ROYAUME DE VALENCE
test là qu'il faut chercher le véritable centre de la fabrication
^ ■""Mimique en Espagne, car la tradition y remonte jusqu'à la domina-
^'•^^^■^ romaine. Nous n'avons pas à parler ici de la poterie rouge jaspe
d*^ Sogunle (Murviedro), vantée par Pline ; nous ne savons si, depuis
^^ I:ftiiilième siècle, les Arabes tirèrent parti des gisements d'argile
àt^ Paterna, Manisès, Quarte, Carrère, Yillalonga, Âlaquaz, etc. Mais,
^^^^ ^239, lorsque Jayme ou Jacques P' d'Aragon, el Conquistador^
fijt emparé de Valence , l'industrie céramique des Mores était
avancée pour qu'il se crût obligé de garantir par une charte
les potiers sarrasins de Xativa (San Felipe) ; cette charte porte
chaque maître « faisant des vases, des vaisselles, tuiles, rajolas
( ^r^^B. «r reaux de revêtement), devra payer annuellement un besant
w chaque four, moyennant quoi il pourra exercer librement sans
mine servitude. »
e document placerait donc les usines du royaume de Valence au wiier rang d'ancienneté, si l'on pouvait sûrement établir le caracde leurs produits primitifs et les comparer avec ceux de Malaga ^t des autres centres hispano-moresques. Mais le livre publié en 1517 paàr Marineo Siculo en offre le premier signalement dans ce passage : ^^ Quoique, dans beaucoup d'endroits de TEspagne, on fasse d'excellentes faïences, les plus estimées sont celles de Valence, qui sont si bien travaillées et si bien dorées. » Or les faïences si bien dorées ne remontent pas à une très-haute époque; les vases où les reflets d'un jaune ûacré se mêlent à quelques motifs bleus, et qui rappellent ainsi le goût grenadin, ont certainement précédé ceux ornés d'or brun ou rougeâtre. Parmi les pièces les plus anciennes mêlées de bleu on cite un plat du Briiish Muséum où, sur des rinceaux chatoyants coupés par une arabesque bleue, figure une espèce d'antilope; au pourtour est la devise gothique : Santa Catalina^ guarda nos. Il existe à Valence une ancienne ^'^lisii cl une place sous le vocable de Sainte-Catherine ; mais si l'on
peut en induire que l'ouvrage précité est valencien, il faut nécessa rement reconnaître que, malgré son goût arabe, cet ouvrage est l'époque chrétienne; un vase important à deux anses en forme d'ail appartenant à la collection de M. le baron Alphonse de Rothschil montre sainte Catherine elle-même, tenant la palme et appuyée sur J^ roue armée de lames de rasoirs ; le reste du décor consiste en gran//^ rinceaux de la première école, c'est-à-dire de style moresque pur. Ces mômes rinceaux entourant des médaillons à palmettes résenées se retrouvent sur un vase du musée du Louvre, vase destiné à contenir des fleurs, et affectant la forme d'une forteresse flanquée de tourelles sur chacune desquelles ressort en demi-relief une figure de la Vierge. Toutes ces pièces sont donc postérieures à la conquête chrétienne, ainsi que les boaux plats de Cluny, lesquels sont chargés des armes de Léon (un lion), et d'Aragon (un aigle).
M. Davillier fait observer qu'il y a une distinction à établir au sujet de ce dernier symbole ; Taigle qui accompagne constamment saint Jean rÉvangéliste en est devenu l'emblème; or saint Jean est particulièrement vénéré à Valence, et l'on se plaît à inscrire sur les monuments les paroles qui commencent son évangile : In principio crat Verbum^ et Verbum erat apud Deum; beaucoup de vases portent cette inscription plus ou moins complète, et quelques-uns offrent, sur la face ou le revers, un grand aigle qui, n'étant point enfermé dans un écusson, ne saurait avoir le caractère héraldique; c'est sous cette forme que l'aigle de saint Jean figure encore dans les processions religieuses, portant dans son bec une banderole inscrite de la légende ci-dessus. L'auteur de V Histoire des faïences hispano-moresques en conclut que les ouvrages où l'on trouve cet aigle, ou les paroles saintes, sont d'origine valencienne.
Nous admettons cette théorie, en y apportant toutefois quelques réserves ; les communications entre les divers centres de la fabrication ibérique étaient assez faciles pour que les uns et les autres se fissent des emprunts ; nous avons vu la hîgende : In principio^ elc.^ plus ou moins incorrecte sur des vises incontestables de Majorque, et nous avons déjà cité le grand aigle de saint Jean sous un magnifique plat de iMalaga.
A nos yeux, les paroles de l'évangile de saint Jean, toujoui-s inscrites sur des pièces dépounues de bleu et à reflets assez vifs, appartiendraient
ti
I AHiHCES lirSPANO-MORIiSQUES. 207
i\a seconde é|)oi|ue de lu fiibrication valencieimo; lu clief-d 'œuvre de cette cs|)ècc est rcpréseiilé, eliez M. le baron Gustave de Rethscliild, par Jeux, vases élcganls à quatre anses, entre lesquelles surgissent des inaincloas ornementés; celui rcpré- ^
sente ici a une zone Qcuronnéc à joui-s; dans l'autre cette zone est /'/eïne et inscrite de la légende :
lit pr'vixdpio Ans iluria gracia pldta. tlominus lecum etbenedkla lu ^ au-dessous on lit : /n;jrincipio
if xrerha er roio da gracia iiostra ^
ht^^m entre qcea ibanoa manece; ce mélange de latin et d'espagnol itt«=oiTects est difficile à traduire; |il«.ms lias encore sur la panse, entre
d«-s^ yjdrons inclinés, en or plein j
o» » s» flcui-s, sont ces deux autres s-
lôj5»îndcs : In maims tuas domine ■■..-.u^;..., i.„
co rr^cndo spirilum mcum reder in y^^ ^^^^ j^ v^i^„^^ ^ in«ripiion v«iivo. le tf^^mineexperndtnon cumorve.
