‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 35 sur 145 · C. faïence · texte numérisé non relu

C. faïence

Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit déjà des caractères de la faïence persane, et, dans les descriptions qui vont suivre, nous ne nous arrêterons pas non plus à la différence résultant de la nature de la couverte ; la curiosité n'a rien à voir dans ces détails techniques, et, il faut bien l'avouer, il faudrait souvent avoir recours à l'analyse |K)ur reconnaître s'il s'agit d'un enduit silico-alcalin ou d'un émail plombo-stannique .

Nous ne discuterons i)OS non plus l'antériorité de la faïence de Pci^sc sur celle de l'Asie Mineure, il nous sulïit de cet aveu mentionné danî?

coui^sesniarilimes, ils parvinrent à s'emparer d'un vaisseau qui poriai non-seulemenl une cargaison de belles poteries de l'Iran, mais encor:] un certain nombre d'ouvriers versés dans la fabrication ; l'idée vint sans doute pour nuire au commerce ennemi, d'obliger les céramisl persans à établir leur fabrication à Rhodes même, et de faire ainsi u concurrence à leurs compatriotes. Le musée de Cluny possède une s rie considérable de pièces produites dans ces usines improvisées ; on reconnaît parfaitement l'œuvre d'hommas dépaysés ; d'exilés reten loin de leur patrie ; certaines pièces manifestent l'impatience qu'épr vaient les captifs de reconquérir leur liberté; sur l'une, l'ouvrier 1 même s'est peint dans l'attitude de la prière, les bras levés au cieL t^ suppliant le divin Maître de briser ses chaînes.

Dans ces conditions, les faïences fabriquées à Rhodes suffiraient {K)ur^ nous fixer sur la nature des faïences persanes, alors même que nous n'aurions pas sous les yeux les pièces originales. Comment supposer, en eflet, que des prisonniers, des ennemis retenus malgré eux dans un pays étranger, y auraient fait autre chose que ce qu'ils faisaient de longuedateettous les jours? Comment admettre que surunsol inconnu, sans ressources, ils eussent pu inventer des procédés nouveaux, créer un style, imaginer l'emploi de matières décorantes autres que celles dont ils avaient l'usage constant? Non, les poteries de Rhodes sont des faïences persanes d'ordre inférieur et qui peuvent surprendre encore, dans les conditions où elles ont été produites.

Quant à supposer que les Persans eussent pu trouver hors de chez eux les éléments chimiques d'une décoration inusitée, c'est encore par les ouvrages persans mêmes que nous voulons prouver qu'il n*en peut rien être. On sait quelle était, dès avant le treizième siècle, la perfection des verreries de la Perse et de l'Asie Mineure; nous avons déjà parlé des lampes de mosquées, insistons plus particulièrement ici sur les coupes, les vases et les bouteilles, que les Persans couvraient de dorures délicieuses et d'ornements émaillés où l'azur et le rouge vif fournissaient les plus élégants motifs; et Ton voudrait que des gens arrivés à cette pratique sûre des vitrifications eussent manqué de ressources pour appliquer les mêmes émaux sur la couverte de leurs vases ! Le doute n'est même pas admissible.

On a prétendu, d'un autre côté, rejeter sur le compte de l'imitation et attribuer à l'époque moderne la fabrication des grandes cou|>es,

des plats et des bouteilles en faïence ; «les Persans, peuple essentielle- TYient nomade, considérant les faïences comme objets de curiosité, et se servant habituellement de récipients en cuivre ou en bronze. » Nous ne répondrons pas seulement en invoquant le témoignage des anciennes ininiatures où la poterie figure sous ses formes diverses, nous nous reporterons aux descriptions faites par les anciens voyageurs ou à la littérature orientale elle-même. « Quand le roi de Perse mange en particulier, dit Kœmpfer, on ne se sert pas de vases d'or, mais de munrhins ou porcelaines; il y en a vingt pour le dîner ; pour le souper il y en a douze. » On lit dans les Lettres édifiantes : « Après qu'on a servi le roi, on sert aux convives le riz, le bouilli et le rôti dans plus de œnt cinquante plats d'or, avec leurs couvercles qui pèsent deux fois blutant... Les plats d'entremets sont d'or, et avant de servir en or, on a déjà sen'i des confitures en vaisselle d'argent et de porcelaine. »

