CHAPITRE m
COREE
11 eût été naturel, selon les apparences, de parler des Coréens ^ Vaut les Chinois et les Japonais, puisque les documents écrits nous ^tî t signalé ceux-ci comme tributaires des premiers au point de vue des ^rts céramiques. Mais, en examinant les faits, on reconnaît bientôt qu'usine s'agit, dans renseignement coréen, que de la porcelaine peinte, 'a moins ancienne de toutes dans l'extrême Orient.
Ceci posé, comment alors définir la porcelaine de Corée? comment surtout la distinguer de ses imitations? Voici quel a été notre critérium : en Chine, au Japon, en Europe même, un type particulier, unilorin^^ a souvent servi de modèle aux peintres sur porcelaine; une haiô de graminées cachant le pied de quelques plantes, la vigne cbar^rée (jg raisins, une espèce d'écureuil, des oiseaux fantastiques, m^ la base de la décoration, généralement exécutée en émaux peu nonrn i^reux.
*• *^ comparant les pièces qui portent ce décor archaïque^ on remar-
^^^ bientôt qu'il en est un certain nombre dont la pâte très-blanche
^^ ^^^^^late, à couverte unie non vitreuse. De forme généraletneht poly-
gon ^^ ]g^ jgg Yases ont un galbe très-simple; des potiches à huit pans en
"^^^ ^ ou légèrement amincies à la base avec gorge supérieure rétrécie
^^ ^^^uvercle surbaissé; des vasques et compotiers à bord plat comme le
ïO^*"ly de nos assiettes , avec l'extrême limbe relevé et coloré d'une
ir^^che brun foncé; des boites à thé assez élevées, carrées de base ou à
a^^^es coupés, terminées par un goulot cylindrique à rebord ; des bols
1)8 inSTOirtR »R l,A CÉRAMIQUE.
hémisphériques; des gobelets en litrons, cylindriques on octogones; biiires, voilà ce qu'on rencontre le plus souvent.
Dans la décomtion, la plupart des objets naturels s'écarlenl l'imitation pure et prennent une disposition symétrique; on peut toi Ibis reconnaître plusieurs espèces végétales souvent répétées, telles i
l'iris, les chrysanthèmes, la pivoine, le bambou, te pécher à flei: Le paon , caractérisé par les yeux de sa queue traînante , un au oiseau voisin de l'argus, remplacent habituellement le fong-hoi sacré. Le dragon est assez rare , et la grue peu commune ; en d'aiil termes, les animaux symboliques sont presque exceptionnels.
I,es bordures sont fort simples ; c'est le zigzag ou dent de loup grecque et une sorte de rinceau dont les spirales plus ou moins sen
CORfiE. H9
se ^»^t«Yent multiplier sous la main i1p l'artiste pour former des fonds d'iiT»,* grande richesse.
I^^ matières décorantes sont peu nombreuses et distribuées sobreiiï^w^t. Le rouge de fer d'une teinte riche et pure, le vert de cuivre nâ 1 ^ , presque bleuâtre , le bleu céleste foncé , le jaune pâle, le noir et l'o ■— ^ c'est tout le bagage du peintre. Les couleurs, posées sur couverte, ft>F-»-Mienl souvent relief. Lerougeestminceetbienglacd;lenoir,bomëà (|«>«9 surfaces restreintes, n'a non plus aucune épaisseur; il est employé 1^ ;^lus souvent à chatironner ou entourer d'un trait les figures, les r^mjB. miles, etc. L'or , assez solide , est toujours plus foncé que dans les a « ■ • s^ poteries orientales.
