‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 115 sur 145 · PORCELAINE TENDRE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

PORCELAINE TENDRE FRANÇAISE

Nous avons dit en son lieu comment l'ingénieuse poterie qualil de porcelaine tendre avait été inventée, au seizième siècle, dans le boratoire du grand-duc de Toscane, et par suite de quels événemei

l'entreprise avait disparu avec le prince protecteur. Lorsqu'à la fin du clix-septième siècle la France se mit à l'œuvre à son tour, la porcelaine de Florence était oubliée et c'est en procédant à des recherches nouvelles, en inventant de toutes pièces leurs procédés, que nos céramistes parvinrent à refaire une poterie translucide artificielle plus merveilleuse encore que la première*

Par un de ces phénomènes fréquents dans l'ordre des idées, tous ceux qui maniaient l'argile et les matières vitrifiables travaillaient à la fois, en sorte qu'on vit surgir presque en même temps des essais de natures diverses; ici de l'émail taillé à la meule, là du verre plus ou moins opaque, plus ou moins dévitrifié, puis enfin la porcelaine à fritte vitreuse obtenue presque simultanément dans plusieurs localités. En cherchant à mettre en lumière les travaux de ces céramistes, nous avons cité comme le premier en date Claude Révérend, bourgeois de Paris, obtenteur d'un privilège, cité page 443, et délivé le 21 avril 1664. Nous ne pensions pas que ce fait pût soulever un orage contre nous ; mais nous connaissions peu le patriotisme local des Normands. M. André Pottier avait écrit que la porcelaine européenne avait été inventée à Rouen, rien ne pouvait déshériter cette intelligente cité du titre élevé à sa gloire; c'est ce qu'une brochure affirma.

Nous l'avouons, en parlant des essais probables de Révérend, aucune considération de clocher ne nous animait, et nous faisions d'ailleurs à ce potier une part si modeste, nous lui attribuions des ouvrages si peu recommandables, que nous ne pensions pas susciter de réclamations.

Aujourd'hui, les faits se sont modifiés et ont pu changer certaines de nos appréciations, sans ébranler dans leur base nos convictions antérieures. Il demeure démontré pour nous que Révérend cherchait. Comme tous les potiers de son siècle, le secret de la fine pâte des vases Orientaux. Qu'on n'aille pas, par des arguties, tenter de délourner le langage des lettres patentes du dix-septième siècle de son sens vrai ; si dans les Pays-Ras, où la faïence avait une origine relativement ancienne, le moi par celaine s'était introduit à la fin du dix-septième siècle pour désigner les ouvrages fins de pâte et riches de décor, faits à l'imilaiion de la poterie orientale, rien chez nous ne motivait cet abus d'expression. Révérend s'était expatrié pour apprendre à faire la terre cuite émaillée, d'après la méthode des Hollandais et il y était parvenu;

mais il avait, en même temps, trouvé le secret de contrefaire la porcelaine mmi belle et plus que celle qui vient des Indes orientales^ et il demandait à exploiter ce secret en France, afin qu'il ne lui fût pas dérobé par rétranger. Et l'on voudrait faire croire que cet homme, instruit dans les Pays-Bas à faire la faïence façon £ Hollande^ aurait manifesté dans un acte officiel la crainte que ses maîtres ne lui dérobassent leurs propres procédés ! La raison se révolte contre l'expression d'une telle énormité. Et puis, nous la connaissons cette faïence de Révérend-^ peut-on la considérer comme aussi belle et plus que la porcelain orientale? elle n'a pas même la prétention d'en offrir la ressemblanccr:^^ lointaine : c'est la faïence courante des Hollandais ; rien de plus.

Oui, Révérend est l'un de ceux qui ont concouru à la recherche la poterie translucide; cette recherche lui a servi de prétexte po établir en France sa fabrication de terre émaillée et obtenir un pri' loge qui, évidemment, est tombé en désuétude parce que le privilc^^^^ . n'avait pas rempli les conditions qui lui étaient imposées.

C'est la, du reste, ce que nous avons toujours pensé et ce que pr^^^^>>^ verait, au besoin, le silence gardé sur le privilège de Révérend par j letlres patentes délivrées le 31 octobre 1673 à Louis Poterat, sieuM?^ j^ Saint-Étienne. Celui-ci, chercheur plus heureux, a touché presque ^^ y^ réussite ; il a produit de la porcelaine, et les écrits du temps en fV^/?/ foi-, ainsi l'Àlmanach contemporain d'Abraham de Pradel, pui^ J^s Dictionnaires de Savary des Brûlons et autres, mentionnent ces tein^i^. tives et en jugent même le résultat. Pourquoi cette invention est-eft restée à l'état d'essai? C'est que Poterat, faïencier, habitué à l'exploA tation d'une industrie dans laquelle il était expert, n'a pas voulu Xkcher la proie pour l'ombre et se lancer dans les hasards d'une entrepr/ise douteuse. Comme Révérend, il avait trouvé dans la porcelaine un pr^ texte à privilège et il en a usé largement.