Omavrons les contes de Bidpaï et les Mille et un jours^ nous y ver-

ron ^ des mentions analogues. . . « Le chat de la vieille n'eut pas plutôt

^nflLs. l'odeur des viandes et entendu le son des plats, des bassins et des

;iutv^t^s vases de porcelaine dans lesquels elles étaient servies, qu'il se

jeta, dessus. »

^^ ...L'on vit entrer dans la salle douze pages blancs chargés de vas^^s d'agate et de cristal de roche enrichis de rubis et pleins de liq^^^urs exquises. Ils étaient suivis de douze esclaves fort belles, dont l^s ^nes portaient des bassins de porcelaine remplis de fruils et de

^«^ ...L'on apporta une prodigieuse quantité de vases d'or enrichis <1^ ^)ierreries et pleins de toutes sortes de vins, avec des plats de porcel^^^^e remplis de confitures sèches. »

...Deux esclaves dressèrent aussitôt une table avec un buffet coude porcelaines, de plats de bois de santal et d'aloês, et de pluf^^^urs coupes de corail parfumées avec de l'ambre gris. »

<( ...Elles arrangèrent les meubles et dressèrent une table sur la- ^^elle on mit plusieurs bassins de porcelaine remplis de fruits et de confitures sèches. »

Nous pourrions multiplier à l'infini ces citations, qui prouvent à quel point les poteries de luxe sont estimées en Perse, et quelle place elles occupent dans les usages de la vie privée ou publique.

Nous n'insisterons pas, d'ailleurs, sur la signification qu'il faut

attribuer, dans ces extraits, au mot porcelaine ; c'est une question qu nous aurons h élucider un peu plus tard; mais nous appellerons Ta^ tention sur la multiplicilé des noms appliqués aux pièces. En eflet, \M^ forme des vases en faïence de Perse est très-variée; les plats ont u marly ou bord horizontal d'autant plus étroit que le fond est pi voisin de la semi-sphéricitc; on arrive ainsi, par dégradations insens^=zzrg»i> blés, aux coupes vraies qui, tantôt hémisphériques surélevées, tant--__i^H<3t campanulées, reposent sur un pied conique assez haut. Les unes so~ ^^^nt de simples bassins ouverts; les autres sont munies d'un couvercle. ^- ^^

bouteilles sont nombreuses; presque toutes ont un col très-long, p fois coupé par un renflement qui ajoute à la grâce naturelle de ce forme; le plus souvent elles sont destinées à contenir du vin. L'eau met habituellement dans un vase à panse sphérique, surmonté d* col en cylindre court, et muni d'une anse en S ; c'est le pot à eau qu'il est venu chez nous, et plus on remonte aux époques ancienn plus on voit combien nous l'avons d'abord imité fidèlement. L'aiguiè sorle de bouteille à anse munie d'un long bec, sert aussi à conter l'eau ; mais ison usage est spécialisé aux ablutions; aussi cette piè est-elle accompagnée d'une cuve creuse couverte d'un opercule trous ; dans les repas on la présente au convive, qui place ses mai au-dessus et, recevant l'eau de l'aiguière, lave le bout de ses doig conformément aux règles de la religion et de l'étiquette. Le bassin pe:^ ainsi faire le tour d'une salle de banquet sans que personne aperçoi l'eau qui a servi à ceux qui l'ont précédé dans la cérémonie oblig 11 est encore un autre récipient à eau, c'est la gargoulette; sa for est habituellement sphéroïdale avec un col court évasé par le haut, un biberon à étroite ouverture sur la panse ; il sert à donner à hoir quiconque se sent pressé par la soif: l'eau sort en un long filet de 1' trémité du biberon, et la politesse veut que celui qui boit ne la reçoi pas directement dans la bouche, mais dans la main rapprochée de bouche, et qui joue ainsi l'office de coupe. Le Magasin pittoresque donné, d'après un vélin de l'habile miniaturiste Kabir, une scène r présentant un cavalier qui boit de cette façon, près d'un puits, l'eau qt^ viennent lui présenter de jeunes filles.