<~Juant aux sujets, bornés à un petit nombre de personnages, ils sont ts«i-» S^t japonais, tantôt chinois; dans le premier cas, on voit des digni> l£«« »-cs daïriens avec leurs vastes robes et les coiffures insignes de leur r-ïï^ng; parfois même on peut reconnaître des impératrices pieds nus et l«»« cheveux pendants , c'esl-à-dire dans la tenue qui leur est imposée f>«»n r paraître en présence du Mikado,
Rien qu'à ce double caractère on reconnaîtrait que la porcelaine *»rchaïque provient d'une contrée intermédiaire entre la Chine et le Japon et qui, travaillant pour les deux empires, a pu, sans ^rupuie^ livrer au commerce
des choses dont la vente eût J?
«e Considérée, ailleurs, comme "n sacrilège.
I*« charmantes théières en
"'i^es, couvertes de gravures
■'"■*»**lant dans !a pâte les flots
^ 'a. mer, offrent quatre fois
ï**^t^ la figure du Kiri-mon
/**J>^rial japonais; ces pièces
•^»^nt (Jonc destinées au Mi- . ^**Cfc; SI l'on en voulait con- r..wi,.n- >...-. ^
. ^"^e qu'elles doivent provenir vue coréen omi da kiri-RHii jipaïub.
Nippon, nous répondrions T7^^^* : l'une est décorée de personnages chinois; en outre, un bol de ^**ication identique, orné de bouquets de fleurs ornementales, symé-
îu-
Iriques, est inscrit en dessous d'un nien-hao chinois indiquant la pé: riode Kia-thsing (1522 à 1566). Chi-tsong l'avait-il commandé pou wti^m ^^cidu son usage ou reçu à titre de tribut? car longtemps la Corée fut souklv^ -^czdu mise au protectorat de la Chine et du Japon.
Voilà donc, parmi las pièces de décoration archaïque, celles qu'il fai reconnaître comme le prototype, et dont Torigine coréenne demeu] incontestable : pâte particulière blanche et mate, à couverte moiir^KL vitreuse que celle usitée en Chine et au Japon; décor émaillé en coi j leurs douces et peu nombreuses, avec sujets mixtes, tantôt japonais tantôt chinois, et réunissant parfois des emblèmes empruntés aux dei nationalités ; formes et aspects si particuliers que Tœil ne se trom] plus entre les originaux et les copies, quand il s'est pénétré du vi fades archaïque.
Les pièces coréennes ont un caractère de grandeur et de simplicT/i qui devait séduire nos ancêtres; aussi est-ce cette porcelaine primilive^:^^'^^^^^^ qui fut imitée à Saint-Cloud, à Chantilly, à Mennecy, à Sèvres; la Saxe la copiait avec une telle fidélité qu'il est certaines œuvres susceptibles de tromper même un connaisseur.
La porcelaine de Corée, par>enue en Europe avec les premiers envois duJapon, devait rester confondue parmi les ouvrages deNippon. Julliot, l'un des plus experts marchands de curiosités du dix-huitième siècle, qualifie cette espèce : ancienne po7xelaine du Japon ^ première qualité colorée, et il en parle en ces termes : « Cette porcelaine, dont la composition est entièrement perdue , a toujours eu l'avantage d'inspirer la plus grande sensation aux amateurs par le grenu si fin du beau blanc de sa pâte, le flou séduisant de son rouge mat , le velouté de ses vives et douces couleurs en vert et bleu céleste foncé ; tel est le véritable mérite reconnu de cette porcelaine ; aussi tous les cabinets supérieurs en ont été et en sont composés, ce qui seul fait son éloge. »
Cette définition enthousiaste est tout à fait conforme aux caractères données plus haut; que Julliot ait pensé qu'on avait perdu le secret de la. porcelaine archaïque , il n'y a rien d'étonnant , puisque le pays dont il la croyait originaire n'en envoyait plus. C'était une marchandise importée au Japon, où les premiers commerçants avaient pu la recueillir, mais qui dut disparaître promptement.
Pourtant il est à croire qu'on a longtemps fabriqué en Corée. Un prince de la maison de Môri, Feru-Moto, appela encore, au dix-septième siècle,