‹ Histoire de la céramique grecque (volume 2)Chapitre 113 sur 187 · Klûgmann, Annali delV Instituio, 1876, p. 10, pi. A · texte numérisé non relu

Klûgmann, Annali delV Instituio, 1876, p. 10, pi. A

366 Les poteries vernissées et entaillées.

doux; la même technique est appliquée à la décoration des poteries. Ce sont là les produits désignés fort improprement sous le nom de porcelaines ou de faïences égyptiennes. En réalité, il faut y reconnaître de véritables terres vernissées, dont la technique est empruntée en partie à Tindustrie du verrier. Elles comportent deux éléments très distincts : une pâte blanche sableuse, façonnée par le potier, et un enduit vitrifiable, composé de silice et soude, additionné d'une matière colorante, qui prend à la cuisson l'aspect et la consistance d'un émail'.

En gens avisés, les Phéniciens comprirent bien vite quel débit trouveraient, chez les peuples de civilisation moins avancée, ces menus objets émaillés, figurines, flacons, vases à parfums, dont les couleurs gaies et claires, les reflets brillants, flattent agréablement la vue. Mais ils ne se bornèrent pas à répandre, dans les pays ouverts à leur commerce, les produits des manufactures égyptiennes : ils acclimatèrent chez eux cette industrie, et cela d'autant plus facilement qu'ils trouvaient à leur portée, à l'embouchure du fleuve Bélus, le beau sable fin et blanc auquel les verreries de Sidon devaient leur renommée*. Outre les verres multicolores et filigranes à la fabrication desquels ils ont excellé, les Phéniciens exportaient dans les îles grecques, et dans tout le bassin de la Méditerranée, des poteries vernissées.

En raison de sa situation géographique et des souvenirs qu'y avait laissés la domination phénicienne, l'île de Rhodes offrait, pour ce trafic, un sûr débouché. Dans les tombeaux de Camiros appartenant au huitième et au septième siècle, M. Salzmann a découvert, en même temps que des produits de la céramique indigène, des poteries vernissées dont l'origine phénicienne est incontestable. Ce sont d'abord des vases en forme de bouteille à large panse, ou des alabastres terminés en fuseau, à base étroite et

1 . Voir Heuzey, Figurines antiques du Louvre, p. 6. — G. Perrot, Histoire de l'art dans l'antiquité, t. !«% p. 820. — Maspero, L'Archéologie égyptienne, p. 252.

2. Strabon, X\'I, », 23. — Cf. Frœhner, Collection Charvet, p. 4*2-44.

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aplatie. Notre planche XIV en donne deux spécimens, empruntés

au musée du Louvre ». Le ton rouge de la terre disparaît sous

une couverte vitreuse dont le bleu a tourné au vert. On retrouve

facilement dans le décor tous les éléments du style géométrique.

Sur Tun de nos vases, il consiste en deux zones de points, en

métopes encadrées de filets blancs et cernées par des lignes brunes,

en pétales bruns et verts. Sur le second, des bandes verticales, du

même ton vert, alternent avec des bandes blanches décorées de

chevrons renversés. Cette poterie, d'aspect assez grossier 'd'ailleurs,

ne s'est pas jusqu'ici rencontrée en dehors de Camiros, et peut-être

n'a-t-elle eu qu'une vogue très éphémère. En revanche, on trouve,

aussi bien à Camiros qu'en Grèce et en Italie, un autre genre de

terres vernissées, qui paraît avoir été plus recherché : nous voulons

parler de ces vases en forme d'alabastre, de gourde, d'œnochoé,

dont le décor, entièrement emprunté à l'Egypte, est gravé à la

pointe ou s'accuse par un relief très léger*. Cette fabrication,

contemporaine de la dynastie saite, a duré, avec ses caractères

égyptisants, pendant le huitième et le septième siècle.

Les Grecs ont-ils fait usage de cette technique? Ont-ils cherché à s'approprier un procédé qui leur était connu, grâce aux spécimens importés dans leur pays par le commerce phénicien ? Nous touchons ici à une question fort controversée. On trouve en Grèce et en Italie des vases de petites dimensions, en forme de tête ou de figurine, revêtus d'une glaçure analogue de tous points à celle des terres vernissées de l'Egypte^; mais ont-ils été importés ou fabriqués dans des ateliers grecs? M. Kœhler se prononce en faveur de cette seconde hypothèse en publiant deux de ces vases émaillés trouvés à Égine*. Le dessin insécé ci-joint

1. Longpérier, Musée Napoléon III, pi. LI. — Cf. Perrot, Histoire de Vart, t. III, pi. 6, p. 681. — Dumont et Chaplain, Céramiques de la Grèce propre, ch. xiii, p. iq3.

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