Voyons maintenant quels sont, parmi les essais recueillis parlescurieux, ceux qu'on pourrait lui attribuer. Le premier de tous, celui qui paraît incontestable, est le petit pot couvert conservé au Musée de Sèvres ; là le décor est analogue à celui des faïences en camaïeu b\eu de la bonne époque, et les armes de la famille Âsselin de Villequier, qui occupent la face principale, semblent tracées par la main de ce\u qui avait peint ces armes sur le service en faïence destiné à la m famille. Pris comme type, ce spécimen fournit les caractères suivan

porcelaine très-translucide, à émail vitreux d'un ton un peu bleuâtre; peinture bue dans la pâte, mais sans bavure ; divers échantillons répondant à ces caractères, et notamment ceux du Musée de Rouen, ont été par suite adoptés sans conteste comme ouvrages de Louis Poterat. En même temps apparaissaient quelques pièces épaisses, mal travaillées, d'un blanc mat, à peinture très-nette, d'un bleu parfois noirâtre, et marquées, malgré leur réussite imparfaite, d'un chiffre 4. P. surmonté d'une étoile, et souvent tracé avec soin. Les premiers échantillons de ce genre, tous deux d'un décor semblable, emprunté évidemment à la faïence, avaient été acquis par nous, et, à raison de leurs défauts mêmes, nous avions cru pouvoir les considérer comme les

if-

Boite à épices, porcelaine d'essai. (Collection A. J.)

essais du potier Révérend. Mais les exemplaires ainsi marqués se multipliaient; notre ami M. Edouard Pascal acquérait une salière identique de décor aux premiers travaux de St-Cloud ; nous en voyions surgir plusieurs autres de même nature ; M. Gustave Gouellain s'empressait de nous communiquer une salière de la forme des précédentes, godronnée sur ses deux bords, mais, cette fois, non marquée, et d'un décor se rapprochant de celui des faïences ; le motif milieu surtout, inspiré de la poterie orientale et représentant un vase de fleurs posé sur un support, était caractéristique ; d'ailleurs par sa translucidité, son aspect bleuâtre, cette porcelaine était identique aux types du musée rouennais, et notre savant ami n'hésitait point à la considérer comme faite par Poterat. Depuis, un autre échantillon est venu jeter une lu mière nouvelle sur la question ; c'est une soucoupe à moulure trembleuse ayant au centre le pot de fleur dont il vient d'être question et dont le pourtour est orné d'arabesques toutes différentes des compositionsdcs Ghicanneau, comme on peut le voir par le croquis ci-dessous . Translucide et bleuâtre, celte pièce d'essai, jaune par places, fendillée

606 HISTOIRE DE LA CÉtlAHIQUE.

au milieu, élail inscrite en dessous de l'A P. surmontes d'une éloile. Il devient donc prob^lc que les ouvrages ainsi marqués sont, comme les autres, sortis de l'usine de Rouen, et que la transiucidité et la teinlc azurée de quelques spécimens sont l'elTel d'une cuisson plus ou moios prolongée, d'un feu plus ou moins vif amenant la pâte à un étalvoi^ de la vitrification. Mais alors comment expliquer la marque? pour({uoi, parmi les spécimens aujourd'hui assez nombreux pouvant former le contingent rouennais, s'en Irouve-t-il de signés et d'anonymes?

Les faïences bleues dont le décor se rapproche des premiers essais de porcelaine possédés par nous ne sont généralement pas signées; une seule nous a offert la lettre G. Les faïences émaillées en couleursoù l'on rencontre un chiffre A. P sont très-postérieures aux travaux de Potcrat, puisqu'on a voulu voir dans leur sigle le nom d'André Poltii^r. L'A P des porcelaines demeuredonc inexplicable; l'étoile seule pourrait être une allusionauxarmoiries des Saint-Etienne, qui en portentirois; cette idée nous avait été suggérée par M. Gustave Gouellain , mais le* initiales semblaient repousser cette explication. Si, pourtant, les porcelaines ainsi marquées doivent forcément être attribuées a Louis Poteral, une autre question se présente : oii peut-il avoir puisé son décor, généralement différent des types de la faïence et identique, ver? la dernière époque, aux décors de St-Cloud?Les Chicanneau n'onl donc rien inventé? Voudrait-on dire qu'ils ont eux-mêmes copié les dessins normands î

Les documents récemment publiés ne sont d'ailleurs pas de nature à élucider les faits ; bien au contraire. Dans une requête adressée nu magistratdeLille pour obtenir certaines immunités, Dorezannoncequ'il csl n le seul avec M. Chicanneau àeSmni-Cioud, qui ait le véritable secret de la faire pareille (la porcelaine) aux échantillons qu'il a eu l'honneur de vous produire. Le maître de la manufacture de Bouen, ayantcru avoir pénétré dans lesecret, s'était ingéré d'en faire et vouloir

TEMPS MOÛEHNES. 607

faire vendre à Paris, comme fabrique de Saint-Cloud, ce qui donnait une mauvaise réputation à cette dernière par sa mauvaise qualité ; l'abus s'étant découvert, il a été contraint de n'en plus fabriquer. »

Ainsi, en 1 71 1 , Poterat faisait encore de la porcelaine, et il cherchait à la rendre semblable à celle de Saint-Cloud. Quand avait commencé rimitation? où est le décor primitif, original, et d'où vient-il? De 1673, date du privilège de Rouen, à 1696, époque indiquée par lesChicânneau pour leur découverte, il restait vingt-trois, ans d'avance pour le premier ; comment en 171 1, c'est-à-dire après trente-huit ans de travail, cherchait-il à imiter le potier venu après lui?

On le voit, ces questions sont complexes et fort difficiles à résoudre. Des essais contemporains de ceux de Rouen ont eu lieu ; c'est sur le type ornemental de Poterat qu'ont été faits les spécimens du céramiste inconnu qui a marqué du chiffre JB, et dont l'origine reste inexplicable, à [moins qu'on ne veuille voir en lui le potier dont j^ parle vaguement Savary des Brûlons comme ayant exercé à Passy. Dans tous les cas, on ne songerait même pas à donner ce chiffre à Révérend. L'A P avait du moins certaines analogies avec la marque de ses faïences. Restituons donc, au moins jusqu'à plus ample informé, les essais du genre A P à la cité rouennaisc et arrivons à des productions plus suivies et reconnaissables à des signes certains.

