TEH1ES
Revenons maintenant aux poteries de l'Inde, et cherchons les preuves morales (si l'on peut s'exprimer ainsi) de leur existence et de leur style. Tout le monde connaît, au moins par leur représentation, les temples gigantesques taillés dans le roc même, et qui attirent à Ellora la foule des voyageurs curieux. Antérieurs à notre ère, ces temples, entourés d'éléphants monolithes, surchargés de figures mysterieuses et bizarres, premières créations du culte brahmanique, réali- ^ût, pour l'observateur, les rêveries insensées de ces excursions ima- 8^'naires, œuvre de nuits agitées par la fièvre. Au milieu des colosses ^ têtes d'animaux, des symboles inouïs d'une théogonie compliquée, apparaissent des rudiments d'ornemQutation riche et savante. Ce que le ^-^ïlaça laisse ainsi deviner d'imagination sage, des monuments poslé- '^'^urs en montreront le développement : sur le marbre des pilastres, ^^ns les caissons des voûtes, les rinceaux d'acanthe, les culots élégam- '^^lit découpés, les fleurs ornementales révéleront chez l'artiste indou ^ïïo pureté de conception, une entente des masses et des détails, qu'on ^^^^"^ tilcrait ne devoir trouver que dans les plus beaux ouvrages grecs, se rapprochant des époques modernes et en observant d'aumatières, on verra que le temps, loin de modifier le goût, en *^^i«du l'expression plus délicate. Les gemmes précieuses, travail- **'^ iivec une supériorité marquée, relevées par l'adjonction d'éme-
.lu
es, de rubis, de saphirs, rivaliseront avec ce que l'antiquité occi-
^^^^t^le a pu léguer de plus estimé. Rien n'est distingué comme ces
'^^Ciç de jade aux formes étudiées, aussi délicats que la corolle d'une
^^^r, et ciselés de feuilles et de fleurages à reliefs à peine sensibles; ces
^^^se-mouches, ces coupes incrustés de filets d'or courbés en rinceaux
^ chargés de fleurs ou de fruits en rubis rutilants.
176 HISTOIRE DE LA CÉnAMIQUE.
Pourrailron supposer qu'un peuple aussi éclairé dans les arts ; -aiil n^ligc les ressources ornementales que peut offrir la céramique ï Noi^^^^r»-
Il ne fallait que des observateurs moins superficiels que les apcii =- ^
voyageurs pour en fournir la preuve. Après avoir exploré avec s(^^— - -^^ l'Inde centrale, dont il développe le curieux tableau dans le Tour «i:;^*^^»'*' Monde, M, Louis Rousselet a rapporté les types des fabrications an //^^^ — ^^ ques, de cette civilisation mystérieuse. La vallée de Sanchi lui a fourni*- 4 de nombreux spécimens des urnes funéraires, les unes taillées dans la ^^ ^- ' stéatite, les autres pétries dans les argiles figulines grises ou rouges. -^^
Les stéatites tantôt grises, tantôt brunes, affectent des formes cher- ,.^<7
chées, et se couvrent de godrons sculptés et de figures animales où l'on ^^ ^
reconnaît particulièrement l'élépliant et le renard. Trouvés dans les - ^
topes de Sonari et d'Andher, ces ouvrages remontent à la un du troisième siècle avant J.-C.
Quant aux terres cuiles, cette urne funéraire, du (ope de Saldahra, * .
^^^^^ date de 500 à 280 avant notre ère; sa forme sphéroïdale à bord évasé rappelle assez bien certains vases grecs primitifs, imités peut-être eux-mêmes des poteries asiati- ' ques amenées par le commerce phénicien.
Nous reproduisons cet autre type de la poterie rouge du tope de Ohojepore. C'est une jarre couverte, primitive de fabrication, et paraissant plutôt pélrie à la main que tournée ; pourtant il s'y révèle une certaine recherche d'ornementation et la panse porte une inscription en antiques caractères; sa date probable est de 260 à 240 avant J.-G. De la même date sont des urnes, aussi en poterie
rouge, découvertes à Andher et dont les formes, bien particulières, -r^^^
ont laissé leur trace sur certains ouvrages d'usage vulgaire figui-cs ^tî»'*-*^
dans le voyage de Solvyns.
