‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 25 sur 145 · C. PORCELAINE A MANDARINS · texte numérisé non relu

C. PORCELAINE A MANDARINS

u'est-ce qu'un mandarin ? est-ce un fonctionnaire spécial dont le

puisse indiquer le rang? Nullement ; mandarin est une appella-

Uo:»:^ dérivée de la langue portugaise, mandar, commander; c'est par

^^n^^ ridicule paresse d'esprit qu'on l'applique sans examen à tout

Wa^H^ine revêtu d'un caractère public au Céleste-Empire.

C3n nous demandera peut-être pourquoi, cette explication donnée,

noï^s persistons à conserver le mot pour désigner toute une série

d'c^fijeiis d'art. Voici notre réponse : mandarin est passé dans le lan-

g^S^ vulgaire et ne se prête guère qu'à un sens moderne ; le mandarin,

c est l'homme à la toque et au veston, que l'une porte la plume de

paor^ ^y jg p]yg simple des boutons, que l'autre soit en étoffe unie ou

^'^^^e sur la poitrine du pélican ou d'un moineau. C'est dans cette

^ccfe^^^jJQj^ seule que nous consentons à nous servir du mot, nous gardant

^ *^ appliquer aux personnages historiques qu'on voit figurer sur les

^****^^ vases orientaux.

Exposons d'abord la différence qui existe entre l'ancien costume chinois et le vêtement moderne, et rappelons l'origine de celui-ci. Les peuples de l'extrême Orient ont par-dessus tout le respect des usages consacrés par le temps. Lorsque les dynasties nationales luttaient, en Chine, contre les envahisseurs tartares, leur plus puissant moyen d'action consistait à soulever les populations par la seule idée de la violation des rites et de l'abolition des coutumes séculaires. Aussi, dès que l'illustre Hong-wou eut chassé les empereurs mongols, il publia un édit par lequel il obligeait son peuple à reprendre entièrement le costume usité sous la dynastie des Thang.

Plus tard lesThsing, vainqueurs à leur tour, cherchant à faire oublier la dynastie desMing, ordonnèrent à tous les Chinois, sous peine de mort, de se raser la tête à la manière tartare. Plusieurs milliers d'hommes aimèrent mieux perdre la vie que de subir ce déshonneur. Le temps seul, en affermissant les Thsing, leur permit de faire prévaloir la coiffure actuellement en usage. La toque à bord retroussé remplaça le mien impérial et le bonnet de crêpe des fonctionnaires; la longue queue pendante se substitua aux cheveux retroussés sur le crâne; le surtout coupé au-dessous des hanches prit la place des longues robes à l'aspect sévère que serrait une ceinture à pendeloques de jade. Ces pendeloques sonores obligeaient l'homme respectable à conserver une démarche tranquille, seul moyen d'obtenir un bruit harmonieux et mesuré.

Tout ceci est bien pointilleux sans doute; mais c'est grâce à ces règles antiques constamment observées que les Chinois avaient dû de rester le peuple le plus poli de la terre.

En changeant le costume, il fallut nécessairement créer des emblèmes destinés à caractériser les différents ordres de fonctionnaires : voici ces emblèmes :

1" Ordre. Bonnet avec un bouton d'or travaillé, orné d'une perles et surmonté d'un bouton oblong de rubis rouge tran^arent; habita violet avec une plaque carrée sur la poitrine et une autre sur le dos^ dans lesquelles il y a, en broderie, une figure de ho (pélican). Lam ceinture est décorée de quatre pierres de yu-che (agate), incrustées de? rubis.

Les officiers militaires du même ordre portent sur la plaque ur^ ki-lin.

Ordre. Bonnet à bouton d'or travaillé, orné d'un petit rubis et onté d'un bouton de corail travaillé rentre opaque. Les plaques habit portent un kin-ky (poule dorée). La ceinture dorée est ornée ualre plaques d'or travaillées, enrichies de rubis. officiers militaires portent sur la plaque un su (lion).

* Ordre. Bonnet à bouton d'or travaillé, surmonté d'un bouton de ir bleti tramparent. Sa plume de paon n'a qu'un œil. Plaques

nt le kong-tsio (paon). Ceintures à quatre plaques d'or travail-

^-es officiers militaires portent sur leurs plaques un pao (panlh^35rTe).

--4* Ordre. Bonnet à bouton d'or travaillé, orné d'un petit saphir surïn^::»ii(é d'un bouton de pierre d'azur bleu opaque. Plaques portant un y^^^ (grue) ; ceinture à quatre plaques d'or travaillées, avec un bouton ^'^^ logent.

