‹ Histoire de la cavalerie française (volume 3)Chapitre 9 sur 44 · LES RÉGIMENTS PERMANENTS · texte numérisé non relu

LES RÉGIMENTS PERMANENTS

L'on est disposé à croire que la constitution moderne des troupes présente de grandes différences avec la constitution ancienne, différences qui seraient toutes à Tavantage de notre temps. Il n'en est rien. On a beaucoup modifié, innové, depuis Louis XIV, dans les choses de détail, d'importance secondaire : les grandes lignes sont restées les mêmes. On sait que Finfanterie en 1 789 se composait de 2 régiments de la garde forts ensemble de 10 bataillons, de 104 régiments de ligne à 2 bataillons de 9 compagnies dont I de grenadiers, de 12 bataillons de chasseurs à pied, et de 7 régiments appartenant à la marine. On jugera, d'après ce que nous allons dire de la cavalerie, que son organisation est restée, elle aussi, à peu de chose près, telle qu'elle est sortie des mains de Louis XIV et de Turenne.

A la fin de cette guerre générale, commencée en 1672 par l'invasion de la Hollande et qui

se termina en 1678 par la paix de Nitnègue, dont le roi de France dicta les conditions, la cavalerie se composait de 4 groupes :

La maison du roi.

La gendarmerie.

Les régiments de cavalerie légère.

Les régiments de dragons.

La maison du roi formait 2 divisions de réserve. Les 4 compagnies des gardes du corps, dont Peffectif était d'environ i ,400 combattants, formaient une première division de réserve, dont le commandement appartenait de droit au capitaine de la compagnie dite écossaise, qui comprenait à cet effet un état-major complet.

La compagnie des gendarmes de la garde, celle des chevau-légers de la garde, les 2 compagnies de mousquetaires, et à partir de 1(576 la compagnie des grenadiers de la garde, formaient par leur réunion une deuxième division de réserve de i ,200- hommes environ, que Ton prit l'habitude de désigner sous le nom de maison rouge^ à cause de la couleur des habits des gendarmes, chevau-légers et mousquetaires.

Les mousquetaires représentaient dans la garde le corps des dragons, et les grenadiers le corps des carabiniers. Cette compagnie de grenadiers, bien que récemment créée, prenait en campagne la tête de la garde proprement dite, après les gardes du corps et avant la maison rouge.

Les Régiments permanents, 1 2 5

La gendarmerie, souvenir des compagnies des ordonnances, formait une troisième division de réserve de 1,200 à 1,600 hommes. Elle comprenait, en 1678, 12 compagnies de 100 hommes: les gendarmes écossais, la plus vieille troupe de France, les gendarmes anglais, les gendarmes bourguignons et les gendarmes de Flandre, qui appartenaient au roi ; les gendarmes et chevaulégers de la Reine, les gendarmes et chevaulégers du Dauphin, les gendarmes et chevaulégers d'Anjou, les gendarmes et chevau-légers d'Orléans. A ces 12 compagnies vinrent s'en joindre 4 autres créées en 1690 pour deux des petits-fils de Louis XIV, les gendarmes et chevau-légers de Bourgogne, les gendarmes et chevaulégers de Berry. •

C'était 3 divisions de cavalerie de réserve, dont les fractions ne présentaient entre elles d'autres différences que celles des noms et des uniformes; montées sur de grands chevaux, elles constituaient la grosse cavalerie.

La cavalerie légère comptait, en janvier 1678, 99 régiments de 8, de 6, de 4 et de 3 compagnies, suivant leur ancienneté ou le crédit de leurs chefs. Enfin le corps des dragons avait 14 régiments, organisés de la même manière.

Au total, la France avait, à l'heure où se signait la paix de Nimègue, 279,000 hommes sur pied, i63,ooo en campagne et 116,000 en gar-

nison. Dans ce chiffre les troupes à cheval figuraient pour 6o,36o hommes^ 3,420 hommes de la maison du roi et de la gendarmerie, 47,100 cavaliers et 9,840 dragons. 60,000 hommes <fe cavalerie, c'est encore le chiffre que la France veut pouvoir mettre en campagne. La différence avec les besoins de notre temps est tout entière dans rinfériorité numérique relative de l'infanterie, qui n'avait pas encore pris toute l'importance qu'elle a acquise depuis et dans l'absence de l'artillerie qui ne faisait que de naître comme corps militaire, et qui abritait son enfance sous l'aile de l'infanterie dans laquelle elle était confondue.

Voici le listes des régiments de cavalerie et de «dragons sur pied en 1678 :

CAVALERIE LEGERE

Colonel général.

Condé.

Mestre de camp généraL

Enghien.

Commissaire général.

Varennes.

Royal.

Rouvray.

Le Roi.

Villeroy.

Royal étranger.

Quinson.

Cuirassiers du roi.

Livry.

Royal-Cravates.

Léry-Girardin

Royal- Roussillon .

La Valette.

Royal- Piémont.

La Rablière.

La Reine.

Biran.

Le Dauphin.

Bartillat.

Orléans.

Oljicr.

Les Régiments permanents.

Calvo.

La Mothe-Houdancourt.

Servon.

Cayeux.

D'Auge r.

Villars.

Du Bordage.

Florensac.

Saint-Valery.

Bulonde.

Saint-Germain.

Ruvigny.

Sourdis.

Bissy.

Choiseul- Beaupré .

Tilladet.

Bligny.

Charlus.

Amolfini.

Rosen.

La Luzerne.

Montgommery.

Locmaria.

l-a Roquevieille.

Langailerie.

Vivans.

Magnac.

Rassent.

Saint-Aignan.

Lauzier.

Saussay.

Châtillon.

Konigsmark.

Schomberg.

Grignan.

Estrades.

L'Hommeau.

Bezons.

Puységur.

Imécourt.

Romainville.

Grillon.

Rivarole.

Royal anglais.

nies.

Montbas.

Saint-Simon.

Pracomtal.

Le Bret.

Druy.

Montai.

Courtebonne.

Alsace.

Lé vis.

Chevalier Duc.

Gassion.

Albret.

Heudicourt.

Saint- Sylvestre.

Mélac.

Dauphin étranger.

Pelleport.

Pontségut.

Chevreau.

Noailles.

Quincy.

Marivaux.

Montauger.

Du Rozel.

Boham hongrois.

Villeneuve.

