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orxi^enients dont la réunion concourt à former parfois un ensemble
foT-t riche. La transmission des moules de génération en génération
esX souvent la cause d^anachronismes dangereux pouf l'observateur
superficiel, il faut donc discuter avec soin des détails qui pourraient
conduire à Terreur.
i Ce gfejnre de fabrication qui remonte certainement au moyen âge,
1 é^blit une sorte de transition entre cette époque et la Renaissance,
" j ^^081 g^u'entre la terre cuite vernissée et le grès ; il semble avoir été
P^tiqwja.^ partout, soit a l'étranger, soit en France; M. B. Fillon le
^^ûtfoaane dans ses lumineuses recherches sur la céramique poitevine,
^^ ^/ d î t ceci : « De là seconde moitié du treizième siècle, sont aussi
'^yas^^^^ funéraires en forme de pommes de pin, complètement enduits
w un ve^ :Bmis vert
« En^. somme, le système décoratif de ces diverses poteries se rattache,
par ui». coté, à celui employé du cinquième au neuvième siècle, qui
n'a jar^r^ais été tout à fait abandonné... et il contient en germe celui
des fat ^snces sigillées de la Renaissance. » Dans une déclaration des
biens situés au village de la Poterie, paroisse du Champ-Saint-Père, et
faite <^*r^ 1378, le même auteur trouve que le potier Jourdain Bégaud
se dit redevable au seigneur de la Mothe-Freslon, « par chacun an,
d'une X^uye verde godronnée et d'une poune de buée (vase à lessive). »
Ovy si le Poitou, monde nouveau de la céramique découvert par
M. ï^**lon, fournit de pareilles œuvres, queseront les produits d'usines
aussi ci^lèbres que la Chapelle-des-Pots, Beauvais et Savignies? L'in-
vent3^^:«:^ de Charles VI, daté de 1399, renferme l'évaluation d'un
<5c god^^l de tgppe Je Beauvais garni d'argent. » Il fallait une poterie de
choi^ jDour mériter une monture d'orfèvrerie. Sans doute le monarque
t*eçu ce vase en présent de la part de la ville ; les archives font
ïtre, en effet, qu'une offrande semblable fut faite le 17 oc-
iob^^^ 1434, au roi Charles VII de passage à Beauvais. A son tour,
ç'r^'^^ois I"" traversa la ville pour se rendre à Arras; cette fois, le
cVi^P^tre diocésain décida, le 16 mai 1520, qu'il présenterait à la
^<»\^^> des boiujies et des vases de Savignies. Une autre délibération du
/^ A^^^mbre 1536 porte qu'il sera fait don au roi d'un buffet de Sa-
^d^îc*. De semblables hommages sont renouvelés le 6 août 1540 et le
1^6 Juillet 1544. Enfin, lorsque, le 3 janvier 1689, la reine d'Angle-
l^fre, Marie d'Esté, traversait en fugitive la route de Calais à Saint-
Germain, un présent de même nature lui fut offert ; trois siècles n*avalent donc point affaibli la réputation de Tusine.
Les différents auteurs qui ont écrit sur les poteries du Beauvoisis ont discuté la question de savoir si les pièces de choix, celles où se manifeste une certaine recherche de forme ou de décor, devaient être assimilées au grès ou à la terre vernissée. C'est là une question sans intérêt et à laquelle on n'attache nulle valeur lorsqu'on a vu, dans l'une et l'autre matière, des pièces sorties des mêmes moules et travaillées avec un soin égal. Certes, on peut présumer, d'après les expressions employées au seizième siècle pour désigner les vases de Savignies, qu'il s'agit d'un grès, puisqu'on dit : la poterie azurée^ et que la plupart des grès montrent du bleu; mais nous avons vu fréquemment des buires, des hanaps, fond brun ou fond vert, à reliefs relevés de vernis jaunes et violacés, qui ne cédaient en rien, pour la netteté des fleurs de lis, des couronnes, des rinceaux sigillés, aux plus belles cruches azurées à réserves grisâtres et à rehauts de manganèse.
Mais nous reviendrons plus longuement sur les grès français en parlant de la Renaissance et des fabrications réputées de 1» Flandre et de TAllemagne.
Ici la véritable difficulté consiste à indiquer les provenances et à déterminer des époques : en effet, il faut distinguer des œuvres de Bcauvais, celles de la Bretagne et du Poitou, les terres vernissées et les poêles de l'Alsace et de la Lorraine, longtemps confondus parmi les produits allemands, et retrouver enfin les ouvrages de potherie de verderie qui se faisaient à Sadirac à quelques lieues de Bordeaux.
De ces restes de nos anciennes industries , les uns portent les signes indubitables de la Renaissance, et nous en parlerons le moment venu; mais les autres ont des caractères tellement ambigus, ils tiennent si étroitement aux anciennes époques, qu'on nous pardonnera de n'être point trop scrupuleux dans leur classification.