Un vase tout particulier, sur l'emploi duquel nous ne hasarderont! aucune théorie, est une sorte de cylindre muni d'une anse droite, ratUi— chée carrément près du bord supérieur, et au tiers inférieur du cylin—

re

ve

la

re. En Occident, la chope à bière répond seule à celte disposition peu •aeîeuse.

Nous ne dirons rien des bols plus ou moins grands, sinon qu'ils sont

VL très-évasés, quelquefois coniques très-ouverts, ou plus profonds que

e le sont les vases de ce nom en Chine, au Japon ou ailleurs.

Pour bien comprendre l'usage de ces nombreux vases, il suffit de se

^flippeler les citations rapportées plus haut, ou de jeter les yeux sur la

^•^présentation d'un repas officiel dans l'Iran ; on y voit les convives

accroupis autour de la salle sur d'élégants tapis, ayant chacun devant

lui, sur une petite table en bois incrusté de nacre, ou même dans un

plateau posé sur le tapis, les mets composant un service ; les services

se suivent dans un ordre inverse 5 celui de nos festins ; les confitures

arriérent les premières, les entremets ensuite, les viandes viennent

api'ès, et le potage clôt la série. Tout cela est accompagné de sorbets

el de ces vins délicieux dont les Persans ne craignent pas, comme on l'a

^u ^ de rapprocher la topaze et le rubis, tant leur couleur est brillante

^^ l^ur transparence parfaite.

I\evenons maintenant aux divers décors de la faïence persane, et c^H^Tchons si, par leurs différences mêmes, il ne serait pas possible de ■^assrder quelques conjectures sur le lieu de leur fabrication.

Il est une chose -incontestable et qui peut servir de critérium pour

' ^ j vigement des ouvrages d'art de la Perse ; c'est l'examen des produc-

*'*^oi:is modernes les plus estimées ; Schah Âbbas V\ qui régnait de

* S S8 à 1628 de notre ère, fut en quelque sorte le Louis XIV de l'Iran.

*-^^^*-ns le palais qu'il fit construire à Ispahan, on remarque de grands

leaux de deux mètres de long sur un mètre cinquante de haut, re-

F^ «"^^ésenlant différents sujets de l'histoire de Perse. Ils sont composés de

»*weaux ou briques de cinquante centimètres carrés, et l'on y compte

ou six couleurs et des tons fondus.

ïoilà certes une pratique bien avancée, et un fait qui peut surpren-

; en effet, Mahomet avait déclaré impie celui qui chercherait à riva-

T avec la puissance divine, en créant des êtres parfaits ; c'est à l'exîi-

"âtion de cette doctrine qu'est due la secte des sunnites qui, d'après

préceptes d'Omar, proscrivait la représentation de la figure humaine

des êtres vivants. En Perse, une école intermédiaire, que chez nous

<]ualifierait de jésuitique, imagina de composer des monstres en

Oehorsdes lois naturelles, ou de laisser imparfaites les autres repré-

scntations. Ainsi h tête d'une femme vint surmonter le corps iYwm: oiseau; le corps d'un homme devint la partie antérieure d'un dragon^ ou se souda au train d'un quadrupède ; une tête humaine fut privé^% d'un œil, une figure de l'un de ses membres. Il faut donc se garder d^ considérer de semblables défauts comme l'effet de l'inexpérience de-^^ ^K^/' artistes : c'est un trait de mœurs des plus curieux.