Villepion.

Lombres.

DRAGONS

Royal.

Du Fay.

Colonel général.

La Bretesche.

Enonville.

Longueval.

Tessé.

Bursard.

Listenois.

Asfeld.

Fimarcon.

Barbezières.

Saint-Sandoux.

Gahges.

Par une bizarrerie, dont Texplication nou=i échappe, Louis XIV, qui avait donné le pas sur .les siens aux régiments des officiers généraux de rétat-major de la cavalerie, ne fît pas le même honneur au colonel général des dragons, et régla le rang de la manière inverse. Cette anomalie ne s^est pas maintenue au delà du règne de Louis XIV.

Ainsi qu'on en peut juger, les premiers régiments de la cavalerie et des dragons avaient un rang fixe, invariable, et formaient par conséquent toujours en campagne têtes de brigade; c'étaient les régiments des officiers généraux pourvus des grandes charges, ceux dont le roi était colonel titulaire et ceux qui étaient la propriété de la reine et des princes de la famille royale. Plus tard, cette fixité du rang fut acquise aux corps qui furent mis sous des titres de provinces. Les

Les Régiments permanents. 129

autres, dits régiments de gentilshommes^ parce qu'ils portaient le nom de leur mestre de camp, ou régiments gris de la couleur de leur habit, n'avaient pas de rang fixe; ils suivaient Tancienneté de leurs chefs.

Cette diversité dans les effectifs des régiments, et par conséquent dans leur valeur vénale, et dans les prérogatives et privilèges attachés à leurs noms et à leurs rangs, était un puissant motif d'émulation, et cette diversité donnait même le moyen de satisfaire tous les goûts. Le duc de Saint-Simon était très-fier de posséder un régiment gris, qui lui permettait de faire sonner son nom et de faire porter sa livrée à ses trompettes. Beaucoup d'autres, moins spirituels et plus sages, trouvaient plus profitable, après avoir débuté par un petit régiment gris de 3 compagnies, de mériter par leurs services que le roi les récompensât d'abord par l'augmentation du nombre des compagnies entretenues jusqu'au jour où ils pourraient prétendre à la charge de mestre de camp-lieutenant dans un dçs grands régiments royaux ou princiers, ce qui devait les conduire avec certitude au grade de brigadier.

Entrons plus avant dans le mécanisme de cette organisation, où sous bien des rapports il y aurait des leçons à puiser.

Il n'y avait point d'écoles spéciales en ce temps-là. La maison du roi et la gendarmerie en

i3o Histoire de la Cavalerie,

• tenaient lieu. Les compagnies de mousquetaires

surtout étaient la pépinière d'où sont sortis pendant plus de cent ans les intrépides et fidèles officiers de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI, qui, de Sénef à Fontenoy, de l'Escaut au Mincio, des bords du Danube aux rives de l'Hudson, ont assez versé de leur sang pour faire largement oublier les désordres de leurs non moins braves mais trop turbulents ancêtres. Les 2 compagnies de mousquetaires, organisées pour combattre à pied et à cheval, seules de toutes les troupes de cavalerie de la maison du roi casernées à Paris, étaient installées dans deux hôtels construits pour elles, Tun au faubourg Saint-Antoine, et Tautre au faubourg Saint- Germain, et fournissaient à Tinfanterie et à la cavalerie la presque totalité de leurs officiers. La jeune noblesse, qui passait alors plus qu'aujourd1iui les années de l'enfance dans la fortifiante vie de la campagne, arrivait aux mousquetaires à quinze ans, y était soumise à une discipline sévère, rompue aux exercices et manœuvres de rinfanterie et de la cavalerie, instruite dans toutes le? sciences qui se rapportent à la guerre, et elle avait souvent la chance de faire, sans quitter récole, la meilleure application de Téducation qu'on lui donnait en marchant à l'ennemi et en combattant sous l'œil de ses maîtres et professeurs, avec toute l'émulation, tout l'entrain, de

Les Régiments permanents. 1 3 1

son âge, heureuse tf enlever ainsi à la pointe de répée une cornette ou une sous-lieutenance. •

Le recrutement des corps se faisant en temps ordinaire par des volontaires, les rangs étaient peuplés de vieux soldats qui fournissaient d^excellents sous-ofBciers, sous-officiers d'autant meilleurs qu'on leur laissait à peu près complètement les soins de tous les détails du service intérieur et de rinstruction des cavaliers, système 'qui avait le double avantage de rehausser le sous-officier à ses propres yeux et aux yeux des soldats et d'empêcher l'officier de tomber dans le caporalisme et dans tous les inconvénients de cette vie entrecoupée, dont les heures se passent sur le chemin qui conduit du logis à la caserne et inversement, avec stations dans des lieux intermédiaires dont les porter sont toujours ouvertes.

L'effectif de la compagnie de cavalerie ou de dragons variait en temps ordinaire de 20 à 60 honmies suivant l'état du Trésor. Chacune avait son capitaine, un lieutenant, un cornette ou un guidon, quelquefois un sous-lieutenant, enfin un maréchal des logis, qui remplissait à peu près et simultanément les fonctions de notre adjudant et de notre maréchal . des logis chef. Il y avait en outre des brigadiers, à raison d'un brigadier pour 12 à 16 maîtres. Ce brigadier avait plus d'importance que n'en a celui de nos jours. C'était un véritable sous-officier.

i32 Histoire de la Cavalerie.

Aussi longtemps qu'elle demeura la propriété du capitaine, ^la compagnie s'administra séparément et posséda son enseigne particulière. Cette enseigne s'appelait étendard dans la cavalerie; il était carré comme l'ancienne bannière. Dans les dragons l'enseigne s'appelait guidon; il était rectangulaire, un des petits côtés appliqué à la hampe; le bord opposé flottant était découpé en deux demi-cercles. La question de l'enseigne, reste des prérogatives du banneret, touchait si fort au cœur des capitaines et des mestres de camp qu'un étendard arboré ne se désarborait plus. Un régiment qui avait été porté à 12 compagnies au moment d'une guerre, entendait conserver ses 1 2 étendards ou guidons alors même que les réformes l'avaient réduit à 4 compagnies.

