PREMIÈRE CLASSE
Le premier ordre renferme les terres cuites sans glaçure à surface mate; c'est la plastique proprement dite qui remonte à la plus haute
antiquité et dont on retrouve l'usage dans les civilisations naissantes. La décoration des terres cuites a lieu par moulage et au moyen de la gravure dans la pâte molle. Les poteries de cet ordre cuisent à une très-basse température, et fondent à 40*" du pyromètre de Wedgwood. Le deuxième ordre comprend les poteries lustrées^ dont la glaçure mince est silico-alcaline, c'est-à-dire composée de silice rendue fusible par l'introduction d'un alcali, potasse ou soude, et colorée par un oxyde métallique introduit primitivement dans sa composition, ou qu'elle prend dans la pâte qu'elle recouvre.
Dans le premier cas, elle peut être épaisse; c'est la glaçure nommée vernis ou émail des Égyptiens et celle de beaucoup de carreaux orientaux.
Dans le second cas, elle est tellement mince qu'on ne peut la détacher de la pièce; c'est le lustre des poteries romaines et grecques. Les poteries lustrées fondent au même degré que les précédentes. I^ troisième ordre renferme les poteries vernissées^ dont la pâte tendre, poreuse, opaque et colorée est recouverte d'un vernis épais, transparent et coloré, plombeux.
Cet ordre comprend aujourd'hui une suite de spécimens intéressants échelonnés depuis l'antiquité grecque jusqu'à la Renaissance et aux temps modernes; sous le rapport de l'art, il a une connexion très-étroite avec le suivant.
Le quatrième ordre est composé des poteries émaillées , appelées fàience commune (par opposition à faïence fine), majoliques, faïence à émail slannifère. La pâte est composée d'argile figuline, de marne argileuse et de sable ; les argiles sont lavées ; cette pâte opaque, colorée ou blanchâtre, à cassure terreuse, est recouverte d'une glaçure plombostannifère toujours opaque, ce qui constitue Vémail,
La cuisson est double ; on cuit d'abord pendant trente-six heures en biscuit à une température qui s'étend du rouge cerise au rouge blanchâtre; et ensuite en émail à une température un peu supérieure; la cuisson pourrait donc être simple s'il n'y avait de grandes difficultés à mettre l'émail sur le cru.
Cet émail, d'une irréprochable blancheur, lorsque les éléments en sont bien choisis, peut être embelli par deux procédés différents : la peinture au grand feu et la peinture à la moufle ou au petit feu. Voici comment on procède dans le premier cas : lorsque les pièces, mises
en biscuit par une première cuisson, ont été trempées dans l'émail liquide qui s^y attache par absorption, on laisse sécher, puis sur la surface raffermie Tartiste trace, en couleurs vitrifiables, les figures ou les ornements qui doivent la diaprer. Cette peinture sur émail cru exige une grande habileté manuelle, car la retouche est presque impossible sur un enduit pulvérulent que le frottement égrène et que Teau délaye. Mises en encastage dans des cazettes à pernettes, les faïences reçoivent leur seconde cuisson qui incorpore la peinture à la couverte et lui donne un moelleux qu'aucun autre procédé ne saurait produire.
Il est pourtant un équivalent utile à signaler; sur une œuverte cuite on peint avec les couleurs de grand feu : là nulle difficulté ; on peut faire, effacer, revenir par accumulation de travaux; fondre les teintes au pinceau, enlever des lumières par grattage, etc.; lorsque la peinture est achevée, on remet la pièce au four une tromème fm^ en sorte que l'émail, redevenu fluide par l'action d'un feu égal à celui qui l'avait fixé sur le vase, donne presque aux couleurs le gras et la largeur de touche qui caractérisent le premier procédé.
La peinture de moufle doit sa création à un autre ordre d'idées ; c'est une décoration $ur émail ^ abstraction faite de l'excipient qui porte celui-ci : ainsi on peignait sur émail, à Limoges tît ailleurs, avant que Ton songeât à étendre l'oxyde d'étain sur la poterie. Dans ce genre de peinture on peut employer un grand nombre de couleurs ; tous les oxydes métalliques qui ne sont pas décomposés par leur combinaison avec le plomb peuvent concourir à former la palette de l'artiste. L'émail d'étain et de plomb, susceptible de se ramollir à une température peu élevée, permet déjà de soumettre au grand feu des tons qui, pour la porcelaine dure, se classeraient parmi les couleurs de demi-grand feu; mais les nuances applicables à la moufle sont bien plus nombreuses encore et se prêtent ainsi à un fini parfait, à un modelé irréprochable.
Ce ne sont pas là, peut-être, les qualités qu'on voudrait rencontrer dans la faïence; aussi, devons-nous le dire, la peinture de moufle sur faïence a eu pour but de mettre l'industrie européenne en mesure de lutter le plus longtemps possible contre l'envahissement des porce- Inines orientales, et, lorsque les usines à porcelaine tendre indigène commençaient à livrer aux riches la poterie translucide, si ardemment
cherchée, de fournir au plus grand nombre un équivalent offrant au moins Taspect de cette poterie, et cela est si vrai qu'on désigne bien souvent la faïence peinte à la moufle sous le nom de faïence porcelaine.