Voilà pour les terres cuites antiques; mais les découvertes de M. fiousselet ne se bornent pas là; il lui était réservé de nous faire oofuiaitre Temploi monumental de Témaillerie, dans une suite de construtclions merveilleuses, palais, temples, forteresses, érigés du cincjuiiéme au onzième siècle et répandus à Gwalior, Canoudji, Delhi, Gfiîtlore et Oujein. Ces constructions portent, parmi les reliefs d'une liitecture savante, des frises, des compartiments divisés par des arcs à pilastres, que relèvent une ornementation colorée en tons vifs urs, bleu foncé, bleu pâle ou turquoise, vert, jaune, orange, maret brun violacé de la couleur du bronze. Ce sont des sortes de bris rectangulaires combinées pour former une succession de denti- 1 «s carrés alternant de couleur, des damiers et des suites de dents de lo^JLj) ou d'ornements en scie. Dans les métopes, un fond composé de t>^*i^ues bleues, fait ressortir la silhouette d'un palmier tracé en moue d'un beau vert. Dans certaines frises de Gwalior se sont des oipalmipèdes, élégamment profilés, qui se détachent sur le fond, l)ien des renards adroitement exécutés en mosaïque^. Malgré les in- ■^^s du temps, ce remarquable travail rehausse encore l'aspect déjà
Jddiose des constructions qui le portent.
-Au point de vue purement céramique, les briques émaillées de l'Inde
t un intérêt particulier ; très-planes à leur surface, rectangulaires au
rlour, elles sont fort épaisses, taillées en biseau sur les côtés, et
blent n'être point en pâte argileuse, mais en espèce de grès ; l'en-
1 émaillé, probablement silico-alcalin, est excessivement mince,
adhérent et d'une translucidité qui laisse apercevoir la teinte gris
nâtre de la roche sous-jacente.
insi se trouveraient résolus les doutes exprimés par Alexandre Bron-
art au sujet de certains fragments antiques, qui lui paraissaient
aillés directement sur une roche siliceuse. Cette pratique se relierait
«lie des anciens Égyptiens qui avaient su faire adhérer les émaux
couleur dans les fines sculptures de leurs sarcophages en granit.
i^assons à des époques plus rapprochées de nous et à des ouvrages de
^e poterie, c'est-à-dire aux pièces où l'émail s'applique sur la terre
»- le. Dès l'époque de la publication du Traité des arts céramiques,
Bgleterre possédait quelques plaques de revêtement provenant de
, ville abandonnée au quatorzième siècle, parce qu'une des branches
Gange, qui l'arrosait, avait subitement changé de lit.
Brongniart décrivant ces plaques, à fond noir ou bleu, ornées relief de dessins blancs assez rudimentaires, n'osait se prononcer sur nature précise de l'émail, mais il constatait le fait de cet emploi n numental de la poterie. Il ajoutait : a J'ai eu un autre renseignerai sur des fragments avec glaçure trouvés dans l'Inde ; il est tiré deVAsic Journal^ et m'a été communiqué par M. Garcin de Tassy.
c< M. Treader a envoyé à la Société asiatique (de Calcutta) quelqi fragments de poteries vernissées trouvés sur un lieu légèrement cle^ dans le voisinage de Jounpore, qui, il y a quarante ans, était couvi d'une épaisse forêt... Les fragments en question sont d'une fabricati et d'un travail grossiers, mais la glaçure en est bonne, et les coulei brillantes, eu égard au temps pendant lequel elles ont été exposées l'air (probablement deux ou trois cents ans); le bleu a beaucoup d'écb les dessins n'ont pas d'élégance el ne sont évidemment ni chinois, ni l'imitation des Chinois. »
Depuis la publication du livre d'Alexandre Brongniart, la science marché; les fragments, si rares alors, se sont multipliés, et nous " nous de faire voir jusqu'à quel point les Indous avaient poussé science de l'émaillerie. Nous devons mentionner ici d'autres moi ments coloriés dont nous ignorons malheureusement la date cl provenance, mais qui, par la grandeur du style et la nature des on ments, rappellent les plus anciens temples indous. Ce sont des scu tures de haut ou de bas relief dont la terre grise tirant sur le brunà est d'une incroyable dureté et d'un grain excessivement fin; les dét£ en sont modelés avec un soin infini et recouverts de couleurs viv jaune, rouge, verte et noire. Quelle est la nature de ce décor? Est une simple vernissurc ou un émail? Des expériences chimiques seraii nécessaires pour le démontrer. Ce qu'il y a de certain, c'est que, malj la blancheur relative de la terre, certaines couleurs sont appliquées î une engobe qui en relève l'éclat.
