‹ Histoire de la cavalerie française (volume 3)Chapitre 44 sur 44 · DISTINCTIONS. COULEURS · texte numérisé non relu

DISTINCTIONS. COULEURS

Jaunes.

Blancs.

Blancs.

Blancs.

Blancs.

Blancs.

Blancs.

Blancs.

Blancs.

Blancs en olive.

Blancs.

Us

Colonel général, Mestre de camp gi, Commissaire géni, Royal, Du Roi, Royal étranger.

Cuirassiers, Rbyal-Cravates, Royal- Roussillon,

Royal-Piémont, Royal-Pologne, Royal-Lorraine, Royal-Picardie, Royal-Champagn e, Royal -Navarre, Royal-Normandie, La Reine,

Le Dauphin,

Bourgogne,

Orléanais,

Evêchés,

Franche-Comté,

Septimanie,

Queray,

La Marche,

Royal allemand.

revers et parem.

revers {parements revers et parem. \

écarlate.

écarlate.

jonquille.

cramoisi.

aurore.

rosei

21 Berry,

Blancs, \ timbrés d'une ' 22 Carabiniers, fleur de lys. )

^'f "'. • ] 23 ArtoiB.

armes du prince. )

revers parements revers etparemo. revers parements revers et parem. \ parements j

revers et parem. \ revers ;

parements ;

revers et parem. \ revers '

parements ;

revers et parem. ) revers ! «"" "«""'•

revers et parem. ^ revers J

paremen ts /

revers et parem . \ revers ;

parements ,

parem. et collet cramoisis, revers et -parements blancs collet et doublure écarlate.

revers et parements écarlate.

r revers et parements bleu cé- ( leste, collet écarlate.

souci.

blanc.

BOUTOXS ET NUMÉROS. REGIMENTS. DISTINCTIONS. COULXURS.

. . ! 24 Orléans, revers bleu céleste,

armes au pnnce. *

. paremeots et collet orange, le

Blancs en olive. 35 Xassau-Saarbrûck,^ surplus pareil i Royal alle-

V mand.

« Le régiment Colonel général portera un bordé « de laine jaune, de 6 lignes de large, sur les pa- « rements et les revers, ainsi que des bouton- « nières d^un galon semblable. Les deux autres « régiments de Tétat-major ne porteront que des « boutonnières.

« Le Royal allemand aura Thabit à la polo- « naise, garni de chaque côté de lo brandebourgs « en lîl blanc, de 4 pouces 3 lignes de longueur « sur I pK)uce 5 lignes de largeur; les parements « retroussés en patte à la polonaise, sans brandi debourgs, bordés d'un galon de fil blanc de « (5 lignes; Thabit garni sur chaque hanche de « 3 brandebourgs en patte d'oie. Veste courte de « peau de mouton blanchie, bordée d'un galon « de fil blanc de 1 2 lignes, et fermée avec 16 agra- « fes. Bonnet de peau d'ours, sans écusson, le • fond en drap cramoisi; garni d'un cordon « blanc à la grenadière; panache en plumes « blanches.

« Les carabiniers auront le collet droit en « drap bleu, bordé d'un galon d'argent de 6 li- « gnes de largeur, 7 petits boutons et même

Régiments de cavalerie. 297

« nombre d^agréments ou boutonnières en galon « d'argent de 8 lignes à chaque revers ; le parent ment bordé d'un galon d'argent de 1 2 lignes ; « 3 gros boutons à chaque poche et point de « boutonnières en argent sur la patte ; le derrière n de rhabit orné d'un fer à cheval en galon d'ar- « gent; épaulettes en drap écarlate, bordées d'un « galon d'argent de 4 lignes, chapeau bordé « d'argent.

« Les housses et chaperons des chevaux des « régiments de l'état-major seront en drap et » galon de laine, aux livrées du Colonel général, « du Mestre de camp général et du Commissaire « général.