Saint-Cloud, 1695. — Nous inscrivons sous cette rubrique et sous cette date la première usine française ayant livré au commerce la porcelaine tendre. Ses lettres patentes sont assez importantes pour être reproduites ; les voici :

« Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Les grâces et privilèges que nous avons accordez en faveur de différentes Manufactures, pour en procurer l'établissement dans nostre royaume, ayant excité nos Sujets à faire des recherches et à parvenir, par leur application, à la connoissance des Arts les plus cachez, les nommez Barbe Coudray, veuve de Pierre Chicanneau, Jean, Jean-Baptiste, Pierre et Geneviève Chicanneau, frères et sœur, enfans de la dite Coudray et dudit Pierre Chicanneau et entrepreneurs de la manufacture de fayance et de porcelaine établie à Saint-Cloud, nous auroient très-humblement remontré que ledit Pierre Chicanneau père, s'étant appliqué plusieurs années à la fabrique de la fayance et estant parvenu à un haut point de perfection dans cette fabri-

que, il auroii voulu pousser ses connoissances plus loin et jusqu'à irouv^^î le secret de faire de la vraye porcelaine ; il auroit pour cela fait plusieu — t^ expériences de différentes matières et essayé différents apprests q»— ui avoient produit des ouvrages presque aussi parfaits que les porcelain»^ ^^es de la Chine et des Indes, ses enfans, qu'il avoit élevez au travail c^ de ladite fabrique, et auxquels il avoit enseigné tout ce qu'il avoit trouv '■^^é, ont depuis sa mort continué la même application, et sont enûn pa^^rvenus, dès avant l'année, mil six cent quatre-vingt-treize, au point •► Je

pouvoir faire de la véritable porcelaine, de la même qualité, plus beft IJe

et aussi parfaite et propre aux mêmes usages que la porcelaine (fcdes Indes et de la Chine, suivant le témoignage des personnes les p^Bus habiles et les plus capables d'en juger, et qu'ils estoient en estât de donner à cette fabrique, dont le commerce seroit très-avantageux au Royaume toute l'étendue qu'elle peut avoir, s'il Nous plaisoit de 1f=— .ur accorder les grâces et privilèges nécessaires pour retirer de l'établis:

ment de cette Manufacture, qu'ils feront à leurs frais, tout le prcziz)lil qu'ils en peuvent espérer, et se dédommager des grandes dépen ses qu'ils ont esté obligez de faire pour acquérir la connoissance de la fabrique de la Porcelaine, et pour se mettre en état d'en faire l'ent jeprise et d'y réussir. Que cette Manufacture Nous auroit déjà autre^Wois paru si avantageuse à nostre Royaume, que Nous aurions accorde des Lettres Patentes contenant plusieurs Privilèges en faveur du nom -^^^ Saint-Estienne pour en faire l'établissement à Rouen et dans tels auti^P^tr^ lieux de Notre obéissance que bon luy eust semblé, avec défense à toi»:^-*!^^ personnes de faire des établissements de cette Manufacture : que cep^-^^^^" dant ledit Saint-Estienne n'a fait au plus qu'approcher de ce SccreP^ -^^^ ne l'a jamais porté au point de perfection ni d'exécution où les ^ Exposans l'ont mis, et ne faisoit consister son travail que dans la ManuB^^^^* lure de Fayance ; et que, depuis son décès arrivé il y a plusieurs ann^s^-^» ni sa femme, qui a toujours continué à faire de la Fayance, ni persorr^^e de sa part n'a rien fait en Porcelaine, et qu'ainsi nous pourrions s^-^ faire tort audit Saint-Estienne et ses ayans cause, accorder aux Exposa i^^ le même Privilège et la même exclusion générale pour la fabrique de la Porcelaine seulement, estant certain que pei*sonnc qu'eux n'en fait dans le Royaume, et n'en a jamais exécuté le secret comme ils font. A ces CAUSES et autres, à ce Nous mouvant, estant bien informez de la bonne qualité, de la beauté et de la perfection de la Porcelaine fabriquée par

