CARABINS
Arnauld.
Harancourt.
Maubuisson.
Villas.
Du Pré.
Courval.
Bideran.
En 1 635, au moment où il prenait parti dans la guerre de Trente ans, le cardinal de Richelieu se décide à frapper le grand coup. Laissant de côté les compagnies appartenant aux personnages trop puissants, il fait signer le i6 mai à Louis XIII une ordonnance qui prescrit la formation de 12 régiments de cavalerie légère, avec 84 compagnies qu'il croyait tenir sous sa
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main. Voici ces régiments désignés par les noms de leurs mestres de camp :
Cardinal- Duc. Sauvebœut.
Enghien. Canillac.
Sourdis. Le Ferron.
La Meilleraye. Nanteuil.
Matignon. Chaulnes. «.
Guîche. Treillis.
Le même jour, il fait admettre à la solde de France deux régiments levés précédemment, l'un par le commandeur de Souvré en Piémont, et l'autre par M. de Castellan en France, pour le service du duc de Savoie, et un régiment allemand qui avait été donné par Gustave-Adolphe à Fillustre Gassion.
Le même jour encore, il réunit toutes les compagnies de carabins français en un seul régiment placé naturellement sous les ordres d'Arnauld de Corbeville, qui avait depuis 1622 le titre de mestre de camp général des carabins, et fondit les compagnies étrangères au nombre de 9 dans un deuxième régiment, qui fut donné à Saint-Simon, le favori du jour du roi Louis XIIL
Le 27 du même mois de mai, on prescrivit la formation de 6 régiments de dragons :
Cardinal. Bernieulles.
Alègre. Mahé.
Brûlon. Saint-Rémy.
Ce dernier était composé d^étrangers.
Une instruction, adressée au mois de juin par le cardinal au maréchal de La Force, qui commandait en Lorraine, disait : « Le Roy trouve « bon que M. de La Force mette la cavalerie « légère qui est de là en esquadres de 4 compa- « gnie§ chacune, et les joigne selon qu'il estimera « qu'il y ait plus d'amitié et d'intelligence. Il ré- « duira aussi en esquadres la nouvelle cavalerie « que lui mène Bellefonds. S'il y a quelque dif- « férent dans l'armée à régler, le Roy permet audit « sieur maréchal de les juger en conseil de guerre, « avec l'advis des maréchaux de camp, ainsi qu'ail « l'estimera à propos. »
Le maréchal de La Force forma ainsi le 8 juillet un régiment français dont il se fit mestre de camp, parce que sa compagnie personnelle, qui devait être ancienne, entra dans la composition de ce corps, 2 régiments lorrains, Haucourt et La Moussaye, et 3 régiments hongrois, La Melleraye, Espenan et Sirot.
Le cardinal de La Valette et quelques autres commandants d'armées formèrent aussi des régiments nouveaux.
On remarquera que, dans la lettre citée, Richelieu emploie le mot esquadre, et non pas celui de régiment qui fut dès le premier moment Tappellation usuelle. Peut-être pourrait-on expliquer cette négligence du mot propre, négligence cer-
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tainement intentionnelle, par la crainte que le colonel général de la cavalerie ne réclamât les droits et privilèges exorbitants , dont jouissait le colonel général de Tinfanterie, qu'il ne voulût, par exemple , avoir dans chaque régiment de cavalerie une compagnie personnelle et un lieutenant-colonel , ce qui eût ajouté un motif de plus aux répugnances des capitaines et augmenté les embarras. Richelieu, comme Louis XIV plus tard, devait d'ailleurs être offusqué de l'importance que la famille d'Épernon tirait de la possession de la charge de colonel général de l'infanterie, et n'était pas homme à fournir de lui-même à la famille de Valois d'Angoulême les moyens de prendre une importance égale.
Le i®*" août i635 venait une déclaration portant décharge du service du ban et de l'arrièreban aux gentilshommes et autres sujets,., servant dans les troupes de cavalerie.
Le I®' septembre, le roi approuvait la capitulation de 3 régiments de cavalerie liégeoise, MouUard , La Bloquerie et Léchelle , composés de 5 cornettes de 100 maîtres chacun, capitulation traitée par l'entremise de messire René- Louis de Fiquelmont , abbé de Mouzon , avec noble homme Ditrich MouUard, seigneur de Canferbeck.
Le 1 5, on réformait les compagnies françaises dont l'effectif était au-dessous de 25 hommes.
Enfin, le 26 octobre , 16 vieux régiments allemands , qui appartenaient au duc Bernard de Saxe-Weymar, et qui sont restés célèbres dans rhistoire sous le nom de wejrmariens, passèrent à la solde de Louis XIII. A la mort du duc de Weymar, en lôSg, ces régiments entrèrent dé* finitivement au service de France en vertu d'un traité conclu avec leur général-major d^Erlach.
Voici les noms que portaient en i635 ces weymariens :
Streeff.
Nassau.
Eggenfeld.
Muller.
Batilly.
Schack.
Humes.
Vaubécourt.
Lée.
Tupalden.
Zillard.
Rosen.
Bouillon.
Forbus.
Watronville.
Trefski.
On peut juger, d'après les noms de ces chefs de corps, qu'il y avait de tout parmi ces wey- • mariens , des Lorrains, des Ecossais, des Suisses, des Polonais et des soldats venant des Pavs-Bas aussi bien que de TAUemagne. Jean de Streeff, et après lui, en i638, le baron d'Eggenfeld furent colonels généraux de cette cavalerie aile* mande.