« Indépendamment du galon dont les housses « et chaperons des régiments de l'état-major se- « ront bordés, les mestres de camp titulaires y « feront ajouter ces trophées, comme attribut « de leurs charges^ savoir :

« Le Colonel général, 5 étendards en faisceau : M 2 bleus, 2 rouges et i blanc.

« Le Mestre de camp général, 3 étendards :

« I bleu, I rouge et i blanc.

« Et le Commissaire général, 2 étendards dont « I blanc et i bleu.

« Ces trophées seront façonnés en serge dé- »< coupée et entourés de cordonnet de laine : « chacun sera d'environ 5 pouces de longueur.

« Aucun autre régiment ne pourra porter de

« trophées, ni écusson sur les housses et chape- <( rons qui seront, pour le surplus de la cava- « lerie, en drap bleu, bordé de galon de laine des « couleurs et dessins ci-après :

Royal : aurore à cinq bandes, dont trois à

point de chaînette et deux à fond

luisant.

Du Roi : à la livrée du roi — bleu, rouge et

blanc.

Royal étranger : en fil blanc.

Cuirassiers du roi : fond blanc velouté , à deux lézardes

rouges.

Royal-Cravattes : fond aurore velouté, moucheté de

bleu, rouge et blanc.

Royal- Roussillon : fond aurore velouté, à deux lézardes

bleues.

Royal- Piémont : fond aurore velouté, à trois rangs de

carreaux, celui du milieu rouge et

blanc, les deux autres bleus.

Royal allemand : fond blanc velouté, une lézarde rouge

au milieu.

Royal-Pologne : fond aurore velouté, à grains* d'orge

bleus renfermant des carreaux

blancs.

Royal -Lorraine : fond uni à tablettes blanches et bleues. Royal- Picardie : chaînettes jaunes sur un fond rouge

plein.

Royal-Champagne : chaînettes noires sur un fond Isabelle

plein.

Royal-Navarre : chaînettes rouges sur un fond blanc

plein. Royal-Normandie : tablettes rouges et blanches sur un

fond uni.

Régiments de cavalerie.

La Reine :

Le Dauphin

Bourgogne :

Berry :

Carabiniers Artois :

Orléans :

Orléanais :

Évêchés :

Franche-Comté Septimanie :

Quercy ;

La Marche :

A la livrée de la reine.

fond aurore velouté, moucheté de

bleu. \

fond blanc velouté, liséré de cramoisi,

et mosaïque bleue renfermant des

grains d'orge cramoisis, bleu, rouge et blanc, en échelle, sur

fond aurore velouté, en fil blanc, posé à la Bourgogne, à la livrée du comte d'Artois, sur fond

velouté, à la livrée d'Orléans, rayé dans le

milieu de deux raies blanche et

bleue, jaune, à carrés mi-partie diagonale-

ment de noir et de rouge, jaune, à carrés écartelés rouges et

bleus, une croix blanche brochant

sur chacun, jaune, à carreaux alternativement

blancs et cramoisis, blanc, à cinq raies alternativement

cramoisies et bleues, liées en faisceau par un ruban jaune, blanc, à colonne bleue, autour de

laquelle règne un ruban cramoisi,

sur un fond jaune bordé de noir, blanc, à carreaux alternativement

jaunes et rouges. »

La République a très-peu modifié la tenue réglée en 1786. Elle a, bien entendu, fait disparaître le galonnage de livrée des équipages et Ta remplacé par un galon uniformément blanc, mais

3oo Histoire de la Cavalerie.

elle a couservé aux tambours et trompettes le galon à la livrée du roi, qui existe encore aujourd'hui, et Ton peut dire de ce galon tricolore, qu'il est le lien qui rattache l'ancienne armée à la nouvelle. Le numérotage des régiments ayant été modifié, il fallut adopter de nouvelles séries de couleurs distinctives. Les 2 régiments de carabiniers et les 6 premiers régiments de cavalerie eurent Técarlate, les 6 régiments de cavalerie suivants prirent le jonquille, les numéros de i3 à 18 le cramoisi et les derniers le rose.