Cette persistance à représenter, même incomplètement, les et naturels, indique chez un peuple une rare tendance vers l'art élev un besoin incessant de développement intellectuel. Néanmoins, il y encore ici une distinction à établir; Chardin nous apprend que, s vaut divers docteurs musulmans. Dieu a placé dans le paradis certa animaux appelés pied^-de-hérisson, qui ont des jambes de cerf, i queue de tigre et une tête de femme. Mahomet et Ali monteront chac un de ces animaux à la fin des siècles, et distribueront ainsi aux <^l l'eau du Kauter, fleuve du séjour céleste. Voilà certes une fig^i^a orthodoxe que le musulman peut reproduire, et qu'on trouve en e sur des tapis, des miroirs et des vases remontant au onzième siècle.

Ce n'est pas la seule figure pouvant prêter à l'équivoque. Dans Va. cienne religion des adorateurs du feu, ou plutôt dans les légendes qsurchargent les premiers événements de l'histoire de Perse, il souvent question d'animaux fabuleux faciles à confondre avec ceux la Chine.

Vouran ou ouramhad a sa retraite dans la montagne imaginair/"^^ ^v d'Aherman. L'auteur du Tamourath nameh en fait la description e-^^ ^ dit qu'il vole par les airs comme un aigle et dévore tout ce qu'il ren-^ contre, et qu'il marche sur la terre comme une hydre ou comme uv^^ dragon, et ne trouve aucun animal qui lui puisse résister.

Le soham est un autre animal terrible que Sam Neriman, fils de^^ Cahernam Catel, dompta pour en faire sa monture dans les guc qu'il entreprit contre les géants. Cet animal, dont la tête était sem blable à celle d'un cheval et le corps pareil à celui d'un dragon, et dc^^* la couleur du fer luisant, avait quatre yeux à la tête, et ne mesurait pas moins de huit pieds de longueur.

Le simorg ou simorg-anka est ainsi défini par d'Herbelot dans la Bibliothèque orientale : « Oiseau fabuleux que nous nommons griffon. — Les juifs font mention dans le Talmud d'un oiseau monstrueux qu'ils nomment iukhneh et ben-iukhneh, — duquel les rabbins ra-^

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^nt mille extmvc'tgances. Les mahométans disent que le simorg se ve dans la montagne de Caf. » Le Magasin pittoresqne^ en reproi sant diaprés un manuscrit arabe la figure du simorg, dit avec le ^ierman nameh^ a que cet oiseau merveilleux, dont le plumage Lllait de toutes les couleurs imaginables, possédait non-seulemenl Isft connaissance universelle des langues, mais encore la faculté de Y>r«<lire l'avenir. » Dans la fabuleuse histoire de la naissance de 1\om]s(am, c'est lui qui, au moment où la belle Roudabeh perd connaissance par l'efTet des fatigues de la grossesse, vient instruire Zal des moyens à employer pour délivrer sa femme par l'opération césarienne. « L'oiseau de bon augure, élite du monde, vola, dit Ferdousi, auprès de 2aK Zal lui adressa des louanges sans nombre, de longues actions de grâces et des prières. Le simorg lui dit : c< Pourquoi ce chagrin? pourquoi la rosée est-elle dans l'œil du lion? De ce cyprès d'argent, de cette belle au visage de lune, viendra pour toi un enfant qui recherchera la gloire; les lions baiseront la poussière de ses pieds; le luag-e n'osera point passer au-dessus de sa tête... Tout héros, tout fuenrier au cœur d'acier qui entendra le bruit de sa massue, qui verra ^ poitrine, son bras et sa jambe, ne tiendra pas devant lui. Pour le ^^^i^seil et la sagesse, il sera grave comme Sam ; dans la colère, il sera *"^ I îon belliqueux; pour la stature, il sera un cyprès, et pour la force, *"^ «éléphant. »

