‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 109 sur 145 · VÉNÉTIE · texte numérisé non relu

VÉNÉTIE

£NisE. — Nous avons dit précédemment que cette ville avait prot , du seizième au dix-septième siècle, des vases d'une remarquable *~^^^^ication, décorés de vues avec fabriques, et dont le style va décli- *^ % à mesure qu'on se rapproche de l'époque moderne ; la dégéné- ^^^îi^nce est surtout marquée dans les plats à pourtour orné en reliefs eusses du genre des cuivres contemporains. Les marques de ces ^ •'^Tîces sont celles que nous avons déjà données page 559, et qui se % perpétuées du seizième au dix-huitième siècle. . ^-^Ine autre marque qui, comme le grappin, est certainement un attri-

^ national et non point une signature individuelle, est l'hameçon en

forme de C (page 340); on l'a vu en 1571 sous une assiette peinte d

Salutation angélique; on le retrouve en 1622 sous une pièce du Mu

de Berlin, puis en 1656 accompagnant le nom de L. Dionigi Marin

Au moment où elle s'est adonnée à la fabrication de la porcelai

Venise a produit des faïences très-flnes à décor sinoïde et qu'il est tr

difQcile de signaler par des caractères spéciaux, sinon la présence d «in rouge de fer vif également remarquable dans les porcelaines.

MuRANO. — En 1753, le Sénat accorda aux frères Giannandrea^ el Pietro Bertolini un privilège pour l'établissement d'une faïencerie^ el

leur permit d'ouvrir une boutique à Venise pour en débiter les j^ tmt^oduits. Mais la fabrication cessa vers 1760, et la concession fut anniB. ^B- ée par un décret du 2 avril 1765.

Este. — Celte localité, où nous trouverons bientôt une usine à pcelaine tendre, s'est livrée à la fabrication de la faïence fine ou t^ de pipe; nous avons rencontré un magnifique pot à eau à moulure: reliefs imitant l'orfèvrerie et à vasque en forme de coquille ; Tensen^ était des plus élégants; la pâte et la couverte ne laissaient rie: désirer. En dessous le nom de la ville ressortait en relief dans cachet.

Une pièce analogue existe dans la collection Reynolds à Londres.

Trévise. — On attribue généralement à œtte ville des vaisselles émail blanc et onctueux décorées de rocailles et fleurs dans le styl<3 -^^

Moustiers; les émaux, bleu, vert olivâtre, jaune et violet font pari relief; quelques pièces à bord ajouré ont la plus grande ann * l\i * gie avec celles de Lodi. Une belle écuelle appartenant à M. docteur Guérard, et qui paraît être de Trévise, est marque^

A côté de ces belles fabrications, il en existait d'autres fort comii ^ unes; un plat à graffiti, du plus affreux style, portait cette inscripti. -^^n circulaire : Fahrica di boccaleriu alla campana in Treviso. VahiUf^ ^^o

Petro Storgato Bragaldo jo figlio fabricator. Jouane Giroto Liber- al

figlio fecce. Maltio Schiavon iyiciso e delinealor. Anno dni cic ic cclx^^^^^- Cette fabrique de poterie à la Cloche ne vaut pas la peine qu'on s'y arrm^ — ^^^^ longtemps; elle prouve seulement que, môme en 1769,1a producli ^^3" des graffiti à la castellane n'était pas confinée à la Frata, et quV ^ 1^ avait lieu partout, comme en plein seizième siècle,

Bassâno. — Cette manufacture étciblie dès le seizième siècle a cii:^-^linué ses travaux dans la période moderne par les soins d'une fami ''^

Tomaine vouée à l'art céramique, et qui paraît avoir contribué à la prospérité de plusieui*s localités industrielles, ce sont les Terchi. Bar- ^olommeo a signé quelques pièces, et notamment de charmantes tasses campanulées ornées de paysages Jj J CTO il délicatement peints ; sa marque est la suivante : >A^

^Antonio a mis dans la même forme et avec les mêmes -n ^/^^ q emblèmes, son nom sous une assiette du Louvre ^n® 599) représentant Lot et ses filles fuyant les flammes de Sodome. La couronne de fer placée dans ces deux marques n'est pas l'attribut ^j>écial de Bassano ; elle figure sur des majoliques d'autre origine.

^ous ne pensons pas que l'usine de Bassano ait travaillé au delà du cl/jc-septième siècle ; elle pratiquait encore le genre des anciennes ma- /o/i^jues et ne semble pas avoir suivi le mouvement qui entraînait l'Iiali^ vers l'imitation des porcelaines chinoises ou autres.