L'examen attentif du règlement de 1 786 donne lieu à plusieurs remarques intéressantes et instructives et ramène à un point délicat. Nous avons déjà cité ce fait, singulier quand on l'envisage au point de vue des idées aujourd'hui courantes, que le roi ne faisait les frais des enseignes que pour les régiments dont il était le chef, disposition entraînant une certaine indépendance pour les princes et gentilshommes qui possédaient les autres régiments. Or, cette indépendance est manifeste par l'examen des étendards des 60 régiments de cavalerie qui existaient sous Louis X\' avant les réformes qui suivirent la guerre de Sept ans. Tous les régiments royaux ou appartenant à des princes du sang, sans exception, avaient des étendards bleus, de la couleur de Técusson royal. Ces régiments étaient alors au nombre de 1 7, et tous ceux qui ont été admis depuis au même hon-

Régiments de cai>alerie, 3oi

neur ont pris le même étendard. Sur les 40 régiments qui appartenaient aux princes parents du roi ou à des gentilshommes, 22 avaient des étendards rouges ou cramoisis, 6 jaunes, 5 aurores, 3 verts, i feuille-morte et i isabelle. 2 étaient mi-partie ; c^était Condé : bleu au droit et ventre de biche au revers -, et Rohan : blanc au droit et rouge au revers.

Tous ces étendards de cavalerie, dont nous donnerons la description aux notices des régiments, étaient sans cravates. Un seul faisait exception, c'était Tétendard du régiment de gentilshommes, devenu plus tard Royal-Lorraine, qui était orné de ce que Ton appelait des bourses, et ces bourses étaient blanches.

Quant aux régiments de Tétat-major, et c'est sur ce fait que nous appelons spécialement l'attention, dans le Colonel général, l'étendard de la compagnie colonelle était blanc, ceux des 7 autres compagnies étaient noirs -, chez Mestre de campgénéral, tous les étendards étaient rouges-, chez Commissaire général, tous les étendards étaient bleus. On doit en conclure que, de même ^ue le blanc était Temblème personnel du colonel général, c'est-à-dire de l'autorité supérieure, le rouge caractérisait le commandement de second ordre et le bleu Fautorité du troisième degré hiérarchique.

Si ce fait était isolé, il pourrait sembler peu probant, mais il ne Tétait pas.

3o2 Histoire de la Cavalerie.

Le règlement de 1786 nous apprend que les équipages des chevaux se distinguaient dans, les régiments de l'état-major général par des faisceaux de trophées d^étendards fixés dans les coins des housses, et sur les chaperons des fontes de pistolet.

Dans le régiment du colonel général, ce trophée se composait de 6 étendards, i blanc au centre, puis 2 rouges au-dessous, et 2 bleus au bas.

Mestre de camp générai n'avait que 3 étendards dans son trophée : i blanc, i rouge et I bleu.

Commissaire général ^ 2 seulement : r blanc et I bleu croisés.

C'est toujours le même symbole : le blanc exprimait T autorité militaire supérieure ; le rouge caractérisait l'autorité secondaire et le bleu l'autorité la moins élevée.

Ces trois couleurs : le blanc, le rouge et le bleu signifiaient donc alors, aux temps de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI, ce qu'elles signifient encore aujourd'hui dans l'armée. C'est peut-être d'une manière inconsciente qu'on attribue dans J'armée moderne la couleur blanche aux maii*chaux de France et généraux en chef, le rouge aux généraux de division et le bleu aux généraux de brigade ; mais, à coup sûr, ce n'est point par l'effet du hasard. On s'est souvenu ; on a continué de faire sous la République ce qui se faisait