lesdiU Chlcanneau, de leur capacité et habileté pour Tari d'en fabriquer, et des grandes dépenses qu'ils ont faites pour acquérir la con* noissance de cet Art au point qu'ils le possèdent, et que rétablissement de cette Manufacture pourroit estre très-avantageux au Royaume; et désirant favorablement traiter lesdils Exposans ; de Tavis de nostre Conseil et de nostre certaine science, pleine puissance et autorité Royale, Nous avons par ces Présentes signées de nostre main, permis et accordé, permettons et accordons auxdits Barbe Coudray, veuve de Pierre Ghicanneau, Jean, Jean-Baptiste, Pierre et Geneviève Ghîcanneau, tant conjointement que séparément, leurs hoirs et ayans cause, de faire dans le Bourg de Saint-Gloud, et dans telles Villes et autres lieux de nostre Royaume que bon leur semblera, excepté néanmoins la Ville et Faubourg de Rouen, un ou plusieurs établissements de la Manufacture de Porcelaine fine dé toutes couleurs, espèces, façons et grandeurs. Permettons pareillement auxdits Goudray et Ghicanneau de continuer la Fabrique de la Fayance dans ledit Bourg de Saint-Gloud, et de faire travailler en Fayance aussi de toutes couleurs, espèces, façons et grandeurs, dans toutes les Villes et lieux où ils établiront la Manufacture de Porcelaine, et de vendre et débiter en gros et en détail dans toutes les Villes et lieux de nostre Royaume, la Porcelaine et la Fayence de leur Fabrique. Faisant défenses à toutes personnes de quelque qualité que ce soit, excepté ledit Saint-Estienne ses hoirs et ayant cause, d'entreprendre de faire de la Porcelaine en quelque lieu de nostre Royaume, Terres et Seigneuries de nostre obéissance que ce puisse estre, même dans les lieux prétendus Privilégiez, pendant le temps et espace de dix années, à commencer du premier jour d'Octobre prochain, à peine de confiscation des Marchandises faites, matières et ustensiles servant à ladite Manufacture, et de trois mille livres d'amende. Faisons aussi très-expresses inhibitions et défenses à toutes personnes, sous prétexte de Maîtrise , Jurande, ou autrement, d'aller en visite dans les lieux des Manufactures desdits Goudray et Ghicanneau, ni dans les lieux où la vente et débit de leur marchandise se fera, de leur faire aucun trouble dans la Fabrique vente et débit des Porcelaine et Fayance de leurs Manufactures, et d'exiger d'eux aucune somme pour raison d'imposition ni autre cause, à la réserve des charges de la Communauté des Maîtres Emailleurs de Paris, auxquels Jean-Baptiste Ghicanneau sera obligé de contribuer, comme Membre de ladite Communauté; sans néanmoins

MO HISTOIRE Dli) LA CÉRAMIQUE.

qu'il puisse estre élu Juré de ladite Communauté, sinon de son consen — tement. Avons exempté et exemptons ladite Barbe Goudray et lesdits^»,^^ ts Jean, Jean-Baptiste, Pierre et Geneviève Ghicanneau, Entrepi'eneurs de^^^e la Manufacture , leurs Ouvriers et employés en ladite Manufacture, de^^fije toutes tailles, impositions et charges ordinaires et publiques du Bour^^-^ de Saint-Gloud, pourvu que lesdits Entrepreneurs ne possèdent aucunes .■:in autre bien dans le Bourg et terroir de Saint-Gloud, que la maison dan^^fz^is laquelle ladite Manufacture est ou sera établie , et les dépendance^^^^^es joignant ladite Maison, et que les Ouvriers et employés ne possèdent m-:m:ni aussi aucun bien dans ledit Bourg et terroir de Saint-Gloud, n'y (as^^^ passent aucun commerce, négoce ni travail que pour ladite Manufacture ^^-e, et n*ayent esté auparavant employez aux Rôles des Tailles en d'autre^^r-^ lieux, à la charge que lesdits Entrepreneurs, leurs hoirs et ayant caus»^^^se payeront au GoUecteur des Tailles dudit Bourg pendant lesdites di\m.Mïi années, et pour chacune d'icelle, la somme de cent livres seulemenciKânt pour raison seulement desdites Tailles, impositions et charges ordi JEjàinaires dudit Bourg de Saint-Gloud. Si donnons en mandement à ncc^ ^os amez et féaux Gonseillers gens tenans nos Gours de Parlement, GhanrMZiambre des Gomptes, Gour des Aydes de Paris, et tous autres, nos OfïEinfficiers de Justice, que ces Présentes ils ayent à enregistrer, et du con=x:^)ntenu en icelles faire jouir pleinement et paisiblement lesdits Goudrai^'Tay et Ghicanneau. Gar tel est nostre plaisir. Donné à Versailles le seizièmr:H::ine jour de May, Tan de grâce mil sept cents deux, et de nostre Règne E ^ le soixantième. Signé, Louis, et plus bas, Par le Roy, Phelypeaux, et eciK^ocore plus bas, vu au Gonseil, signé, Ghamillardet scellées de cire jaunns: jne sur double queue. Registrées en la Gour des Aydes, ouy le Procurein-^^ur Général du Roy pour estre exécuté selon leur forme et teneur, et jou: .^ljiV par les impétrans de TefTet y contenu, aux charges que procès et di mi jïféreuds qui naîtront, en conséquence desdites Lettres pour raison c^ de la Taille et autres impositions, seront instruits et jugez en premier -^âre instance pardevant les Officiers de TÉlection, sauf Tappel en ladi.^ ite Gour. A Paris, le douze avril mil sept cent treize.

c< Signé : Robert. »

Toute l'histoire de Saint-Gloud est dans ce document, et Ton se d^Kmande comment elle a pu rester obscure pendant si longtemps, à ^^ point que Brongniart, en 1844, ignorait combie ses produits avaii^^/