La iiremière inscription montre assez |que ces vases avaient été faits l>«>»»i- orner une église et servir d'cx-volo; on comprend, dès loi-s, leur Y»«ii-iV;ction. Comme sur toutes les pièces de même date et de mémo origine, on y- trouve une sorte de réticule à points d'or, des Iwi'dures ou (Ivïs funds d'or semés de roues à six rayons, des bandes oii des sortes de IKJmiiiis de pin alternent avec des fleurs de chardons ou de centaurées, et sont reliées par un feston ornemental. Quelle est l'époque de la protlviclioii de ces vasesdorés?M. Davillier les fait remonter au quinzième sitcte, cl déclare qu'au commencement du dix-septième, l'ornomentaliOH avaii complètement perdu le caractère moresque ; c'était manifestement une décadence qui devait maiTlier avec une rapidité prodi- ((ieuse jusqu'à l'époque acliiclle.
Hais avant de quitter l'art morestiuc plus ou moins pur, arrèlons-nous
"" moment et voyons si la ville de Valence a en le monopole des vases
^"rés. I,a cliorographic de Barrcyros, éditée en 1546, cite la faïence
ïfe Barcelone comme sU|)érieure encore à celle de Valence. Or, parmi
'*«a?(ivres jiorduesdanBlc grand inconnu des faïeuces liispano-mores'
qucs, on trouve de charmantes pièces souvent timbrées des armes d'Â gon-Sicilc, et dont le fond est divisé en bandes inclinées Tune sur Ta et subdivisées en colonnes à hachures croisées et à ornements trilo Ne pourrait-on penser que ce sont là les faïences de Barcelone? Oc? y du reste, un moyeA de les comparer à Tancienne fabrication ; la Rea^^^ Audiencia (palais de la députation) possède un jardin planté à la man/i^r^^ ^.^ arabe, où Ton voit des encaissements en faïence qui contiennent, à mv^^^^ mètre du sol, des arbres odoriférants devenus séculaires. Ces encaisse^ '^ ments datent de la fondation du palais en 1436, et ils furent respectés ^\
lorsqu'on entreprit la restauration de l'édiGce, en 1598. Ils donnent donc le type de l'ancienne faïence de la Catalogne, vantée par Barreyros, et que Hieronimus Paulus, de Barcelone, signalait en 1491, à son ami Paulus Pompilius, de Rome, comme depuis longtemps estimée et recherchée à Rome même.
En 1564, Martin de Vicyana mentionne la ville de fiiar, qui avait quatorze fabriques, et celle de Trayguera, qui en possédait vingt-trois. Escolano dit que, de tout temps^ la faïence s'est fabriquée avec beaucoup d'élégance à Palerna, parce que la population chrétienne y est mélangée de Morisques. Quel aveu de la supériorité de cette race arabe ^
sur les autochthones ! Ces témoignages disent assez, d'ailleurs, combien on doit apporter de discrétion dans la détermination des vases anciens ; il faut se borner, le plus souvent, à en admirer les formes élégantes, l'ingénieux décor et l'éclat harmonieux, sans en afQrmer l'origine.
Ainsi, au musée de Cluny, figure une pièce capitale à corps ovoïde sur piédouche, col évasé et anses en forme d'ailes, tradition évidente^» de la Jarra de l'Alhambra ; sur le corps un écu coupé d'azur et d'o porte un lion de l'un en l'autre, et le reste du décor consiste en zone^:^ de feuillages opposés par paires, alternativement bleues et or, entre 1 quelles courent de petits rinceaux d'or. Est-ce une pièce valencicn différente du décor habituel? ne serait-ce point plutôt un type de fabr cation particulière, ce qu'on pourrait supposer en retrouvant au mê musée deux petits albarelli de même décor, mais plus communs t==^^ d'une époque plus basse?
Un autre décor voisin, aus5^i en bleu el or, consiste en rinceaux cr/- — tre-croisés portant des fleurs rosacées opposées à des feuilles trilobées, dites feuilles de persil ; on hésiterait presque, pour l'attribution de cette espèce, entre l'Espagne et Tltalie.
FAÏENCES IIISPANO-MOKESQUES. 209
venons aux faïences du royaume de Valence, pour wieationner la
(abricjue de Manisès. « Ses faïences, dit Ëscolano, sont si belles el si
élégantes qu'en échange des faïences que Tltalie nous envoie de Pise,
nous expédions dansée pays des vaisseaux chargés de celle de Manisès.»
fr. Uiago déclare que cette poterie « est si bien dorée el peinte avec
tant d'art qu'elle a séduit le monde entier, à tel point que le pape, les
cai^dinaux et les princes envoient ici leurs commandes, admirant
qiM ^£1 vec de simple terre on puisse faire quelque chose d'aussi exquis. 3»
Il s'agit là de pièces de basse époque dont nous parlerons et que nous
ÛGr^^trevons ailleurs.