Régiments de cavalerie. 3o3

au temps de la monarchie, et sans y mettre de malice. Ce n'est pas tout. Cette affectation des trois couleurs aux trois degrés de la hiérarchie militaire n'était pas spéciale aux officiers généraux de Tétatmajor de la cavalerie. On la retrouvait identique dans la marine, qui possédait, comme la cavalerie, un état-major particulier. Autrefois,^ cela remonte bien haut, quand la marine était partagée en marine du Ponant ou des vaisseaux de TOcéan et en marine du Levant ou des galères de la Méditerranée, les vaisseaux portaient le pavillon bleu et les galères le pavillon rouge. Le pavillon blanc était réservé au grand amiral de France, surintendant général de la navigation. Sous Louis XIV, les flottes de copibat se partageaient en corps de bataille commandés directement par Tamiral, en avant-garde dirigée par le vice-amiral, et en arrière-garde conduite par le contreamiral. Le pavillon amiral était blanc, le pavillon vice-amiral était rouge et celui du contre-amiral était bleu. C'était exactement la même chose dans la flotte anglaise, et probablement dans celles de plusieurs autres pays d'Europe.

Jusqu'à ces dernières années, l'amirauté anglaise admettait la division de la flotte britannique en escadre blanche, escadre rouge et escadre bleue. Il en était probablement de même en Hollande, et peut-être ne s'aventure-t-on pas beaucoup en pensant que l'exemple des Provinces-Unies,

3o4 Histoire de la Cavalerie.

qui avaient fait avant nous leur révolution, et qui avant nous avaient adopté le pavillon tricolore, a été pour quelque chose dans les déterminations prises en France en 1790.

De ce qui précède, on peut conclure que le blanc, sous Pancienne monarchie, avait dans les armées la même valeur qu'il possède encore aujourd'hui, qull était ce que sont encore sous nos yeux la plume blanche du général en chef et Taigrette blanche du chef de corps.

Il serait difficile de démontrer l'existence en France, avant la Révolution, d'un drapeau national, comportant l'idée politique, dominante et exclusive qu'on attribue aujourd'hui à cet emblème. Nous avons parcouru beaucoup de livres et de mémoires anciens, et nous n'avons rien trouvé qui autorise à désigner une enseigne quelconque comme ayant symbolisé exclusivement notre nation. Il y a eu des bannières royales, féodales, ecclésiastiques, communales, des enseignes adoptées par le commerce et la navigation, ou par des partis politiques ; il n'y a pas eu de bannières nationales. La féodalité s'était constituée sur un principe qui était précisément l'opposé du principe de l'union civile et politique des provinces, et, bien que la féodalité ait fini par remettre, de gré ou de force, tout l'utile de sa puissance dans les mains du roi, elle en avait conservé la forme extérieure ou symbolique, et notamment celle

Régiments de cavalerie. 3o5

qui s'exprimait par les armoiries et les livrées. Les troupes du moyen âge avaient marché sous des enseignes de toutes couleurs et de toutes formes, c'est-à-dire sous les bannières de leurs bannerets ou capitaines. Les régiments du xvii® siècle marchèrent sous les couleurs de leurs mestres de camp et changèrent de drapeaux autant de fois que de chefs. Ce fut Louis XIII, qui commença à mettre dans cette anarchie un certain ordre devenu nécessaire, en donnant comme récompense aux régiments d'infanterie dont il était satisfait un titre de province, en se faisant le colonel permanent de quelques autres corps. Ses successeurs suivirent cette voie avec persévérance, supprimant un à un les régiments de gentilshommes, et fixant la couleur et la forme de l'enseigne de chaque régiment, en même temps qu'il lui imposait un titre invariable.

Cependant, quelles que fussent les exigences et les susceptibilités de l'esprit féodal, on avait toujours senti la nécessité de grouper les bannières particulières sous d'autres bannières générales, neutres, exprimant seulement le commandement supérieur central. La première de ces enseignes,' exclusivement militaires, fut celle du connétable, et cette enseigne fut blanche, comme tous lés signes de commandement supérieur usités depuis l'antiquité. Cette enseigne, la cornette blanche, a passé des mains du connétable dans celles des I. 26.