5tc remarquables. Pourtant, dès 4698, Martin Lister, médecin de la :'eine Anne, avait publié la relation d'un voyage qu'il avait fait en r'rance, et il y avait exprimé avec un véritable enthousiasme ses impressions touchant la manufacture nouvelle qu'il avait visitée avec soin ; aous devons même à cette relation la description de certains travaux ]ui n'ont pas encore été retrouvés par les chercheurs actuels. Le voyage le Lister ne contient qu'une énonciation erronée avec laquelle nous iroulons en imlf*; il annonce avoir visité Saint-Gloud conduit par le propriétaire de l'établissement, inventeur du secret de la porcelaine, M. Morin. Quelle que soit l'origine de cette indication, nous le répo- Lons, elle est erronée. Tous les documents officiels la démentent; elle est en contradiction avec les publications contemporaines, et la persistance de certains écrivains à substituer le nom de Morin à celui de Chicanneau est une taquinerie sans portée. Qu'on n'aille pas prétendre qu'entre la création de l'usine et les lettres patentes de 1702, bien des faits ont pu surgir et modifier la situation industrielle deSaint-Cloud. Ouvrons le Mercure de France pour l'année 1700, et nous y trouverons cette annonce : c< J'ai oublié de vous mander que le 3 du dernier onois (septembre), madame la duchesse de Bourgogne ayant passé par ^aint-Cloud et tourné le long de la rivière, pour aller chez madame la duchesse de Guiche, fit arrester son carrosse à la porte de la maison où MM. Chicanneau ont établi depuù quelques années une manufacture de porcelaines fines, qui, sans contredit n'a point de semblable dans toute l'Europe. Cette princesse prit plaisir à voir faire sur le tour des pièces d'un très-beau profil ; elle en vit peindre quelques autres sur des dessins plus réguliers et mieux exécutés que ceux des porcelaines des Indes. Elle alla ensuite voir travailler aux faïences qui se fabriquent dans la même manufacture ; après quoy MM. Chicanaux la conduisirent dans leur cabinet, où elle vit quantité de fines et de belles porcelaines dans leur perfection, dont elle fut si contente qu'elle leur promit d'y revenir. Elle ne sortit de chez eux qu'après avoir marqué sa satisfao tion par les libéralités qu'elle fit aux ouvriers.

« Leurs Altesses Royales Monsieur et Madame font souvent l'honneur à MM. Chicanaux d'aller voir leur manufacture. Ils reçoivent aussi de fréquentes visites de princes, de seigneurs, d'ambassadeurs et de toutes sortes de curieux, qui viennent chaque jour admirer la beauté des ou^ vrages qui s'y fabriquent^etdont il se fait un grand débit pour les pny^

étrangers. Ils ont établi leurs magasins pour la vente de leur laines à Paris, au coin de la rue Coquillière et des Petits-C proche la place des Victoires. »

Cette réclame, digne de notre temps, est de nature à lever

doutes, carsilesChicanneau n'eui que les instruments d^un capitalii sant ou d'un personnage élevé, le n'eût pas manqué de le dire. Au i et nous Tavons annoncé ailleui avons en mains les titres de famil

Porcelaine de Saint-Cloud, au soleil. • i • i • /*

(Collection A. j.) uc saurait discuter : le jour est la

point, car, en 1698 même. Barbe Coudray et son nouveau ms hypothéquaient une rente sur la maison de Saint-Gloud où vait leur fabrique, au profit de Jean Ghicanneau.

Il est un second point dont les curieux se préoccuperont plus

premier, c'est le moyen de reconnaître les ouvrages de Saint-Cloi

reusement, dès Torigine, les Ghicanneau ont appliqué sur la

majorité des pièces un signe caractéristique: seulement, ces i

ont varié ; la plus ancienne, indiquant la protection de Lo

de 1702 à 1715, est Tombre de soleil allusion à la de

ventée par d'Ouvrier : Nec pluribm impar. La secon

se* remonte assez haut et s'est continuée pendant toute la (

' rétablissement, est celle-ci contre : Son explication es

Avant que Barbe Goudray, veuve de Pierre Ghicanneau, obtînt,

enfants, le privilège royal, son état s'était modifié; elle avai

Henri Trou, huissier de l'antichambre du duc d'Orléans; mais

n'avait pu paraître dans les actes officiels, parce qu'il n'ap(

pas à la corporation des faïenciers ; il fit le nécessaire pour y c

et les curieux ne seront sans doute pas fâchés de trouver ici 1

de l'acte qui lui en accordait le titre.

a A TOUS CEUX QUI CES PRESENTES LETTRES VERRONT GharlcS I

Bullon, chevalier, marquis de Gallardon, seigneur de Bonnell lion, Esclimont, Montloiiet et autres lieux, Gonseiller du roy en seils, Prévost de la ville, Prévosté et Vicomte de Paris, Salui faisons', qu'aujourd'huy Henri Trou a esié receu maistre Ei marchand verrier faycncier à Paris comme aprentif et par chef en la présence et du consentement de Jean-Baptiste Ghicane^

Souillart, Nicolas et Antoine Lejeunehommc, et LiermaudJàcques Môrieux Jurés de présent en charge et gardes de ladite communauté, pour de ladite Haistrise dorénavant jouir et user pleinement et paisiblement, tout ainsi que les autres Maistres d'icelle, après qu'il a fait le serment de bien et fidellement exercer ledit Mestier, garder et observer les statuts d^ordonnances d'iceluy, souffrir la Visitation des Gardes en la manière accoutumée. Ce fut fait et donné par Messire Claude Robert, Conseiller du Roy en ses conseils, et Procureur de Sa Majesté au Châtelet, siège Présidial, Ville, Prévosté et Vicomte de Paris, Premier Juge et Conservateur des Corps des Marchands, Arts, Métiers, Maistrises et Jurandes de ladite ville, Fauxbourgs et Ranlieûe de Paris le premier jour de septembre mil sept cens six.

ce ClIAILLON.

« Scellé le premier septembre 1706.

a Deciiambault. »

Devenu ainsi de droit le chef de la fabrique de Saint-Cloud, Trou s'empressa de faire apposer son chiffre, qui continua ensuite lorsque son fils reprit l'établissement.