Un seul exemple fera comprendre la difficulté d'un classement rigoureux des poteries de transition, et le danger des anachronismes dont nous parlions plus haut : chacun a vu, soit au musée du Louvre, soit à Sèvres, les exemplaires d'un grand plat vernissé en vert ou en brun et richement relevé d'inscriptions, d'ornements et d'emblèmes en relief ; ces inscriptions, en gothique, ont, comme beaucoup
d'autres détails, un caractère religieux; on y lit : «0 vos ânes qui
! tï'àsùw per viày allendite et videte si est dolor similis sicut dolor meus.
Pox ïiohis -+- Fait en décembre MD^. XL 0 vous tous qui passez par cette
^oie, examinez et voyez s'il est une douleur semblable à ma douleur.
faix à vous. Fait en décembre 15H . » Tous les insignes de la passion
dessinés en relief, le chiffre de Jésus entouré de rayons, celui de la
^kr^Q et les mots At)e Maria ^ disent assez que ces sortes de plats or-
*iaient, dans les çglises, le chemin de la croix ; on comprend alors de
Quelle bouche divine tombent les tristes paroles imprimées plus haut.
f^titre chacune des lettres de la Salutation est un écu couronné et ren-
^rmant, par alternance, une fleur de lis et le chiffre K, initiale du
^om de Charles VIII. Sept autres grands écussons montrent les armes
tfe Finance à la couronne ouverte, celles écartelées de France et de
^^uphiné; l'écu parti de France et de Bretagne; celui aux seules
^erirminesde sable sur argent, et enfin un blason de fantaisie où,
^*i-cl^^sus de deux étoiles et d'une sorte de masse^ figure parlante,
'''fîssoi^t- le nom de Masse, qui est évidemment celui de Tartiste.
Oir il est facile de remarquer une véritable contradiction entre la
latc^ ^ît les emblèmes de ce plat; Charles VIII, dont il porte le
'"■^*ï:*^^, était le premier époux d'Anne de Bretagne, qui fut remariée
îQ ^ -^ S9 à Louis XII. C'est donc le double L de celui-ci qui eût dû,
tn ^ 4^ -Jl, remplacer le K, si l'artiste n'avait employé, sans scrupule
>t ^^^■rB.s réflexion, les moules conservés depuis longtemps dans l'atelier.
^ï^^is un intérêt particulier s'attache ici à la reproduction répétée
^e^ t^ermines de Bretagne. N'est-ce point une présomption d'origine
\o^^^^^^€ Ton sait que cette contrée fut un centre important de fabri-
^tvoïx céramique? En effet, la collection de M. Giraudde Savine offre,
^i> psi rticulier, plusieurs faïences vernissées en vert, spécialement
0<xvc%i3(les hermines ou de l'écu de Bretagne ; ce sont, entre autres de
c^ pcls à surprise, à couvercle soudé, ou à jour par le haut, qui
(aisaienl la joie de nos naïfs ancêtres.
On peut' voir à Cluny plusieurs pots de ra^ème nature vernissés en brun avec pastillages blancs, jaunes et verts qui viennent établir comme un*î transition entre le moyen âge et la Benaissance. On y trouve égajemniiin biberon armorié avec la devise : TANT QVE lE VIVE AVLTRE j^AVBE; cette devise est celle adoptée par Philippe le Bon, duc de {{ourgogne, loi-s de son mariage, en 1429, avec Isabelle de Portugal.
Le vernis bleu, terni par la terre sous-jacente, prouve qu'il ne faut pas considérer absolument l'expression de poterie azurée comme signifiant un grès cérame, et qu'on a fabriqué desvdsei azurés ailleurs qu'à Beauvais, car celui-ci est très-certainement bourguignon.
Mais pour revenir aux choses d'un aspect plus franchement gothique, et où se révèle peut-être la même inspiration orientale qui a produit les graffiti italiens, arrêtons-nous devant le plat à engobe d\\ musée de Sèvres ; au centre, un arbre à grosses fleurs semblables aux tulipes persanes, se dresse orgueilleusement ; autour, une bordure coupée de galons est simplement losangée ; puis, sur le marly, interrompue par des fleurons, est cette devise : Je cuis planter pour raverdir. Vive Truppet. Ce brave potier accolant son nom à une acclamation ordinairement réservée au souverain, était sans doute l'auteur de l'ouvrage, et il se l'était consacré par un vœu de bon augure. Son œuvre annonce d'ailleurs un homme de talent, et elle forme à nos yeux le type d'un genre que nous croyons pouvoir attribuer au midi de la France.