3o6 Histoire de la Cavalerie.

colonels généraux de Pinfanterie et de la cavalerie légère.

L'éiat-major de la cavalerie légère s^étant par la suite augmente d'un mestre (fc can^ général et d'un commissaire général, chacun de ces oflSciers nouveaux p^^it ou reçut un .s}'^mbole particulier, et ces symboles furent un étendard rouge pour le premier ^ bleu pour le second. Pourquoi ces deux couleurs? Nul^ne saurait le dire, mais cela est ainsi. Le hasard seul^ peut-être, a voulu que ces .couleurs xappelassem Toriflammc de Saint-Denis et la bannière d'azur des rois capétiens.

Dans tous les cas, l'emploi -simultané des trois couleurs blanche, rouge et bleue est aussi vieux que la France, et l'usage exclusif de l'une d'elles^ en dehors de sa signification militarne et hiérarchique, n'a jamais pu représenter qu'une faction^ et ce qu'il y a de singulier, c'est que les ^andes factions qui ont divisé notre pays ne soient jamais sorties du cercle de ces couleurs. On a vu successivement les Armagnacs^ les huguenots et les insurgés de l'Ouest pnendre l'écharpe ou -l'enseigne blanche comme signe de ralliement de leur parti -, les Bourguignons, les ligueurs et les démagogues adopter le rouge. Il ne paraît pas que le bleu, la vraie couleur du roi, ait jamais tenté personne. Si les paysans de l'Ouest ont donné aux volontaires républicains le sobriquet

Régiments de cavnlerie. 3 07

de bleus^ ce ne fut pas à caruse de la couleur de leurs drapeaux, mais bien â x:ause de celle de leurs habits, et Bs eurent de sérieux motifs pour ne pas confondre oes volàntaires que commandaient les Ronsrn et les iRossignol, avec les troupes de lignç qui ptassèrent dans F Ouest en 1 793^ avec Kléber, Marceau et Dubayet, après la reddition de Mayence, et qui portaient encore à ce moment Thabit fclanc 4e la vieille infanterie. Ils n^appelaient ces soldats, qui leur fir>ent une guerre terrible, mais courageuse et loyale, ni les bleus^ ni les blancs; ils les ^pelaient les moyençais-.

Quant à la bannière de Jeanne d'Arc et au panache d'Henri IV, il faut, pour être vrai et en même temps réellement respectueux à Fégard de ces deux grandes figufes françaises, leur faire r honneur de n'y pas attacher une idée de parti. Jeanne d'Arc commandait l'armée royale et portait par ce seul fait une cornette blanche. Le panache blanc d'Ivry était également k signe apparent du commandant d'armée. Rappelons qu'à Goutras, trois ans avant Ivry et du vivant du roi légitime Henri III, le roi de Navarre et le roi de France avaient l'un et l'autre une cornette blanche dans leurs armées, et que ces deux cornettes ennemies ne pouvaient avoir dans ce cas d'autre signification que celle du commandement militaire.

3o8 Histoire de la Cavalerie.

L'adoption d'un drapeau national, possédant un sens plus étendu que celui d'une enseigne militaire, était une conséquence forcée de la suppression de tous les droits et privilèges particuliers, et de la constitution du pays sur les principes de l'unité et de l'égalité des provinces. Pourquoi l'Assemblée nationale de 1 790, en face de cette nécessité, a-t-elle adopté les trois vieilles couleurs des armées françaises, qui étaient en même temps celles de la livrée royale ? — Ce n'était certainement pas à ce moment dans un but d'hostilité à la royauté dont on prenait les couleurs, ni en vue d'une république à laquelle on ne songeait guère. — Il n'y a qu une réponse possible à cette question : l'Assemblée a fait ce choix d'urgence, sous l'impression causée par le récit des désor-. dres de la flotte de Brest, sous l'empire de la force des choses, par la vertu des faits acquis, peutêtre avec le désir de plaire au roi et sans se douter, quand elle faisait ce choix, des discussions et interprétations surprenantes que les passions des générations futures entasseraient autour de ce simple fait. Il s'agissait de la flotte : elle a pris les trois couleurs de l'amiral, du vice-amiral et du contre-amiral; elle en a composé, un yacht analogue à ceux de l'Angleterre et des États-Unis, et elle a placé ce yacht au ^ coin supérieur du pavillon amiral. Gela suffit pour calmer les têtes à Brest, et cela fut trouvé très-bon à Paris, où la