Ces fragments ont évidemment fait partie d'une décoration chi tectonique; on y voit de larges frises à deux bordures de coule différentes, et ornementées, en relief, d'un motif cruciforme r pelant la richesse des plus élégants bijoux filigranes; des pilastre rinceaux feuilles, portant des marguerites rouges à cœur jaune; bordures à méandres renfermant des demi-rosaces et des points »i lanls; des colonnes d^arabesques à fleurs ornemanisées, feuillages
lobes à formes élégantes et palmettes latérales s'ajustant sur des tiges
divergentes tournées en rinceaux. Mais ce qui est plus remarquable
encore, ce sont des parties d'oiseaux fantastiques à cuisses écailleu-
scs, enserrant dans leurs griffes puissantes des reptiles qui se tordent
de douleur ; des têtes de dragons lançant par leur gueule béante un flot
de rinceaux entre-croisés déroulant leurs volutes nombreuses, diverse-
ixiont colorées; c'est surtout une sorte de tête monstrueuse aux yeux
saillants, aux sourcils hérissés, portant sur la bosse frontale une perle
enc!îliâssée dans un ovale, et couronnée de la mitre brahmanique.
JJevant ces productions savantes et hardies où la science des formes ot de la coloration se prêtent un si puissant secours, on demeure conloir^du et Ton se demande si les Indous ne sont pas les premiers céraxnî^les du monde. Ces précieux fragments font partie delà riche collées tion de M. Dugléré. Malheureusement, nous le répétons, leur provoi^iiince nous est inconnue, et, d'après les judicieuses observations de M . Louis Rousselet, leur style fantasque, l'extravagance même des 1X1 ojistres qu'on y rencontre annonceraient moins une conception de l^l«:^dc propre que de l'Indo-Ghine.
Postérieurement à ces œuvres monumentales, l'Inde a produit, en '^ï^nce de même nature que celle de la Perse, des carreaux de revêteïif^^aiît, des assiettes et autres pièces de service usuel; la pâte en est "Ist^nche et siliceuse; elle a pour base décorante un beau bleu turquoise liqué en rinceaux, disposé en bouquets ou étendu en fonds avec ves d'arabesques blanches. La similitude est si complète entre cette tuerie et celle de la Perse, qu'un scrupule naturel saisit l'esprit : on demande si un peuple avancé de tout temps dans l'art de l'émaillerie t* cuivre, appliquant les couleurs vitrifiables à la décoration des mo- ^rnients, a pu échapper au besoin de produire une vaisselle de luxe I^*^^s riche que le simple camaïeu; alors on se met à choisir, parmi ^^^* pièces attribuées à l'Iran, certains plats dont les riches bouquets ont vus sur des assiettes en émail cloisonné sur résille ; d'autres, non ins élégants, où le paon, tantôt rouant, tantôt traînant sa riche pa- ^*^^ï*e ocellée, forme le motif principal ; puis comparant ces peintures, plus aux œuvres persanes, mais aux reliefs de ^orfèvrerie repous- ,aux impressions des toiles, aux encadrements des miniatures in- ^-" ^^^nnes, on forme involontairement un groupe qui, dans le grand tout ^^ *^^^ faïences d'origine orientale serait la part spéciale de l'IIindoustan.
i80 IIISTOIUE DE LA CÉRAHIQUE.
