‹ Histoire de la cavalerie françaiseChapitre 55 sur 68 · Dubessy (N.), 28 mars · texte numérisé non relu

Dubessy (N.), 28 mars

On a vu, à la notice de Colonel général, comment le régiment des Dragons étrangers du Roi fut partagé en 1668 en deux régiments. D'après un état trouvé dans les tiroirs de la table de travail de Louis XIV après sa mort, et qui a été conservé, il existait, en 1668, 20 compagnies de dragons étrangers. 1 2 de ces compagnies formèrent le corps que le roi se réserva et auquel il donna le titre de Royal-Dragons.

Royal-Dragons est donc le. continuateur des Dragons étrangers, qui avaient été formés en Allemagne sur le pied de 4 compagnies, en vertu d'une autorisation royale du 14 juin i656, donnée à Montecuculli dans un moment où ce célèbre général des Impériaux était résolu à passer au service du roi de France. Montecuculli, ayant fait son accommodement avec l'Empereur, ne tint pas moins sa parole au roi pour ce qui touchait au régiment de dragons qu'il envoya en France sous le commandement du comte degli Odi, un de ses compatriotes.

Ces dragons, montés sur des bidets suivant l'ancienne tradition, et d'ailleurs armés, équipés et disciplinés en tout comme une troupe d'infanterie, arrivèrent au mois de septembre et furent vus à La Fère par le roi, qui voulut en être le

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chef titulaire, et les nomma Dragons étrangers du Roi. Peu de temps après, il mit à leur tête, en qualité de mestre de camp-lieutenant, le marquis de Puyguilhem, qui s'appela plus tard le duc de Lauzun.

Le régiment débuta avec distinction, en lôSy, aux sièges de Montmédy et de Saint-Venant, au combat qui força Tennemi à lever le siège d'Ardres et à la prise de La Mothe aux Bois. En i658, il est à la bataille de Dunes, au siège de Dunkerque, et plus tard au camp de Moret, où « il se « fait remarquer, dit la Grande Mademoiselle « dans ses Mémoires, par ses bonnets qui mar- « quaient une espèce de bravoure qu'on ne dis- « tinguait pas dans les autres corps, et aussi par « r adresse de ses exercices. »

C'est pourquoi, sans doute, le régiment fut un des 4 corps de cavalerie qui survécurent aux réformes de 1660 et 1661. Le désir de conserver tous les dragons fut même assez vif pour déterminer, comme on Ta dit, l'incorporation, dans le régiment du roi, des dragons du maréchal de la Ferté.

En 1667, Lauzun conduisit son régiment aux sièges de Douai, Courtrai et Lille, et il s'y fit remarquer par sa valeur. Pendant celui de Lille, le Roi ordonna à Lauzun d'aller prendre à Tournai ses dragons et quelques autres troupes de cavalerie qui s'y trouvaient, en tout 2,000 hommes, de se

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joindre au marquis de Créqui, et de s'opposer à tout prix à Parrivée de Tennemi qui venait au secours de Lille. Il résulta de cette rencontre un combat acharné « qui n'aboutit • bien, dit la pas- « siomiée princesse que nous venons de citer, « que parce que Lauzun ordonna à ses dragons de « mettre pied à terre, de se glisser le long des « haies et de prendre Tennemi en flanc. Le roi « charmé résolut de créer en sa faveur la charge « de colonel général des dragons. » Nous pensons que M**^ de Montpensier fut aussi pour quelque chose dans l'élévation d'un homme qu'elle voulait épouser.

En 1668, le régiment, réduit à 12 compagnies, assista à la prise de Besançon et de Dole. M. de Bonvisy^ qui venait de l'acheter au duc de Lauzun, fut tué peu de jours avant la signature de la paix d'Aix-la-Chapelle. Le roi donna encore une fois le régiment à Lauzun avec permission de le vendre au chevalier, depuis maréchal de Boufflers. Il y a réellement des disgraciés qui ne sont pas trop à plaindre.

Royal-dragons fit partie en 1670 du corps expéditionnaire qui occupa le duché de Lorraine ; il contribua à la prise d'Épinal et de Chaste. En 1672, il est en Hollande à la reddition de Burik, d'Arnheim, du fort de Skenke, au combat de Woërden où le marquis de Boufflers est dangereusement blessé. Il passe l'hiver à Utrçcht, et

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sert en 1673 sous les ordres du maréchal de Luxembourg. L'année suivante, il est en Allemagne sous les ordres de Turenne. A la bataille d'Ensheim, le 4 octobre, il soutient avec un autre régiment de dragons tout l'effort de l'ennemi. Le mestre de camp Boufflers y est encore blessé. Il assiste ensuite au combat de Mulhausen, et eh janvier 167 5 à celui de Turkheim. Après la mort de Turenne, il bat en retraite vers le Rhin et se signale au combat d'Altenheim et à l'occupation d'Haguenau et de Saverne. Il fait en 1676 partie de la même armée commandée par le maréchal de Luxembourg, et se trouve à l'affaire de Kokersberg. Il est en 1677 au siège de Fribourg, et reste en garnison dans cette place. En 1678, il combat au pont de Rheinfeld, à Seckingen, ainsi qu'aux sièges de Kelh et de Lichtemberg. Il termine cette guerre en 1679 au combat de Minden. Le régiment de Languedoc-dragons, réformé en 1678, y avait été incorporé.