Officiers militaires portant sur les plaques un hou (tigre), S* Ordre. Bonnet à bouton d'or orné d'un petit saphir et surmonté " •^r» bouton de cristal de roche blanc tramparent. Plaques brodées d'un P^'-f^ien (faisan blanc); ceinture à quatre plaques d'or unies, avec un '^^^^i ton d'argent.

fficiers militaires portant nnkiong (ours) sur les plaques. * Ordre. Bonnet surmonté d'un bouton fait d'une coquille marine c opaque; la plume n'est pas une plume de paon, mais une plume e; habit portant en broderie un /fi-m (cigogne) : ceinture à quatre I^*^«::jues rondes d'écaillé, avec un bouton d'argent.

fficiers militaires portant sur les plaques \mpien (petit tigre) .

• Ordre. Bonnet surmonté d'un bouton d'or travaillé, orné d'un Ml cristal et surmonté d'un bouton d'or uni. Les plaques portent

broderie un ky<hi (perdrix) ; ceinture à quatre plaques rondes ^ent.

^I)/ficiers militaires portant un %y (rhinocéros) sur les plaques. ** Ordre. Bonnet orné d'un bouton d'or travaillé surmonté d'un aui^outon également travaillé; sur la plaque, un ngan-chun (caille); ^ture à quatre plaques en corne de bélier, avec bouton d'argent. officiers militaires portant le lu-m (cigogne). ^^ Ordre. Bonnet orné d'un bouton d'or surmonté d'un bouton gent, l'un et l'autre travaillés. Les plaques portent un Udo (moi-

lOG HlSTOJliE DK LA CÉRAMIQIK.

noau); ceinture îi quatre plaques \le corne noire, avec un houto (l'argent.

Officiers militaires : plaques portant un hdi-ma (cheval marin).

Le caractère spécial de ce costume délimite parfaitement le group des porcelaines sur lesquelles on le rencontre ; il offre en outre e( avantage de rendre incontestable l'origine japonaise de ces mêmes poi celaines; jamais les artistes du Céleste-Empire n'ont représenté de mandarins dans leurs laques, bois ou ivoires sculptés, vases, bronzes pierres dures ou tendres ; aucune pièce authentique à nien-hao n' montré autre chose que les héros des anciens temps et les sujets de l'aii tique histoire. Il fallait une nation voisine, à la fois curieuse et com merçante, pour jeter à foison sur les vases ce costume exécré impos seulement à la longue et par la force.

Comme fabrication, les porcelaines à mandarins demandent un si gnalement particulier; elles sont plutôt épaisses que minces et souver leur surface ondulée indique qu'elles sont obtenues />ar coulage et ai moule; quelques-unes sont ornées de reliefs.

La forme générale des vases est plus élancée que dans la poterie chi noise.

La décoration, souvent peinte et non point émaillée, prend un aspec nouveau ; les tons roses tirés de l'or sont violacés, le lilas, le vert d'eau le rouge de fer vif, le chamois ou couleur rouille y abondent. Un art lice de pinceau se manifeste dans le rendu des figures, des draperies ( des fleurs; c'est une sorte de modelé obtenu par pointillé et au moye de hachures parallèles ou croisées; les chairs sont faites avec le soi d'une miniature, les vêtements se soulèvent en plis détachés l'un d l'autre. Cette modification radicale dans la manière de peindre est-ell due à l'influence des ouvrages européens? On peut le croire, le geni mandarin n'étant pas trè&-ancien: c'est en 1616 que les Thsing soi arrivés au trône, et le costume tartare a dû être appliqué quelques an nées après seulement dans la décoration des vases.

La régularité plus ou moins parfaite des décors, la nature des fond ornés permettent d'établir plusieurs sections dans les porcelaines à mai darins, La première, toute de transition, montre l'origine réelle d genre : on y trouve les fonds encre de Chine et les bordures d'or enci drant un sujet peini^ ou des médaillons l\ figures artistiques entourée des fonds nouveaux.

ija seconde soclion, h fonds filigranes, ninlorme encore des pièces de ([y.s-fi lie qualiui; ce fond est un semé de rin&'aux d'or très-serrés formai! •■ iinlondoHx,coii|)é de ix'servcs plus ou moins grandes. Ijs médaillon principal est délimilé par un Irait ou par des arabesques d'or

' "** i ; quant aux petites réserves, elles sont occupées par des oiseaux, -S fleurs, des paysages en camaïeu rose ou noir, d'une délicatasse et "'**^ liberté charmantes. Ouetqiiesserviccs peu anciens ont les liordu- ** *^'- les encadrements des sujets en Ideii sous couverte. ■*^** mamlarim rnugn de la Irnisième section se reconnaissent à la

HISTOIRE DE LA CÉRAHiQUE.

sévérité de leur aspect; une bordure noire à grecque d'or circonscrit io fond rouge de fer vif divisé par une mosaïque clathrée noire rehaussée de traits d'or. Rien n'est plus décoratif que ce genre; aussi se maintient-il à des prix élevés.