En temps de paix, la compagnie se maintenait à l'effectif déterminé par des enrôlements volontaires et par les soins du capitaine. Les officiers, qui aimaient comme aujourd'hui les congés de semestre, n'obtenaient dans certains cas leur congé qu'à la condition de ramener un ou deux hommes de recrue. En temps de guerre; le roi complétait l'effectif par les hommes que devaient fournir les fiefs, ou avec ceux de la milice levés par un pro^ cédé qui a servi de modèle à la conscription.

D'après ce que nous venons d'expliquer, on voit qu'en temps de paix la compagnie ne représentait guère comme élément de manœuvre que

Les Régiments permanents. i33

réquivalent d^un peloton, tout au plus d'un tiers ou d'une moitié d'escadron. L'effectif d'une compagnie a quelquefois dépassé loo maîtres, ipais cela n'a jamais eu lieu que d'une manière transitoire, à la fin d'une guerre, par suite de la réforme d'une partie des régiments et du versement de leurs hommes dans les régiments conservés sur pied.

C'est, en effet, le rôle de fraction d'escadron que la compagnie a joué jusqu'à la Restauration, jusqu'à l'ordonnance du 25 août i8i5, qui a créé l'escadron-compagnie. Jusque-là, l'escadron n'existait que comme formation de manœuvres et de combat.

Au moment de l'institution définitive des régiments, en 1671, l'escadron comprenait 3 compagnies. Cela demeura ainsi jusqu'en 1733. Cette année il fut porté à 4 compagnies de 40 hommes, ce qui donnait à l'escadron 160 maîtres. Après la guerre de Sept ans, en 1762, l'escadron n'eut plus que 2 compagnies, mais l'effectif de ces compagnies fut doublé. Après quelques oscillations dans le nombre et dans l'effectif des compagnies en 1772, 1779 et 1784,1e système de 1762 prévalut enfin en 1 788, et le grade de chef d'escadron fut créé. Jusqu'à ce moment, les compagnies de l'escadron, qui se rangeaient de la droite à la gauche dans l'ordre d'ancienneté des capitaines, étaient sous le commandement supérieur du capi- I. 12

i34 Histoire de la Cavalerie,

taine le plus ancien, dont la compagnie personnelle, dirigée par le lieutenant, prenait' le nom de compagnie chef d^escadron.

Le régiment n^avait qu'un officier supérieur, le mestre de camp, et ce mestre de camp était luimême capitaine titulaire d'une compagnie qu'il faisait commander par un capitaine dont le titre était lieutenant de la mestre de camp. Quant au lieutenant-colonel et au major, dont les emplois dans les troupes à cheval n'ont été établis et réglés que le i®"^ novembre i685 pour le major et le i**" mars 1686 pour le lieutenant-colonel, ils n'étaient que capitaines, ce qui n'empêchait pas le lieutenant-colonel de pouvoir être nommé brigadier, c'est-à-dire officier général dans son arme, sans avoir possédé un régiment, mais la force des choses avait conduit à donner aux plus anciens capitaines du corps les fonctions de véritables officiers supérieurs. Ce sont ces fonctions qui furent systématiquement déterminées par les ordonnances de 168 5 et 1686. Le lieutenant-colonel et le major n'eurent point de compagnies, excepté pourtant les lieutenants-colonels des régiments colonels généraux de la cavalerie légère et des dragons. Le lieutenant-colonel fut le premier capitaine du régiment •, il commandait en l'absence du mestre de camp et jouissait d'une autorité d^autant mieux justifiée que la plupart des mestres de camp étaient des princes ou de jeunes seigneurs

Les Régiments permanents. i35

peu expérimentés et plus assidus à la cour qu^à leur poste militaire. Dans Tordre de bataille, et le mestre de camp présent, le lieutenant-colonel commandait le deuxième escadron. Quant au major, qui, avant 1686, avait Joué à peu près le rôle qui venait d'être dévolu au lieutenant-colonel, il descendit d'un rang, et il eut au corps des attributions d'ordre et de police qui se trouvent partagées aujourd'hui entre le major et les adjudantsmajors. C'était un adjoint du chef de corps, chargé des détails, et qui, quelle que fût son ancienneté, ne prenait jamais le commandement d'une compagnie ou d'un escadron.

Le régiment, nous l'avons dit, a beaucoup varié pour le nombre des compagnies et des escadrons. Cette diversité, combinée avec les prérogatives du rang d'ancienneté et certains privilèges spéciaux, comme la possession de la prévôté ou le droit de faire juger les crimes et délits par un conseil de guerre du régiment, comme celui de Viistenh sile^ c'est-à-dire les voitures d'équipage, objets de campements et autres, fourni par le roi, comme la distinction du timbalier, étaient des moyens de récompenser les services rendus, d'en perpétuer le souvenir, et d'encourager les corps, qui ne les possédaient pas, à les mériter. Cela demeura ainsi jusqu'à 1779. A cette date les régiments de gentilshommes avaient à peu près disparu.

Tous les corps furent égaux et uniformément

i36 Histoire de la Cavalerie.

composés de 5 escadrons de 2 compagnies, 4 escadrons de guerre et i escadron auxiliaire ou de dépôt.

Dans les camps de manœuvres et en temps de guerre, 2, 3 ou 4 régiments étaient réunis sous les ordres d'un brigadier, et dans les grandes armées, l'ensemble de la cavalerie était commandé par le colonel général, le mestre de camp général, ou le commissaire général.

Sauf la taille des chevaux , la couleur et la richesse des uniformes, les compagnies de la maison du roi et de la gendarmerie et les régiments de cavalerie légère et de dragons, présentaient entre eux fort peu de différences essentielles. L'armement était partout le même, Tépée longue remplacée par le sabre le 22 février 1679, le pistolet et le mousqueton. Les mousquetaires et les dragons portaient le fusil plus petit que celui de rinfanterie. Les carabiniers, et plus tard les chasseurs à cheval, se servaient de la carabine. Tous faisaient usage de la selle française, avec housse ou tapis, fontes et couvre-fontes, excepté les hussards qui avaient apporté de Hongrie leur selle nationale et la schabraque.