Toutefois, cette prise de possession n'eut pas lieu sans réclamation ; les lettres patentes de 1 702 étaient en effet un véritable nid de procès ; elles reconnaissaient la part commune des héritiers Chicanneau dans la découverte du secret de la porcelaine, et les autorisait à exploiter ce secret conjointement ou séparément en quelque lieu qu'il leur plût. Chacun d'eux prétendit avoir copie des notes de Chicanneau père; Trou refusa toute communication en exprimant la crainte que ces documents ne servissent à porter à l'étranger l'art de la fabrication française. Il chercha en même temps à faire établir les droits de ses enfants par de nouvelles lettres patentes. Avant de statuer, l'autorité voulut connaître exactement les héritiers ayant droit de Pierre Chicanneau et un état conservé aux Archives les dénomme au nombre de neuf.

A la suite il intervint pourtant, le 15 septembre 1722, un arrêt qui, en rappelant une première prorogation de dix années accordée, le 15 mars 1713, par le roi Louis XIV aux entrepreneurs de la manufacture de Saint-Cloud, octroyait une nouvelle prorogation de vingt années nommément à Jean, Jean-Raptiste Chicanneau, Marie Morcau, veuve Pierre Chicanneau, Henri et Gabriel Trou, enfantsdu second lit de Rarbe

614 histoihe de^ la cëeiahique.

Comlray. Cette faveur était basée sur ce que les intéressés avaienteu à.^ ,

soutenir des procès etàsouffrirde l'inlerraption généralcdu commerce,^ -^.^ ' de la cherlé des vivres et de l'augmentation du prix des ouvriers. Ell^^^~ ' avait pour but aussi de leur permettre do recouvrer les avances qu'il* g ^ -^ avaient dû faire pour rendre utile au public un nouveau secret que 1» J; duc d'Orléans leur avait donnd pour perfectionner leurs ouvrages.

A partir de cette époque, la manufacture se divise en effet. Trou dr J rîge Saint-Cloud et Marie Moreau ouvre une autre usine dans le faubourg ^^^ Saint -Honoré.

lusqn'en ces derniers temps les porcelaines de Sainl-Cloud ont ^^^^^^ij peu ou point connues; Brongniart les considérait comme grossières » ^

Pal t aniB. Balnt-aond, pdljcliroina. (Collcdion A. J.)

facture ; pourtant Lister et les autres écrits parlaient de leur mérit*ï — ^^ *

de leur prix élevé. « On vend, dit le médecin de la reine Anne, '®

vases de Saint-Cloud h des prix excessifs. Leurs tasses ordinaires à csV"- *"" coiat sont cotées une couronne la pièce... Ils ont vendu quelques ^t^^^^''vices do table à 100 livres l'un.

« n n'y a ni modèle, ni dessin de Chine qu'ils n'aient imité et- =^'s ont ajouté par eux-mêmes beaucoup d'ornements qui produisent. '*

meilleur effet et paraissent de la plus grande beauté. » Il faut voir ^ "** ouvrages de choix pour bien comprendre ces éloges ; ceux décorés ^^^" couleurs polychromes sont de la plus charmante harmonie ; tels ce j^»-*^' à crème marqué des siglesde Trou, une autre pièce marquée appar nnnt à M. le baron Charles Davillier, et quantité de petites pif^ commodes tabatières et boîtes à mouches montées en or ou en vc meil, de charmantes salières h M. Edmond Le Blant. Ceux en camar^^"

bleu se recommandent par des formes choisies et un décor où les broieries et les lambrequins rappellent les meilleures compositions de nos petits maîtres ornemanistes.

Quelques pièces à reliefs, inspirées des blancs de (]hine, sont composées avec tant de goût qu'elles paraissent suffisamment riches bien que privées du rehaut de la couleur. Celles-là sont parfois anonymes, parbis gravées en creux de la marque de Trou.

Lille, 1711. — Les sieurs Barthélemi Dorez et Pierre Pélissier, son leveu, fondèrent, avec le concours du magistrat de Lille, cette manu* acture, pendant que la ville était au pouvoir des Hollandais. Français ous deux, nos industriels voulaient faire une porcelaine française, en x)ut semblable à celle de Saint-Cloud ; ils le déclarent dans leurs actes, lij après que le traité d'Utrecht eut rendu la cité à ses anciens possesleurs, ils n'hésitèrent pas à réclamer des privilèges spéciaux pour un établissement utile au pays.

La porcelaine de Lille, longtemps confondue avec celle des Ghtcanleau, s'en distingue par un œil un peu plus blanc; le décor est îdenique à celui de Saint-Cloud, mais un peu moins fin dans le ca- Tiaîeu bleu. La première marque consiste dans cette initiale : m peu plus tard on trouve un ou deux L plus légers : Probablement ^ - entre 1716 et 1717, lorsque Dorez administrait seul, ^^

on voit son initiale remplacer le nom de la ville. Enfin ;ur une charmante tasse d'époque plus récente à fleurettes et rinceaux, lous trouvons sous la soucoupe, L, et sous la tasse, B. Nous — ^ gnorons ce que signifie ce dernier signe. ♦

M. J. Houdoy attribue également à Lille des assiettes excessivement 3urdes de pâte et peintes en couleurs polychromes, de bordures et de ouquets chinois style de la famille rose. Nous n'oserions nous prooncer sur l'origine de ces pièces, qui paraissent plutôt italiennes que *ançai$es.