JF^ourtant, d'après les Notes on Venetian Ceramics de M. Drake, les soBw^i-s Manardi auraient élevé à Bassano une fabrique de faïence vers 1 7S8 ; c'est du moins ce qui ressort d'une pétition adressée au sénat en "i. TSS par Giovanni-Antonio Caffo pour réclamer un privilège qui pei:*M:r^ît d'écouler les marchandises nombreuses existant en magasin, et de c!ic>iivrir les frais considérables faits pour attacher à l'établissement a es o uvriers habiles.

I-*ci Sénat refusa en se référant à sa proclamation du 24 juillet 1728 ^^ "^ •» dans le but d'empêcher l'exportation du numéraire dans le Mi- *^ixaîs. la Romagne et à Gênes, pour l'acquisition de la faïence, auto- ^*^^^ît la création d'usines à majolique.

-EIï\ même temps, en 1753, Jean-Marie Salmazzo établit à Bassano une

^ ^*~^nfacture dans le but de rivaliser avec celle des Antonibon aile

^^"^"^^^ qui alors était la seule importante des États de Venise. Plus tard

^ * *Tiazzo se plaignait de ce que les Antonibon excitaient les ouvriers

^ ^^subordination dans les fabriques rivales, les accueillaient lorsqu'ils

^^ïît été chassés, et ruinaient ainsi leurs concurrenls. Mais le sénat

*^^a de s'occuper de ces querelles particulières.

'-^ NovE près Bassano. — Cette fabrique a été fondée en 1728 par

^ ^X'sinni-Battista Antonibon, et le 18 avril 1732 le sénat lui accorda un

^ ^ "v i lége de deux ans pour la vente de ses marchandises ; pour lui per-

^^tre de rentrer dans une partie des frais qu'il avait dû faire et de

V^>sfer ses dettes, un nouveau privilège de dix ans lui fut octroyé le

2 juin 1735. En 1741, rétablissement était dans un éLit des plus pi spères et le local de vente ne suffisant plus aux besoins du commerce, fut transféré par Pasqual Ântonibon dans une nouvelle boutique à Y nise et garanti par un acte du 6 juillet 1741.

En 1762, Pasqual s'associa son fils Giovanni-Battista et commenfi la fabrication de la majolique fine et de la terre de pipe ; il éteni même ses produits à la porcelaine en prenant, le 6 février 1781, nouvel associé, le signer Parolini. Ces curieux documents sont fourni ^ par sir W. R. Drake dans ses Notes on Venetian Cer amies.

Vers le milieu du dix-huitième siècle Giovanni-Battista a produfi^ ^ une pièce portant cette marque : No"*. G : B : A : B : qu'on explique ^ ainsi : Giovanni-Battista Antonibon, Bassano. Un surtout de table daté du mois de décembre 1 755 est inscrit : Délia fabrica di Gio-Balùta Antonibon aile Nove. M. Reynolds possède un magnifique vase à fond bleu agatisé, rehaussé d'or en relief avec médaillons réservés renfermant de fines copies de tableaux de Le Brun, notamment la famille de Darius; à la base de la pièce, quatre cartouches répètent cette inscription : Bracciano aile Nove. Évidemment une œuvre aussi exceptionnelle, et qui soutiendrait la comparaison avec les plus riches conceptions de Sèvres, doit sortir de l'usine où se fabriquaient les porcelaines ; il resterait à savoir si Bracciano était le directeur de l'établissement ou le peintre. M. Chaffers donne l'inscription : /îx6* Baroni Nove en indiquant que Giovanni Baroni est le successeur d'Ântonibon. Nous tenons la première indication de M. Reynolds lui-même. Peut-être le nom dn fabriquant figure-t-il sur une face du vase et celui du peintre sur l'autre.

On a produit à Nove des vaisselles fort remarquables. Un récipient en forme de poisson couché était d'une merveilleuse imitation de forme et de couleur; un citron muni de ses feuilles servait de bouton au couvercle; quant au plat de support, découpé et orné de rocailles en relief, il offrait au centre un groupe de fruits, feuillages et rocailles de la plus belle exécution. Ce plat nous a servi à en déterminer un autre de la collection Gasnault; on y retrouve des fruits semblables entourés d'une bordure bleue copiée de Moustiers; en dessous sont ^'\ii ^^^ lettres qui indiquent d'autres artistes et prouvent Tîm- ^ portance de la fabrique.