Il n'y avait de cuirassé que le régiment des Cuirassiers du roi appartenant à la cavalerie légère. Cependant tous les officiers durent longtemps encore porter la cuirasse. Louis XIV signa, le 5 mars 1676, une ordonnance pour obliger

Les Régiments permanents, 1 37

les officiers de cavalerie à porter des cuirasses sous peine d^interdiction de leurs charges. Voulait-il donner par là plus de sécurité aux officiers qui, alors* comme aujourd'hui, devaient dans une charge fournir le premier rang de Tescadron ? Voulait- il simplement les forcer à porter une marque qui les distinguât nettement de la troupe ? Nous penchons volontiers pour cette dernière interprétation, car l'ordonnance de Louis XIV a laissé dans notre armée une trace visible. La cuirasse, réduite dans ses proportions, existe encore, comme marque de service, dans le haussecol des officiers d'infanterie.

La cavalerie ne fut systématiquement habillée d'une manière uniforme qu'en 1690. Jusque-là, la tenue, du moins dans les régiments de gentilshommes qui étaient de beaucoup les plus nombreux, était restée arbitraire, à la fantaisie des mestres de camp.

Nous donnons ici l'analyse d'une curieuse pièce, trouvée dans les tiroirs du roi Louis XIV, l'original et l'ébauche probablement du preniier règlement fait sur cette matière. Cette pièce offre un double intérêt, celui de faire connaître la liste des corps à cheval entretenus en 1690 et en même temps le premier uniforme qui leur fut officiellement imposé.

Les gardes du corps durent porter l'habit bleu turquin à revers rouges et les compagnies se dis-

i38 Histoire de la Cavalerie,

îinguer entre elles par la couleur de la bandoulià^ supportant Tépée.

Les mousquetaires, les gendarmes et chevaulégers furent complètement habillés de rouge. La compagnie des grenadiers à cheval de la garde, dont il n'est pas fait mention, portait, probablement depuis sa création en 1676, Thabit bleu de roi, doublé de rouge et agrémenté de blanc qu^elle a toujours eu depuis.

Sur 1 16 régiments de cavalerie légère, 87 sont dé^gnés pour porter Phabit gris à revers rouge. C'étaient : Colonel général, Mestre de camp général. Commissaire général, la Reine, Orléans, Chartres, Condé, Enghien, Tilladet, Amolfini, Bartillat, La Valette, Grignan, Quinson, Saint- Aignan, Du Gas, Grillon, Servon, Schomberg, Florensac, Varennes, chevalier Duc, Saint-Sylvestre , Heudicourt , Villeneuve , Saint-Valer}' , Gournay, Locmaria, Esclainvilliers, Villars, du Bordage, Melac, Villeroy, Lumbres, Tallard Villacerf, Pelleport, Montgommery, Saint-Mauris, Girardin, Vivans, Souvré, prince Camille, Forsat, Bercourt, Larrard, Villequier, Souternon, Cayeux, Marivault, Villepion, La Bessièrc, Brionne, Bourbon, Lestoile, Maure, Praslin, du Rozel, Langallerie, Courtebonne, Massot, Bissy, Pracomtal, Saint-Simon, Romainville Mérinville, Imécourt, Magnac, Coislin, Besons, Suilly, Montrevel, Montpeyroux, Châlon, Cour-

Les Régiments permanents, 139

celles, Glissy, Vaillac, Boufflers, Narbonne, Ciboure, Pontségut, Doria, Quadt, Puyguyon^ Gouriandon, Langallerie 2«.

Un seul, Aubusson La Feuillade, porte Thabit gris blanc avec le revers rouge; 4, Souastre, Ghâtelet, comte de Bîssy, Chastelet 2^, ont Thabit gris à revers bku; 14 appartenant au roi ou aux princes de son sang ont Thabit bleu, Royal, le Roi, Royal étranger. Cuirassiers, Cravates, Royal-Piémont, Dauphin, Dauphin étranger, Bourgogne, Royal allemand, Berry, Grands- Royaux, Anjou, avec le revers rouge; un seul avec le revers bleu, Royal-Roussillon. Le régiment de Noailles se distinguait de tous les autres par rhabit et le revers rouge. Enfin aucun uniforme n'est indiqué pour 2 régiments français, Rassent et Fiennes, ainsi que pour 7 régiments étrangers, qui ne servaient sans doute qu'à titre auxiliaire, Royal allemand 2®, Quadt 2®, Rottembourg, Legall, Manderscheid, Furstemberg et Geoffreville.

Sur 3 1 régiments de dragons que nomme la liste du roi, 1 5 n'ont pas d'uniforme arrêté, ce sont : Barbezières, Pinsonnel, Chevilly, Lalande, Tessé, Catinat, Artois, Cilly, Valençay, Gévaudan, Anvoile, Avaray, Verrue, Breteuil et Gobert. Parmi les 16 autres, 2, le Roi et le Dauphin, ont Thabit bleu, le premier avec revers rouge, le second avec revers bleu ; 1 1 revêtent Thabit rouge. Go-

lonel généjral et Mestre de camp général, avec le revers bleu; la Reine, Sailly, Languedoc i®% Languedoc 2°, avec le revers rouge; marquis de Gramont et Asfeld étranger, avec le revers vert ; Fontbeausard et Wartigny, avec le revers jaune ; Royal-Gramont, avec le revers Isabelle ; 3 enfin ont rhabit vert, Asfeld avec le revers rouge, Fimarcon et Boufflers avec le. revert vert.

On voit que les premiers uniformes de la cavalerie roulaient presque exclusivement sur Temploi des 3 couleurs royales, le bleu, le rouge et le gris remplaçant le blanc trop difficile à entretenir propre. Le bleu était particulièrement affecté comme couleur de fond aux régiments royaux et le rouge aux dragons. Le vert, qui n'était pas une couleur française, apparaît dès cette époque chez les dragons. Les différences d'un régiment à l'autre s'accusaient surtout par le métal des boutons et par la forme et la direction des poches.

Nous n'avons rien trouvé qui permette d'affirmer qu'il y ait eu, sous Louis XIV, un règlement déterminant la forme et la couleur des équipages des chevaux. Tout porte à croire que c'était surtout dans cette partie de la tenue générale que la fantaisie du mestre de camp trouvait le moyen de se satisfaire, et nous verrons plus loin que même au moment de la Révolution, ces équipages étaient encore à la livrée du mestre de

Les Régiments permanents, 141

camp : mais il y avait déjà, sous Louis XIV, une distinction affectée comme un privilège à 4 compagnies de cavalerie, et cette distinction s'est maintenue jusqu'au bout. Les compagnies personnelles des colonels généraux de la cavalerie et des dragons étaient seules montées sur des chevaux gris. On sait d'ailleurs que la dénomination des mousquetaires gris et des mousquetaires noirs était basée sur la couleur de la robe de leurs chevaux.

