AUTRICHE
Vienne. Cette manufacture a été fondée en 1718 par un Hollandais, Claude-Innocent du Paquier, qui s'était attaché un arcaniste transfuge de Meissen, nommé Stenzel, en lui promettant un traitement de mille thalers, une habitation indépendante et un équipage. L'entrepreneur dut chercher dans une association les moyens de conduire sa fabrique dans la voie du succès ; Pierre-Henri Zerder, Martin Peter, négociant, et Christophe-Conrad Hunger, artiste, s'unirent à lui; ils sollicitèrent un privilège qui leur fut accordé le 27 mai 1718 parTem pereur Charles VI, et dont l'effet devait s'étendre à vingt-cinq ans.
Pourtant l'entreprise ne réussit pas ; les engagements ne purent être remplis, et avant la fin de la seconde année, Stenzel était retourné à Meissen, emportant avec lui le secret de la porcelaine, secret qu'il avait obstinément refusé de faire connaître.
Malgré ces événements, du Paquier ne perdit pas courage; il parvint à donner à sa fabrique une apparente activité en continuant
tant bien que mal les travaux. Cet état de choses dura jusqu'en 1744, époque à laquelle il offrit au gouvernement la cession de sa manufacture. L'impératrice Marie-Thérèse accepta et, par un contrat officiel, rétablissement devint la propriété de TÉlat, qui se chargea du payement d'une dette de 45,549 florins. Du Paquier resta d'ailleurs à la tête de la fabrique avec un traitement de 1 ,500 florins sous la direction supérieure du président de la Banque.
On attribue à la première période des pièces marquées d'un, double W et qui ont un aspect bien plus ancien que celles faites à Berlin et signées de la même lettre.
En 1747, Joseph Niedermayr fut nommé maître modeleur et l'on commença à faire des figurines ; la fabrique prit une grande extension et se développa rapidement ; de 20 ouvriers qu'elle occupait en 1744, elle était arrivée à 200 en 1770 et à 320 en 1780. Depuis qu'elle était devenue établissement impérial , elle avait d'ailleurs marqué ses produits de l'écu autrichien, d'abord en creux dans la pâte puis R tracé au trait en bleu.
La direction supérieure fut confiée, de 1744 à 1758, à Maierhofer de Grûnbûhel, de 1758 à 1770, à Joseph-Wolf de Rosenfeld. En 1770, Kessler appelé à cette haute fonction, crut donner un nouvel essor aux travaux en augmentant le personnel d'un tiers; mais le contraire se produisit, une véritable décadence se manifesta dans les ouvrages de tous genres, et malgré l'établissement de dépôts à Prague, à Brûnn, à Lemberg, etc., la vente se ralentit et l'entreprise devint onéreuse.
En 1782, l'empereur ordonna une enquête sur l'état de la fabrique, dont il confia la direction au baron de Sorgenthal ; puis il se décida à la mettre en vente ; l'adjudication devait avoir lieu le 20 juillet 1784, mais comme il ne se présenta pas d'acquéreur, l'établissement fut sauvé. Le baron de Sorgenthal, confirmé dans ses fonctions, introduisit de sages réformes, organisa une sorte d'école d'art et éleva bientôt les produits à un niveau qu'ils n'avaient jamais atteint. Cette période fut sans contredit la plus brillante de l'établissement. Joseph Leithner, chimiste chargé de la préparation des couleurs, inventa un noir d'urane qui donna des fonds du plus bel effet ; on lui doit en outre l'emploi du platine à l'état solide et brillant et une décoration d'or bruni en relief sur or mat, aussi rare que recherchée aujourd'hui. Schindler, peintre d'ornements, se distinguait par son goût ; un autre ornema-
niste, Geprge Perl, fui appelé à la succession de Leilhner. Antoine Grassi, peintre, contribua à faire abandonner le style rococo pour la pureté antique ; un autre peintre, Ferstler, a représenté des sujets mythologiques fort remarquables. M. Reynolds possède une pièce peinte d'animaux dans le genre de Berghem par un nommé Lamprecht ; enfin Joseph Nigg rivalise, pour les fleurs, avec les meilleurs artistes de Sèvres.
So'rgenthal fit faire aussi, sous la direction de Flaxman, des imitations des fines poteries de Wedgv^ood. Fatigué de tant de travaux, il s'était adjoint, en 4803, Niedermayer, qui finit par le remplacer en 1805.
Les événements politiques firent un grand tort à rétablissement, qui languit jusqu'en 1813, puis se releva peu à peu et célébra son centenaire en 181 8 ; à ce moment, son personnel se composait de cinq cents personnes. En 1827, Benjamin Scholz succéda à Niedermayr.il mourut en 1834 et fut remplacé par Baumgartner. En 1844, le baron Leithner prit la direction pour la céder, en 1856, à Alexandre Lœwe. Ce fut la dernière période ; une décision du Reichsrath supprima l'établissement ; les dessins, une partie des modèles, les collections céramiques et la bibliothèque furent déposés au Musée Autrichien.
Ainsi finit cette manufacture qui, dans ses fortunes diverses, sut se maintenir à un niveau respectable et ne livra jamais au commerce des produits indignes de la marque impériale.
Dans les premiers temps, on put reprocher à sa pâte une teinte légèrement bise ; mais elle devint très-blanche dès qu'on y eut mêlé le kaolin de Moravie. Elle est généralement fine et bien travaillée; enfin les couleurs décorantes joignent Téclat à la solidité.
La rapide notice que nous venons de tracer de l'histoire de la porcelaine autrichienne a été puisée en grande partie dans un excellent travail publié par M. Jacob Falke.
Les établissements de la Bohême datent tous du siècle, et nous ne les mentionnerons ici que pour ne pas laisser de lacune apparente : ce sont Elbogen, Pirkenhammer et Schlakenwald.
TEMPS MODEaNES. 685
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