Régiments de cavalerie. 309

garde nationale était en train, depuis un an, de s'^habiller à la mode des gardes françaises, dont le costume était une combinaison des trois couleurs de la livrée royale.

L'usage du yacht de la marine a été introduit dans les enseignes de Tarmée de terre par décret du 3o juin 1791, et tout ce que l'on pourrait raisonnablement reprocher au drapeau tricolore, c'est que le petit yacht a depuis considérablement grandi, et qu'il a fini par remplir le tableau.

Les drapeaux et étendards furent, du reste, trèsloin d'être identiques jusqu'à l'Empire. Pendant les campagnes de la République, l'usage s'était continué de distinguer chaque bataillon, chaque demi-brigade, chaque régiment de cavalerie, par un drapeau ou un étendard particulier, portant ^des emblèmes et des devises. On voyait des enseignes dont le fond était blanc, le fameux drapeau d'Arcole était bjanc ; mais toutes étaient marquées par une combinaison géométrique, plus ou moins apparente, des trois coulçurs.

Le drapeau blanc, avec la signification qu'on veut lui attribuer aujourd'hui, est né en 1793, après la mort de Louis XVL C'est le drapeau de la Bretagne en deuil. Il a reparu lors de la Restauration sans la bordure dentelée de noir qui l'avait d'abord entouré, et a été imposé à Louis XVIII, qui, on l'a vu, regardait toujours le drapeau blanc comme le signe de l'autorité des

3io Histoire de la Cayalerie.

colonels généraux, et qui avait donné aux légions départementales de 1816 des drapeaux de couleurs variées qui ornent aujourd'hui les salles du Musée d'artillerie.

Le drapeau blanc est devenu dominant vers 1820, quand rinfanterie fut réorganisée en régiments, à la faveur d'un sentimentalisme politique qui, peu soucieux des réalités, s'était épris de la pureté et de la blancheur des lys, lys qui étaient d'or, c'est-à-dire Jaunes dans la bannière et dans l'écusson de nos. anciens rois.

Il a, pendant quelque temps, régné comme le symbole politique de la France. Comme enseigne nationale et historique, on l'a fait dater d'Alger, et nous pensons que l'on n'a pas eu tort de lui assigner une ancienneté aussi modeste. Peut-être eût-il été plus juste et plus sincère de l'appeler le drapeau du Trocadéro.

L'explication exacte de la valeur des signes militaires est une partie importante de l'histoire des troupes. Nous avions déjà dit, il y a 25 ans, ce qui était venu à notre connaissance sur les drapeaux de l'infanterie, arme pour laquelle Louis XIV et Louis XV ont exercé en personne les fonctions de colonel général depuis la mort du duc d'Épernon, circonstanœ qui prêtait à la confusion entre les attributs du roi et ceux du colonel général.

. La cavalerie, demeurée jusqu'au bout impré-

Régiments de cavalerie. 3 1 1

gnée de Tesprit féodal, pourvue d^un état-major particulier possédant les honneurs et les privilèges d'autrefois, permettait de serrer la question de plus près. Nous avons dû ne pas négliger de le faire.

La vérité, en histoire, est toujours bonne à dire, et il n'est pas bon que T armée puisse douter de la légitimité et de Thonneur de son drapeau, ou croire qu'il en existe d'autres plus dignes de son respect.

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