Le Toi donnait quelquefois directement un régiment, soit en commissionnant un officier pour lever un corps nouveau, soit en mettant un mestre de camp à la tête d'un des régiments royaux avec le titre de mestre de camp-lieutenant, soit en désintéressant le propriétaire d'un régiment gris. Mais le plus souvent, les régiments, ainsi que les grandes charges, s'achetaient avec l'autorisation du roi, et s'achetaient souvent trèscher. Pour ne pas insister sur cette matière délicate, nous nous bornerons à dire qije le comte de Tessé acheta, en 1692, 400,000 livres au duc de Boufflers la charge de colonel général des dragons, et que le comte de Mailly lui paya 200,000 livres celle de mestre de camp général. Ces sommes représenteraient certainement aujourd'hui une valeur double, et il est permis de penser que les personnes qui faisaient ces marchés, outre la distinction et l'autorité .qu'elles ti-

raient de leurs emplois, ne plaçaient pas trop mal leur argent.

Louis XIV essaya plusieurs fois d'imposer une limite à cette vénalité des offices militaires, dont il sentait tous les inconvénients, mais que Tesprit du temps et la législation ne lui permettaient pas de supprimer. Il taxa en 1689 les régiments de gentilshommes à 22,5oo livres et les compagnies à 12,000 livres. Il dut encore revenir sur ce point en 1698.

Suivons maintenant dans Tordre chronologique les modifications que le temps apporta à Torganisation que nous venons d'étudier. Le nombre des régiments a varié \ on a introduit dans la cavalerie des carabiniers, des hussards, des chasseurs à cheval; on a revu des régiments de chevau-légers ; des régiments àt cavalerie ont été transformés en dragons et en cuirassiers ; mais tous ces changements, dans ce temps comme aujourd'hui, n'ayaient qu'une valeur de circonstance. Le fond est resté le même, parce qu'il n^v a, en réalité, que deux espèces de cavalerie possible, la cavalerie de ligne et la cavalerie légère, et que la force et la proportion de ces deux groupes sont déterminées par des conditions qui n'ont rien à démêler avec la fantaisie, d'une part la valeur et l'iitilité stratégiques que la science assigne à chaque époque aux troupes à chevaK d'autre part la possibilité de trouver et d'entre-

Les Régiments permanents. 143

tenir un nombre déterminé de chevaux de masse pour les actions courtes et énergiques et de chevaux d'haleine pour les actions rapides et prolongées.

Entre autres erreurs, volontaires ou non, il en règne une très-enracinée sur la richesse en chevaux de la France ancienne. Nous avons déjà vu que la simple annonce de la création des compagnies d'ordonnance en 1444, avait fait hausser le prix des chevaux non-seulement dans le royaume, mais aussi dans les Etats du duc de Bourgogne. Il ne s'agissait pourtant que de 9,000 cavaliers, et, en comptant les chevaux de main et de bât, que de 12,000 chevaux de toutes races ; c'est la pénurie des grands chevaux qyi, à la fin du xvi® siècle, a porté le dernier coup aux hommes d'armes; c'est la rareté des chevaux de service qui a conduit Colbert, quand la cavalerie est devenue permanente, à mettre la remonte à la charge de l'État; enfin voici qui est explicite: c'est un extrait d'un mémoire inséré dans la correspondance des maréchaux de Broglie et de Bellisle. C'est écrit en 1742, après la retraite de Prague. « Je ne balance pas à oser avancer que « tout ce qui était de ce service (cavalerie et « artillerie) peut être regardé comme réduit à « une perte de plus de deux tieçs, et qu'ainsi « cette dépense devient d'autant plus considé- « rable qu'elle tombe presque toute en pure perte

« pour la France, qui ne fournissant pas, pour « ainsi dire, de chevaux che^ elle, se trouve « obligée d'aller répandre son argent dans le « pays étranger, pour remonter sa cavalerie et « ses dragons, et remettre Tartillerie et les vivres « en état d'entrer en campagne. »

L'on doit tenir à savoir comment s'est terminé le rôle du ban et de Tarrière-ban de la noblesse, et nous tenons de notre côté à abriter la responsabilité qu'une opinion paradoxale pourrait nous faire encourir, derrière des autorités que personne ne songera à contester, Turenne, Louvois et Louis XIV. La noblesse casanière des provinces n'avait plus rien à faire dans une armée régulière. Grands chasseurs, grands mangeurs, maîtres toujours obéis dans leurs familles et par leurs vassaux, habitués à être écoutés sans observations, très-ménagés par les autorités administratives locales, les gentilshommes campagnards étaient peu préparés à la discipline, à l'obéissance passive, cette grande et essentielle vertu du soldat. Les corps formés par leur réunion avaient tous les défauts qu'on a depuis justement reprochés aux volontaires, celui, entre autres, de prendre le titre de volontaires au pied de la lettre.

Le 12 septembre 1674, après la défection de l'électeur palatin et de l'électeur de Brandebourg, Louvois convoqua le ban et l'arrière-ban. II en

Les Régiments permanents. 145

tira 5 à 6,000 cavaliers tels quels et les envoya à rarmée de Turenne, alors colonel général — il ne faut pas oublier ce fait — et qui tenait tête à-Tennemi en Alsace avec 12,000 hommes. Le maréchal les fit rétrograder en Lorraine dès le mois d'octobre. Ils y commirent maints désordres et ils furent renvoyés chez eux en novembre. Le 2 janvier 1675, on eut encore recours à eux, mais cette fois, au lieu du service personnel, la noblesse dut payer une imposition, dont le produit « fat employé en primes pour la levée de « compagnies de cavalerie, à raison de 7,600 li- « vres par compagnie de 5o maîtres, soit à « 1 5o livres par cavalier équipé et monté. »

Nous remarquerons que ce système avait été déjà mis en pratique sous Louis XI IL

Le i^"^ octobre 1676, quelques régiments furent supprimés. Le roi en fit distribuer les compagnies dans d'autres corps qu'il avait résolu de mettre à 8 compagnies. Il fit aussi à même fin passer des compagnies d'un régiment à un autre. On sentait l'inconvénient que présentent des corps inégaux et des corps trop faibles, dans un temps où chaque mestre de camp réclamait son tour de marche et prétendait marcher quelle que fût sa force et quelque fût le service à faire.

