H 2. — POTERIES
Quelle a dû être aux diverses époques de l'histoire, la nature des poteries de riran? Les textes ne répondent point à cette question ; mais le sol persan est ainsi constitué qu'il peut, comme celui de la Chine, fournir toutes les espèces céramiques. C'est là un fait hors de doute, conlirmé par de récentes expériences : au commencement de ce siècle, un prince éclairé venu en Europe et frappé de l'avancement de nos sciences, voulut relever dans son pays l'industrie de la porcelaine ; il appela près de lui un praticien habile du nom de Garanza, qui monta une usine à Ourmia, et produisit de très-bonnes pièces ; mais les débouchés manquaient, le prince se lassa de fournir des subsides, la fa- ^^•^icalion languit, cessa, et l'entrepreneur n'eut qu'une ressource, dfe «at de consacrer ses connaissances chimiques à la confection de la pou- "''^ de guerre.
On doit donc trouver en Perse la poterie à pâte dure translucide ou
pOT'ce/atne kaolinique^ et la faïence. Mais ce dernier genre de poterie
^^-^^ttt le nom a, chez nous, une valeur technique absolue, ne conserve
P^s ^n Perse la même invariabilité, ou plutôt on a confondu sous ce
'^^^^ïi^ des produits différents. La faïence est d'ordinaire une terre cuite
F^âte tendre, recouverte d'un émail opaque d'étain et de plomb; dans
"* ■"a.M elle peut affecter des formes particulières qui la rapprochent plus
^^ ^^xioins de la porcelaine.
^ pâte siliceuse composée d'un sable quartzeux blanc à peine lié «le l'argile, est facilement vitrifiable, en sorte que lorsque la cuis- ^ eu lieu à une haute température, ou a été prolongée pendant un lin temps, elle prend une translucidité totale, un aspect vitreux J^^^ ^ la rapproche de l'émail; moins poussée au feu, elle n'est transit ^^^^eque dans les parties minces, et n'a plus guère de vitreux que ^eloppe extérieure. Lorsqu'elle est complètement opaque comme la
faïence vraie/elle offre encore deux yariétés : Tune non émaillée, mais simplement lustrée au moyen d'un vernis silico-alcalin d'une admirable égalité; Tautre couverte d'un émail d'étain et de plomb.
Nous aurons donc à étudier : l"" la porcelaine émail que nous croyons la plus ancienne; 2^ la porcelaine tendre ou poterie siliceuse translucide ; S"" la faïence et ¥ enfin la porcelaine dure.
A, POKCELAIHB ÉMAIL.
Les rares pièces de cette espèce restent blanches, comme les plus belles porcelaines de la Chine et du Japon : leur décoration se borne ^ presque à des jours percés dans la pâte et remplis par la couverte; ^ le plus souvent ce sont des bols campanules, très-ouverts, ayant 2mmu centre un ombilic hémisphérique d'une apparence tellement vitreuses^ qu'on dirait une bulle délicate prête à céder sous la moindre pression;^ j c'est autour de cet ombilic qu'existent parfois des arabesques en traits^:! noirs tracées cursivement; plus rarement encore ces arabesques cir- -^ conscrivent un petit fond d'un bleu pur et céleste, ce qui prouve 1^ possibilité de l'emploi de divers émaux sur cette espèce. Le bord de^ pièces n'est pas découpé, mais il est entaillé de distance en distanc».^;^ par de petites fentes rapprochées et teintées de noir. Les dessins à jou forment une couronne près de ce bord.
En dessous, les pièces sont très-rugueuses, la couverte y forme des gouttes verdâlres par accumulation de matière vitreuse, et l'aspect du pied révèle l'effort violent qu'il a fallu faire après la cuisson pour arracher le vase de son support : c'est une véritable fracture.
Nous pourrions citer plusieurs bols de cette porcelaine; nous avons vu en outre une coupe à pied élevé, sans ombilic, mais ornée au centre de la couronne arabesque signalée dans les bols ; plus rares encore sont les pièces de forme telles qu'une gargoulette, une bouteille élégante à long col et un récipient octogone portant une calotte hémisphérique surmontée d'un col court et évasé. Ces vases divers sont ornés d'arabesques gravées dans la pâte et qui ressortent par l'accumulation de la couverte verdâtre à la manière des céladons.