Chandiaxa. — Il est fort difficile de préciser la date des ouvrajres

Mil" Fel* Cléri' 1747. Faut-il lire : Felice Clerici et devons-nous

trouver là un des membres de la famille qui s'est illustrée en Frair ^ce

soit à Fontainebleau, soit à Moustiers?

Ce nom n'expliquerait-il pas, d'ailleurs, les initiales suivantes :

qu'on rencontre fréquemment sur des services de genre chinois p*^^ — ^'"^ rehaussés d'or?

Un autre artiste qui s'est illustré dans l'imitation orientale est I^ quale Rubati; son plus intéressant ouvrage figure dans la collectî Paul Gasnault; ce sont deux jardinières semi-circulaires, d'un ém si beau qu'on les croiraiten porcelaine; les bords supérieurs et infériet/J sont ornés de coquilles, rinceaux et rocailles en relief, rehaussés d'ar tout le bandeau nu a reçu, en bleu rouge et or, une décoration de p/^ voines et fleurettes, qui le dispute en beauté aux plus riches spécimens * de vieux Delft. En dessous, on lit :

F. ai Pasquale Rubati. Mil\

-21 Une assiette du Musée de Sèvres, due au même artiste,

/^ /^ bien que les couleurs soient un peu plus pâles, porte yf/-/ no ' seulement les initiales de son nom :

Milan a produit des œuvres monumentales de la plus grande perfection et d'une audace de facture surprenante ; telles sont deux consoles rocailles appartenant à madame Harel : la tablette, élégamment découpée au pourtour, est ornée de pendentifs en festons dorés, et peinte de paysages avec ruines entourés de bouquets et rinceaux ; cette tablette repose sur un pied contourné et à chicorées, brillantes de couleurs et d'or, qui vient s'insérer entre trois branches tournées en S qui assurent la station ; tout ce merveilleux travail est d'une seule pièce et ne peut émaner que d'artistes consommés.

Madame Achille Jubinal possède de splendides assiettes, copiées littéralement sur un service chinois de famille verte; seulement, certaines réserves de la bordure, où devraient figurer des ornements, portent en or une inscription turque indiquant que œs pièces ont été

a trop de confiance. — Chi sta bene quando piove è ben pazzo $^ ^\ muove : Qui se trouve bien quand il pleut serait bien fou de ch^^=^Tvger.

Chose assez curieuse le caractère sacré de l'auteur étant connu», plus ancienne et la plus grande pièce sortie de ses mains est une co] amatoria inscrite de ces quatre vers : Se non traggo (Thesperia i pi d-oroj Porto pero del donatore il core^ Che ricevuto con cordial amo^ Si dira che portai un gran tesoro — Adi 24 Luglio d 677 : Si je n'ai tiré d'Hcspérie les pommes d'or, je porte cependant le cœur du donate s'il est reçu avec un cordial amour, on dira que j'ai contenu un gr^ Irésor. Le 24 juillet 1677. Ce plat de 0",48de diamètre, figure au de Limoges.

Un écrivain qui a l'habitude d'écorcher les noms et les dates, qui ^ii Curtim où il y a Cutius^ et mardy pour marfty, augmente le baga^ ^^e de Pavie en y classant un plat à graflîti représentant le Baptême ^c:3u Christ, et dont il indique la signature comme il suit : Joannes Yic^^^mtins Marcel his; il n'y a pas cela, mais bien : Johanes Vicentivs MjL- W- RELLVSy ce qui est un nom français latinisé. A quel pays peut — -^z»n attribuer cette œuvre de dégénérescence? Ce n'est certes pas à Pavm ^^; les armoiries sont trop mal exprimées pour aider à l'étude de la questîc:^ an, et le dessin est tellement faible qu'il est presque sans intérêt de sav^n^ «^ si Jean-Vincent Maurel ou Maurelle travaillait en Italie, en Savoie ^:i^« en France.

Le même auteur avance que, depuis 1650, les Guargiroli se so:»^* succédé dans la fabrication des faïences, genre Rouen et Marseille; *' eût été curieux de préciser ce que c'est que ce genre ; cela eût seir^'' pour la détermination des ouvrages français du dix-septième sièol^- Quant à nous, il ne nous a été donné d'étudier nulle part les potenî^^ décorées en couleur de la fabrique de Pavie.