On voit Royal-dragons au camp de la Sarre en 1681 et 1682. En 1684, il prend part au siège de Luxembourg et lève des contributions sur le pays de Gueldres. En i685, il fait partie du camp de la Saône. Attaché à l'armée de Flandre, il est, en 1689, au combat de Walcourt. Le 29 juin 1690 il force le passage de la Sambre et combat à Fleurus où son mestre de camp est blessé. En 1691 , il débute au siège de Mons, se bat vigoureu-

sèment à Leuze et renverse un gros corps d^infanterie. En 1692, on le voit au siège de Namur et à la bataille de Steenkerque; le marquis d'Alègre eut un bras fracassé à Steenkerque. Le régiment sert en 1693 sur la Moselle et le Rhin, en 1694 sur les côtes, en 1695 sur la Meuse, en 1696 à Tarmée de Flandre. Il fait le siège d'Ath en 1697, et fait partie en 1698 du camp de Compiègne.

En 1701, il est encore àParméede Flandre. Il se distingue en lyoS au combat d'Eckeren. En 1704, on le voit sur la Moselle. En 1705, il est de uDuveau en Flandre, et se trouve en 1706 à la défaite de Ramilles, en 1 708 à celle d'Audenarde, et en 1709 à celle de Malplaquet. En 17 12, il contribue à la reprise de Douai et du Quesnoy , en 1 7 1 3 à celle de Landau et de Fribourg.

En 1727, Royal-dragons est au camp de Stenai. De 1733 à 1734, il séjourne en Bretagne, aidant les fermiers généraux à faire rentrer Pimpôt. Dans la guerre de la succession de Pologne sur le Rhin, il figure au siège de Philisbourg et au combat de Klausen. Il prend, en 1736, ses quartiers à Maubeuge.

En 174 1, il part pour la Bohême, contribue à Toccupation de Prague, se trouve aux affaires de Piseik, Sahay et Frauemberg, défend Prague, se distingue à la sortie du 22 août, et prend part à toutes les misères de la retraite. Revenu en Lor-

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raine en février 1743, il partage encore la disgrâce de Dettingen. En 1744, il est en Flandre, aux sièges de Menin, dTpres et de Furnes. Après avoir passé Phiver au camp de Courtrai, il combat à Fontenoy et devant Tournai, Audenarde, Termonde et Ath. En 1 746, il est à l'occupation de Bruxelles et d'Anvers, • et à la bataille de Raucoux. L'année suivante, il est employé activement au siège de Berg-op-Zoom, et en 1748 à celui de Maëstricht.

Envoyé à Metz à la fin de 1748, puis à Ornans et Salins, il est à Vaucouleurs en 1751, à Rouen en 1752, à Lille en 1754, et fait partie, en 1755, du camp d'Aimeries sur Sambre, après lequel il se rend à Auch. Pendant les quatre premières campagnes de la guerre de Sept ans, il sert sur les côtes de Flandre et d'Artois. Envoyé en Allemagne en 1 760, il se distingue, en compagnie de Thianges-dragons et des chasseurs de Fischer, en culbutant, le 22 août près de Zieremberg, un corps considérable ennemi. Le régiment se trouve encore aux affaires de Corbach, de Warbourg et de Clotercamps. Il rentre en France en 1762, et se repose à Lille.

Réorganisé le 20 mars 1763 à Sens, on voit Royal-dragons la même année à Rennes, Nantes et Redon, en 1764 à Valenciennes, en 1767 à Abbeville, puis à Avesnes, en 1 769 à Joinville, en 1 770 à Metz, puis à Neufbrisach et Alby, en II. 18

1772 à Niort, en 1774 à Sarrelouis, en 1776 à Vaucouleurs et Neufchâteau, en 1777 à Ardres et Guise, en 1778 au camp de Vaussieux, puis à Ardres et Calais, en 1779 à Pontivy et Lamballe, en 1 780 à Lille, en 1 78 1 à Maubeuge, en 1782 à Saint-Mihiel, en 1787 à Aire, en 1788 au camp de Saint-Omer, à Troyes en juillet 1789, puis à Gommercy, .et en 1791 à Strasbourg et Haguenau. Il avait reçu en 1776 le 3® escadron de chasseurs de la légion royale.