Un grand nombre de régiments fut réformé par ordre du 10 août 1678. Cette réforme diffère des précédentes en ce que des mestres de camp

furent incorporés avec leurs compagnies dans les régiments conservés, en sorte qu'il y avait à ce moment- des corps où il se trouvait 2, 3 et même 4 compagnies mestres de camp. •

Le 24 décembre de la même année, les compagnies de cavalerie sont réduites à 40 mitres et celles de dragons à 48.

Une ordonnance du 26 décembre 1679 porte qu'il y aura désormais 2 carabiniers dans chaque compagnie de cavalerie, à Tinstar de ce qui avait été fait, dans les dernières guerres, dans les compagnies des gardes du corps. Ces carabiniers, adroits à tirer ^ touchaient i3 livres de solde par mois, tandis que les cavaliers ordinaires ne recevaient que 12 livres. C'est là l'origine du corps des carabiniers. Répétition évidente des anciens carabins, les carabiniers ont commencé SOU3 Louis XIV, comme les grenadiers de l'infanterie, par être dispersés dans les compagnies^ pour être réunis plus tard en compagnies spéciales, et enfin en corps.

Le 24 janvier 1680, le roi accorda un hautbois à chaque compagnie de dragons qui n'avait eu jusque-là qu'un tambour, rappelant à l'arme des dragons qu'elle sortait de l'infanterie.

Le i®** avril de cette même année 1680 apporta aux trompettes et tambours une forte surprise: « Défenses faites aux tambours et trompettes « d'exiger à l'avenir les 5 sols qu'ils prétendaient

Les Régiments permanents. 147

<( leur être dus par les moulins près desquels ils « passaient. » On se perd à chercher Torigine et la raison de ce singulier impôt frappé sur les moulins de la pleine autorité des meneurs de bruit de nos anciens régiments.

A la fin de 1681, le roi avait sur pied 18,000 chevaux, 38o compagnies de cavalerie à 3o maîtres et 126 compagnies de dragons à 36. Le 8 mars 1682, la cavalerie est augmentée de 160 compagnies formées en régiments nouveaux. Le 7 mai, nouvelle augmentation de 25o compagnies; celles de dragons sont portées à 40 honunes. Le 27 septembre 168 3, les com* pagnies de cavalerie sont également mises à 40 hommes: on lève 2o5 compagnies nouvelles, dont 25 compagnies franches de dragons pour le service des côtes. Les compagnies de cavalerie composent i5 régiments nouveaux de 12 compagnies chacun. Ces régiments organisés le 20 octobre eurent pour noyaux les anciennes compagnies réformées, qui furent retirées des régiments où elles avaient été mises à la suite.

Le grade de cornette fut aboli le 26 sept^nbre 1684, et <:et officier inférieur fut désormais appelé sous-lieutenant.

Quelques réformes suivirent la trêve de Ratisbonne. Les compagnies de cavalerie et de dragons furent réduites à 35 hommes.

La guerre, commencée en 1688, donna lieu

à la création d'un grand nombre de régiments. Une lettre écrite le 14 octobre par Louvois à rintendant Titon nous apprend que le roi a donné la carabine rayée aux gardes du corps.

Nous ne croyons pas que cette tentative ait été suivie de succès, mais il est bon de la constater. Depuis rordonnance du 25 juillet i665, les régiments de dragons roulaient avec ceux de l'infanterie. Sur la demande des dragons, le roi décida, le i®' décembre 1689, que ceux-ci « roua leraient à l'avenir avec la cavalerie et que les « régiments de cavalerie auraient la droite sur « les régiments de dragons, quelle que soit Tan- « cienneté des uns et des autres, sauf dans les « sièges. Dans ce cas, les dragons continueront « de rouler avec l'infanterie et prendront sa « gauche. »

Le 3o août 1690, la maison des princes s'augmenta des gendarmes et chevau-légers de Bourgogne, puis le I®'' octobre des gendarmes et chevau-légers d'Anjou et des gendarmes et chevau-légers de Berry, créés ou réorganisés pour les trois petits-fils de Louis XIV. Disons ici, pour n'y plus revenir, que le nombre des compagnies de la gendarmerie a, jusqu'à la suppression de celle-ci, toujours correspondu au nombre des princes vivants.

Le 29 octobre, les carabiniers sont retirés des compagnies et forment une compagnie spéciale

Les Régiments permanents. 149

attachée à chaque régiment de Panne de la cavalerie. Cette année 1690 fut surtout féconde pour les dragons qui atteignirent le sommet de leur vogue. Une nouvelle levée de 8 régiments porta le nombre de ces corps à 43.

L'année lôgS vit paraître deux sous-armes nouvelles, les carabiniers et les hussards, qui devaient fournir une longue carrière.

Les compagnies de carabiniers attachées aux régiments de cavalerie s'étaient fort distinguées à la bataille de Neerwinden. Louis XIV, pour leur témoigner sa satisfaction, ordonna le i**' novembre que ces compagnies fussent réunies en un seul corps sous le nom de Royal-carabiniers. Il en donna le commandement supérieur à son fils de prédilection, le duc du Maine, le plaça dans la série des régiments de cavalerie après le régiment de Berry, qui appartenait au plus jeune de ses petits-fils légitimes et avant celui de son neveu le duc d'Orléans, et l'organisa sur un pied si colossal que ce régiment, avec ses 5 brigades, ses 5o escadrons et ses 100 compagnies de cavalerie d'élite, ne pourrait être comparé qu'à une de nos divisions de cavalerie de réserve. Voici, paraît-il, pourquoi Louis XIV se laissa aller à cette création singulière qui constituait dans le système de cavalerie qu'il venait d'éta- ' blir une anomalie aussi étrange que le fut le régiment Royal- Artillerie au milieu des régiments de

i5o Histoire de la Cavalerie,

rinfanterie. Le roi, poussé par M"*® de Montespan, voulait faire au duc du Maine une grande situation, et il avait pour cela porté ses vues sur la charge de colonel général de la cavalerie légère qui, depuis la mort de Turenne, était passée comme un héritage à son neveu le comtes d^ Auvergne. Celui-ci fit la sourde oreille à toutes les propositions du roi et s'obstina à rester colonel général. Le duc du Maine fut dédommagé par la création des carabiniers et Tannée suivante il devint par surcroît grand maître de rartillerie.