Paris, faubourg Saint-Honorê. — Vers 1722, Marie Moreiiu, veuve e Pierre Chicanneau II (neveu de Jean) établit une succursale de aint-Cloud, rue de la Ville-l'Évôque. Le régisseur était Dominiquerançois Chicanneau; il avait été directeur des travaux à Saint-Cloud e 1710 à 1724, et sa longue expérience lui permettait de faire, non- 3ulement des vaisselles semblables à celle de la première usine, mais es figures grotesques et troncs d'arbres pour les girandoles et toutes

6iC HISTOIRE DE I,A CÉRAMIQIE.

soilcs do belles porcelaines; c'est ce qu'annonce le prospectus de \î

succursale de Saint-Cloud. Nous possédons un petit pot àe

^ . toilette portiint cette marque que nous attribuons à la nouve^^lk

usine.

CiUHTiLLY, 1735. — Établie par Ciquaire Cirou, sous la protecl Jon

de Louis-Henri, prince de Condé, cette manufaclure obtint des letl res

patentes, le 5 octobre 1755. Son but était l'imitation de ta porcela jne coréenne, dont le prince possédait une remarquable collection, (^=^]a est dit aussi positivement que possible dans le préambule des lett ns patentes qui lui furent accordées : « Notre bien amé Ciquaire Ci^Hnu nous a fait représenter que, depuis plus de dix ans il s'est appiiqi^cré !i la fabrique de la porcelaine pareille à celle qui se faisait anciei^^iH<mcnt au Japon; que ses peines et les dépenses qu'il y a faites on^Mcu

un suoctV sy favorable qu'il n'y a aucun lieu de douter que sa pc^iïelaine ne soit au-dessus de celle de Saxe qui, néanmoins avait troiiï-*-' "" grand crédit en l'rance et dans le reste de l'Europe ; que les difféi"*''''* ouvrages qu'il en a produits, et l'empressement avec lequel les fyp étrangers tels que l'Anglolerre, la Hollande et l'Allemagne, endeir»""' dent, tendent ù assurer la supériorité de sa porcelaine sur tout ce ^l"' H paru jus(|u'ù pn'sent en ce genre, et qu'il était en élat de JonntTs cette fabrifiue, dont le commerce serait très-avantageux au royaun'i^i

toute l'étendue qu'elle peut avoir » («a porcelaine de Chantilly **'i

en effet, fort remarquable; sur un émail d'élain qui lui ôle un peu Je sa transi ucidi té en lui donnant une blancheur mate analog\ieà cfW des fines poteries coréennes, on voit courir les plantes orientales, gravjr l'mireil els'étaler la baie, en tons variés mais un peu froids. Plus tarif, on renonça ^ l'émail opaque et les fleurs façon Saxe, les décors genre

se fondirent dans une couverte vitreuse semblable à celle de lÉifennecy. La marque constante de Chantilly a été un cor

e chasse d'abord tracé en rouge avec beaucoup de soin, ^^C^ uis esquissé rapidement en bleu et accompagné de lettres ndiquant les noms des décorateurs. Nous Tavons même vu en creux des assiettes à reliefs.

Lorsque Giquaire Girou se retira, la manufacture passa entre les :snains de MU. Peyrard, Âran et Antheaume de Surval, qui la maintîn- ^K*ent à un degré convenable de prospérité; mais lorsque survint la révolution, ils ne purent continuer & marcher et fermèrent pour éviter une ^^tastrophe.

D'après les énonciationsd'uneHistoire de Chantilly, un riche Anglais, Itf . Potter, déjà propriétaire d'autres établissements à Montereau et à Torges, essaya, en 1793, de relever l'usine dans l'intérêt des nombreux ouvriers restés sans travail ; ses généreux efforts demeurèrent infructueux, car après avoir mangé sa fortune, il dut abandonner l'entreprise en 1800.

Poussé par le même sentiment de commisération pour la population laborieuse de Chantilly, le maire de cette ville, M. Pigorry, éleva une nouvelle fabrique en 1805, s'appliquant cette fois à la production de la vaisselle d'usage; nous avons rencontré son chiffre surmon- /^ tant le cor dé chasse traditionnel sur des tasses et soucoupes ^^ décorées en bleu. On y voit aussi le nom : Chantilly en toutes : lettres. M. Pigorry eut pour successeurs Bougon et Chalot. t^t, J^

C^est sans doute aussi un des successeurs de Pi- De Roche

gorry qui met sur les pièces d'un même service, rue Coquilliere tantôt le cor de chasse, tantôt cette légende avec N^ 12

une vignette à jour : h Paris

L'état conservé à Sèvres indique que la première usine aurait été reprise, après la catastrophe de Potter, par Baynal et lallement.

Meknecy-Villeroy, 1735. — C'est au lieu dit les Pelites-Maisomy dans la terre du duc de Villeroy et sous sa protection, que François Barbin établit cette fabrique. La pâte en est fme et translucide, le vernis lisse et uni-, quant aux peintures, elles abordent tous les genres, depuis le décor archaïque de Chantilly, les bouquets de style français, jusqu'aux riches compositions de Sèvres avec fonds variés et rehauts d'or. Malgré les défenses de Sèvres, Mennecy a fait bon nombre de figurines

t)18 HISTOIRE DE LA CÉRAMIQUE.

coloriées ei que)(|ues biscuits d'une importance remarquable. Le plt.^ .us important, sans contredit, fut un groupe all^orique placé dans uitrw: t,Q ex^Kisition de vente et qui a disparu sans laisser de traces, au graiK::^: nd rcgretdeM.Riocreux, qui comptait l'acquérir pour le Musée de Sèvre^^^- Sur un vaisseau armé et maté se tenait la France, le casque en tëte, C l lance droite et la main posée sur le bouclier aux trois fleurs de li&^^. autant qu'il nous en souvient, les autres personnages, tous -"■""'"r- -il^ par des emblèmes, entouraient un enfant endormi. La facture bab^^y^ de ce groupe, la fmesse de ses détails, le rapprochaient des ouvra^^^ de la Manufacture royale et donnaient une haute idée du personnel ^:^r. listique de Mcnnecy.