C'était donc, à la fin de la campagne de i635, un total d'une cinquantaine de régiments de troupes à cheval, dont 28 étaient étrangers. Une lettre du
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8 décembre, adressée par le cardinal de Richelieu au cardinal de La Valette qui commandait sur le Rhin, nous apprend que ^organisation des régiments français eut lieu pendant ce mois. Richelieu informe La Valette que « pour la cavalerie le Roy « réduit toute la française en régiments et esca- « drons sous le nom des personnes qu'elle estime « avoir la volonté et le pouvoir de les faire sub- « sister. » Il y a, ce semble, dans ces lignes du puissant ministre, un air de doute et de découragement.
Les régiments français furent composés de 2 escadrons et chaque escadron de 2 compagnies, i compagnie ancienne, dite chef d'escadron, et i compagnie nouvelle subordonnée à la première dans les manœuvres seulement. Les régiments furent donnés à des mestres de camp choisis parmi les officiers déjà pourvus d'une compagnie ancienne, et cette compagnie personnelle, propriété du chef du régiment et appelée la mestre de camp, fut placée à la tête du i*' escadron. Le chef du régiment était donc en même temps chef du i " escadron et dirigeait celui-ci par lui-même ou par un capitainelieutenant-, le 2® escadron était commandé par le plus ancien capitaine du régiment aprè^ le mestre de camp, et ce capitaine prit le nom de major.
Toute cette cavalerie de i635, qui montait à 22,329 chevaux, y compris les compagnies séparées appartenant au roi , aux princes ou grands
personnages, fut partagée comme il suit entre les différentes armées pendant le quartier d'hiver.
Le cardinal de La Valette sur le Rhin eut 1 ,700 chevaux ; le duc de Weymar en Souabe, 5,000 -, le maréchal de La Force en Lorraine, 3,800 ; le comte de Soissons sur la Meuse, 2,829; le marquis de La Meilleraye en Picardie, 900 ; le duc de Rohan en Valteline, 5oo ; le maréchal de Créqui en Italie, 2,5oo; le maréchal de Châtillon en Flandre, 3,6oo. Le roi garda près de lui 600 chevaux, et on en laissa 3oo en Provence, 3oo en Languedoc et 3 00 dans les autres garnisons.
Richelieu, en introduisant dans la cavalerie un nombre de corps étrangers aussi considérable, cédait sans doute à la nécessité : il était au début d'une guerre d'un haut intérêt politique, et les troupes de France se trouvaient en présence de celles de l'empire d'Allemagne, dont la cavalerie était déjà justement célèbre. Peut-être espérait-il, en multipliant les contacts et les exemples, faire passer avec moins de difficulté l'organisation régimentaire ? Il se trompa. Soit par l'effet de sourdes résistances, soit que l'harmonie n'ait pas pu s^'établir tout à coup entre les éléments des nouveaux régiments, soit que le défaut d'instruction et d'ensemble n'ait pas permis à ces corps de soutenir ' la comparaison avec les étrangers et surtout avec les weymariens, vieilles troupes rompues à l'école
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de Gustave-Adolphe , le succès ne répondit pas à Fattente de Richelieu, qui fut obligé de renoncer à son organisation. Les régiments de cavalerie française furent cassés le 3o juillet i636, après un essai qui n'avait duré que 7 mois, et remis en escadrons comme en 1634.
Les motifs de cette mesure nous paraissent suffisamment exprimés par ce passage d'une lettre écrite le 26 juillet i636 au cardinal de La Valette par Desnoyers , secrétaire d'État de la guerre : « Le Roy met la cavallerie en escadrons au lieu « de régiments. Son Éminence n'a point de satis- « faction de son régiment, ni du vôtre. » C'est net, et Ton n'écrit plus comme cela de nos jours. Le 3o juillet, le même Desnoyers écrivait au comte de Soissons : « Le Roy vous envoie un ordre « pour distribuer la cavallerie par escadrons de «f 3 compagnies chacun , selon le rang de leur « ancienneté, n'ayant pas trouvé celui de ses régi- , « ments bien convenable à F honneur françois. w Enfin, un mémoire de Montbrun Saint-André, Tun des hommes de guerre les plus distingués du temps, dit que « les compagnies ayant été enrégimentées dans l'hiver de i635 à i636... il y 1 « eut quelques difficultés pour le commandement . « et la discipline qui les firent remettre en com- « pagnies... »
Une ordonnance du 3i juillet, c'est-à-dire postérieure d'un jour à celle qui réformait les régi-
ments, met, pensons-nous, le doigt sur la plaie; elle supprime le recrutement de la cavalerie par rélément noble et désobéissant ; elle convertit « r arrière-ban en cavalerie soldoyée par les gcn- « tilshommes qui doivent marcher. » Ccst la taîUc appliquée à la noblesse ; c'est le service personnel remplacé par l'impôt en argent; c'est le maître remplacé en principe par le soldat.
Le cardinal patienta 1 8 mois , laissa discuter la question, s'assura le concours d'un certain nombre de capitaines, et, le 24 janvier i638, délivra des commissions pour la formation de 36 régiments de cavalerie légère française. Ces nouveaux régiments de cavalerie furent uniformément composés de 8 compagnies de cavalerie légère et d'une compagnie de mousquetaires.
Voici les noms de ces 36 régiments, dont la formation fut réalisée au mois d'avril.
Castelan. La Valette.
Cardinal-duc. Au mont.
