‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 2 sur 145 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Un philosophe cherchant parmi les produits de Tindustrie humaine celui qui pourrait permettre de suivre, a travers les âges, les progrès de rintelligence, et donner la mesure approximative des tendances de riiomme vers les choses de l'art, devrait incontestablement s'arrêter à la céramique.

L'argile , en effet, se prête par sa nature à l'idée du façonnage; elle s'assouplit avec facilité aux caprices de l'imagination et appelle en même temps les efforts du perfectionnement; abondante dans ses variétés diverses, accessible toujours et par conséquent dénuée de valeur vénale , c'est par la forme plus ou moins recherchée que lui impose l'artisan , par les décors dont il la charge que cette matière acquiert du prix.

Aussi, chose rare, en étudiant le travail céramique chez les peuples encore enfants , on peut se rendre compte de la marche suivie par les nations les plus antiques, et appuyer ainsi les inductions suggérées par le raisonnement sur l'observation directe de faits actuellement en évo-

lulion. Les peuplades swivages confectionnent aujourd'hui, avec les matériaux les plus primitifs, des vases que l'œil pourrait confondre avec les premiers essais des Grecs, des Ëtrusques ou des Incas; elles emploient les mêmes procédés , inventent les mêmes modes décoratifs , confirmant cette loi qu'admettrait a 'priori la philosophie la plus élémentaires , savoir : que les idées identiques naissent dans des conditions semblables et se développent plus ou moins rapidement suivant des circonstances prévues.

Le jour où l'homme , marchant sur un sol argileux détrempé par l'inondation ou les pluies, s'est aperçu que la terre conservait l'empreinte de ses pas, la plastique était découverte; lorsque, allumant un grand feu pour réchauffer ses membres ou pour cuire ses aliments, il a remarqué que l'aire du foyer changeait de nature et de couleur, que l'argile rougie devenait sonore , indétrempable , invariable dans sa forme nouvelle, il avait trouvé l'art de fabriquer des vases propres à contenir les liquides.

Qu'on observe les curieuses épaves de l'âge de pierre, c'est-à-dire les ouvrages des premiers temps du monde , ou les essais des sauvages de la Polynésie ou de l'intérieur de l'Afrique, on reconnaîtra que partout les choses ont commencé ainsi , et qu'une progression d'expériences semblables a partout amené des progrès analogues.

Mais ces tentatives suggérées par le besoin, appuyées par la reflexion, c'est ï'histoire de l'industrie , cherchant avant tout l'amélioration des conditions physiques de la vie ; quant à l'art , son domaine appartient exclusivement à l'âme; c'est lui qui a inspiré aux hommes l'idée d'exprimer leur pensée par des signes, de manifester leur croyance en élevant des temples à la Divinité et en les embellissant de figures symboliques; d'orner leurs habitations , leurs armes, leurs vases, de sculptures ou de dessins propres à égayer la vue ou mieux encore à élever l'intelligence par leur signification morale. Et c'est si bien le sceau de ces pensées morales qui rend éminemment respectables les monuments de l'art , que ceux où l'on en remarque l'empreinte sont seuls parvenus jusqu'à nous ; tous les âges et tous les peuples ont considéré comme vouée à la destruction l'œuvre de fabrication vulgaire, et parmi les débris antiques , nous ne retrouvons guère que les choses dignes de survivre à leurs auleui's et de former les archives de l'intelligence.

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