LoDï. — Les faïences de ce lieu ont la plus grande analogie a^v'oc celles de Trévise, attendu que les mêmes artistes paraissent avoir l ï"^' vaille dans les deux ateliers. Ce sont généralement des services à h^^^' dures ornementées en rouge de fer, dans le style de l'Inde, et à paysa^^ chinois polychromes en émaux très-fondus.

*^ Il a passé chez M. Osmont une pièce sigr»*?^

^y^^ . ^ . Ferret, à Lodi ; une autre faïence de la collecti ^^"

lodi IJOH- Reynolds porte :

onogramme est ici défiguré, nous le retrouvons visible- -^

nt compose des lettre ACM. sur un autre spécimen appar- 1 0^

sint au même amateur : i?VC#

ÉTATS DE QÊNE8

5 ATONE. — Nous avons cité précédemment les artistes de cette locaqui ont peint des majoliques à histoire jusqu'au commencement dix-huitième siècle ; nous avons dit de plus que c'est de Savone ou Ibissola que sont venus les Conrade pour essayer d'établir à Nevers ^enre qui périssait en Italie. Il nous faut toutefois revenir ici sur les ications données page 544. Deux principales usines existaient à one à la fln du dix-septième siècle : celle de Girolamo Salomoni et le de Gian-Antonio Guidobono , de Castel Nuovo, qui eut pour sucseurs ses (ils Bartolommeo et Domenico. Les faïences que distinguent armes de la ville peuvent émaner de ces fabriques diverses ; on ne Lt donc préciser Torigine exacte qu'à l'aide des monogrammes joints fois à l'écu ; mais il ne faudrait pas abuser de l'interprétation ; nous admettons volontiers que les initiales GS accompagnant les de la ville soient la signature de Girolamo Salomoni, mais lorsles deux mêmes lettres sont sous un soleil, ou même qu'un S seul >Knpagne soit le soleil, soit des écussons difTérents de celui de Sae , nous ne voyons pas de raison suffisante pour y lire le nom du ^^e potier. Il y a des caractères de Jacture qui disent plus qu'un ïre. Le soleil est sur des faïences, voisines sans doute de celles de One, mais d'une fabrication particulière.

I^ant à une pièce marquée d'une trompette dont le fanion porte une i^, ce doit être un produit de Turin. Nous ne voyons non plus aue raison pour donner à Savone la marque au faucon, figurée sur faïences de dates très-diverses, et dont quelques-unes n'ont rien de ^ mun avec la facture des usines génoises; d'ailleurs que ferait ici la t-eF?

Iiiant au nœud de Salomon, sorte d'étoile à six branches composée Icox triangles entre-croisés, il n'a aucun rapport avec l'étoile régu- ^ à cinq rayons dont on a voulu gratifier les Salomoni. -^ chambre des Arts de Berlin renferme des pièces du dix-huitième ^1e signées : kqotXino Ratti^ Savona^ 1720.

Mais, comme l'histoire céramique est pleine de fails singulier ^^-^ gi

contradictoires en apparence, il nous reste à parler d'artistes frai ^iça/^

qui auraient porté à Savone même lej style antiitalien pratiqué <ians nos usines méridionales ; nous voulons dire les Borelly. Il y a peufc.— ^/^f, à étudier et à chercher si le céramiste le plus connu, Jacques Bor^^^//i, est véritablement Français et s'il ne descend pas d'une famille p«.r^i> sulaire.

M. le marquis d'Azeglio possède une pièce portant cette inscrip/A

M. A. Borrelli Inuent. Pinx : A. S, 1735. -0

Le Borrelli qui écrivait ainsi son nom, et qui datait de i 735, nouspa^^^^ raît devoir être un Italien, père de Jacques; lorsque, plus tard, les œu-^ ^ vres de celui-ci apparaissent, un séjour prolongé dans les usines de ^i Marseille et Moustiers lui a fait prendre les usages de ces contrées, il signe d'abord Borrellij avec deux r et l'y long italien , puis Borellij^ enfin une pièce porte Jacques Borrelly, Savonne^ 1779, 24 septembre. Beaucoup d'autres ouvrages sont simplement signés : Jacques Borelly. Ce sont surtout des plateaux chantournés , des écuelles couvertes et autres pièces moyennes, à bouquets de fleurs, où, à part le vert olive du Midi, les tons sont un peu crus. Voilà donc un nom qu'on peut inscrire à volonté à l'Italie ou à la France.

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