 3o ; Rochefort, 3o ; Alègre, 3o. — 8 compagnies et 290 lances. *
C'était, au total, io3 compagnies et 4,210 lances, chiffre énorme, au-dessus des ressources ordinaires du pays, et les noms de beaucoup de capitaines devaient inspirer des craintes à la cour dans la situation profondément troublée où s'agitait la France. Il est probable que cette revue générale des gendarmes passée le 10 juin i563^ pendant une u-êve, avait pour objet de se rendre compte de la situation, car elle fiit suivie d'un édit donné à la date du 20 septembre à Meulan^ « portant que les compaignies qui viendroient « cy après à vaquer par mort ou forfaiture, « seront et demeureront éteintes et supprimées^ « sans que, pour quelque cause que ce soit, il « puisse y être poufveu d'une manière quel- « conque. »
Dix mois plus tard, suivant un état de revue du
Les Compagnies de cavalerie légère. 63
7 avril 1 564, le nombre et TefFectif de ces compagnies était déjà sensiblement diminué. Il n'y avait plus que 91 compagnies et 3,170 lances.
D'après un autre état du i5 mars i567, il ne restait à cette date que 69 compagnies et 2,3oo lances.
Nous transcrivons ces deux états qui nous paraissent curieux par Tindication qu'ils donnent des stations habituelles des gendarmes et par leur correspondance avec deux de ces trêves inquiètes, pendant lesquelles Charles IX et Catherine de Mëdicis épiaient les mouvements d'une partie de la noblesse cherchant toujours l'occasion d'une reprise d'armes.
uepartemem aes au 7 avril
compagnies ae gens a a 1564; après Pasques.