Au surplus, nous considérons le plat de Truppet comme l'un des chefs-d'œuvre de maîtrise qu'il était d'usage d'exiger des artisans au moment de leur accession dans le corps de métier dont ils voulaient faire partie. Cette obligation, celle plus onéreuse encore d'offrir en redevance au seigneur de la terre certaines pièces de choix, avaient pour résultat de maintenir l'industrie dans une voie constamment progressive. M. Benjamin Fillon, en donnant la figure d'un fragment enrichi de l'écu des d'Argenton soutenu par une sirène, écrit : « Cet échantillon provient sans doute d'un pot analogue à ceux mentionnés dans l'extrait suivant d*un aveu rendu au seigneur de Villeneuve, paroisse de Plénée-Jugon, par les potiers qui avaient établi leurs fours sur la lande aux Briguons, dépendance de ce manoir :
« Lesdits potiers ont reconnu et reconnaissent ledit seigneur pour leur seigneur terrien, et se sont obligés de s'assembler le dimanche de devant le jour de Saint-Jean-Baptiste de chaque année, et d'accompagner et assimiler le dernier marié d'entre eux, qui doit avoir im vase de terre gai*ni de fleurs, avec les armes dudit seigneur ; et chacun desdits potiers doit avoir une fleur en mftîn^ avec un sonneur et joueur d^instrument, et tous de compagnie doivent entrer en l'église paroissiale de Plénée, en la chapelle dudit seigneUr^ qui sera dans son banc, lui pré=
gauler ledit vase, ou à autres de sa maison ou à ses officiers, à peine 3^^dit nouveau marié de soixante sous monnoie. Outre, chacun desdits potiers doit, le premier jour de chaque année, aller trouver ledit seigneur à Villeneuve, et, pour élrennes, lui présenter un chef-d'œuvre de icur main et métier, à peine de quinze sous d'amende. Doivent en Outre, sur tous les vases qu'ils font, excédant le prix de trois sous, tnetlrc les armes du seigneur, à peine de quinze sous. » iVous ne prétendons pas généraliser ce qui peut n'être ici qu'une etig-encti individuelle; pourtant, si Ton pouvait supposer que le sei-
ot{;nné 9ur diiroIic. (Uiuée 4e Sùrri
'J ***■ (ic Villeneuve eût basé cet aveu sur des coutumes assez l'épan- ^^ On France, cela expliquerait et la fréquence des armoiries sur les *^ Unes poteries, et l'absence presque absolue des marques d'ateliers: 'iâson disait tout et assurait au tenancier la " **^<;lion du seigneur contre toute concurrence. ^^■^s contrées de l'Ouest n'ont fourni à M. Fillon H *inc Cgure emblématique sous un vase : c'est » **i»i delà plaine de Thouars, el encore ce signe
d^Oiron?
Est-ce tout? devons-nous clore Thistoire céramique du moyen âge par les terres vernissées? Tel n'est pas l'avis de M. Houdoy (de Lille), qui, dans de récentes publications, vient de prouver par des actes authentiques Texislence à Hesdin d'un four céramique appartenant à Jehan le Voleur, peintre attaché au service de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne; cet artiste livrait en 1392 et 1395 des carreaux peinU à images j à devise et de pleine couleur qui servaient à la décoration de la Court d'Ârras et d'une chambre gloriette (très-ornée) du château de Hesdin. Or M. Houdoy fait observer avec raison qu'au moïnent où le quatrième fils de Jean II accordait un privilège à Jehan le Voleur, ce ne pouvait être pour la fabrication des pavages incrustés qui se faisaient partout, mais pour une chose nouvelle et importante comme peut se considérer l'invention de la (erre émaillée, qui serait indiquée par les expressions de carreaux paints et jolis^ carreaux de peinture^ carreaux à ymaiges. On ne saurait perdre de vue, d'ailleurs, que si Jehan le Voleur était un peintre de talent, sa fabrication était soumise à la suprême surveillance diun artiste plus illustre encore, Melchior Broederlin, spécialement attaché à la cour de Bourgogne. Et lorsqu'il s'agit d'ordener el drecher les carreaux, c'est-à-dire de les mettre en place, ce travail doit expressément se faire sous les yeux de l'auteur; ceci implique la difficulté d'une réussite parfaite, ce qui n'existerait pas s'il s'agissait dii simples combinaisons géométriques ou d'entrelacs ordinaires.
Nous sommes heureux de nous ranger à l'opinion de M. Houdoy; nous trouvons si souvent, dans les documents, l'expression de poterie blanche alors que, d'après les idées générales, la faïence n'existait pas, qu'il nous semble naturel de faire remonter, en France comme en Italie, l'invention de l'émail blanc à une époque bien antérieure à celle qu'on a jusqu'ici attribuée à sa découverte. Ajoutons que, depuis la publication des ingénieuses déductions de l'auteur lillois, les monuments ont parlé pour lui donner raison. On a trouvé à Hesdin quelques-uns des carreaux émaillées de Jehan le Voleur ; ce sont des fragments de draperies émailloes, indiquant un sujet à personnages.