C'est audacieux, peul-ôlre prémalui'é; pourtant les consciences sY'uk ^^ ^'''' vent, les amateurs hésitent et le jour n'est pas loin où d'un accord u^/, -^^ . nime, écrivains et curieux se rencontrant sur un terrain commua recherches, donneront enfin une solution à ces questions si intéri santés pour l'histoire de l'art.
11 est certain, d'ailleurs, que même à l'époque actuelle l'Inde faiencore de la faïence ; Ilyderabad paraît être le centre de celte fabrii cation, dont les formes et le décor révèlent d'anciennes traditions con-^ servées en dépit des temps. D'élégantes coupes à couvercle élevé, bols hémisphériques à godrons en relief, figurent au musée céramique de Sèvres; le fond de la poterie est couleur écaille, vert, ou bleu vif. relevé de dessins en noir; de gracieux rinceaux au feuillage découp et terminant leurs enroulements par de grosses fleure radiées, garnissent les frises principales; des bordures à perles, d'autres, dentées, donnant naissance à des feuilles palmées alternant avec de fins grouper de crosses de fougères; des marguerites semées entre des fleurons des perles ; des surfaces à imbrications ; d'autres semées de mouch tures végétales, tels sont les éléments de la décoration. Or on retrouv précisément ces éléments épars dans la plupart des objets de l'Hit doustan, et particulièrement sur les niches peinles et dorées des divinités bouddhiques, sur les coffrets et les vases en bois laqué.
Ces poteries modernes, que l'Exposition universelle nous a montrées, nombreuses et choisies, sont la meilleure preuve qu'on puisse fournir de l'antiquité des arts céramiques dans l'Inde. Est-ce donc au moment où, 'conquise et reconquise par l'étranger qui lui impose ses produits, cette triste contrée sans chefs, sans initiative, décimée par les maladies, ruinée par les impôts, cherche en vain à se réunir par les liens d'une foi religieuse, est-ce alors qu'elle irait innover et créer des industries dont elle s'est passée dans ses jours de puissance? La raison ne saurait l'admettre et il faut reconnaître, au contraire, tout ce qu'il y a de vivace et de pereistant chez ce peuple qui, malgré ses malheurs, trouve encore en lui la force de perpétuer quelques-uns de ses anciens produits, et d'opposer aux détestables importations du vainqueur, des œuvres toujours empreintes de la sève nationale.
g 3. — PORCELAINES.
Nous venons de jeter un rapide regard sur les poteries ordinaires de l^Inde; il nous fout maintenant chercher à reconnaître celles à pâte fines et dures, c'est-à-dire les porcelaines.
Mais, pour atteindre ce but, il est indispensable de définir les bases de l^art dans ce singulier pays; on a trop souvent confondu les peintures indiennes et celles de la Perse et rien n'a été fait jusqu'ici pour délimiter sérieusement deux genres effectivement très-voisins.
I.-C premier fait qui ressort d'un examen attentif de ces deux genres, c'est que les Indiens sont plus miniaturistes que les Persans; leurs figures sont faites avec un soin scrupuleux; aucun détail n'échappe à la minutie de leur rendu et pourtant l'ensemble conserve sa parfaite harmonie.
Par un effet forcé de cette intelligence de l'art, les encadrements dont ils entourent les scènes historiques ou les portraits, ont des motifs fins, détaillés, mais habilement adoucis dans leurs teintes pour ^^ pas nuire au sujet principal. Le goût des ornements est celui qu'on »*etrx)uve dans les étoffes de Cachemire, les toiles imprimées et les ^ ** t res objets usuels.