Enghien. Montbrun-Saint-André.
La Meilleraye. Mérinville.
Guiche. Saint- Aignan.
Canillac. Du Roure.
Treillis. Saint-Preuil.
Saint-Simon. Gesvres.
Fusiliers à cheval du car- Du Terrail.
dinal. Boissac.
Alais, colonel généraL Lénoncourt.
Praslin , mestre de camp Lignon.
général. • Des Roches-Baritaut.
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Harambures. La Chapelle- Balou.
Crussol. Linars.
Vatimont. La Ferté-Sennectère.
Coislin. Aubais.
La Ferté-ïmbaut. Villeneuve.
La Luzerne. Beauregard.
Avec 25 régiments étrangers qui restaient de la levée de i635, c'était 61 régiments, dont le nombre fut porté cette année même à 70 par de nouvelles créations.
Un règlement signé par le roi à Compiègne, le i5 mai i638, pour établir le bon ordre et la discipline dans toute sa cavalerie, renfermait les prescriptions suivantes : « Chaque régiment mar- « chera selon l'ancienneté de son mestre de camp « depuis qu'il est capitaine, excepté ceux du co- « lonel général et du mestre de camp général.
« Sa Majesté ayant voulu que la compagnie de « la Reine, celle de Monsieur, de M. le Prince, « et quelques autres , demeurassent franches , « sans être incorporées dans aucun régiment, Sa « Majesté entend qu'elles ne rouleront point et « resteront auprès du général de l'armée, ou au- « près de sa personne, à l'instar de la compagnie « de la garde de Sa Majesté. »
« Les carabins prendront l'ordre du colonel et « du mestre de camp général de la cavalerie. »
Le 2 septembre i638, le roi Louis XIII rendit une ordonnance, qu'il dut réitérer le 27 mars lôSg,
loo Histoire de la Cavalerie.
« pour obliger, le croirait-on, les chefs , officiers « et soldats de ses troupes de cavalerie à être « armés dans leurs marches, gardes, factions et « occasions de guerre, sur peine à^être punis de « mort, et aux chefs et officiers d'être cassés et « dégradés... » L'ordonnance débute par cette mercuriale adressée à la cavalerie : « Le mépris « qu'elle fait à présent de porter ses armes... » Il fallait toujours, paraît-il, des valets à ces maîtres.
Le i6 octobre i638, le conseil d'Etat rend un arrêt contre les officiers du régiment de Chanceaux, qui a été cassé à la tête de V armée pour avoir commis des voleries et pilleries.
Une foule de mesures contemporaines prouvent que le désordre le plus grave régnait dans la cavalerie; c'était probablement une conséquence de l'irritation causée par la nouvelle organisation : les officiers déblatéraient, et les soldats vivaient à leur guise.
Le 29 octobre i638, le roi écrit au marquis de Praslin , mestre de camp général, « pour lui dé- « fendre de venir à la cour et lui ordonner de se « retirer chez lui à la campagne, à cause du mé- « contentement qu'a Sa Majesté du mauvais « ordre qu'il a laissé introduire dans la cavale- « rie de l'armée de Champagne. »
On trouvera peut-être minutieux les détails dans lesquels nous entrons, et quelques personnes
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pourront Juger inopportunes les réflexions que nous suggèrent les obstacles que l'opinion du temps opposait à la réalisation des meilleures mesures. Nous ne sommes point de cet avis. On s'est habitué chez nous à se contenter d'histoires de fantaisie, qui suppriment tout ce qui pourrait blesser notre amour-propre ou certaines opinions, et nous laissent en proie aux illusions. Il est bon que l'on sache à quelles difficultés se sont heurtés les anciens gouvernements, même les plus vigoureux, et combien les préjugés, les intérêts particuliers, les passions de quelques-uns, l'ignorance et la vaniteuse sottise de la foule, et par-dessus tout cette maladie française, ce besoin de braver l'autorité, ont de tout temps fait perdre de vue les intérêts généraux du pays et causé de maux à la France. Sans remonter jusqu'au moyen âge, rappelons-nous la guerre effrontément appelée du Bien public, déclarée par la haute noblesse à Louis XI, le plus utile, sinon le plus aimable des rois de France, le roi qui a fait rentrer dans la patrie française les apanages des ducs de Bourgogne, le Roussillon, l'Anjou et le Maine; rappelons-nous la révolte du connétable de Bourbon, sollicitant ou acceptant le commandement des armées de Charles -Quint pour se venger d'une blessure faite à son amour-propre ; rappelonsnous la rébellion d'une partie de la noblesse au XVI* siècle, se couvrant du prétexte de la liberté
de conscience, mais au fond exclusivement préoccupée de sauver ses privilèges féodaux menacés - par la prépondérance croissante de l'autorité royale, et Pautre partie de la même noblesse, la partie catholique, formant une ligue et se jetant dans les bras de Philippe II d'Espagne, non point tant par amour du catholicisme que pour barrer le chemin du trône à l'héritier légitime, à Henri IV qu'appuyaient nécessairement les protestants ; rappelons enfin les intrigues de toutes natures ourdies contre Richelieu, au moment où ce grand ministre, ce prince de l'Église, prenait en main les intérêts des petits États protestants de l'Allemagne contre le saint-empire romain , et assurait à la France la possession de l'Alsace et de la Lorraine.