Les mandarins à fonds variés sont ceux qui aflectent une telle fantaisie qu'on ne peut signaler leur caractère d'ensemble ; des losanges en rouge de fer, des pavages en traits rouges et noirs, un arlequinage en couleurs diverses, des filigranes roses, se rencontrent dans cette section où les peintures fines sont plus rares que dans les espèces précédentes.

Mandarins chagriiiés et gaufrés. Cette section est intéressante parce qu'elle renferme des pièces toujours travaillées avec soin, dont les appendices et quelquefois les médaillons sont ornés de figures en relief. Le plus souvent les vases chagrinés sont des potiches élancées à col étroit, ouverture évasée, à panse ovoïde aplatie et anguleuse au poinl de réunion des deux moitiés moulées. Des rinceaux d'ornement saillissent sur chaque face en dessinant un grand médaillon médian, et de-n plus petits sur les côtés; tout l'espace compris entre ces médaillons, oi le fond, est semé de points hémisphérique imitant la peau de chagrin ou mieux, selon l'expression chinoise, la chair de poule. Lorsque l vase est décoré, ce fond affecte la teinte appelée vert-de-gris; quand 1 chagriné reste blanc, ses saillies, sur lesquelles la couverte a glissé ressortent mates sur le vernis vitreux. Les peintures des vases chagrr nés sont assez fines, mais toujours crues de ton.

Les petites bouteilles à tabac rapportées d'Egypte sont à chair dM^ poule; donc les Chinois ont, les premiers, imaginé ce fond, qu'if j appliquent encore sur de petits vases grossiers destinés aux hori J culteurs.

Les espèces gaufrées sont très- remarquables; elles portent dans" pâte de fines dentelures, des guirlandes et des bouquets de fleurs q fait ressortir la couverte en remplissant les cavités, à la manière d» céladons. La plus grande partie de la décoration est en bleu sous co^ verte et les médaillons à sujets sont souvent émaillés.

Une cinquième section, dite Mandarins camaïeu, offre ces fonds pj liels à losanges ombrés que la Saxe et les autres porcelaineries d'Euro ont imités pendant une partie du dix-huitième siècle ; le genre a p chez nous le nom dePompadour, et l'on a cru longtemps que les Orie

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né

ta.LM.y^ nous Tavaient emprunté. Cette erreur n'est d'ailleurs pas la seule ^ l^Biquelle ait donné lieu la porcelaine à mandarins; Tabbé Baynal, m^SÊ.Mr3.'àni de cette espèce qu'il qualifie de porcelaine des Indes^ dit : « Au

voB.^in2ig6 de Canton, on fabrique la porcelaine connue parmi nous sous lo wrmom de porcelaine des Indes. La pâte en est longue et facile, mais, exi général, les couleurs, le bleu surtout et le rouge de Mars, y sont trèsin:ff^rieures à ce qui vient du Japon et de l'intérieur de la Chine. Xo^Jttes les couleurs, excepté le bleu, y relèvent en bosse, et sontcomiTiunément mal appliquées. On ne voit de pourpre que sur cette porcelaine, ce qui a fait follement imaginer qu'on la peignait en Hollande. La plupart des tasses, des assiettes, des autres vases que portent nos nég^ociants, sortent de cette manufacture, moins estimée à la Chine que ne le sont dans nos contrées celles de faïence. » Nous ne citons ce passage, où chaque mot est une erreur, que pour prouver quelle méfiance doit apporter le curieux dans l'interprétation des livres anciens; voilà un écrivain qui prend l'entrepôt pour une fabrique; qui signale le t^ractère émaillé d'une poterie peinte en couleurs fondues et minces ; qui la déclare inférieure de qualité, sans s'apercevoir que ce n'est pas 1*5 geiai-e qu'on mésestime, mais l'avilissement du travail, suite inévitable d^une spéculation éhontée.

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