La marque de tous les produits est celle-ci : Tracée en couleur "" T\\t -n^r ^" "''' ®"^ indique les plus anciens produits; f:»'** ^' en creux dans la pâte, elle est plus fréquente *^

plus voisine de nous. Barbin eut pour successeurs Jacques et Juli^s") qui conservèrent l'établissement jusqu'à l'expiration du bail des b^^^'' menis en 1775. Ils transportèrent alors leur matériel à Bourg — - '^' Reine.

Paris, faubodrg SAiMT-ANrontE. — Réaumur parle dans ses Hémo^ï'^ d'une manufacture de porcelaine commune existant en ce lieu, ^*ïR 1759. Ses produits sont encore indéterminés.

Quant à Réaumur lui-même, ses essais de porcelaine ont une imp:^*"^ tance qui ne permet pas de les passer sous silence, car si la pâte len^^ artiHcielle n'eût clé trouvée et développée aussi rapidement, l'indw^ trie se fût certainement emparée des produits du célèbre physicien.

Réaumur s'était aperçu qu'en dévitrifiant le verre on lui donnait une solidité exceptionnelle et une blancheur translucide analogue à celle de la poterio chinoise ; il imagina donc de faire ainsi une porcelaine artificielle à laquelle les contemporains donnèrent son nom. Ce singulier produit a été décrit par son auteur dans un mémoire où, après avoir fait ressortir les qualités d'usage et le bas prix de ce verre^ il ajoute : « N'est-ce pas assez pour une porcelaine qui sera à si bon marché, si son blanc est supérieur à celui de nos porcelaines communes qui se font au faubourg Saint-Antoine? s'il est aussi beau que celui de la porcelaine de Saint-Cloud, qu'on vend cher, quoiqu'elle soit médiocrement bonne. » Quoi qu'il en soit, l'ingénieuse découverte du savant n'eut aucune application commerciale.

VmcENNES, 1740. — En voyant se développera l'étranger l'industrie des poteries translucides, le pouvoir s'inquiétait et aspirait à créer chez nous une concurrence sérieuse, à la Saxe surtout. Les frères Dul)ois, anciens élèves de Saint-Cloud, vinrent, en 1740, offrira M. Orry de Fulvy, intendant des finances et frère du ministre de Louis XV, de lui révéler le secret d'une nouvelle porcelaine. On leur donna un laboratoire à Yincennes et l'on pourvut aux dépenses de leurs essais. Après trois ans de simulacres de travaux qui avaient coûté 60,000 fr., il fallut les chasser. Gravant, l'un de leurs ouvriers, avait suivi les essais avec intelligence, et, par ses expériences personnelles, il obtint une porce* laine tendre dont il céda le secret à M. Orry de Fulvy.

Tel fut le point de départ de la Manufacture royale. D'abord on forma, en 1745, une compagnie composée de huit commanditaires et garantie par un privilège délivré sous le nom de Charles Adam. Un nouvel arrêt du 19 août 1747 avait pour objet de garantir cet entrepreneur en empêchant ses ouvriers d'émigrer et de porter ailleurs les connaissances qu'ils auraient acquises dans la manufacture de Yincennes. La mode s'était emparée des fleurs gracieuses qu'on avait d'abord produites pour orner les lustres, girandoles, pendules et autres objets mobiliers; les petites fabriques, et surtout des établissements clandestins s'étaient livrés à la copie de ces petits chefs-d'œuvre. Charles Adam s' étant plaint du tort que lui faisait cette contrefaçon, on révoqua son privilège, en 1752, pour le transférer à Éloy Brichard. Celui-ci ne réussissant guère mieux à développer la prospérité commerciale et renouvelant les doléances de son prédécesseur, l'autorité dut chercher un

moyen efficace de maintenir la France au niveau des industries étrangères. Dès 1745, Charles Adam en réclamant la libre disposition pour se5t ateliers des bâlimenU de la cour de la surintendance, du man^e couvert et de la ménagerie située à Belair, signalait « un établissement qui vient de se former en Angleterre d'une manufacture de porcelaine plus belle que celle de la Saxe par la nature de sa composition et qui occasionnerait la sortie de fonds considérables de la France, b U fallait lutter contre cette nouvelle cause d'exportation du numéraire et créer enfin une industrie céramique nationale sérieuse ; on ne trouva rien de plus efficace dans ce but que de donner à la manufacture une haute attache.

En 1 755, ïo roi s'intéresse donc pour un tiers dans les frais de rétablissement, qui prend le titre officiel de Manufacture royale deporcelaine de France. On avait marqué jusque-là de deux L croisés parfois avec un point au milieu ; dès ce moment, la marque devient obligatoire et elle doit être accompagnée d'une lettre servant de chronogramme, A pour 1 755, B pour i 15é. et ainsi de suite. En même temps des, mesures sont prises contre les contrefacteurs, fl la protection s'établit sur des bases sérieuses, menaçanles même pour les petites fabriques.

Un immense développement dans la production fut le résuluil (l« l'organisation nouvelle ; aussi la société, se trouvant bientôt à l'élroil dans les locaux qui lui avaient été concédés, résolut de cpiitler Vincennes pour s'établir chez elle. On acheta & Sèvres un vaste lerrainsur b«]uel élait la maison de Lnlly et on y fit construire les bâtimenlsqiie va bientôt abandonner la manufacture.

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