On a vu qu'il y avait eu dès Tannée i635 des régiments de cavalerie hongroise dans Tannée française. Le premier régiment qui ait été entretenu sous le nom de hussards, fut organisé en 1693 et entra en solde le 19 novembre. Il était commandé par Jacques-André Mortany.

La fin de 1694 vit créer des directeurs généraux et des inspecteurs généraux des troupes, ne re« levant que du ministre et pourvus d'une autorité fort étendue sur tous les détails du service, dans des circonscriptions déterminées. Cette création, qui réduisit à peu près les charges des colonels généraux à de simples titres d'honneur, était sans doute nécessaire, mais elle est trop rapprochée du refus du comte d'Auvergne pour qu'on n'y voie pas aussi l'effet d'une rancune persistante.

Après la paix de Ryswick, en 1699, il ne resta sur pied que 60 régiments de cavalerie et 1 5 de

Les Régiments permanents. i5i

dragons. La guerre de la succession d'Espagne deux ans après fit renaître tous les régiments disparus et d'autres encore. L'augmentation de la cavalerie légère et des dragons fut de 20,000 cavaliers dans la seule année 1701. Le nombre des régiments des deux armes dans ce triste temps dépassa le chiffre i35, et l'on s'étonne que la France ait pu soutenir pendant quatorze ans un pareil armement. De là date, du reste, la ruine de ses finances, ruine qui devait plus tard se traduire par une révolution.

En 171 5, après la paix d'Utrecht, on conserva 58 régiments de cavalerie et i5 régiments de dragons. Voici leurs noms :

CAVALERIE LÉGÈRE

Colonel général. Berry.

Mestre de camp général. Royal-carabiniers.

Commissaire général. Orléans.

Royal. ConJé.

Le Roi. Bourbon.

Royal étranger. Chartres.

Cuirassiers du roi. Maine.

Royal-Cravate. Toulouse.

Royal-Roussillon. Villeroy.

Royal-Piémont. Du Tronc.

Royal-Allemand. Lambesc.

La Reine. Flesché.

Le Dauphin. Saint-Aignan.

Le Dauphin étranger. Gesvres.

Bretagne. La Tour.

Anjou» Heudicourt.

Aubusson.

Lénoncourt.

Tarente.

Chépy.

Béringhen.

Bouzols.

Vaudray.

Novion.

La Rocheguyon.

Brissac.

Saint-Germain.

Barentin.

Marsillac.

Marteville.

Esclainvillers. .

Rottembourg.

Villequier.

Noailles.

Saint-Pouanges.

Courcillon.

Livry.

Nugent.

La Ferronais.

Vaudémont.

Germinon.

Rattsky hussards

DRAGONS

Colonel général.

Caylus.

Mestre de camp général.

Lautrec.

Royal.

Belabre.

La Reine.

Gôesbriand.

Le Dauphin.

Saumery.

Beauff remont.

T^ Baume.

Bonnelles.

Orléans.

Espinay.

Tous ces régiments, dont les plus anciens avaient eu 12 compagnies pendant la guerre, furent ramenés à 8 compagnies de 2 5 hommes par un ordre du 28 avril 1 7 1 6.

L'organisation des troupes à cheval est restée sensiblement la même de 17 16 à 1740. Le nombre des régiments de cavalerie fut seulement augmenté de 2 régiments de hussards par la levée de Bercheny en 1720 et d'Estcrhazy en

Les Régiments permanents. i53

1734. Tous les régiments furent mis le i*' février 1727 sur le pied uniforme de 3 escadrons de 3 compagnies. Pendant la guerre de 1733, Tescadron fut porté à 160 maîtres en 4 compagnies.

C'est le moment de donner quelques détails sur cette cavalerie qui avait encore la physionomie que lui avait imprimée Louis XIV, avant qu'elle ait subi le contact et Tinfluence des Allemands.

Les régiments étaient tous formés de 8 compagnies en 4 escadrons. Il y avait autant d'étendards que de compagnies. Celles-ci étaient fortes de 25 hommes au pied de paix et de 40 au pied de guerre, ce qui mettait l'escadron à 5o maîtres dans le premier cas et à 80 dans le second. La formation en bataille était sur 3 rangs, et l'on rompait en colonne pai* 3, par demi-compagnie, par compagnie et par escadron.

Chaque compagnie de cavalerie avait 2 trompettes; la compagnie de dragons i tambour et I hautbois. Presque tous les régiments possédaient en outre i timbalier.

L'armement se composait d'un sabre, d'un mousqueton et d'une paire de pistolets dans la cavalerie légère ; sauf les carabiniers qui avaient une arme un peu plus longue, la carabine. Les dragons se servaient d'un fusil plus petit que celui de l'infanterie.

i54 Histoire de la Cavalerie.

Un seul régiment était cuirassé ; tous les autres^ excepté les hussards, portaient le buffle remplacé bientôt par une veste de chamois. Les officiers ne se conformaient plus à l'ordonnance de Louis XIV sur le port de la cuirasse qui n'était en usage que parmi les officiers généraux. Les officiers portaient le buffle et avaient pour armement répée et le pistolet.

Deux ordonnances royales de 1737 avaient réglé la question des étendards. Chaque régiment avait autant d'étendards que de compagnies, tous semblables dans le même corps, excepté dans les régiments des colonels généraux, dont la compagnie colonelle portait un étendard ou un guidon blanc. Quelques corps, par suite de traditions ou de quelque privilège particulier, avaient des étendards dont les deux faces n'^étaient pas de la même couleur : l'étendard de Gondé, par exemple, était d'un côté bleu, couleur royale, et de l'autre ventre de biche, couleur du prince propriétaire. Ce qui distinguait essentiellement les enseignes des troupes à cheval de celles des troupes à pied, indépendamment des dimensions et de la forme de la pièce d'étoffe, c'est que les étendards et guidons ne portaient pas la croix et plusieurs couleurs sur la même face : ils étaient pleins , d'une seule couleur, le plus souvent bleue ou rouge ; jonquille, verte, cramoisie, noire, pour quelques-uns ; frangés d'or

Les Régiments permanents, i55

ou d^argent et rehaussés par le soleil et la devise de Louis XIV, necpluribus impar.

Les étendards des régiments de hussards avaient la forme allongée et étaient fendus en pointes. .