On pourrait peut-être rapprocher de la porcelaine émail certains plats également gravés de fonds imbriqués que la couverte fait ressortir, puis décorés d'arabesques régulières en bleu tendre, et quelquefois émaillés extérieurement de ce même bleu ; des spécimens de cette
»rication exceptionnelle, figurent au musée céramique de Limoges, sérieux essais chimiques seraient nécessaires pour bien déterminer nature de ces produits qui, dans tous les cas, établiraient une tran- ^i^ ^Mon entre la porcelaine émail et l'espèce que nous qualifions de port-^»l. aine tendre.
Itien ne permet d'assigner une date, même approximative, aux pro- ^^.ja^its que nous venons d'étudier, ils sont certainement d'une époque 'l ancienne et antérieure à la fabrication de la porcelaine dure, car, le-ci une fois connue, il n'y avait plus de raison pour continuer de v>:ir^duire une poterie difficile à réussir, qui devait se déformer souvent a.vB. four, et qu'un coup de feu pouvait faire affaisser complètement en la. changeant en une masse informe de verre.
la nature des ornements, de style arabe, ne permet guère de la faire reixonter au delà de l'influence musulmane, bien qu'elle soit différente du décor des carreaux de revêtement et des vases enrichis de diverses couleurs. Sa réputation a dû, d'ailleurs, s'étendre fort loin, car elle a certainement inspiré aux Chinois et aux Japonais l'idée du travail cloisonné en couverte, dit à grains de riz.
B. PORCELAIKE TENDAE.
i^elle-ci, nous le répétons, a la plus grande analogie avec la porce-
'airici émail par la composition de la pâte et de la couverte, la cassure
"^^ pieds, l'aspect semi-translucide des parties blanches ; mais le sys-
^^•^^o décoratif est entièrement différent, nous dirions même plus, il sem-
"'^^ empruntée un tout autre ordre d'idées. Très-souvent les porcelaines
^^^n^clï^s de la plus haute époque sont enduitesextérieurement d'une belle
t^^nte bleu foncé ou d'un chamois chaud de ton. Sur ce fond se déta-
cuent des arabesques, des fleurs, des palmes, des rinceaux en couleurs
iHirx^rales chatoyantes, passant du ton de l'or le plus brillant au noir
naci*^ et irisé de l'acier bruni.
C^xi se rappelle que nous avons mentionné, dans les œuvres de l'Asie
^^'^^ure, des plaques de revêtement décorées aussi d'un brun métal-
iiqix^ plus ou moins lustré, mais on n'oubliera pas qu'avec la majeure
P^^t.îe des historiens, nous avons attribué la fondation des usines d'où
sot^l sorties ces plaques aux artistes appelés de l'Iran par les conqué-
rs^^Vs arabes. Nul doute n'est donc permis sur l'antériorité de ce genre
^o décor en Perse ; un examen quelque peu attentif des pièces en
porcelaine tendre le démontre parfaitement; comme la porcelaine émail, elle sont précédé la fabrication de la poterie kaolinique ; elles participent évidemment d^œuvres inconnues pour nous, disparues sans doute avec la civilisation sassanide, mais conservant encore avec vivacité la trace des doctrines de Zoroastre. Quelques descriptions feront mieux comprendre notre pensée. Les plus anciennes porcelaines t«n-
Coape à reflets, dmaillée de hleu au dehors.
drcs se formulent habituellement en coupes Irès-basses, en bolsca panulés ou en tasses de même forme, toujours sans soucoupes. Bn ment la décoration est semblable sur les deux faces; presque toujoi l'intérieur, d'un beau blanc vitreux, est ornementé en tons cuivr très-riches et très-éclatants; l'extérieur, bleu, chamois ou même bla^r est chargé de motifs qui n'acquièrent jamais le même éclat méi^^ lique; le plus souvent le cuivre tourne au brun noirâtre.
