‹ Histoire de la céramique grecque (volume 2)Chapitre 126 sur 187 · Collection Sabouroff, pi. LXXIV · texte numérisé non relu

Collection Sabouroff, pi. LXXIV

34^ L'imitation du métal et la poterie moulée.

L'histoire de la céramique étrusque ne rentre pas dans le plan de cet ouvrage; cependant nous ne pouvons nous dispenser d'indiquer, au moins sommairement, le système de décor adopté par les potiers toscans. Les vases noirs à reliefs d'Étrurie, désignés en Italie sous le nom de vasi di bucchero nero^ succèdent chronologiquement à la poterie grossière faite d'une terre brune mal pétrie, lustrée au polissoir, et décorée d'ornements géométriques incisés à la pointe, qu'on rencontre dans les plus anciennes nécropoles étrusques ». Us sont fabriqués à Taide d'une pâte noire, dont le procédé de coloration est encore imparfaitement connu; la hardiesse des formes, souvent très évidées, accuse l'imitation des vases de métal, et le caractère du décor ne laisse pas de doutes sur ce point. Dans la série de vases de bucchero nero^ les plus anciens montrent encore l'emploi du décor incisé de style géométrique. Un peu plus tard, et vers le moment où les fabriques grecques de Sicile exportent les pithoi dont nous avons parlé, les vases noirs d'Étrurie sont décorés d'étroites zones de reliefs obtenus par l'impression d'un cylindre gravé, et reproduisant des motifs orientaux. Enfin, pendant toute une période qui correspond à la fin du sixième siècle, au cinquième et même au quatrième, les potiers toscans décorent leurs poteries de reliefs plusieurs fois répétés et poussés dans des moules au moment du tournassage du vase. Nous reproduisons ici un spécimen de cette technique (fig, 129) : c'est une œnochoé du Louvre, dont les anses sont ornées de rotules portant en relief une tête de cheval; sur la panse, on voit une suite de personnages armés d'une lance, d'un type franchement archaïque et qui rappelle les figures des vases peints corinthiens du sixième siècle. On retrouve d'ailleurs dans les vases

de bucchero nero tous les éléments du style décoratif oriental, empruntés aux objets d'industrie que le commerce phénicien et

I. Voir, sur la poterie de bucchero nero, F. Lenormant, Ga^^ette archéologique, 1879, P* 98-113. — A. Dumont et Chaplain, Les Céramiques de la Grèce propre, p. 188. — J. Martha, L'Archéologie étrusque et romaine , p. 94.

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carthaginois faisait affluer en Étrurie '. C'est à la même source que puisent, au septième siècle et au commencement du sixième, les

potiers de Rhodes et de Corinthe. Maïs tandis que dans les pays grecs les sujets purement helléniques éliminent bientôt ce décor oriental, les Étirusques le conservent avec une singulière persévé- 1. Cf. Helbig, Annali, 1877, p, 398-405,

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rance. La fabrication du bucchero nero^ dont les centres les plus actifs paraissent avoir été à Clusium, à Vulci, à Volaterrae, s'immobilise dans un système invariable, même à Tépoque où les Étrusques reçoivent des pays grecs les vases peints importés dans leur pays par le commerce. Dans les nécropoles toscanes, on trouve fréquemment la poterie noire à reliefs associée à des vases grecs à figures rouges du meilleur style; les fouilles entreprises à Orvieto par M. R. Mancini, depuis 1874, le prouvent de la manière la plus formelle», et d'après ces faits irrécusables, MM. Lenormant et Gamurrini ont pu fixer au troisième siècle la limite extrême où s'arrête la fabrication du bucchero nero. A cette date, et malgré l'attachement si marqué des Etrusques pour leur industrie nationale, la poterie noire à reliefs est supplantée dans leur pays par une autre fabrication, toute grecque de style et d'origine. Nous nous trouvons ainsi ramenés, après une courte digression, au moment où la peinture de vases commence à décliner dans les ateliers gréco-italiens; il ne nous reste plus qu'à étudier le développement d'une industrie destinée à la remplacer bientôt.

Dans les nécropoles étrusques de Chiusi, de Ccrvetri, de Corneto, de Bolsena, on trouve fréquemment des vases à vernis noir brillant, qui se distinguent au premier coup d'œil de la poterie de bucchero. Ces vases, dont le musée de Florence possède une fort belle collection, ont des formes tout à fait grecques : ce sont des canthares, des amphores, des cratères, des œnochoés^; mais les contours sont découpés avec une telle fermeté, le corps du vase jaillit avec tant d'audace d'un pied souvent très évidé.

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