I. Dressel, Annali, 1880, p
La fin de la peinture de vases en Italie.
lument semblable, pour le style et la technique, à celles qui figurent, au milieu de rinceaux, sur les vases apulîens. Les figures sont peintes en blanc, avec des retouches à la couleur jaune clair, qui servent à leur donner un modelé sommaire.
La coupe reproduite par notre dessin (fig. I25) fait partie de
cette série de vases ; elle provient de Vulci '. Le sujet qui en occupe le fond est encore emprunté au thème favori du décorateur, à savoir les jeux des Amours. Ici, un petit Amour s'est hissé sur le dos d'un chien-loup, qu'il dirige à l'aide d'une bride et d'un aiguillon; il fait de son mieux pour se tenir en équilibre, tandis que sa monture improvisée s'avance à petits pas. Dans le champ,
I. Jordan, Amali, 1884,' p. 5-20, pi. A. Cf. S. Reinach, Gajetie des Beaux-Arts, iftB6, t. XXXIV, p. 148.
334 L^ fi^^ ^^ ^^ peinture de vases en Italie.
on lit rinscription suivante : IVNONENES POCOLOM [Junonenes pocolom), c'est-à-dire, en supprimant le redoublement dû à une inadvertance du peintre, et en rétablissant l'orthographe classique, Junonis pocuhim (coupe de Junon). La même forme de dédicace se retrouve sur les autres vases : le nom joint au mot pocolum est toujours celui d'une divinité, Saturne, Bellone, Vénus, Minerve, Esculape, voire même d'une divinité purement latine, comme ^quitas et Cura. Aucun rapport, d'ailleurs, entre la dédicace et le sujet figuré.
Les inscriptions permettent, en raison des particularités de l'orthographe, de fixer, à quelques années près, la date de ces vases : ils prennent place dans une période de temps fort restreinte, entre 2C0 et 240 environ, c'est-à-dire qu'ils sont contemporains de la première guerre punique. C'est aussi, on l'a vu, la date qu'il est permis d'assigner au début de la poterie à décors blancs. Mais à quel usage ces poteries étaient-elles destinées, et pourquoi ces inscriptions? La question demeure indécise. Comme les coupes portent d'habitude à l'ourlet du pied deux trous de suspension, M. Jordan y voit des vases funéraires, qu'on déposait dans les sépultures', pour placer le mort sous la sauvegarde de la divinité invoquée; l'explication est plausible, mais elle n'a que le caractère d'une hypothèse. Mêmes incertitudes au sujet de la fabrique, à coup sûr toute locale, d'où ces pocula sont sortis. Est-elle étrusque, ombrienne ou campanienne? Si les exemplaires connus proviennent en grande partie d'Étrurie, le fait ne prouve nullement une origine étrusque. Le style du décor, la présence très caractéristique de la guirlande de lierre, nous engagent beaucoup plutôt à désigner l'Italie méridionale, et probablement la Campanie. Un potier campanien a pu se faire une spécialité de ces vases à inscriptions romaines, destinés soit à l'exportation, soit à l'usage des habitants latins de la région.
Jointes aux autres poteries à décor blanc, les coupes portant l'inscription pocolom forment un groupe fort intéressant pour
La fin de la peinture de vases en Italie. 335
l'histoire de la céramique. On y saisit une préoccupation évidente de rajeunir la technique ancienne, tombée en désuétude, et d'accommoder aux exigences d'un goût nouveau les procédés de la peinture. A partir de la seconde moitié du troisième siècle, la fabrication céramique traverse une période d'hésitations et de recherches impuissantes à conjurer une décadence manifeste. Nous en trouvons la preuve dans une curieuse phiale du British Muséum, provenant de la collection Pizzati; c'est celle que reproduit la gravure placée en cul-de-lampe '. L'intérieur est occupé par des figures réservées en clair sur le fond noir : un jeune chasseur, peut-être Ganymède, assis dans une attitude pensive, la tête appuyée sur une main, tenant de l'autre deux épieux, et, auprès de lui, son chien qui retourne la tête et le regarde. La technique offre des particularités tout à fait rares- : le peintre a modelé les figures exactement comme on le ferait dans un dessin au crayon blanc et noir sur papier teinté; il a accusé les lumières par un frottis blanc, et les ombres par des hachures, sans réussir d'ailleurs à faire autre chose qu'une œuvre fort médiocre et d'un dessin très lourd. L'origine première de cette phiale est douteuse; M. Murray la croit campanienne. Quant à la date, il est bien difficile de la fixer avec précision. Nous ne croyons pas cependant qu'on puisse descendre plus bas que la fin de la seconde guerre punique.
On peut constater l'application d'un procédé analogue sur un vase trouvé à l'état de fragments dans un des tombeaux fouillés par le marquis Gualterio, entre Orvieto et Bolsena^. La peinture représente une course de chars attelés de quatre chevaux, et conduits par de petits Amours. Ceux-ci portent une sorte de petit casque à longue visière, tout à fait semblable à la casquette de nos