Si de cet examen du caractère général de la nation, on vient à rechercher l'influence que ce caractère frondeur et vaniteux exerce sur l'armée^ nous sommes amenés à dire, sans grand espoir de convertir personne, que l'éducation militaire de notre pays est faite avec des récits de victoires et conquêtes. On se garde bien d'enseigner que lorsque ces victoires et conquêtes n'ont pas été le résultat 4'une politique habile, elles ont toujours tenu à l'existence d'un grand homme de guerre, ayant le génie des opérations et de l'administration des armées en campagne, ou, tout au moins, d'un homme comme Turenne, modéré dans ses
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conceptions, prudent à Texécution, et possédant la science, l'esprit de suite et la volonté de se faire obéir. On exalte beaucoup trop l'importance du rôle joué par la bravoure du soldat et par l'esprit d'aventure de l'officier. On entretient ainsi chez les Français la croyance à une certaine supériorité naturelle qui doit leur tenir lieu de tout et les porte à mépriser l'adversaire, quel qu'il soit. Certes il est bon de rehausser la confiance des soldats dans leur valeur, et celle des officiers, en mettant sous leurs yeux les grandes choses qu'ils ont faites ou qu'on faites leurs devanciers ; mais on a tort de ne pas assez appeler leur attention sur les causes vraies du succès ; on a plus grand tort encore de passer légèrement sur les défaites : elles sont aussi instructives que les triomphes. Il est bon que tout le monde, nation et armée, soit bien convaincu qu'un glorieux passé n'est pas un lit sur lequel on s'endort, qu'il faut se tenir toujours éveillé, toujours prêt, proportionner ses moyens d'action aux forces de l'ennemi probable, savoir pour cela s'imposer des sacrifices d'argent et de liberté, et ne jamais rien entreprendre d'enthousiasme. Il faut que la nation sache que son armée ne sera vraiment solide que lorsque les soldats seront honorés comme doivent l'être des fils destinés et résolus à mourir pour elle, lorsqu'elle saura s'imposer à elle-même une certaine contrainte, lorsqu'elle comprendra qu'un Fran-
çais a d^éminentes qualités naturelles pour faire un soldat, mais qu'il ne naît pas soldat, bien loin de là, hélas ! que les hommes des autres pays ont aussi des qualités naturelles précieuses, entre autres Tobéissance, l'exactitude, la fermeté, qui valent bien les nôtres dans ce temps-ci ; que si la France, cette grande et puissante nation, a de glorieuses pages dans l'histoire, les autres nations de l'Europe en ont de non moins brillantes à citer, et que les plus petits pays, la Hollande avec Maurice de Nassau, la Suède avec Gustave- Adolphe, la petite Prusse du xviii* siècle avec Frédéric II,. en ont eu d'aussi belles et de plus étonnantes. 11 faut enfin que la France se souvienne toujours qu'il n'y a pas loin de Marignan à Pavie.
Richelieu connaissait son pays mieux que personne. Il faisait peu de cas des généraux qui ouvraient la tranchée devant une place au son des violons, et des officiers qui, pour un pari de 20 pistoles, allaient en plein jour danser dans un ravelin miné. Engagé dans une guerre terrible sur toutes les frontières à la fois, il voulait des victoires, et il savait que le premier élément de la victoire, c'est l'esprit de conduite, c'est la subordination à tous les degrés de la hiérarchie. Il tint bon, et avant la fin de l'année i638, il y avait sur pied 70 régiments de cavalerie organisés et instruits, et les déroutes de Thionville
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et de la Marfée étaient bientôt vengées à Rocroi. Un dernier coup très- significatif, et qui devait toucher juste, fut frappé par lui le 14 mai iGSg. L'ordonnance du 3i juillet i636 avait relevé le gentilhomme de Parrière-ban du devoir de servir en personne, et Pavait autorisé à se faire remplacer à Parmée par un cavalier entretenu à ses frais. Il est probable que beaucoup de gentilshonmies ne voulurent pas profiter de cette faveur, ' soit pour maintenir dans son intégrité le droit en vertu duquel ils possédaient un fief, soit parce quUls trouvaient plus économique et plus conforme à leur humeur d'aller à Parmée au lieu de payer un remplaçant. La nouvelle ordonnance de 1639 convertit le service de Parrièreban en infanterie. « Le gentilhomme, au lieu de fournir i homme à cheval, fournira 2 hommes à pied. » On ne pouvait pas lui interdire plus spirituellement le service personnel.
Les choses marchèrent ainsi jusqu'à la paix des Pyrénées en 1659. Dans cette période, le nombre des régiments de cavalerie a flotté entre 60 et 170. Il faut attribuer Pénorme développement de la cavalerie à cette époque, et peutêtre même en partie l'indiscipline et les excès qu'on lui reprochait, à la manière dont vivaient les armées dans un temps où toute l'Europe occidentale était en feu. Pendant ces longues et terribles guerres, les armées, mal payées, ne
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vécurent que de pillage, au moyen de ces sortes d'^expédîtions journalières qu'on appelle des fourrages, La cavalerie seule était propre au métier de fourrageurs. Elle fourrageait pour son propre compte et pour l'infanterie. Turenne, l'un des premiers hommes qui aient compris l'art de la guerre dans les temps modernes, et peut-être le seul général de l'ancien régime qui ait eu une 'idée bien nette du rôle de la cavalerie, ne voulut jamais avoir à commander que des années trèspeu nombreuses, 20 à 3o,ooo hommes au plus, composées pour moitié de cavalerie, et il justifiait sa manière en disant qu'il était impossible de nourrir plus de monde ; qu'un cavalier ne trouvait dans un jour à manger que pour lui et pour un autre, et que par suite si le chiffre des cavaliers n'était pas au moins la moitié du total, l'armée mourrait de faim. Ces fourrages, exécutés nécessairement sur un rayon étendu, étaient aussi pour lui un moyen d'éclairer à fond l'armée, ce qui est et doit être le rôle journalier, essentiel de la cavalerie.