ï\aynal avait remarqué cette tendance, et il écrit, dans ses Re-
^^^^w^ches philosophiques : « Il y a des peintres à Surate qui ne céderaient
le rang aux plus habiles hoa-pei de Nanking, et surtout dans ce
Is appellent si gratuitement des ouvrages en miniature On
des tableaux chargés depuis quatre-vingts jusqu'à cent per- ^lages, où toutes les femmes se ressemblent et tous les hommes aussi ; ' il n'y règne qu'un air de tête et de physionomie pour chaque sexe ; c^ui prouve de la manière la plus manifeste qu'ils dessinent de lique. »
elle ridicule observation est fondée en fait, et son importance est ca-
^^^^ '^-î^lc; l'abbé philosophe n'aurait pas dû ignorer que tous les arts '^^*"^*:oitifs procèdent ainsi : l'espèce y prend la place de l'individu ; le ^ ^ ï^^ domine les variétés ; Técole constitue un grand tout qui absorbe *" tendances personnelles de chacun de ses adeptes et soumet au ni- -^^11 d'un patron unique les velléités d'une originalité quelconque. -Appliquant ce principe à l'étude de la céramique indienne nous
j>loyées par ce souverain. L'analogue de cette zerfkaneh (salle des f>r>v*c:^lûines) existe certainement dans les palais de rinde;une miniature ays^*^^ appartenu à M. Emile Wattier, nous a montré le sultan Akbar, ilcyrftBiant audience dans une salle constellée de niches renfermant vases de toutes formes; grâce à l'exactitude du pinceau indou, on ÎDguait dans ces vases Torfévrerie, les gemmes et les poteries; ^lernières affectaient deux décors distincts, l'un bleu sur blanc, l'aucn couleurs vives ; le style des pièces à personnages, à oiseaux ou à ornements arabesques, n'a rien de commun avec les œuvres du Céleste Empire, et l'on ne peut supposer, dès lors, qu'il s'agit d'ouvrages importés. Nous ne nous sommes pas contenté, d'ailleurs, d'exami:Kierla miniature de M . Wattier ; une autre, représentant la fête du Holi, nous a fait voir les confetti et la liqueur arrosante renfermés das:^s de grands bols à dessins bleus. De magnifiques pages où figurai, i^nt des réceptions et des repas, nous ont permis de constater la préseM:i.ce des seules porcelaines vivement émaillées parmi les vases d'or et les gemmes. Ces porcelaines coloriées constituent donc l'espèce disiimiM ^ée ; l'autre est la vaisselle d'usage ordinaire.
Déterminons maintenant les caractères exacts de ces deux genres.
^leus de rinde. — La pâte en est généralement mieux travaillée
qtic celle de la Perse ; assez courte, elle est sujette à la fendillure, mais
elle est fort unie, serrée et recouverte d'un vernis bleuâtre très-fin,
bien lustré, qu'on semble avoir appliqué parfois à deux couches; le
^leu tendre des ornements semble alors avoir peine à transparaître à
trav^irs la couverte sous laquelle il a bouillonné, ce qui lui donne une
"Odoteur, un flou tout particulier. On trouve ainsi quelques vases, des
^ï» tailles à aspersion, et surtout des gargoulettes en forme d'éléphant
^''^d^lié. D'autres bleus à couverte ordinaire sont beaucoup plus vifs de
^^ • Ils ont des bordures ornementales à rinceaux découpés, et pour
^^^ t-if principal des bouquets composés, ou des oiseaux sur terrasses gar-
ï^*^^ de plantes, rappelant les compositions chinoises. Ces derniers bleus
par^s^issent moins anciens que les autres : quelques-uns se ressentent
d^î^ de l'inspiration européenne.
f^orcelaines polychromes. — Les Indous étaient d'habiles émailleurs,
o^ X^our eux l'emploi des couleurs vitrifiables sur la poterie kaolinique
À^^ait être un jeu. Néanmoins, comme on échappe difficilement aux
^^occupations causées par un atelier antique et réputé, les peintres
de l'Inde n'ont pas manqué de chercher un équivalent à la familLH^ verte chinoise; nous le trouvons dans un bol campanule profond, d^^ j coré simplement en bleu, rouge et vert émaillés. Si l'ensemble ra[^ pelle assez bien tes œuvres de la Chine, lej> détails s'en éloignent eon^^-plétemenl.Les bordures à rosRf^^s et (lenticules sont d'un goût parfait», -^ ment original; des tiges droites et minces s'élèvent verlicalument c^^. pied, à distances égales, portant des marguerites alternativement n^:^^ gcs cl bleues, entourées de feuilles régulièrementdisposées de mani^^^ à former sur le fond blanc comme un réseau à mailles serrées ; il suite de cet ensemble un aspect bien plus voisin de celui des élolTes(— ^^^ des poteries ordinaires.
