CHAPITRE II
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Le luxe des bas temps de Tempire romain devait avoir pour effet dc^i^t» ^t de réduire à néant Tindustric céramique; des gens vêtus de pourpre cti:^*^^ ^^ ^* de soie qui, jusque sur leurs chaussures, se couvraient de broderies, de-^^s^I> «» "^ perles et de pierres précieuses, ne pouvaient souffrir autour d'eux la ^^4 ^ |^ rude poterie de terre, fût-elle même ornée des sombres décors acceptée par les Grecs. Les vases d*or, de jaspe, de sardoine, d'onyx, voilà ce qu'on trouvait chez les grands et dans les temples. ^^t\s
Le pavage des basiliques empruntait au marbre ses dispositions ^ ^^o^^*^
symétriques ; les voûtes brillaient de l'éclat des mosaïques à fond d'or; * ^^^
les colonnes elles-mêmes se tordaient en spires multicolores, et des ^o"^'
voiles de soie s'étendaient devant l'autel au moment où le prêtre prononçait les paroles sacramentelles. ^*^
Eh bien, comme pour protester contre l'ingratitude et la mobilité ^£>^
humaines, la terre, l'humble terre cuite se glissait au milieu de ces ^r^
pompes ; les voûtes hardies que l'œil osait à peine mesurer sous leurs J r
éclatantes images, ces voûtes qui, construites en pierres, se seraient yi
effondrées par leur propre poids, c'est à la céramique qu'elles doivent ^
d'exister encore pour exciter notre admiration ; des espèces de bou- ^
teilles tronquées, enfilées l'une dans l'autre et disposées par courbes ,
parallèles, forment la charpente ingénieuse de ces vastes constructions, chefs-d'œuvre de l'architecture en voie de transformation.
Certes, au moment où l'Italie employait une partie de ses usines à une production aussi spéciale et aussi bornée, d'autres ouvrages devaient sortir des mains de sespotiei^; la modeste lampe du campa-
rd, les ustensiles culinaires du pauvre, les vases à transporter l'eau, c^onserver l'huile, le vin, les graines nourricières, tout cela continuait fabriquer, mais sans caractère artistique et sans goût. Jl faut traverser les époques de lutte entre la civilisation mourante les envahisseurs barbares, il faut laisser ceux-ci chercher à leur r les lumières d'une civilisation nouvelle, pour retrouver la céra- L^ue courbée l'une des premières sur le rude sillon du progrès. ^ous ne décrirons pas ici les espèces de transition qu'on appelle pogermaines et gauloises, et qui, si grossières qu'elles soient, ne qu^un dernier reflet de l'art païen, désormais condamné comme religions qui l'avaient fait naître.
Nous voici dans l'époque chrétienne ; les aspirations septentrionales manifestent d'abord par les tendances rêveuses de l'architecture e et par les sveltes et immatérielles conceptions de la statuaire; les hommes du Nord, non contents d'avoir envahi des contrées t.«mpérées, semblent fatalement poussés vers l'Orient; ils imagineront bientôt les croisades pour aller réchauffer leurs cœurs au foyer de la religion, pour enrichir leur poésie du mirage étincelant du soleil et* <le l*art.
Une sorte d'intuition indique d'ailleurs à ces naïfs chercheurs qu'en d*ant.res lieux la nature, interrogée avec amour, a dévoilé des secrets d^^^^t; l'ornementation a tiré le plus heureux emploi. Sculpteurs, pein- ^''^s^ potiers regardent autour d'eux; la vigne, l'églantier, le trèfle des ^^a.ianps leur apparaissent comme choses dignes d'être reproduites par seau, l'ébauchoir et le crayon, et tout un art, toute une veine fertile rent devant leur intelligente initiative.
, du portique des temples, du chapiteau compliqué des colonnes, ornementation ingénieuse va descendre sur les dalles historiées, l:tendant qu'elle pénètre dans l'intérieur de tous pour enrichir la e d'usage et rehausser la parure des dressoirs en chêne. Jusqu'au Sème siècle, les pierres de diverses couleurs, combinées en moes, avaient satisfait aux besoins de l'architecture; à ce moment, idée npuvelle s'applique partout à la fois ; des briques en terre e, de formes diverses, se substituent à la pierre; on couvre leur 5ice d'une couche mince d'argile blanche dans laquelle s'incrustent figures ou des méandres d'une terre plus foncée, ou réciproque- ^^^nt; ces briques vernissées et cuites peuvent résister ainsi aux effets
réitérés de la marche des fidèles, et remplacer à peu de frais les ruineuses mosaïques. D'ailleurs, la combinaisondes pièces permet défaire concourir des motifs restreints h une ornementation d'ensemble, et le changement du ton fondamental des terres introduit une variété relative dans des compositions condamnées à une sorte d'uniformité. Rien n'est plus curieui que l'étude de ces carreaux où, avec des mojens riidimentaires, l'art commence déjà à manifester sa puissance; là, dans un échiquetage gracieux, la fleur de lis de France rehausse de distance
Carrciu incrusté, (Numundie.)
en distance un semé de trèfles et de rosaces ; ailleurs, des rinceaux aux feuilles découpées se combinent en bordures gracieuses; des cercles divisés en sautoir reçoivent dans leurs sections des étoiles ou des soleils héraldiques; ici ce sont des guerriers couverts d'armures et montés sur des chevaux richement caparaçonnés, qui courent l'un sur l'autre, l'épée levée, le houclier couché sur la poitrine ; puis des tètes, des bustes, des lions, des aigles, tout ce que la fantaisie pittoresque, aidée des ressources de la science du blason, peut inventer pour animer les froids compartiments de la dalle et donner un sens aux vastes nefs que le chrétien foule chaquejour sous ses pas.
L'abbaye de Vouiton, près Provins, la galerie des chasses de Saint- Louis à Fontainebleau, un château près Quimperlé, Saint-Ëtienne d'Agen, les monuments du Crotoy, de Rue, de Cosne, des déparlements de l'Ain et du Calvados, ofTrent de curieux siJécimens de cette fabrication céramique, non moins répandue et non moins brillante en Angleterre.
V)ï. Vi^