Il était réservé à Turenne de mettre la dernière main à l'œuvre ébauchée par Richelieu.
Turenne avait hérité dès l'année lôSg du régiment de cavalerie du cardinal de La Valette, avec lequel il servit en Italie, et en 1 646, il avait obtenu un vieux régiment weymarien, illustre aux armées d'Allemagne et qui avait appartenu
Les Régiments temporaires. 107
au colonel Kanofski, dont on voit le tcnnbeau dans le temple de Saint-Thomas à Strasix>urg. C'est à la tête de ce régiment, qui complaît « 900 chevaux, dont le moindre valait 200 écus, » qu'il combattit pendant trois ans en Allemagne et en Flandre. Ce corps, q'ui avait suivi Turenne dans sa courte révolte, fut entièrement détruit a Réthel, où il avait fait des prodiges de valeur. Turenne, rentré dans le devoir, obtint un autre régiment weymarien, connu |>récédemment àous les noms de Trefski, Flechstein et Nimitz, et devint colonel général de la cavalerie légère le 24 avril 1657. Il avait tous les titres pour bien remplir cette charge, qu'il n'exerça toutefois que d'une manière latente jusqu'au jour où il cessa d'être protestant.
Avant de parler des actes de Turenne, comme colonel général, constatons d'abord quel était l'état de la cavalerie au moment où il arriva à cette charge suprême.
Une ordonnance du 24 février 1647 avait incorporé dans l'armée française les régiments étrangers qui combattaient avec nous depuis i635, et avait décidé que les corps étrangers prendraient rang avec les régiments et compagnies français du jour de la date de la commission que Sa Majesté a donnée aux ccrfcmels et capitaines» La cavalerie se trouva, par Miite^ ainsi composée:
io8 Histoire de la Cavalerie,
La garde du roi comprenant 4 compagnies des gardes du corps, i compagnie de gendarmes et I compagnie de chevau-légers.
Les compagnies de gendarmes, »de chevaulégers, ou de mousquetaires appartenant à la reine mère, au duc d'Anjou, au duc d'Orléans, au prince de Condé, au cardinal Mazarin et aux 17 maréchaux vivants, Estrées, La Meillera3''e, Gramont, La Mothe-Houdancourt, L'Hospital, Turenne, Plessis-Praslin, Villeroy, Aumont, La Ferté-Imbaut, Hocquincourt, La Ferté-Sennectère, Grancey, La Force, du Daugnon, Albret et Glérambaut, en tout 22 compagnies qui, comme celles de la garde du roi, étaient en dehors de Pautorité du colonel général, à Texception bien entendu de celle qui appartenait au maréchal de Turenne lui-même.
La cavalerie légère proprement dite se composait de 3oo cornettes en 68 régiments, dont 1 2 étaient d'origine étrangère.
Il existait enfin dans les armées un nombre à peu près égal, 62, de régiments italiens, catalans, anglais, allemands, lorrains et wallons, qui y servaient à titre auxiliaire sous les ordres de colonels particuliers.
Une ordonnance du 3o mars 1654 avait fixé la force des compagnies à 46 maîtres et par conséquent les escadrons étaient de 92 hommes pouvant former avec le cadre 3 rangs et 3o à 32 files.
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Cette même année 1654, et par Tinfluence de Turenne qui trouvait avec raison que ce n^était pas assez de 2 généraux de cavalerie dans une guerre qui exigeait 5 ou 6 armées différentes, fut créée à titre permanent la charge de commissaire général de la cavalerie. Nous donnons ici le récit de Bussy-Rabutin, qui, pour venir d^un homme difficile à vivre et très-intéressé dans Taflaire comme mestre de camp général, n'en fournit pas moins des détails curieux.
« Au commencement de 1654,' dit-il, le ma- « réchal de Turenne voulant reconnaître le dé- « vouement d'Esclainvilliers et peut-être diminuer « la considération de ma charge, avoit proposé « en sa faveur à la cour, comme un grand avanu tage au service, de faire un commissaire général M dans la cavalerie, ainsi que cela se pratiquoit « dans les armées d'Allemagne. Ce maréchal, « qui commandoit Tune des armées du Roi en « Flandres et qui prévoyoit que son emploi ne « finiroit pas sitôt, étoit bien aise d'avoir une « créature aussi considérable que le commissaire « général dans le corps de la cavalerie, et auquel H il prétendoit faire commander d'ordinaire celle « de son armée. »>
« D'abord Louis 'de Lorraine, duc de Joyeuse,
« colonel de la cavalerie par la mort du duc d'An-
« goulêmes son beau-père à la fin de i653,
« donna la main aux desseins d'Esclainvilliers.
iio Histoire de la Cavalerie..