t Un autre bol couver), appartenant à madame la baronne $alom<^ de Rothschild, alTecte une disposition analogue sur tm fond d'or. / La coupe à pied figurée ci-contre, est plus riche encore; sauf J bord inférieur où l'on retrouve la porcelaine ornée d'une bande jau brodée de fleurons émaillés, toute la surface du vase est occupée i des fonds ; l'un vert tendre divisé par des ogives d'or, envaiiit le pJ tour; l'autre rouge grenat, forme sur le premier une sorte de ri dont les segments portent une décoration de fleurs et feuillages^ voisine de celle des pièces précédemment décrites. Tout, depuis 1# tour des fonds jusqu'au moindre point, à la plus petite feuille, estf d'uneligncd'or brillant, de manière à imiter le travail d'uném^
BOTiné; le style des bordures rappelle en môme temps et ce travail et celui des incrustations d'or et de pierres précieuses.
Il ne faudrait pas avoir le moindre sens artistique pour n'être pas frappé de l'identité de cette pièce et de la plupart de celles que les minîaluristes placent devant les princes de l'Orient, les unes remplies de fruits et de conserves, les autres chargées de sorbets.
I^es porcelaines imitant l'émail semblent être de date ancienne et d'uïi goût général dans la presqu'île de l'Inde. Nous les retrouverons A Siara et en Cochinchine. Une autre espèce qu'on pourrait appeler
*^*i «-musulmane, affecte une sorte d'austérité; dans des fonds partiels
**.ii bleu noirâtre sous couverte relevé d'étoiles et de croissants d'or,
■^^s-^rils dans des traits croisés en losanges, on a réservé des bordures
«âes médaillons ovales remplis uniquement de fmes inscriptions en
*~ -» tirées du Coran. Une guirlande de fleurettes à feuillages verts, et
^^^ filets en relief vert, rouge et or, encadrant les réserves, rappellent
"^^^ ** Is les ressources de la palette minérale. Au fond des tasses un bou-
Tl**-*^l en or rehaussé laisse aussi supposer une habitude d'inspiration
^^ï>onaise. Aussi n'a-t-on pas manqué d'objecter qu'il existe en Chine
*~* secte nombreuse vouée à l'islamisme, et à laquelle il fallait proba-
*^!nent attribuer ces pièces.
-Au point de vue de la pâte et de la fabrication, les porcelaines mu-
sulmanes sont incontestablement indiennes; la bordure de fleurettes qui entoure leur base est du style spécial aux décors de famille verte. Une aulre observation domine celle-ci : on sait quelle est la puissance de rhabitude manuelle chez les peuples orientaux; le Chinois écrit au pinceau, en relevant ou appuyant pour obtenir la touche flexueuse qui communique à la calligraphie son élégance et sa distinction; l'Arabe, le Persan, l'Indien écrivent avec le calam, et conservent ainsi à leurs caractères cette légèreté gracieuse, cette apparence cursive à laquelle le pinceau ne saurait arriver. Il serait donc très-facile de distinguer des caractères arabes tracés par une main chinoise ; une pièce àj décor bleu, que nous possédons, montre même qu'en Chine ces caractères sont copiés aussi péniblement, et, disons-le, maladroitement, que pourrait l'être une légende française. Nul doute n'est donc permis à l'égarc de ces porcelaines ; elles se lient étroitement d'ailleui*s à d'aulret espèces qui, vers le dix-huitième siècle, ont jeté dans la curiosité Is plus incroyable confusion.
Escale naturelle sur la route de la Chine et du Japon, l'Inde est de venue alors l'entrepôt général des marchandises de ces contrées l'Arabie, la Perse, les îles de la Sonde, les Moluques, se Grent les tri butaires de ce marché central où l'échange des produits s'effectuaii avec d'autant plus de facilité que l'offre et la demande s'y trouvaient en contact continuel. Goa, Pondichéry, Madras, Calcutta, recevaient, soit directement de la Chine, du Japon, de la Corée, soit de Batavia, ces immenses quantités de porcelaine destinées à fournir en partie au? chargements de retour des flottes occidentales. Il est certain que les œuvres céramiques indoues et persanes se glissèrent alors dans le commerce sans éveiller l'attention des trafiquants, sans exciter la curiosité des amateurs européens. Ainsi, de même que les Hollandais, maîtres des factoreries japonaises, envoyaient leurs commandes à Désima, les français trouvant dans l'Inde des fabriques en pleine activité, durent diriger les leurs vers Pondichéry.
