D, PORCKLAINB DES INDES A FLEURS
Ce qui caractérise cette division, c'est la nature spéciale ou la délinéaiion particulière des variétés florales. Les espèces principales sont les chrj'santhèmes, la rose, l'œillet, le pavot lacinié et les anémones doubles, des fleurettes légères, des cinéraires, puis plus rarement la célosieàcréte. Pour modeler ces fleurs, l'artiste se sert du haché carmin sur rose, noir sur gris, rouille sur jaune, et il rehausse les feuilles de traits noirs fort peu naturels.
Lorsque les bouquets sont entourés de fonds partiels, ce sont, pour '3 plupart, ceux de la division précédente; il en est un tout particulier <^i>endant : c'est une riche broderie de fleurs et feuillages en émail ^'ane qui forme sur la couverte vitreuse comme un damassé mat du fins oharmant effet . L'aspect de cette broderie est si distingué que ^ucc^yp d^j pièces excessivement fines n'ont pas reçu d'autre décoration .
^^ X>orcelaine des Indes à fleui's est la plus commune sur le marché
iiO IIISTOIUfe: DE LA CÉRAHIUIË.
delà curiosité; il existe desscrvices.de table complets timbrés d'armoiries européennes, ce qui prouve combien la commande, même à uum époque voisine de la nôtre, a dû avoir d'influence sur l'atelier.
Cherchons donc où il devait êlre situé et pourquoi le nom impo à ses produits a prêté à de si singulières interprétations.
La porcelaine des Indes ne vient pas de THindoustan ; son origi japonaise ne peut faire doute pour qui étudie sérieusement les fait Lorsque, après avoir vainement tenté de s'ouvrir une route vere l'e trcme Orient par le nord et la mer Glaciale, les Hollandais se hasa dèrent à lancer des vaisseaux sur l'Océan , leurs États-Généra sentirent le danger d'entreprises isolées en présence des fonm i dables flottes du Portugal. En 1602, il fut fondé une Compn- (jnie des hides orientales des Promnces unies^ dans le but de soutenir les navigateurs hollandais et d'élever les intérêts du commerce d'outre-mer à la hauteur d'une entreprise publique. Sous l'impulsion de cette compagnie, les Pays-Bas eurent bientôt la première marine du monde.
Plus de soixante ans après, en 1664, c'est-à-dire au moment où les Hollandais étaient solidement établis en Orient, la France aussi voulut créer une Compagnie des Indes orientales; mais le génie de Colberl, la bravoure et le talent des ofliciers chargés de fonder ou de défendre nos comptoirs, ne purent lutter contre les événements contraires. La Compagnie succomba.
Une seule Compagnie des Indes a pu dès lors avoir, au dix-huitième siècle, cette notoriété sans conteste, cette puissance sans limite qui permettent de résumer tout un ordre de faits dans un mot : c'est la Compagnie des Provinees unies. Son principal centre, pour le commerce des porcelaines, était au Japon et, en vertu de traités spéciaux remontant à 1600, elle les exportait seule pour tous les marchés d'Europe. En 1664, au moment même où Louis XIV concédait un piivilége pour le commerce en Orient , il arrivait en Hollande « 44,945 pièces de porcelaine du Japon très-rares. » 11 partait de Batavia , au mois de décembre de la même année , 16,580 autres pièces de porcelaine de diverses sortes recueillies par la Compagnie nérlandaise.