Les guidons des dragons, nous l'avons dit^ plus petits que les étendards de la cavalerie, étaient ^rectangulaires et le bord flottant était découpé en deux demi-cercles. Les régiments de dragons avaient, comme ceux de la cavalerie, un guidon par compagnie.

La tenue des cavaliers se composait du grand habit à la française, gris, bleu ou rouge, avec revers, parements, doublure de couleurs variées, manteau, culotte de peau, bottes molles, bandoulière et ceinturon de cuir blanchi et piqué, quelquefois des aiguillettes, chapeau noir bordé d'or ou d'argent avec cocarde noire. Par exception, le colonel général avait la cocarde mi-partie noir et blanc. Quelques corps portaient une coiffure rappelant leur origine : Royal-Allemand avait le bonnet à la polonaise : les hussards portaient le schako sans visière et entouré d'une banderolle flottante.

L'équipage du cheval se composait d'une housse ou tapis et de couvre-fontes de couleur rouge ou bleue et bordées d'un galon de tapisserie de laine à la livrée des mestres de camp et tout à fait semblable au galon qui orne les voitures de gala. ..

i56 Histoire de la Cavalerie,

Ce même galon reparaissait sur Thabit des trompettes, tambours et hautbois.

Les dragons étaient, en général, habillés de rouge, et se distinguaient par un bonnet d'une forme particulière, qui a été Torigine du bonnet de police. Les revers ou turbans de ces bonnets étaient de la couleur du parement.

La guerre de la succession d'Autriche, qui conduisit notre armée au fond de TAllemagne, et dont le début en Bohême fut si nialheureux, nous Jeta, comme cela devait être, dans l'engouement des choses tudesques.

La cavalerie reçut une augmentation de 7 régiments, qui porta presque exclusivement sur les hussards. La liste des dragons ne s'augmenta que d'un régiment, celui du Roi.

C'est alors que l'on vit reparaître les légions mixtes déjà connues au temps de Louis XIV, mais qui cette fois furent copiées sur les pandours de l'Autriche. On sentait le besoin d'alléger les troupes, de rendre leurs mouvements plus rapides. Tout le travail dont la cavalerie va être l'objet, à partir de ce moment, tendra vers ce but. Les régiments de cavalerie légère, qui n'étaient cavalerie légère que de nom, vont presque tous disparaître comme avait disparu la gendarmerie, et être remplacés par des dragons, des hussards et des chasseurs.

Nous ne reviendrons pas ici sur les légions

Les Régiments permanents.

mixtes ; nous en avons suffisamment parlé dans l'histoire de Tinfanterie. Nous rappellerons seulement que ces corps, composés d'infanterie et de cavalerie, exercèrent, par les services qu^ils eurent l'occasion de rendre, une influence considérable sur la marche des idées.

Au début de la guerre de Sept ans, en 17 56, la j Maison du roi et celle des princes étaient encore sur le pied que leur avait donné Louis XIV en 1690. La cavalerie comptait 64 régiments et le corps des dragons 17. C'était :

CAVALERIE LÉGÈRE

Colonel général.

Mestre de camp général.

Commissaire général.

Royal.

Le Roi.

Cuirassiers du roi.

.Royal-cravate.

Royal-Roussillon .

Royal-Piémont.

Royal- Allemand.

Royal-carabiniers .

Royal-Pologne.

La Reine.

Le Dauphin.

Le Dauphin étranger.

Bretagne.

Aquitaine.

Berry.

Orléans.

Condé.

Bourbon.

Clermont.

Conti.

Archiac.

Penthièvre.

Poly.

Lusignem.

Marcieu.

Des Salles.

Talleyrand.

Clermont-Tonnerre.

Chabrillant«

Egmont.

Beauvilliers.

Gramont.

Bourbon-Busset.

La Vieuville.

Maugiron.

Saint- J al.

Futnel.

La Rochefoucauld.

Vienne.

Lameth.

Crussol.

Fleury.

Lénoncourt.

Bellefonds.

Dampierre.

Henrichemont.

Du Moustiers.

Saluces.

Wurtemberg.

Ayen.

Beuvron.

Fitz- James.

Aspremont hussards.

Escars.

Bercheny hussards.

Turpin hussards.

Polleretzky hussards.

Beausobre hussards.

Raugrave hussards.

Nassau hussards.

Montcalm.

Le régiment des carabiniers équivalait avec ses 25 compagnies à 5 régiments ordinaires. Il éxalt partagé en 5 brigades commandées cbacime par un mestre de camp.

DRAGONS

Colonel général.

Mestre de camp général.

Royal.

Le Roi.

La Reine.

Le Dauphin.

Orléans.

Beauffremont.

Aubigné.

Caraman.

La Ferronays.

Beuvron.

Apchon.

Thianges.

Marbeuf.

Languedoc.

Schomberg.

Tous ces régiments étaient à 4 escadrons de 1 60 hommes, et donnaient un total de 54,000 cavaliers environ. Avec les troupes de la Mrâon

Les Régiments permanents. iSg

du roi et de la Gendarmerie, et en comptant la cavalerie des légions mixtes, on atteignait le chiffre de 60,000 hommes.

Après cette fatale guerre de Sept ans, dont les résultats ébranlèrent si fortement la confiance qu'on avait placée dans les institutions militaires de Louis XIV, Topinion s'en prit surtout à la cavalerie. Celle-ci subit une réduction considérable et fut soumise pendant trente ans à une série d'essais et à un travail de réorganisation pénible, mais qui aboutit à une forme qui devait répondre aussi bien que possible aux besoins et à l'esprit du temps, puisque la cavalerie qui est sortie de ce travail est celle-là même qui s'est illustrée dans les guerres de la République et de l'Empire.

Par ordonnante du i *' décembre 1 76 1 , 3 1 régiments de cavalerie disparurent et furent incorporés dans les survivants, dont les compagnies furent doublées d'effectif.

La cavalerie légère, qui comptait au début de la guerre 64 régiments, n'en compta plus que 3 1 , y compris les carabiniers et non compris les hussards. Tous, les régiments de gentilshommes disparurent, excepté celui de Noailles, et prirent des titres de princes ou devinrent royaux avec des noms de provinces. Voici les noms et le rang de ces corps tels qu'ils forent réglés.

i6o Histoire de la Cavalerie,

Page 1