Maintenant, que les Indous, artistes délicats, amoureux du détail^ habitués au modelé relatif de leurs miniatures, aient cherché plutôt è s'inspirer des œuvres japonaises que des porcelaines décoratives chi noises, cela s'explique de soi et ne surprendra personne. On m s'étonnera pas davantage de voir les commandes envoyées d'Europe à Pondichéry, se confondre, par le genre, avec les porcelaines exé-
INDE. i87
oiil^^s à Nippon, par les soins de la compagnie des Indes néerlan* daîses.
Ce qu'on demandera sans doute, ce sont les caractères au moyen desquels on pourra distinguer les ouvrages des deux provenances : voici oes caractères puisés non-seulement sur les porcelaines, mais sur les autres produits de l'art industriel .
La pâte de Tlndeest bleuâtre ou grise; son émail est lustré et brillant ; elle est souvent obtenue par coulage dans des moules, et paraît tremblée à sa surface; ceci peut se retrouver dans quelques porcelaines chinoises et japonaises. L'un des éléments du décor indou est un bleu émaillé vif et profond tout à fait caractéristique; il n'a d'analogue que le bleu de la porcelaine tendre daSèvres ; sur certaines pièces, il forme des fonds partiels ou silhouette des bouquets du style des anciennes toiles peintes ; on y voit des ananas, des pivoines, des chrysanthèmes et des fleurettes dont les détails sont indiqués en rehauts d'or d'une incroyable finesse ; cette délicatesse infinie, qui laisse loin derrière elle toutes les autres peintures orientales en émail, est le plus sûr moyen de reconnaître les œuvres indoues. Des filets verts ou bleus sont chargés de points d'or qui en font une broderie; des guirlandes de ces points supportent des marguerites imperceptibles au cœur rouge. Des teintes douces et fondues, vertes ou carnées, jettent une harmonie parfaite sur cei^tains motifs arabesques formant frises; puis des gui ilochures d'or, dôs losanges microscopiques, s'épandent sur des galons plats enlacés de fleurs, et complètent ainsi la ressemblance du décor céramique avec les plus riches étoffes. Au milieu de tout cela des armoiries aux vives co 13 leurs, entourées de lambrequins ou de supports héraldiques, rivalisent avec ce que les Japonais ont produit de plus beau. Une collection d^^^ plus précieuses par le nombre et le choix des porcelaines de l'Inde à cl essins d'Europe, est celle de M. l'amiral Jaurès; on trouve là des pi«œs d'un goût pur et merveilleux, notamment certain plat armorié co*:averl de riches arabesques en vert pâle et or, dont la composition s^^^^it enviée par les artistes de Sèvres.
Si nous avons insisté sur la description de ces porcelaines presque modernes, c'est que le doute s'est particulièrement attaché à elles, et q*^ on a excipé de leur ressemblance avec les commandes de la compa- ^'^^^ hollandaise des Indes, pour augmenter la confusion amenée par *^*^irisme dans les produits des dix-septième et dix-huitième siècles.
Ltoissons donc les œuvres commerciales pour revenir aux porcelaines faites pour Fusage des Indous. La plaque à double face que nous avoni citée en commençant donnaitdéjà lieu de supposer que c'était particulier ment aux Japonais que les artistes indiens avaient emprunté leurs prc cédés. Des pièces peu fréquentes et très-reconnaissables montrent cett inspiration sous un autre jour ; ce sont des coupes à pied, coulées et a forme très-caractéristique, des plats et des assiettes de bonne facturornés de fleurs émaillées, de rochers chargés d'oiseaux fabuleux ou •gallinacés. Sur une coupe de notre collection, les fleurs sont très-vc^ sines, par les émaux et la facture, de celles de l'école artistique, ms les rochers, teints en jaune et rehaussés de brun, 'diffèrent de ce qu** voit au Japon ; une bordure d'or filigranée, style mandarin, entoura le pied, sort également des habitudes de l'école dont nous venons c parler.