« Pour moi, que la chose intéressoit davantage, « je m'y opposai. Je craignois que cette charge « (dont la fonction parmi les Étrangers étoit de « commander non-seulement la cavalerie, mais (( encore d'en faire les revues et de donner les « quartiers d'hyver) eût plus de considération <( que la mienne, quoiqu'elle lui fut subalterne. « Mon opposition empêchoit Testablissement d'Es- « clainvilliers ; il me vint faire tant de prières de (( ne pas ruiner sa fortune, m'assura tant de sa « reconnaissance et même de son attachement, « en me disant qu'il m'apporteroit le projet de sa « commission pour y changer ce qui me cho-
« queroit, que je consentis à ce qu'il voulut
« Il m'apporta deux jours après un projet de sa « commission dans laquelle j'ajoutai quelques « mots qui étoient qu'il n'auroit point en mon ^( absence d'autres fonctions que la mienne. »
Ce qu'on vient de lire montre une fois de plus de quel poids pesaient alors les prétentions personnelles. Ajoutons que Bussy, qui eut probablement la main forcée, ne céda pas sans obtenir une compensation. Il avait déjà assez mauvaise réputation, et n'avait pas pu obtenir l'année précédente une faveur dont avaient joui ses prédécesseurs, c'est-à-dire que le régiment dont il était propriétaire prît le titre de Mestre de camp général. Il l'obtint cette fois et même avec une augmentation de plusieurs compagnies.
Les Régiments temporaires, 1 1 1
Nous avons vu que Turenne, qui agissait déjà presque en colonel général et qui probablement avait la promesse de le devenir, fut nommé à cette charge le, 24 avril 1657. Dès le 8 juin, il fit créer des charges de brigadiers de cavalerie. C'était une mesure d'une importance que Ton va comprendre et qui était le développement du système qui avait poussé Turenne à la création du commissaire général. Il n'y avait par le fait dans l'armée que 3 hommes ayant qualité pour commander la cavalerie. Quand il y avait plus de 3 armées, et que les 3 officiers généraux de Pétatmajor de la cavalerie s'étaient distribué les commandements dans 3 armées à leur convenance, il ne restait personne pour commander la cavalerie dans les autres. Cette absence d'une autorité supérieure y livrait les mestres de camp à toutes les conséquences de leurs rivalités. Dans les armées où se trouvait un officier général, celui-ci était trop haut placé pour s'occuper lui-même d'une foule de détails et veiller à l'exécution de ses ordres. Il pouvait arriver enfin que le commandant en chef d'une armée n'eût pas de sympathie et de confiance pour l'officier général désigné pour commander sa cavalerie, et c'était précisément le cas qui s'était présenté en 1654 pour Turenne, qui n'aimait pas Bussy-Rabutin, et qui avait motivé la création de la charge permanente dont fut pourvu d'Esclainvilliers. Ce qui
manquait encore à la cavalerie c^était une hiérarchie graduée, qui lui était aussi nécessaire qu'à rinfanterie. Celle-ci, partagée dans chaque armée en aile droite, aile gauche et centre, avait pour diriger ses mouvements les lieutenants généraux, les maréchaux de camp de jour, avec de nombreux états-majors -, la cavalerie ne reconnaissait que les commandants en chef des armées et se> 3 généraux spéciaux. La création des brigadiers., c'est-à-dire cette autorité donnée à certains mestres de camp pour commander plusieurs régiments de cavalerie, fut donc une idée féconde, qui contribua beaucoup à établir Tordre dans le service des troupes à cheval en campagne, et qui fut appliquée dix ans plus tard à Tinfanterie. C'e^t la seule fois que la cavalerie, en fait d'organisation rationnelle, ait précédé Tinfanterie.
Les brigadiers étaient officiers généraux, sans cesser d'être mestres de camp et de commander leurs régiments. En campagne seulement ils prenaient le commandement d'une brigade. Ils différaient en cela des généraux de brigade d'aujourd'hui, dont les fonctions n'ont aucune analogie avec celles des maréchaux de camp d'autrefois qui étaient des chefs d'état-major, propres à tout, comme le sont, ou le doivent être, tous les officiers d'état-major. On pourrait se demander encore maintenant si l'ancien système n'était pas préférable au nouveau, aussi bien au point de vue
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économique qu'à celui de la conduite immédiate des troupes et de la direction des opérations d'ensemble. Quoi qu'il en soit, les généraux de brigade peuvent faire remonter à Turenne l'obligation du grade dont ils jouissent.
Il est bon de conserver les noms des 1 3 mestres de camp de cavalerie qui, sur l'indication de Turenne, furent faits brigadiers dans cette première fournée de lôSy, et par conséquent jugés les plus dignes de commander des masses de cavalerie et les plus capables de se faire obéir par les autres mestres de camp. Ce furent : MM. de Saint- Lieu, de La Roque-Saint-Chamarand, Des Fourneaux, d'Espense, de Podewilz, de Rochepère, de La Villette, de Gassion, de Rouvray, de Genlis, de La Guillotière, de Richelieu et de Montclar.
En 1659, la dernière année de la guerre, il y avait dans les armées françaises 700 cornettes ou compagnies de cavalerie, nationale ou auxiliaire, et 1 1 2 régiments constitués, dont voici la liste par ordre d'ancienneté de création, sauf erreur:
La Villette. La Marcousse.
Duc d'Anjou. Royal.
Carabins. Gramont.
La Meilleraye. Canillac.
Marsillv. Saint-Simon.
Créqui étranger. Le Roi.
I^ Châtre. Plessis-Prasiin.
Colonel général. Nanteuil.
Aumont.
Montbrun Saint-André.
Gesvres.
Genlis.
La Ferté.
Des Fourneaux.
Roquelaure.
Créqui italien.
Harcourt.
Espense.
Saint- Lieu.
Rouvray.
Cardinal Mazarin.
La Reine mère.
Altesse royale.