Veut-on savoir maintenant quelle était l'action des négociants hollandais sur la fabrique même, voici ce que nous apprennent les Ambassades mémorahles : « Pendant que le sieur Wagenaar se dispo-
112 HiSTOlIlE DE LA CÉKAMIQUE.
versicolores est tbrl brillant et a pu trouver grâce devant lu stivérifc k. puritaine de Wagenaar ; le motif principal est un .groupe de feuiUt^ 1 dentelées les unes en bleu sous couverte , les autres en' vert pâle , ros^s* et jaune émaillés; au pied du l'aisceau s'épanoi|it une large fleiHL.s ornementale; les pétales découpés sont roses, doublés de jaune; IC cœur , formant comme une pomme centrale , est jaune ou verdàtr^ , panacbé de rose; malgré les dentelures qui la surchargent, il est faciï" ^ de reconnaître cette fleur pour une Anona ; quant aux feuilles , lei;.^^ forme, leurs dimensions feraient penser au châtaignier, tandis que lei^ couleur rappelle le platane tricolore aimé des Orientaux, et qui scpa^ ^ de touffes variant du vert frais au rouge en passant par les nuancrr^^ intermédiaires. Derrière ces feuilles et sur le bord des pièees , api^;;^ raisscnl des fleurettes légères et czirzz licates en rouge de fer, jaune, r^sr^i ou bleu émaillés.
Si ce décor se trouve assez £"i — r quemment sur des services expédi^^ du Japon pour l'usage des EuropéeiL-**^ il se rencontre bien plus Qnemen^' exécuté sur des potiches et de grands vases où la fleur d'nnona, les feuilles changeantes et les guirlandes de fleurs enloui-ent de splendides fonglioangau plumage vif et harmonieux ,..^ rappelant encore leur origine artis-
jj tique.
'L^^-^ I , - Nous avons rencontré aussi les
vL"d« rind». i relief, e. PéZiI " "«"'"^ spéciales dc la porcelaine des Indes sur de charmantes potiches réticulées à pans dont la paroi ajourée, d'un rouge de fer vigoureux , encadrait à merveille les médaillons à peinture étudiée et douce.
S 4. - PABRICATIOSS l'ARTICULlfeBES.
Revenons aux poteries exceptionnelles des Ja[>onais afln de retrouver, incontestable, le génie qui leur est propi-e, et de voir se manifester leur supériorité sur les Chinois.
JAPON. lis
En première ligne, plaçons h porcelaiiie laquée. Le laque, on lésait, L la gomme résine qui exsude de certains arbres et dont on fait un K-nis des plus durs; en Chine, où on l'appelle tsirchou^ on le tire de S^iigia sinensis ; au Japon*, on l'extrait surtout du Rhu% vernix et on lui mne le nom d'Otirousi-no-ki. Ce précieux vernis est appliqué au j»n sur toutes sortes de matières et, en particulier, sur la porcelaine ; m y exécute , en mosaïque de nacre, les plus fins tableaux : c'est ce i^on nomme porcelaine laquée hurgautée.
expliquons le sens précis de ce nom : le burgau est une coquille tmîvalve du genre Turbo ; son épiderme m)irâtre recouvre une nacre ^sei belle dont, avant que la navigation nous apportât les haliolides l les pintadines mères perles des Indes et de l'Amérique, nos marque- 5^irs se servaient pour leurs incrustations orientées. Une fois l'habijidie prise , le mot burgau a servi à désigner les travaux de nacre, uelle que fût l'origine de la matière.
Eabituellement la décoration des laques burgautés est agreste ; sur 13 fond d'un noir parfait et velouté se détache un paysage en mosaïque liatoyante. liCs morceaux, d'une ténuité extrême, sont découpés avec laliJelé et coloriés en dessous de manière à augmenter l'effet des odes nacrées. On a peine à comprendre que la patience humaine wisse arriver à ce point de tailler une à une les feuilles d'un arbre ou •*n bambou, les plumes d'un oiseau, les parcelles miroitantes destines à imiter la rive caillouteuse d'un fleuve ou les/acettes d'un ro- ^^r. L'assemblage et la combinaison de ces pièces annoncent autant ' talent que d'adresse : des filaments déliés et souples comme un *ii de crayon, silhouettent les nuages ou les eaux ; les arbres, les ^utagnes, les terrains sont rendus par des mosaïques diversement 1 orées; les plantes de premier plan, les herbes, les graminées ont ^ jet annonçant la science du dessin. Quant aux animaux, aux oiseaux ^i*lout, on pourrait dire qu'ils sont modelés comme au pinceau, tant
forme des pièces est bien combinée pour rendre les raccourcis et la iite des parties, donner du mouvement à l'ensemble et exprimer les cioindres détails. Le plus souvent un paysage montueux coupé par les ^aux occupe la surface des vases; sur les bols, on voit plus particulièrement des plaines basses ou des rivages fréquentés par les palmipèdes. Les Japonais n'ont pas toujoui's employé leur porcelaine pour servir
de base au travail laque ; sous un plateau nous avons trouvé cette ins-
it4 HISTOIRE D£ LA CÉRAMIQUE.
