‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 41 sur 145 · LE GRENADIN · texte numérisé non relu

LE GRENADIN

« C'est vrai, mais vous voyez que dans l'état de dégradation où sont

ce5i vî^ses, leur émail étant usé ou enlevé, il n'est plus guère possible

de Ie5^ lire : sur ce premier vase on ne peut guère distinguer que le

"om de Dieu deux fois répété ; aucun des deux ne porte une autre in-

.scri|>f^ Jqji entièrement lisible. C'est bien certain, vous en êtes témoin; et

•*^* T^^olqu'un se flatte d'avoir une copie de ces inscriptions, c'est qu'elle

^wrîi. ^lé relevée il y a soixante ou quatre-vingts ans, dans un temps où,

"^^ doute, elles étaient moins effacées et plus lisibles qu'aujour-

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docteur Echeverria exagère évidemment l'état de dégradation des

^^^5=^ ; l'émail est enlevé en plusieurs endroits, une anse est brisée, mais

^svillier a pu prendre un calque complet de l'anse qui subsiste,

^^ les inscriptions qui l'entourent n'ont pu être déchiffrées, c'est parce

^^l les se confondent avec les ornements dans lesquels elles se trou-

^*- enlacées.

, ^Vi reste, les craintes manifestées par l'auteur des Promenades

Grenade se sont réalisées; des vases de l'Alhambra un seul

^^^le aujourd'hui. Chacun connaît sa forme et la richesse de son

', grâce à la photographie qui en a été faite et aux dessins relevés

^I. Davillier; en sorte qu'il a été possible à MM. Deck de donner,

faïence, un imitation approximative du monument dans ses dimen-

*^*"s réelles (1"",56 de hauteur sur 2"™, 25 de circonférence). La panse

allée, surmontée d'un col évasé de la plus heureuse proportion, embellie par les anses plates qui l'accompagnent comme deux ^^les ouvertes. liCs motifs de l'ornementation sont puisés dans le génie

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I ions curieuses ; quelques-unes, de style moresque pur, peuvent être contemporaines des vases de TAlhambra et remonter à 1350 environ ; tel le une magnifique urne, de même forme et de mémo importance que ct?l les décrites ci-dessus et appartenant à M. Fortuny ; puis, peu à peu, 1^ style s'altère; le décor, moins bien compris, n'a plus la même éléfçance; aux inscriptions lisibles succèdent des caractères déformés dont le potier ne comprend plus la signification et qu'il emploie comme simple motif ornemental, en les copiant maladroitement sans (lou te sur des ouvrages anciens ; l'arabesque s'affaiblit sous des mains inoiipables d'en saisir les finesses et le goût; enfin les armoiries des j>ï*irt ces chrétiens viennent occuper les places principales et montrer II rsc^ transformation aussi complète dans l'état politique du pays que ds^ r^«^ l'industrie céramique.

ICn rapprochant un grand nombre de spécimens on pourrait donc swM î^^re la marche de cette dégénérescence et fixer approximativement Ic^is, claies correspondant h la prospérité des Mores, à leurs revers, et à Ir»"«:M»^ abaissement définitif.

^J "exagérons pas pourtant , et cherchons à faire comprendre la si:a^zï€:^cssion des faits : aux quatorzième et quinzième sièck^s, si les idées r* * M igieuses portaient les peuples chrétiens à réagir contre les envahisses :«m cînls de l'islamisme, on poursuivait plutôt la doctrine de Mahomet q^-^*^^^ les hommes qui en étaient imbus. L'avancement des sciences et d^iîi^^ arts, chez les Arabes et les Mores, imposait le respect à leurs «mis, et, par une tolérance réciproque, des mains chrétiennes "€nt souvent aider au travail des palais sarrasins; des Arabes et A^?^^ ^ores se livrèrent à l'embellissement des demeurées chrétiennes. Il y Ci. plus, au moment de l'expulsion des derniers Almohades de ^ El^jmgne, on dit que l'Italie ouvrit ses portes à des colonies d'artistes i*~^^isu]mans dont elle tolérait les croyances et payait largement le i^^leut.

Celte fusion se manifesta longtemps, non-seulement à Malaga, mais rt fffcns toute l'Espagne, et lorsqu'on 1492 Ferdinand le Catholique s'emr^^^^^ du royaume de Grenade, les musulmans restèrent soumis au vïMinqtieur et ne quittèrent point la terre bénie, paradis de leurs «ï^eêtres. Ils devinrent plus tard l'objet de persécutions croissantes ^^^"^éespar le fanatisme ; d'abord en 1506, le cardinal Ximenès tra- ^^*ila ostensiblement h leur conrewon et parvint à en baptiser trois

nille en un jour. Ce n'était pas assez ; la vocation de ces cmtianc luevos^ comme on les appelait, souleva des scrupules ; on suppo [u'ils n'avaient pas rompu avec toutes les traditions du passé, et, po n effacer jusqu'au souvenir, une pragmatique royale de 161 6 défend ux Moresques de parler, de lire, d'écrire l'arabe soit dans leu aaisons, soit au dehors, publiquement ou secrètement ; défense fL^ aite de porter des vêtements rappelant ceux des Mores ; les femmes louvaient se voiler pour sortir; les maisons de bains furent suppr/nées ou démolies ; il fut défendu de chanter des leylas ou zambras airs de danse) au son des instruments, et de danser à la moresque; e conserver des livres en langue arabe et de travailler à la moresqm.

Ces prescriptions ne satisfaisant pas encore le zèle fanatique de liilippe III, il ordonna l'expulsion des restes de la race du sol de Espagne; six cent mille âmes durent quitter leurs foyers, et un ccrûn nombre se défendit courageusement dans les montagnes des nvirons de Valence ; mais le coup était porté, coup aussi fatal aux idustries espagnoles qu'aux descendants des Mores d'Afrique.

En suivant M. Davillier dans ce tableau des fautes politiques immises par les souverains de l'Espagne chrétienne, nous avons evancé les temps et perdu de vue les précieuses poteries de Malaga. evenons-y. En 1517, malgré la chute du royaume de Grenade, la ibrication des vases était en pleine activité. Lucio Marineo, chroniueur de Leurs Majestés Ferdinand et Isabelle, dit expressément qu'à alaga on fait aussi de très-belle faïence.

M. Davillier n'a trouvé, dans les auteurs espagnols, aucune mention ostérieure à cette date; il en conclut que les usines de Malaga dédièrent à mesure que celles de Valence prirent plus d'importance, 'examen des pièces confirme cette assertion ; un grand plat apparleant à madame la baronne Salomon de Rothschild, encore chargé de lagnifiques arabesques avec fausses inscriptions, n'est certainement ïs postérieur au seizième siècle, et il porte déjà en dessous une aigle )loyée, imitation évidente des revers adoptés par la fabrique de Vance.

La fineur acquise par cette dernière usine s'explique d'ailleurs par irdeur métallique de ses reflets ; leur aspect brillant devait avoir lus d'action sur des peuples peu cultivés que les dessins assez ►mbres des faïences de Malaga, où le bleu absorbe en partie l'effet des

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rehiiu^ts cuivreux, souvent assez restreints dans leur masse. Le caraclèrc de la dégénérescence des poteries hispano-moresques est précisémenl l'augmentation d'intensité des tons, passant du jaune doré assooié au bleu au rouge cuivreux de plus en plus vif.

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