•* A sa naissance, ajoute le poëte, l'enfant était comme un héros

^•^■^ iDlable au lion ; il était grand et beau ; tous les cheveux de sa tôJe

^*"^î^nt rouges et sa face était animée comme du sang... Dix nourrices

^ï laitèrent pour le rassasier. Quand il fut sevré, il se nourrit de pain

^^ ^<B viande. Il mangeait autant que cinq hommes. » Il ne fallait rien

^^^^î us que l'intervention du simorg pour amener au jour un tel pro-

C Jn le voit d'ailleurs, l'intention religieuse, le souvenir poétique, la Saisie purement pittoresque, peuvent inspirer au peintre des ^ges faciles à confondre entre elles et qu'il faut étudier avec scru- »^^^ ï € pour en pénétrer le sens vrai .

T ies figures symboliques ou autres nous ont rarement apparu sur des

^^^^^^reaux et cela se conçoit; la plupart ont dû rester en place dans les

^^^>miments qu'ils décorent et où les voyageurs les ont signalés; mais

»e^ vases, et surtout les grandes bouteilles, les plats et les coupes

i54 HISTOIRE DE LA CÉRAMIQUE.

basses, montrent souvent des oiseaux fabuleux à tête humaine, des monstres et des dragons répondant assez bien aux descriptions donnéei ci-dessus.

Quant à des animaux ordinaires, gazelles, antilopes, lièvres couran sur un fond semé d^arabesques, ou à des cavaliers portant un faucoi sur le poing, ce sont de ces figurations qui témoignent uniquement d la passion des Persans pour la chasse.

Assez récemment plusieurs carreaux où le relief se mêle à Téclat de émaux polychromes ont été vendus comme offrant Timage de Scha Abbas P^ Il n'en est rien ; le prétendu portrait est le chasseur a faucon dont il vient d'être parlé, rien de plus; un voyageur véridiqw a relevé de ces carreaux en place dans une maison où ils formaient revêtement d'un fourneau de cuisine. Les Orientaux ont trop le respe de la puissance pour qu'on admette qu'ils eussent profané à ce foîn l'effigie de leur monarque aimé. D'ailleurs, il est facile de remarque] parmi les pièces de ce genre recueillies dans les collections des diiïérences de facture et de style indiquant des âges divers. La plus an cienne et la plus remarquable appartient à M. le baron Charles Da villiers.

Un trait de goût commun à tous les peuples de l'extrême Orient c'est la prédilection pour le bleu; nous l'avons rencontrée chez h Chinois; nous la voyons se manifester dans les plus anciennes poterie de l'Iran et persister même au moment où la technique met à la dh position du peintre la palette la plus compliquée. Beaucoup de faîenci sont uniquement décorées en bleu turquoise et bleu de cobalt savan ment combinés et formant les plus riches arabesques, les compositior florales les plus élégantes. Peu h peu ce premier groupe se modiGe quelques tons verts composés, un violet de manganèse presque rose un noir pur, entourent ou rehaussent les médaillons à la teinte a leste ; parfois les couleurs compliquées ornent l'extérieur d'une coupe tandis que l'intérieur conserve ses médaillons encadrés de bleu tui quoise à réserves de fleurs, ses tiges légères et ses arabesques combinée en bleus doux.

Rien n'est plus remarquable dans ce genre que la splendide pièc figurée ci-contre; c'est l'une des plus grandes et des plus savantes pe teries venues de l'Iran.