scriplion : fabriqué pendant la période Tching-hoa (1465 à 1487) de grande dynastie des Ming, et cette autre sous un petit bol : fabriq pendant la période Yu-tching (1723 à 1735) de la grande dynastie d Thsing. On doit en conclure que les laqueurs prennent, |K)ur leur ti vail, toute porcelaine convenable, et particulièrement celle un p rugueuse, épaisse, à pâte dense, qui subit le moins les effets de dilal tion produits par les changements de température. Pour assurer parfaite adhérence du vernis, il arrive même parfois qu'on pose cet e duit sur le biscuit. Nous ne saurions dire si, dans ce cas, la pièce a ( cuite sans émail, ou si le laqueur Ta dénudée à la meule avant c appliquer Tourousi-no-ki.
 côté de cette curieuse porcelaine, il en est une non moins surpi nante, connue depuis peu en Europe : c'est celle qui est recouverte émail cloisonné. De fins méandres métalliques posés de champ y d( sincnt des mosaïques, des arabesques et des fleurs, qu'on remplit poudre colorée vitrifîable ; après avoir passé au four pour faire adhéi l'émail , on polit le tout pour rendre la surface lisse et unie. Comme la porcelaine résiste-t-elle à ces opérations, malgré sa ténuité? Ne avons peine à le comprendre ; c'est un tour de force accompli pour seule satisfaction de l'artiste, car il eût obtenu les mêmes effets employant l'excipient ordinaire, c'est-à-dire le cuivre.
D'après les ouvrages orientaux, les craquelés remonteraient à u époque très-reculée; voici ce que disent les auteurs : « Les ancic vases craquelés sont fort estimés au Japon. Là, pour ac(|uérir un vé table vase craquelé, on ne regarde pas à mille onces d'arge (7,500 francs). On ne sait pas sous quelle dynastie on a commencé fabriquer des cassolettes à parfums en porcelaine craquelée. Sous pied il y a un clou en fer qui est fort brillant et ne se rouille j mais. )>
Nous n'avons rencontré aucune cassolette à clou, mais il nous a ( permis de voir des craquelés gris japonais émaillés de quelques plan de prairies» Un autre craquelé fauve disparaissait en partie sous décor laqué; c'est une théière dont la partie supérieure, à fond deb Veiné, offrait en laque d'or de relief, mêlé de quelques touches de vmillon, une plage au bord de la mer avec le fousi-yama vers rhori^o d'autres paysages détachés, en laque d'or, ornaient aussi un Vasecyli drique craquelé» Enfln une espèce assez fréquente et d'oWgine incc
JAPOA. H5
lestable est composée de petits vases en pale ferrugineuse et noiràtie recouverte d'un émail jaune ou chamois si finement craquelé qu'on le classerait presque parmi les truites. Les vases qui le portent, d'une forme cherchée, à moulures élégantes, sont en outre relevés de bandes multiples à grecques de bambous, modelées en relief avec une pâte iioîre.