La plus remarquable des coupes connues, passée de la collectie- B. de Monville en Angleterre, offrait sur son bord bleu externe dm riches arabesques cuivreuses, el au dedans, un semé de plantes singulières, en rouge doré vif, parmi lesquelles ressort une figure de taureau. Ce symbole mystérieux de l'ancienne religion des Pei-ses n'esl pas jeté là par hasard ; sa signification est appuyée par un signe nettement tracé sous le pied de la pièce : c'est le cyprès allégorique consacré par Zoroastre lui-même. Pour compléter la description de ce merveilleux spécimen et monlrer tout le soin qu'on avait apporté à sii décoration, ajoutons ce détail : le métal jeté à profusion dans son intérieur est comme strié au pinceau et composé de deux tons distinct* se confondant à distance; l'un est un jaune d'or pur, l'autre ce roug( pourpré cuivreux dont nous avons déjà parlé; la vibration de la lu mière sur ces deux métaux produit l'effet le plus agréable et le moim attendu.
On se demandera peut-être si cette œuvre exceptionnelle ne mani-
PEItSË. U3
j^;^ ferait pas une sorte du pi-olestation émaaanl d'un artiste pénétré des --^ tiennes doctrines, et eo insurrectioa comptèle contre l'isiamisme? jy^^gi, si la coupée^ exceptionnelle par son mérite, il est facilcd'en reir-cy u'^^i' l'esprit et le style dans des ouvrages plus ordinaires ; ainsi une
lass*^
de la collection de madame la baronne Salomon de Rothschild
^1, ■j.niquemenl décorée, au pourtour, de cyprès régulièrement espacés. Si nous avons vu, dans la porcelaine émail, quelques arabesques ^^^imentaires s'esquisser en traits noirs ou à la pointe sous couverte, nOtA^ tes FetrouvoQs plus abondantes el mieux étudiées sur la porcc- Y^iO*î tendre où elles peuvent rivaliser d'élégance avec les gravures et \es încnistalions des pièces en laiton ou en cuivre damasquiné; mais, Q^ qui est caractéristique, ce sont les végétations réelles ou composées (lui éclatent sur cette poterie; on y voit des iris parfaitement reconoaissables, des grappes de fleurettes orncmanisées, des feuilles rappelant \es fougères, toutes ces fantaisies élégantes qui, plus tard, prendront une forme exacte, des couleurs déterminées, dans les faïences remarquables qu'un récent caprice voudrait enlever à la Perse pour les aUrituer à une usine évenluelle élevée fortuitement dans une île de la furcjuie d'Asie.
Quelques coupes moins anciennes peut-être que celles décorées du (aua-au, des bols bleus au dehors montreront, au milieu de l'abonliante végélatioD habituelle, des oiseaux fantastiques à queue de paon ou de [ihénix qui contribueront encore au rapprochement des deux
Du reste, lorsqu'il faut reconstituer Thisloire d'une industrie an- {■ienoe et éloignée, un moyen des seuls monuments que le temjis et le
Hi HISTOIRE DE LA CÉRAMIQUE.
hasard ont pu nous conserver, mille diflicultés surgissent. La porcelaine tendre a dû se faire dans plusieurs centres et il ne faudrait pas attribuer au temps seul des différences qui peuvent provenir des milieux, et surtout des contacts divers.
Nous avons mentionné jusqu'ici des poteries Gnes souvent teintes en partie d'un bleu pur et décorées uniquement en tons métalliques. Hais il est une série non moins importante, où le bleu, parfois associé au noir, est la seule ressource décorante ; les formes des vases de cette sorte sont extrêmement variées ; ce sont des gai^oulettes, des bouteilles,
Gourde i HXor bl
souvent montées en métal, des bols, des soucoupes. Cette fabrication a dû précéder immédiatement ou accompagner la création de la porcelaine dure; dans tous les cas, elle participe de la même inspiration, c'est-à-dire qu'elle imite souvent la porcelaine chinoise.
Un joli bol, godronné vers la base, est couvert à son pourtour d'un fond losange bleu tendre interrompu par des médaillons ovales percés d'un semé de croisillons cloisonnés en couverte; l'émail a le ton légèrement verdâtre de celui de la porcelaine émail dans les parties où il se trouve accumulé; en dessous est une courte inscription persane. D'autres pièces d'apparence plus chinoise encore, ornées de dragons, d'animaux fantastiques, etc., sont marquées decacbels, de feuilles et même parfois de caractènts très-déformés où l'on peut saisir néanmoins