Quant aux assiettes, les différences sont bien plus sensibles encare; au pourtour, des bouquets jetés, auxquels se mêlent des grenades ouvertes, sont exécutés, partie en émaux de relief, partie en couleurs minces, notamment en rouge de fer; des fleurs de grenadier de cette dernière teinte sont étudiées avec un soin qui rend leur association pos' sible avec les roses et les lis, où brille le rouge d'or et l'émail blanc. Au centre, parmi les plantes les plus gracieuses, surgissent un coq et un< poule, entourés de poussins, dont le plumage rouge de fer, avec lei pennes noires, est finement travaillé en traits d'or, qui élèvent la pein ture au niveau de ce que les Japonais ont créé de plus parfait.
A ceux qui, frappés de l'unanimité des voyageurs à nier la porce laine indoue, pourraient croire que cette poterie est importée de 1; Chine, nous opposerons un dernier^argument : le livre curieux tradui par M. Stanislas Julien sur V Histoire et la fabrication de la porcelam chinoise^ contient ces indications : « ...47. Vases ornés d'émaux dan le genre européen. » ... « 54. Imitation des vases dorés {littéralemen frottés d'or) de l'Indo-Chine. Tong-yang mo-kin khi-ming. 55. Vase argentés [littéralement frottés d'argent) de Tlndo-Chine. Tongyang mO'in khi-ming, »
Ce passage est précieux à plus d'un titre; il prouve que, malgré soi an'ériorilé dans les arts céramiques, le Céleste-Empire n'hésite pas i reconnaître les emprunts qu'il a pu faire à ses voisins et même auj barbares étrangers ; qui oserait nier en outre l'existence des porce-
toute la décoration, en couleurs de demi-grand feu, couvre le biscuit; on n'aperçoit la couverte blanche que sous le pied des bols et à l'intérieur des pièces couvertes. Le fond principal est un émail noir verdâtre, semé de flammes lobées rehaussées de rouge sur blanc; des figures bouddhiques, coiffées de la tiare et nimbées, occupent les quatre faces du vase ; deux sont représentées en buste dans des médaillons arabesques, les deux autres, jetées sur le fond, se terminent en une queue contournée comme celle des sirènes. Les bordures sont semées de rinceaux, fleurs et palmettes, rappelant le style de la coupe figurée page 185, et la terre blanche d'engobe, les perles isolées et saillantes, imitent, avec moins de finesse, le genre de décor spécial à l'IIindoustan. La déliuéation des figures est conforme, d'ailleurs, à ce que nous montrent les panthéons indiens. Ces pièces, dont la plupart sont de fabrication moderne, se rattachent évidemment à une tradition ancienne; nous n'en voudrions pour preuve qu'un bol décoré en bleu sous couverte et patiné par le temps, qui est venu à l'improvistc éclairer la question par son apparition dans une vente publique de marchandises hollandaises.
Or, si le nom de Siam n'avait été prononcée dès le principe, à propos de ces vases, les précieux envois réunis au champ de Mars par M. de Gréan, nous l'auraient révélé ; on voyait là, outre des pièces céramiques du plus haut intérêt, les émaux sur cuivre qui semblent avoir servi de modèle aux vases que nous venons de décrire. Ajoutons à cette poterie brillanle le Martabani qu'il faut naturellement restituer à sa patrie, et l'on verra que cette partie de la presqu'île indienne n'a rien à envier aux autres.
Ceci montrera seulement par quelles études sérieuses, par quelles recherches patientes il faut préluder à la détermination des caractères nationaux de certaines œuvres céramiques. Ne nous étonnons donc pas si des voyageui's non préparés, pressés par le temps et préoccupés du but spécial de leur course lointaine, tombent dans des erreurs et des confusions que le plus savant éviterait à peine en voyant vite et mal une profusion d'objets inspirés par les mêmes idées, répondant à des besoins analogues, et souvent copiés les uns sur les autres.
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