Le troisième groupe, aussi remarquable par le nombre que par Técl;

PERSE. i55

jos spécimens qui le composent, fournit la majeure partie des types y^oveillis dans les coUeclions ; plaques de rcvùtement, bouteilles mo- ^iism^Dt^l^i bols et coupes de service, plats dignes de rivaliser avec los gemmes et l'orfèvrerie, tout ce qui constitue l'ensemble d'une poierî« de luxe et de décoration s'y trouve réuni. Nous ne dirons pas avec certains écrivains que là se trouve l'art moderne de la Perse : nous crovons à l'ancienneté de beaucoup de spécimens ; mais c'est l'art musulman pur, avec ses combinaisons si ingénieuses de lignes droites et courbes qu'on croirait à une complication inextricable, alors qu'il s^agit uniquement de répétitions heureuses ; avec son mélange de fleurs

*"***** mentales et naturelles fournissant au peintre d'inépuisables res- '**'*>"ces. Quelquefois encore nous y verrons des figures humaines ou "••■ïïales; mais le plus souvent elles seront l'œuvre du compromis si- E^*>1^ plus haut, compromis qui ouvre au vrai croyant une porte dé- "***^e dans le domaine de l'iconographie.

■ -«s plaques de revêtement sont de deux sortes : les unes concourent

P^*" leur rapprochement à fournir une ornementation continue au

**ïen de raccords adroitement combinés soit en carré, soil en

**loir; les autres entourées de bordures ont naturellement un sujet

'^^■'conscnt devant former motif principal dans une décoration d'en-

'^nible. Four donner un type de celles-ci nous choisirons une figura-

156 HtSTOIItE DE IK CERAMIQUE,

lion des plus intéressât! les, le sninl Icmple de la Mecque. Nous Toy< ici la Caaba avec ses minarets, ses chaires, ses oratoires et tous lieux saints, Le temple proprement dil est un édifice presque cubiq de trente-huit pieds de long, trei de large et Ireote-quatre de ha d'où vient le nom de Caaba qui, arabe, signifie maison carrée.

entre par une porte à deux batf»

percée à quelques pieds au-dessu!^ sol et à laquelle on monte avec marchepied mobile représenté i« gauche près de l'ouverture de T ceinte générale.

Tout l'édifice est couvert extcr 'rcment d'un voile de soie noire pelé le voile sacré : il se renouv Ciim»u i décor poijthrome srabesque. annuellement et les morceaux l'ancien se vendent comme reliq aux dévols musulmans : les riches demandent quelquefois en raouB qu'on en revête leur cercueil. Vers le haut, ce voile est traversé une bande blanche appelée ceinture, parce qu'en effet elle fai t tour de l'édifice.

Le rectangle 5 plusieurs compartiments, figuré au-dessous el non I de la porte, est le lieii d'Abraham; c'est là, selon les musulmans, i le patriarche se plaça pour construire le temple, et l'on conserve enc la pierre sur laquelle reposaient ses pieds : les fervents y croient mé apercevoir la trace de ce contact saint.

La demi-lune tracée à droite de la Caaba est rédifice appelé le n hatem. Là, si l'on en croit la légende arabe, reposent les resles d'A et d'Ismaël. La tache piriforme qu'on remarque près de l'angle périeur de la Caaba est une gouttière d'or destinée à conduire les ei de pluie qui tombent sur la plaie-forme du temple. Quand il pleut, pèlerins viennent recevoir celte eau et se croient alors purifiés de t leurs péchés. On appelle donc cette conduite d'eau gouttière de miséricorde.

I^epelit édicule placé près du marchepied paraît être le puilf^ Zemzem. Cette source miraculeuse jaillit sous le pied de l'ange

l^rielt lorsque Istnaël et Âgar, abandonnés dans le désert de la Mecque, .^Waient mourir de soif. L'eau sainte donna en même temps la vie à cette affreuse solitude; aussi les musulmans lui attribuent-ils des vertus surnaturelles; tous les pèlerins doivent en boire et ils en emportent lorsqu'ils retournent chez eux.

