MŒURS
Les Indous forment incontestablement le peuple le plus ancien à^ terre, et nous eussions dû nous occuper d'eux d'abord,; mais, aut^ ^^ les Chinois ont mis de soin à conserver l'histoire de leurs institutio les moins importantes, autant les brahmanes se sont appliqués à cou vrir d'un voile impénétrable leurs origines, leur religion et leurs sciences. Les Védas, hymnes antiques réunis en recueil vers le quatorzième siècle avant notre ère, contiennent, parmi quelques notions d'apparence historique, des fables si singulières qu'on ne peut y attacher nulle créance.
La seule chose utile ressortant de cette littérature primitive, c'est la mention fréquente d'une poterie indéterminée. LesloisdeManou, codifiées au neuvième siècle avant J. C. sont plus explicites : on y voit comment doivent être purifiés les vases de métal ou de terre souillés accidentellement, et le kamandalou^ aiguière dont les dévots ascétiques se servaient pour leurs ablutions, y est désigné sous son nom.
De ces temps éloignés jusqu'à nous, quelles sont les transformations qui se sont effectuées dans la substance, dans les formes et dans la décoration des vases. Il est difficile de le supposer, et pourtant il est présumable que la stabilité des mœurs a entraîné l'immobilité des arts, et qu'aucune différence fondamentale ne sépare les produits des âges divers de celle société sénile.
Les relations des voyageurs dee deux derniers siècles, presque tous
Angers aux études céramiques, compliquent la question, bien loin de ^-» ^*^laircir. Chardin écrit : « On ne fait point de faïence aux Indes ; celle ''on y consomme y est toute portée, ou de la Perse, ou du Japon, ou la Chine, ou des autres royaumes entre la Chine et le Pégu. » Raynal, contraire, parlant des maisons occupées par les Banians à Surate, dit : Iles étaient construites de la manière la plus convenable à la chaleur du climat. De très-belles boiseries couvraient les murs extérieurs, et les TOirrs intérieurs ainsi que les plafonds, étaient incrustés de porcelaine. » De Paw, non moins afGrmatif, exposé que les Persans disputent aux Chinois l'invention de la porcelaine. « Je n'ai jamais pu savoir, ajoutel-il, ce que pensent à cet égard les Indiens ; mais je sais qu'ils font de la porcelaine assez bonne, et probablement ils la font sans disputer, en se reposant sur cette impénétrable obscurité qui règne dans l'histoire des arts de l'Asie, où chacun peut hardiment s'arroger quelque découverte que ce soit, parce qu'on y manque de monuments pour constater les faits et les dates. »
Plus heureux que les écrivains du dix-huitième siècle, nous possédons aujourd'hui quelques pièces d'âges divers, dont le témoignage ^t plus éloquent que ne pourraient l'être des récits contradictoires ; nous essayerons donc de les faire parler. Mais avant tout, il est néces- •^ire d^ dire un mot des mœurs et des coutumes de Tlnde. Depuis les ^^ps les plus anciens, la nation y est divisée en castes qui ne peuvent ^"^ entre elles aucune relation ; l'instinct social, les rapports de bien - ^'"^'^cie réciproque n'existent donc pas, tout se bornant à l'obseryoa ^es convenances qu'imposent aux hommes publics les commu- ^^^'*^»savec leurs égaux et Te respect dû au souverain. Ainsi, point ue gam^^té, d'animation dans les réunions publiques, chacun ne se preocoi^Vipant que d'être à l'abri du contact impur d'un homme de rang infén^^Xir. Cette préoccupation constante d'éviter la souillure, cantonne chac^Xà dans son coin et le pousse à la vie égoïste. Si quelque riche nabab ^^tmit à sa table un certain nombre de convives, les plus minutîcûS^s précautions sont prises pour rassurer la conscience de tous. Le go\i débarrassé de ses nattes, est mis à nu et nettoyé scrupuleusement; ^ev3^îil chaque invité, des sables de couleurs diverses, disposés avec art, l\6t)^^ol lieu du tapis absent et dessinent de gracieuses arabesques ; ^.^es^ sur cette décoration éphémère que seront disposés les plats nomjyi-e^x servis à chacun. Nous disons les plats, parce que nous nous sup*
posons chez un grand personnage, abondamment fourni des aises la vie. Dans les classes moyennes, et surtout chez les dévots, le set pule est poussé à ce point que les mets sont placés dans des feuili fraîchement cueillies, qu'on jette après le repas. Il va sans dire qu'ea mettant à table et en en sortant, on se livre aux ablutions qu'eiige l'étiquette et la religion.
Dans les visites, le cérémonial est aussi compassé, et il demeure si mis à des règles fastidieuses ; la place occupée par chaque classe fixée d'avance plus ou moins près de la porte d'entrée; un prince un grand personnage s'asseoit dans le haut de la pièce sur une estr^ plus élevée que le sol et quelquefois sous un dais d'étoffes brodées ; c ce qu'on appelle le mamad ou gâdi^ et ce qui sert de trône aux sou rains qui n'ont pas le rang de rois.
Toute visite se termine au moment où le maître de la maison ^ sente à son hôte le bétel et la noix d'arec; en même temps il verse le mouchoir du visiteur de l'essence de rose ou quelque autre parf^ et il asperge ses habits d'eau de rose au moyen d'une fiole à élr ouverture : cette cérémonie indique qu'il faut prendre congé.
Malgré cette rigidité de mœurs, il y a quelques fêtes qui sont o munes aux gens de toutes les classes : la principale peut-être e^ Ao/i, qui se célèbre en l'honneur du printemps. Les gens du peuple d sent le soir autour de grands feux de joie en chantant des chansons cencieuses ou satiriques, et en se livrant à tous les mauvais tours qu' peuvent imaginer contre leurs supérieurs, qui ne s'en fâchent jama Le plus grand amusement de la fête, c'est de s'arroser les uns les a très avec une liqueur jaune fort peu agréable, et de se jeter à la figi une poudre de carmin qu'il est ensuite fort difficile d'enlever. On se lai le liquide avec des seringues; on prépare la poudre sous forme de b les recouvertes d'une légère enveloppe de colle de poisson ; le moin contact suffit pour les faire éclater comme les confetti des Italiens ; gaieté est d'autant plus grande qu'il y a eu plus de visages barbo' lés, plus de vêtements gâtés.
Le diouâli est encore une fêle générale où tous les temples et t les les maisons sont illuminés avec des guirlandes de verres de c leur qui courent le long des toits, des fenêtres, des corniches, susp dues à des échafaudages de bambous qu'on prépare pour cette occasi Bénarès, vue du Gange le soir, présente alors un spectacle féerique
Nous ne parlerons pas des représentations scéniques mêlées de danses el de chants, ni de ces gracieuses et monotones successions de poses, accompagnées d'un récitatif plus monotone encore, qui constituent l'art et la puissance des bayadères. En général, ces choses se passent en réunions privées, et la passion des Indous pour ce genre de spectacle est si grande qu'ils resteraient des nuits entières debout à le contempler sans s'apercevoir de la fatigue.