Nous ne voulons pas parler, bien entendu, de l'espèce truitée connue, dès le dix-huitième siècle, sous le nom de truite ventre de biche. Celuici <» très-répandu aujourd'hui, est un grès fin sorti des usines du prince de Satzouma ; il est relevé de sujets, fleurs, arabesques, en émaux divers et en or. Des vases de grande dimension, des veilleuses armoriées, des bols, des coupes, des pi-tongs et même des statuetttes de fabrication moderne, ont permis de juger du goût des. artistes japonais actuels. On peut même admettre que les grès de Satzouma sont d'autant plus sobres d'ornementation qu'ils remontent davantage vers les temps anciens.
Si les craquelés et truites se sont faits à Nippon, on doit supposer qu'il en a été de même des autres couvertes céladon; pourtant nous a'avons jamais rencontré aucune pièce à couverte vert de mer qu'on Pûl^ avec confiance, attribuer au Japon. Quant au céladon gris bleu îu*on nomme empois, on le trouve en grands vases, en jardinières polygonales à bord plat ; il recouvre habituellement un décor tout parti- ^^lî^r, posé sur le biscuit, et qui se compose de traits bleus fon- *^^^> de rouge de cuivre et de quelques touches ou rehauts en blanc ^*^gobe. Une fois glacé par la couverte colorée, ce décor est d'une ^^ï*ïnonie parfaite; on voit surtout exécutés ainsi des bouquets de p^^ 1^, des bambous ou des pêchers fleuris autour desquels voltigent des ^^^^ux à ventre blanc qu'il est facile de reconnaître pour des hiron- ^* les. Sur certains vases à pans, ces dessins alternent avec de longues ^S'^ndes en caractères japonais cursifs.
^îous devons nécessairement placer parmi les fabrications exception-
^^*les des porcelaines peu nombreuses et d'aspect tellement singulier
^V^^'^on hésiterait presque à les croire orientales; d'une date qui peut re-
*^^*^ïîler au dix-septième siècle, elles paraissent devoir leur création à
■^ ^^:^lhousiasme produit sur les Japonais par la vue de certains ouvrages
^^liiis d'Europe; on trouve, en effet, dans leur décor, des rinceaux
d^ acanthe, des baldaquins, des entrelacs fréquents dans l'ornementa-
lion du mobilier, des tapis, des étoffes, à Tépoque de Louis XIII et
Louis XIV, et des fleurs et insectes d'un genre étranger aux habilud^^^ -
des peintres orientaux ; ainsi des assiettes et des coupes montrent, dan:. * ^ ^^
un encadrement de riches bordures, un bouquet d'iris sur lequek^^^^^V
rampent des chenilles velues, tandis qu'un papillon voltige au-dessus.^
Des vases gigantesques, les uns appartenant a madame la baronne
James de Rothschild, les autres à M. le ducd'Âremberg, sont couverts
de rinceaux, de fleurs et d'arabesques avec imitation d'armoiries et
d'emblèmes auxquels semble manquer la devise : Nec pluribus
impar.
D'autres pièces non moins extraordinaires, à fond noir orné de bor -^ '-
dures d'or d'un style et d'une délicatesse tout exceptionnels, portent enmnm. xi réserve des personnages orientaux de composition européenne ; c'est unes:^ m^ê^c sorte de nègre donnant du cor et un autre couronné de plumes sonnan V .^^m. l de la trompette.
Et ce qui vient ajouter au trouble que ces porcelaines doivent jeter^» - ^'
dans l'esprit de l'observateur, c'est qu'il en est dont les sujets sont na
tionaux; tel un certain repas où des hommes, bien caractérisés poui^ —
appartenir à la caste noble du Japon, et vêtus de robes aux couleurs con
sacrées^ mangent des poissons servis sur une table basse, au milieu d'unr jardin ; tel encore un sujet représentant la cérémonie préparatoire d'un mariage, c'est-à-dire l'entremetteuse demandant le consentement de la jeune fille, tandis que les pères réunis arrêtent les dernières conventions.
Ici et dans une série complète de vases d'une fabrication analogue, apparaissent des fonds jaunes, blancs ou lilas, relevés d'un losange à têtes de diamants, d'une palme déplumes et autres insignes qui semblent avoir une signification armoriale.