CÉRAMIQUE ROMAINE
et sacrée ; le Louvre nous l'offre sur une terre cuite trouvée à ; l'amazone mourante laisse tomber sa bipenne (hache double) ; lie soutient la guerrière, après l'avoir débarrassée de son casque ses armes ; ainsi dépouillée, elle laisse voir des traits dont Quintus, Smyrne, nous dit que les Grecs furent éblouis « parce qu'elle r^ï^ssemblait aux dieux bienheureux. » L'expression donnée par l'artiste à. AchiWe rend bien la pensée du poëte; il y a plus que de la pitié et dut regret dans cette mâle et noble figure.
Lf 'histoire d'Ulysse occupe aussi une large part dans cette suite : voici le roi d'Ithaque attaché au mât de son vaisseau et fuyant les scSductions des Sirènes ; là Pénélope assise pleure l'absence de son époux^ ; ailleurs, revenu dans son palais, le prudent monarque cache SB présence et impose silence à sa nourrice qui l'a reconnu ; il ne veut i*oparaître aux yeux de sa chaste épouse qu'après l'avoir délivrée de ses «xiieiix prétendants.
Mbiîs laissons les héros, car voilà les dieux ; c'est Jupiter entouré clos Curetés qui dansent en frappant sur leurs boucliers pour empêcher ^^® Vagissements de parvenir jusqu'aux oreilles de Saturne; c'est -Apollon et la victoire, puis Minerve présidant à la construction du ^B.vire Argo : ici la déesse est assise enseignant au pilote Tiphys, ^"Oul devant elle, comment il doit attacher la voile au mât, tandis ^^ Argus, assis lui-même, le ciseau et le marteau à la main, travaille ^^-t^eniivement cette galère destinée à la première entreprise nautique "^s Grecs. Bacchus et son thyrse fournissent de nombreux sujets ; le "^u, monté sur un char traîné par des lions ou des panthères, dirige *^ *>t*uyant cortège des bacchantes échevelées, des satyres, des faunes ^^ des ménades. Plus loin on le voit chess Icarius; l'Athénien, étendu ^^^ Je lectislernum, a sa fille Érigone assise auprès de lui. Dans cette 3ut^-^ plaque de revêtement à fond bleu, voyez ces faunes sveltes et nus 9^^ dansent en foulant dans une cuve les raisins mûrs ; comme ils ^^^^^ alertes et vigoureux; comme la violence de leur exercice tient dej ^ J^ (jéiire orgiaque ! Que disions-nous? leur mouvement est repos, *^^^ ^ délire est sagesse, comparés à ce que nous montre la bacchanale ^^^^ne. Quelle pose voluptueusetîlent violente dans cette femme î^^^îïnt de la double flûte et laissant àllet au vent les vêtements qui *î^ Vivraient ses charmes; le bacchant qui ne peut plus danser sans ^^ ^ppui de son thyrse, le faune dont la main alourdie frappe un
tympanuin, seraient enivrés par tant de beauté si leurs yeux n'étaient obscurcis déjà par les fumées du vin.
Ce que nous venons de dire est presque une digression, car, dans un livre spécialement consacré à l'histoire des vases devait-il nous être permis d'entrer, sous prétexte de terre cuite, dans le domaine de la statuaire? Certes une juste admiration nous a peut-être entraîné un peu loin sur cette pente glissante; mais nous ne pouvions nous arrêter à la limite exacte où la sculpture devient un art spécial indépendamment de la matière qu'il a plu à Tébauchoir ou au ciseau d'animer de sa suprême puissance.
Est-ce que nous garderons le silence sur cette série nombreuse de statuettes en terre, chefs-d'œuvre de délicatesse et de goût, qui de la Grèce ont rayonné dans toutes les contrées civilisées? Non, car un fait nouveau, important pour l'histoire de la céramique, vient de prouver l'étroile liaison existant entre ces simulacres et les vases euxmêmes.
Nous n'avons pas besoin de rappeler que ces figurines représentent, pour la plupart, les divinités nombreuses des cultes hellénique et romain; notre savant ami, M. Adrien de Longpérier, a pu même réunir au Louvre une série presque complète de statuettes d'enfants qui ne sont autres que les génies de ces dieux ; mais, dans sa profonde sagacité archéologique, Téminent conservateur des antiques avait deviné qu'il y avait certaines de ces figurines , qui, aussi bien que des fleurons ou des emblèmes détachés trouvés en grande quantité dans les fouilles, devaient être le complément de monuments quelconques, et concourir à un ensemble ornemental. Les vases à figures modelés dans la Grande-Grèce vinrent démontrer l'exactitude de ces suppositions; on y put voir en place et les statuettes et les emblèmes d'applique dont les spécimens égarés encombraient les musées en se dressant comme autant de points d'interrogations devant les historiens et les curieux.
On sait donc ce que sont ces divinités à base souvent irrégulière, ces génies voltigeant pourvus d'un point d'attache, ces néréides, ces centaures tronqués par le milieu, et tel vase brisé pourrait retrouver sa parure au moyen de ces fragments dépareillés.
La plus intime liaison existait, on le voit, entre les modeleurs de statuettes et les modeleurs de vases ; on pourrait peut-être même