DÉCOR ARTISTIQUE
SOUCOUPE A FOND ÉMAILLÉ RICHE ET A MÉDAILLON REPRÉSENTANT LA DEESSE KOUAN-IN
(Conf. page 101) COLLECTION A. JACQUEMAItT
^,j travail est poussée si loin qu'on a pu croire un moment que ce décor ^l^^i t obtenu par impression.
B. rOHCEUINE AnnSTIQUE.
^oiis rentrons ici dans les espèces japonaises à décor émaillc en ^^licTîfl, que le vulgaire confond avec les pièces de famille rose chinoise ; rien *le commun entre elles pourtant, si ce n'est l'emploi du rouge
d'or.
\,\JL Japon, les émaux sont si purs, l'artiste se préoccupe si constamtïierit des réactions chimiques que pourraient produire des associations intempestives, qu'il arrive toujours et sûrement à des effets d'une suavité irréprochable; le rouge d'or éclate de vigueur lorsqu'il est seul, el passe au rose le plus tendre en s'unissant au blanc; il en est de ffiênnc du bleu, tantôt vigoureux comme une lazulile, ou bien doux comine une turquoise. Le vert d'eau, le jaune orangé, partagent ce caractère de pureté gouachée. Si ces émaux s'enrichissent d'un damasse fin, d'une mosaïque courante, le rouge vif relève le jaune et le rose, le noir fait ressortir le bleu céleste ; le bleu foncé, mêlé de touches de carmin, rehausse les roses pâles, etc.
Sous le rapport du dessin, une différence radicale sépare les œuvres des deux pays; à Nippon, les figures, maniérées sans doute et trop semblables entre elles pour n'être pas le produit d'un poncif, ont cependant une grâce naïve, une mollesse voluptueuse, reflet évident des mœurs orientales. Ce n'est certes pas l'imitation de la nature, ce n'est pas Tart tel que nous le comprenons avec ses qualités complexes; maïs c'est un art rêvé, une première manifestation de la pensée sous la forme. Une scèneassez fréquente nous offre deux femmes debout, l'une sur une rose, l'autre sur une feuille et voguant ainsi sur les flots dans une auréole de nuages; la première, très-élégamment vêtue, tient un sceptre ; la seconde est une suivante et elle porte un panier de fleurs, pssse clans une sorte de lance ou d'instrument aratoire. D'après les in- ^'<*afions du panthéon japonais, c'est la déesse des mers ou la patronne pêoHeurs. Peu nous importe ; mais par la grâce pudique de la pose, ^ff^^rice facile des draperies nux plis cassés, cette peinture se rap- I oclic^ des gracieux vélins de nos artistes du moyen âge.
'^^ oiseaux, les plantes partagent ces mérites et se font remar-
102 HISTOIIIË DE LA CÉUAMiUUK.
quer par rexaclilude de l'ensemble et des déUils; rien n'est beau comme les faisans argenté et vénéré, comme les coqs au lier regard perchés sur des rocs ou perdus dans les fleurs ; rien n'est cbarmanl comme certains merles huppés à ventre rt)se et autres passereaux au brillant plumage.
Quant aux ornements, Tart et la patience y ont épuisé toutes leurs ressources ; tantôt ce sont de véritables mosaïques aux tons doux, aux minutieux détails; d'autres fois, la porcelaine presque nue ofTre un motif en traits déliés et noirs qu'on nomme encre de Chine et s'entoure d'une bordure d'or à parties brunies, rouges, vertes qui donnent au métal la plus merveilleuse animation.
Un fait assez curieux et qui démontre l'origine commune des différentes porcelaines du Japon, c'est que la nature plus ou moins compliquée du décor équivaut presque h une date; d'abord la pâte blanche, unie, translucide parut assez belle de sa propre parure et le peintre y ajouta peu : un filet ou deux sur le bord, une scène doucement esquissée au centre, ce fut tout. Plus tard les bordures se compliquèrent ; des fonds clathréSy c'est-à-dire imitant les tresses d'une fine corbeille, on pavéx en mosaïque composée de carrés et d'octogones, en firent le motif principal ; tantôt le noir et l'or en indiquent les contours, tantôt ils se détachent sur une teinte rose ou bleu de ciel, jaune ou vert pâle. Lorsque le luxe exigea plus encore, la bordure, coupée par des réserves chargées de fleurs ou de fruits, surmonta des fonds partiels délimités en arabesques et qui formèrent comme un encadrement au motif médian, sujet ou corbeille de fleurs, modèles ou rochers chargés de plantes et d'oiseaux. La complication parvint jusqu'à ce point qu'aucune partie de la porcelaine ne fut plus visible ; on eut l'assiette dile aux sept bordures et certaines tasses où toutes les teintes se trouvent associées h l'or et à l'argent et forment ainsi un ensemble qui arriverait à la lourdeur, si la parfaite harmonie des tons et la délicatesse des détails n'obviaient à ce défaut.
S'il nous fallait chercher la cause de ces modifications et du style particulier de la porcelaine artistique, nous la trouverions dans l'intention de rivaliser avec les porcelaines chinoises de famille rose; Ir langue spéciale des ateliers nous en fournit la preuve; tant que le? usines de Fisen se bornèrent à fabriquer la poterie essentiellement nationale que nous avons appelée vitreuse, la matière première fut dési-
or
SOUS le nom de Iman tsoulsi (terre d'imari) ; au moment où les riotmcs décors se rapprochèrent de ceux de la Chine, la terre changea de ja cm et prit celui de Nan-kin-lsousi (Terre de Nankin). Quoi de plus dérEmonstratif? est-il nécessaire après cela de chercher pourquoi la porcelet ine artistique représente des scènes familières de la haute société chinoise? Rappelons-nous seulement ce que nous ont appris les missionnaires et les voyageurs : les Japonais reproduisent en les perfeclionnant tous les objets qui leur sont apportés du dehors.
BAaintenant, il serait curieux sans doute de découvrir à quelles époqa^^ peuvent se rapporter les changements principaux introduits dans la décoration des vases artistiques ; les éléments nous manquent pour ce^le recherche ; si comme nous l'avons dit plus haut, les Chinois ont fait sous la période Houng-Tchy (1488 à 1503) des peintures roses renia rcjuables, les imitations japonaises doivent dater de la première "Moitié du seizième siècle et les pièces vitreuses émaillées remonter ^u xx^oins au quinzième. Rappelons-nous d'ailleurs que la porcelaine arti^t^ique se lie à la précédente par ceilains spécimens; une tasse **^*^*^^iise en fleur d'hibiscus nous a montré le coq entouré des riches fiecaii^ du rosier japonais. Nous verrons des connexions non moins Ltes s'établir entre le genre artistique et ceux qui vont suivre.