Plaque en faïence représentant la mosquée sacrée do la Mecque.

m^ "uns l'angle de laCaaba, à gauche de la porte, l'objet circonscrit

j ^ ^^ Irait blanc est la fameuse pierre noire qui renferme le pacte

^Miance entre Dieu et les hommes. Selon les musulmans, Dieu, au

^ ^^mencement du monde, rassembla les âmes de tous ceux qui

Client naître d'Adam et se fit connaître à elles comme leur souverain

^îlre et Seigneur. Le témoignage de cette communication fut écrit

^ Dieu en caractères mystiques, dans les flancs de la pierre qui, au '^^^ir du jugement, déposera contre ceux qui auront méconnu leur ^^iiverain. Originairement blanche, la pierre a noirci par les larmes ^ ^'eiJe ne tarda pas à répandre sur les péchés des hommes.

Vue enceinte circulaire enferme la Caaba ; c'est, pour les pèlerins,

le lieu des tournées; le reste de la mosquée sacrée est circonscrit un péristyle caiTé ; les endroits de station y sont indiqués, de me que des vases à anses désignent les lieux où le pèlerin doit faire ablutions.

Nous nous sommes étendu sur ces détails parce que la figure p ou moins complète de la Caaba est une de celles qu'on rencontre plus fréquemment sur les ouvrages musulmans. D'habitude ces fij rations servent aux opérations de la magie et aux prestiges caba tiques, dont le succès est d'autant mieux assuré qu'on se tourne \ la Mecque ou vers l'image du saint temple. Mais ici nous sommes 1 de ces pratiques superstitieuses; celui pour lequel la plaque a été A croyait à peine à l'efQcacité des figures représentées et il doutait me de la nécessité du pèlerinage à la Mecque ; philosophe de la secte sofis peut-être, sceptique à coup sûr, il exprime ses opinions dans quatrain hardi :

« Acquiers un cœur, car c'est là le grand (et véritable) pèlerinag

(( Un cœur vaut mieux que les pierres de la Caaba;

c< La Caaba est l'édifice de l'ami (de Dieu) fils de Thoré ;

a Mais le cœur est le théâtre du grand ami (Dieu). »

Puisque l'intérêt du sujet nous a fait choisir cette pièce comme lyp continuons sa description technique : la coloration est riche et sim] à la Fois, comme dans tous les monuments anciens. Le bleu à deux intc sites, le rouge vif tiré du fer, le vert de cuivre assez pâle et le no voilà les émaux. Les vases primitifs de la même division ont pour b: les mêmes tons ; mais, à mesure qu'on se rapproche des époques luxe et de splendeur pour la Perse musulmane, on voit les artis chercher de nouvelles teintes, ou les combiner de telle sorte qu'el produisent un effet plus riche encore; le rouge, toujours si gras, éclatant, sera souvent étendu en fonds ; le vert et le bleu turque couvriront la panse des vases, l'extérieur des coupes, le fond des pis découpant de savantes arabesques, de délicats bouquets, ou bien enc la silhouette d'êtres naturels ou fantastiques relevés à leur tour par touches vives en couleurs habilement choisies pour faire valoir le fi général .

C'est habituellement sur les tons pâles, vert ou bleu^ que cour des lièvres, des chiens, des cygnes entourant les singuliers oiseau tête de femme dont nous avons déjà parlé. Pour les musulmans, c

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déjà cliuse insolite el délicate que la liguralion des êtres vivants ; mais le lièvre el le chien n'ont pas ce seul caractère ; ils sont i-épulés impure, et la passion des Iraniens pour la chasse peut seule expliquer leur présence sur les vases.