Piennes.
Apchon Saint-Germain.
Prince Alméric.
Cœuvres.
Carignan.
Commissaire général.
Son Éminence.
Lillebonne.
Clérambaut.
Coudray-M ontpensi er.
Bourlemont.
nies.
Montcavrel.
Joveuse.
Bissy.
Mercœur.
Hocquincourt.
• Épernon.
Richelieu.
Roquépine.
Chevalier d'Aubeterre.
Podewilz.
La Guillotière.
Saint-Abre.
Humières.
Dragons de La Ferté.
Brinon.
La Roque Saint -Chama-
rand.
Créqui français.
Marins.
Ville.
Montauban.
Mestre de camp général.
Cuirassiers du roi.
Soissons.
Brégy.
Broglio.
Resnel.
La Valette.
Fabert.
Montdéjeu.
Esquancourt.
La Rablière.
Montgobert.
Digby anglais.
Grandpré.
Caudale.
Montclar.
Conti étranger.
Gontérv.
Vivonne, Givry.
Gassion. La Luzerne.
Les Régiments temporaires. 1 1 5
Choiseul. Duras.
Massannes. Lorges.
Maacini. Roye.
Nogent. Prince de Hesse.
Guise. Prince de Salm.
Conti. Maussay.
Calvo. Chazeron.
La Feuillée. Penthièvre.
Fourilles. La llhicrc.
Chevalier de Rohan. M cl in.
Rochepère. Comte Frédéric.
La Fare. Roval étranger.
Dragons du roi, Renti.
Coislin.
Le 7 septembre 1659, ^^^^ attendre la signature de la paix des Pyrénées, le roi prononça la réforme de tous les régiments de cavalerie, dont il ne voulut conserver qu'une ou deux compagnies, celles du mestre de camp et du major réduites à 5o maîtres. Le même jour toutes les compagnies d'ordonnance ou franches furent supprimées, excepté celles de la maison du roi et dc> princes du sang. Ces mesures ne furent pas toutefois exécutées dans leur teneur. Les régiments ne furent licenciés que successivement le 20 juillet 1660 et les 12 et 18 avril 1661. L'on conserva ' même 4 régiments complets sur pied^ le régiment Royal , le régiment du Roi, les carabins du Roi et Royal étranger. Les compagnies de.^ prince 5 furent, au contraire, réduites à celles
de la feine, de la reine mère Anne d^ Autriche, de Monsieur et du duc d^Yorck.
L'état de la cavalerie resta donc composé en 1662 : des 4 compagnies des gardes du corps créées en 1440, 1475, 1479 ^^ i5i4, des gendarmes de la garde et des chevau-légers de la garde dont Tadmission dans la maison du roi remontait respectivement à 1602 et 1692, d'aune compagnie de mousquetaires dont la dernière formation ne remontait pas au delà de 1657; des gendarmes écossais qui dataient de 1422; des gendarmes et des chevau-légers de la reine contemporains du mariage du roi Louis XIV en 1 660^ des gendarmes et des chevau-légers de la reine mère mis sur pied en i638 et 1643, et des gendarmes de Monsieur qui dataient de 1647; d'une soixantaine de compagnies franches appartenant à d'anciens mestres de camp ou majors, et de 4 régiments organisés.
Dans les expéditions qui eurent lieu les années suivantes , on se trouva fort à court de cavalerie. En i663, rinsulte faite à Rome à Tambassadeur de France exigea Tenvoi en Italie de 26 compagnies de cavalerie légère. Ces compagnies, après avoir hiverné dans les duchés de Modène et de Parme, partirent de là pour se rendre en Hongrie au secours de T Empereur menacé par les Turcs. Elles y furent ralliées en 1 664 par 1 4 autres compagnies parties directement de France. C'était à
Les Régiments temporaires, 117
peu près tout ce qu'il y avait de disponible, car en novembre 166 5, Louis XIV, envoyant un corps de troupes contre Tévêque de Munster, dut faire partir avec ce corps un détachement des gardes du corps, ses 2 compagnies de mousquetaires et les chevau-légers du Dauphin créés le 28 janvier i663.
Que devenaient cependant les nombreux officiers et cavaliers des régiments licenciés, qui, pendant cette longue suite de quarante-cinq années de guerres commençant avec la régence de Marie de Médicis pour se terminer avec celle d'Anne d'Autriche, avaient vécu dans les camps et y avaient contracté des habitudes et des mœurs que la vie du château et du village ne pouvait plus satisfaire? Les uns allèrent peupler le Canada et les Antilles; d'autres entrèrent dans la composition de régiments levés pour le service étranger, comme Briquemaut formé en 1664 pour suivre en Portugal le comte de Schomberg, comme les cuirassiers de Richelieu levés la même année pour l'Empereur et qui sous la conduite du fameux Latréaumont allèrent se faire exterminer en Hongrie. Les plus sages réfléchissaient et, n'attendant plus rien que du roi, étaient prêts à rentrer à son service en se soumettant à ce qu'il exigerait d'eux.
Leur attente ne fut pas trop longue. La guerre recommença. Des commissions furent délivrées les
2, 5 et 7 décembre i665 pour la formation de 37 régiments, ce qui portait le nombre de ces corps à 41. Les régiments nouveaux furent tous donnés à d'anciens mestres de camp réformés, ce qui permet de rattacher ces régiments de i665 à ceux qui les avaient précédés.