Les guidons de Royal-dragons étaient bleus avec le soleil, la devise royale, et les fleurs de lys dans les coins, le tout brodé et frangé d'or.

Royal-dragons, devenu i®' régiment de dragons dans le classenîent de 1 791, fit partie Tannée suivante de l'armée du Gentre ; il avait laissé un escadron en garnison au Fort-Louis du Rhin. Après la bataille de Valmy, il fut attaché à l'armée de la Moselle. En 1 794, il est de l'armée de Sambre et Meuse, et il se distingue à Fleurus et Aldenhoven. Passé à l'armée de Rhin et Moselle, puis aux armées de Mayence, du Danube et d'Helvétie, il se fait remarquer à la bataille de Wtirtzbourg, au combat d'Ukerath, le 18 avril 1797, où le colonel Vialanes tourne la gauche de l'ennemi, coupe une division de hussards et la prend, aux batailles de Stockach et de Zurich et à l'affaire de Muthental, 2 octobre 1799, ^^ ^^^' lanes a un cheval tué sous. lui.

RoyaL , 3ié

En janvier 1798, le régiment avait reçu les 2® et 5® compagnies du 21* dragons, formé en 1796 avec la cavalerie de la légion de poUce, provenant des gardes françaises.

En 1800, le I®' dragons fait partie de Parmée dltalie. A Marengo, Vialanes est démonté et grièvement blessé; le chef d'escadron Caulaincourt y montra cette froidç intrépidité dont il devait donner une éclatante preuve à la Moskowa, où il trouva la mort.

A sa rentrée d'Italie en 1802, le régiment tint garnison à Joigny et Auxérre, puis à Compiègne. En i8o5, il part pour T Autriche avec la grande armée, et débute au combat de Wertingen. Le colonel Arrighi, depuis duc de Padoue^ y reçoit plusieurs blessures graves et a 2 chevaux tués sous lui. Il y culbute 2 régiments de cuirassiers^ fait mettre bas les armes à un bataillon hongrois et prend 6 pièces de canon. Il était cette année à Ulm et à Austerlitz.

A léna, le colonel d'OuUembourg est trèsgrièvement blessé.

Continuant de servir au i «' corps de cavalerie de réserve, le i®*" dragons se bat encore à Eylau et Friedland, et passe à la fin de 1 807 au corps d'observation de la Gironde. Il entra bientôt en Espagne, détacha son 4® escadron en Portugal, occupa Madrid et combattit glorieusement à Talaveyra, où le colonel Dermoncourt fut grièvement blessé.

3i6 Histoire de la Cavalerie.

Il était sous les murs de Cadix, quand le décret du 1 8 juin 1 8 1 1 le transforma en i ^' régiment de chevau-légers lanciers. Il vint s'organiser sous cette forme à Chartres, et joignit le corps d'observation de l'Elbe avec lequel il partit en 1812 pour la Russie. Il se fit remarquer à Smolensk et à la Moskowa, et en 181 3 à Lutzen, à Bautzen et à Reichembach. C'est dans ses rangs que l'empereur marcha à la poursuite de l'ennemi, et que Duroc tomba mortellement frappé. Dermoncourt fut nommé général pour sa conduite en cette circonstance.

Le I®' régiment de chevau-légers combattit encore vaillamment à Dresde, à Kulm, à Leipzig, Hanau, Montmirail et Waterloo. C'est lui qui a commencé l'action à Waterloo. Embrigadé avec le 2® chevau- légers, brigade Colbert, division Subervie, il fournit une charge furieuse sur le 7^ hussards anglais et les dragons de la Reine. Le soir, la bataille étant perdue, il se jette tête baissée sur les dragons de Cumberland et les écrase. Napoléon, qui suit de loin cet acte héroïque de désespoir, accourt au galop et félicite les survivants. Ainsi finirent Royal-dragons et l'ancienne armée.

Le régiment avait pris, le 12 mai 18 14, la dénomination de I®' régiment de lanciers du Roi, et il avait reçu les compagnies du 9® régiment de l'arme, ex-3o® de chasseurs. Licencié sur la Loire,

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il a versé son fond en 1 8 1 6 dans le 8® régiment de chasseurs à cheval, de la Côte-d'Or, aujourd'hui le 3® chasseurs.

Les six premiers régiments de chevau-légers de 1 8 1 1 portaient la veste et les épaulettes vertes -, les couleurs distinctives étaient, dans Tordre des numéros, écarlate, aurore, rose, cramoisi, bleu de ciel et garance,

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