Essayons maintenant de découvrir si ce n'est pas particulièreoient aux l'aiencesde cette division que Chardin a fait allusion dans ses écrits. Après avoir dit qu'on fabrique de cette poterie dans teute la Perse, il ajoute : « La plus belle se fait à Schiraz, capitale de la Perside ; ù Mesched, capitale de la Bactriane; à Yezd et à Kirman, en Caramanie, et particulièrement dans un boui^ de Garamanie nommé Zorende... Les pièces à quoi les poliers persans qu'on appelle A'ochy-pez, ou aiiteurs de faïmces, réus.sissent le mieux, sont les carreaux d'émail peînis et taillés de Diauresques. A la vérité, il ne se peut rien voir de plus vif el de

plus éclatant en celte sorte d'où- I

vnagcis, ni d'un dessin plus égal et plus lin. » 1

Il 3' a beaucoup à étudier dans I *^<^ passage : Kachy, ou mieux Ca-

»c*«, est le nom des produits de ^^^~^ r.7,L"poi!chr.^rro^ [^û. Casclian et peut-être de tout l'Irak-

A-ajeni; cesproduits semblent être surtout les poteries décorées en blco «*■ l>leu lurquoise sur fond blanc.

ï^aut-il attribuer à Mesched, où elle porterait le nom de Meschkedi, la '^^lie faïence polychrome du deuxième groupe particularisée par le rose "<! manganèse et le vert sombre unis à des bleus divers?

Quant au carreau figuré page 157, rapporté de l'ex|>cditiond'ÉgjpU! P^i" M. Jomard, de l'Inslilut, il était indiqué par ce savant comme pro' ^•^■'snt de Zorende ou de Kirman. Ce renseignement venant confirmer 'es assertions de Chardin, le troisième groupe se trouverait formé des ""•^'tïincs faïences de la Caramanie et de celles plus réccnlcs d'Ispahan.

La bordure élégante réservée en blanc sur rouge vif, qui enlour le carreau où figure la Caaba, est reproduite sur bon nombre de bell bouteilles, de coupes et de plats ; est-ce un caractère suffisant poui resserrer ces pièces en un faiseau qui serait l'œuvre d'un même centre' Quantité d'autres pièces non moins belles, ornées des mêmes émauia des mêmes fonds, sont constamment bordées d'une sorte de filigran noirâtre de style chinois coupé par des médaillons ; est-ce une indicé tion de provenance ou de date ?

On le voit, ces questions sont tellement épineuses, elles sont er tourées d'une telle obscurité, que l'écrivain de bonne foi doit hésiter se prononcer, même en posant des réserves. En Perse, les traditio sont perdues; on ignore aujourd'hui des faits datant presque d'hi et c'est ailleurs, en Syrie, en Egypte surtout, qu'il faudrait chercher épaves de l'ancienne splendeur de l'Iran; seulement à quelles dz eussions délicates ne faudrait-il pas se livrer pour ne pas confondre les vrais produits persans avec ceux de l'Asie Mineure, issus d'u même école et presque contemporains ?

La preuve de la haute estime dont jouissaient les ouvrages iraniens m^ Occident se trouve dans ce fait : « Nous avons rencontré, dit M. Eugèn* Piot, des plaques de faïences de Perse en assez grand nombre et des^ fragments de vases semblables à ceux que nous connaissons aujourd'hui, « incrustés dans le marbre blanc d'un ambon de la petite église de San Giovanni del Torro de Ravcllo, dans le royaume de Naples (l'église est du douzième siècle et l'ambon du treizième). Or M. Piot, l'un des premiers chercheurs de la faïence persane, est trop fin connaisseur pour qu'on n'attache pas à son assertion l'importance qu'elle mérite.

Le savant M. Drury-Fortnum a trouvé aussi des fragments de poterie orientale dans le campanile de Téglise de Sainte-Cécile à Pise ; Feicellente figure qu'il en donne montre que la pièce, mise en place de 1103 à H07, appartient à l'espèce que nous appelons porcelaine tendre ; sur le fond bleu s'étendent de riches arabesques noirâtres relevées de traits enlevés à la pointe, pratique constante des Persans. C'est là une de ces fabrications qu'on assure provenir de Rhéï, ou Rhagès et de Natinz, où quelques-unes sont encore en place.

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