Le roi venait de disgracier le mestre de camp général Bussy-Rabutin et de lui donner un successeur, ce qui mit Turenne fort à Taise pour régler la composition de ces corps, pour les former et pour les instruire au camp de Gompiègne, où la plupart d'entre eux furent réunis.
Quelques autres régiments furent formés de la même manière les années suivantes, de sorte qu'au mois d'avril 1667 « le Roy a sur pied « 2o5 compagnies de cavalerie légère qui com- « posent 45 régiments, savoir : 9 régiments de « 6 compagnies ; 32 à 4 compagnies, 3 à 3 cornac pagnies et le régiment des carabins de Sa Ma- « jesté de 14. Il y avait en outre 12 compagnies « franches. Les compagnies des 9 premiers régi- « ments sont à 60 maîtres, toutes les autres à « 5o, si bien que le Roy a 10,890 maîtres, avec « 820 officiers », chiffre auquel il convient d'ajouter la maison du roi et des princes, qui venait aussi d'être réorganisée et augmentée, et qui se composait ainsi :
Gardes du corps, 4 compagnies, 800 hommes.
Gendarmes du roi, i compagnie, 200 hommes.
Les Régiments temporaires. 119
Chevau-légers du roi, i compagnie, 200 hommes. Mousquetaires, 2 compagnies, 600 hommes.
Gendarmes écossais, i compagnie, 200 hommes.
Gendarmes et chevau-légers de la reine, 2 compagnies,
200 hommes.
Gendarmes et chevau-légers du Dauphin, 2 compagnies,
400 hommes.
Gendarmes et chevau-légers de Monsieur, 2 compagnies,
200 hommes.
en tout 2,800 hommes.
En 1668, le nombre des régiments de cavalerie légère était monté à 95. Les dragons, définitivement constitués à part le 28 janvier de cette année, comptaient 2 régiments, Royal et Colonel général. Ces deux corps furent formés chacun de la moitié des carabins ou dragons du roi qui comptaient alors 22 compagnies.
Le 14 mai 1668, après la signature de la paix d'Aix-la-Chapelle, Louis XIV, qui n'avait pas été complètement satisfait de ses régiments, formés à la vérité à la hâte au moment de la guerre et qui avaient eu à peine quelques mois d'instruction au camp de Compiègne, les réduisit encore une fois tous en compagnies franches. Il maintint ainsi sur pied 10,000 chevaux, y compris sa maison et celle des princes. Les compagnies de cavalerie légère conservées furent celles qui appartenaient aux mestres de camp réformés. Ces compagnies furent toutes complétées à 100 maîtres, et Turentie chargea le marquis de Fou-
rilles de les organiser uniformément et de les instruire, Fintention du roi étant de les reconstituer en régiments aussitôt que cette éducation serait faite.
Le i®'' février 1670, ces compagnies de 100 maîtres furent partagées en deux, et donnèrent 65 escadrons de 2 compagnies de 5o maîtres chacune.
Ces 66 escadrons de cavalerie légère étaient:
Colonel général.
Mestre de camp général.
Royal.
Le Roi.
Royal étranger.
Cuirassiers du roi.
Cravates.
Royal- Roussillon .
La Reine.
Le Dauphin.
Orléans.
Enghien.
Condé.
Beauvisé.
Bissy.
Calvo.
Des Fourneaux.
Foucauld.
Gassion.
Joyeuse.
Larboust.
La Feuillée.
Lorges.
Pilloy.
Rouvray.
Resnel.
Au mont.
Verdelin.
TiUadet.
Saint-Loup.
Beaufort.
Carcado.
Humières.
Gournay.
Doucet.
Vachot.
La Plante. *
Trécourt.
Mézières.
Wolf.
Estrades.
Catheux.
Prouville.
Lambert.
La Rablière.
Chevrier.
Les Régiments temporaires, 121
Coulanges.
Montaigle.
Lescar.
Sourdis.
Lépine.
nies.
Du Vernay.
Beaupré.
Don Luc.
Bligny.
D'Auger.
Plessis-Prasiin
Coste.
Des Lombards.
Nogent.
Choiseul.
Melin.
Lachaux.
Sommyèvre.
San-Esteban.
On remarquera dans cette liste la proportion considérable des noms qui n'appartiennent pas à la grande noblesse de la cour. Turenne avait probablement préféré aux noms sonores les noms plus modestes des bons officiers de cavalerie, dont il avait pu constater le mérite dans se^ longues et difficiles campagnes. Il n'est pas impossible que ce soit pour arriver à ce résultat que le méthodique maréchal, qui aimait mieux tourner les difficultés que les aborder de front, avait engagé Louis XIV à casser les régiments en 1668, et avait mis trois ans à les rétablir peu à peu, ne les rétablissant même au bout de ce temps que sur le pied de 2 compagnies et avec le titre d'escadron, qui ne tentait pas les personnages qu'il voulait écarter pour le moment.
Quoi qu'il en soit, le i®' juillet 1 671, les compagnies furent reportées à 100 maîtres, et la même année on tira de chacune d'elles 3o cavaliers pour en composer une troisième com-
pagnie. L'escadron se trouva alors de 3 compagnies de 60 à 70 maîtres. Enfin, le 4 février 1672, au moment où Louis XIV allait déclarer la guerre à la Hollande, ce qui devait entraîner une guerre générale, ces 66 escadrons, mis pour la plupart à 6 compagnies et déclarés régiments, commencèrent pour la cavalerie la période de la permanence, dont les vieux corps de Tinfanterie étaient déjà en possession depuis plus de cent ans.
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