‹ Histoire de la céramique grecque (volume 2)Chapitre 171 sur 187 · Voir Galette des Beaux-Arts, 1887, t. XXXV, p · texte numérisé non relu

Voir Galette des Beaux-Arts, 1887, t. XXXV, p

Les poteries vernissées et émaillées, SyS

couverts d'imbrications, tandis que des rangées de chevrons dessinent les nervures des longues plumes; le ventre est moucheté de points de même couleur. Ce décor, purement conventionnel et d'une régularité toute géométrique, n'en produit pas moins l'effet le plus heureux. Au reste, la nature du sujet, qui révèle une inspiration chère aux artistes alexandrins, le modelé très souple du petit Éros, ne laissent pas de doute sur la date de cette œuvre charmante : elle n'est pas antérieure au troisième siècle, et, en dépit de sa provenance tanagréenne, nous n'hésitons pas à l'attribuer à l'un des grands centres industriels de TÉgypte hellénisée, peut-être à Alexandrie.

La fabrication des terres vernissées s'est acclimatée dans d'autres régions du monde ancien, mais il est encore bien difficile, en l'état actuel de nos connaissances, d'en suivre l'histoire avec une parfaite certitude. Les travaux de M. Mazard " sur ceté classe de céramiques ont permis tout au moins d'établir un fait incontestable : c'est que, à une date très rapprochée du premier siècle avant notre ère, l'industrie antique connaît et pratique le vernissage des poteries à l'aide d'un enduit à base métallique où le plomb est employé comme fondant; l'adjonction de matières telles que le minium, la litharge ou le protoxyde de cuivre permet d'obtenir les colorations jaunes, brunes ou vertes qui caractérisent ces poteries; elles sont d'ailleurs le plus souvent décorées de reliefs, suivant la méthode usitée pour la poterie moulée. Le lecteur en trouvera un spécimen reproduit, avec couleurs, sur notre planche XIV (fig. 2)2. Cest un petit vase en forme d'ascos, appartenant au musée du Louvre. Sur le corps du vase sont modelées en relief des branches de vigne, chargées de feuilles et de raisins, d'un style très élégant; l'anse, très menue, s'attache à la partie inférieure au-dessus d'un petit masque en relief, et figure

I. Mazard, De la connaissance par les anciens des glaçures plombifères, Parts, Morel, 1879 (extrait du Musée archéologique y 1879). 2 Mazard, ouvr. cité, pi. X, fig. i.

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une torsade évidemment imitée du métal. Le fond de la coloration est vert, avec des nuances brunes obtenues par le mélange des matières colorantes.

Sous l'action du temps et d'un séjour prolongé dans le sol, le vernis se décolore parfois et prend un aspect irisé. Tel est le cas pour un autre vase du Louvre, trouvé dans un tombeau de Cervetri (fig. 140)'. La forme, assez lourde, est celle de Voila, et accuse une destination tout à fait usuelle; le décor est d'ailleurs très simple : il comporte, sur les lèvres du vase, une série de bossettes en saillie régulièrement espacées comme des têtes, de clou, et, sur la panse, quatre reliefs poussés iri. au moule, de valeur

fort inégale. D'un côté est une femme debout dans un édicule, entre une ciste et une table à offrandes (mensa tripes) chargée de pommes de pin et de fruits; à droite, sur la même face, est Dionysos jouant avec une panthère, groupe souvent reproduit par les coroplastes de l'Asie Mineure, et dont la nécropole de Myrina nous a livré des spécimens. Au revers, les reliefs sont empâtés et d'un style très négligé; ils montrent Hermès avec le caducée, et une divinité, peut-être Héraclès, tenant un animal par la queue. Tandis que le vernis vert de l'extérieur a perdu sa coloration, l'intérieur du vase, mieux conservé, garde encore son enduit jaune; Voila du Louvre appartient donc à la série des terres vernissées.

L'étude de ces vases soulève nombre de questions qui attendent 1. Cf. Ma^ard, pi. IX, fig. ..

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encore une solution définitive. Des analyses minutieuses et répétées pourraient seules nous apprendre comment s*est fait le passage de la glaçure silico-alcaline à la glaçure métallique. D'autre part, nous ne savons guère mieux à quel centre industriel il convient d'attribuer la vulgarisation de cette technique. Des indices certains nous permettent toutefois d'afSrmer que les ateliers grecs d'Asie Mineure en ont fait usage, et qu'elle y a joui d'une vogue réelle. En i853, V. Langlois a recueilli à Tarse, parmi les fragments de terres cuites accumulées au Gueuslu-Kalah, des débris de poteries vernissées dont le Louvre s'est enrichi; l'élégance du décor en relief, l'éclat et la transparence du vernis plombeux, où dominent le vert et le jaune, attestent une fabrication soignée, et la nature des fragments montre que Tarse produisait surtout des vases de petites dimensions. Mais la fabrique de Tarse, qui n'a pas un passé bien ancien, et dont la période d'activité ne remonte pas au delà du premier siècle avant notre ère, n'a pas eu le monopole de cette technique; elle l'a sans doute empruntée à d'autres ateliers grecs. Sur la côte occidentale de l'Asie Mineure, les fabricants de terres cuites en ont fait usage pour revêtir leurs figurines d'une couverte jaune ou verte, à base métallique, témoin les spécimens trouvés près de Smyrne, sur le Pagus, et acquis par M. S. Reinach pour le musée du Louvre ' ; une autre figurine émaillée à couverte jaune, au même musée, provient de Cymé.

Il faut donc reconnaître que la fabrication des terres vernissées comptait, en Asie Mineure, plusieurs centres importants. Nous croyons volontiers, avec M. Mazard, que l'exportation de ces produits a été très active dans les pays méditerranéens, et qu'on peut attribuer une origine grecque aux élégantes poteries

I. s. Reinach, Mélanges Graux, p. 148. Uanalyse chimique y a fait reconnaître la présence de l'oxyde de plomb (S. Ke'imch, Bulietin de corresp, hellénique, i883, p. 78). J'en ai vu à Isbarta^ en Asie Mineure, d'autres spécimens trouvés à Cibyra. On sait que des terres cuites de Pompéi offrent aussi une couverte analogue. — Cf. Von Rohden, Die Terracotten von Pompeji, p. 29. M. Heuzey a signalé également une statuette vernissée d'Hermès, signée du nom de P.Fabius Nicias, et trouvée à Angers {Mémoires de la Soc, des Antiquaires de France, t. XXXVII, 1876, p. 99).

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vernissées à décor végétal dont le musée de Naples, le British Muséum, le musée Borély, à Marseille, possèdent de beaux spécimens". Elles accusent, en effet, une très grande unité de style, et le caractère du décor constitue une sorte de marque de fabrique. Mais cette industrie est-elle restée le privilège de l'Orient grec? Nous avons peine à l'admettre. La poterie vernissée semble avoir eu la même fortune que la poterie moulée, dont elle est contemporaine; tout porte à croire qu'elle a reçu droit de cité dans les principaux centres industriels du monde ancien. Des spécimens de cette technique, trouvés en France, dans l'Allier, prouvent que les potiers gallo-romains s'y sont exercés, d'ailleurs sans grand succès, et il serait difficile d'expliquer par des exportations grecques le grand nombre de poteries vulgaires vernissées qu'on rencontre un peu partout, jusque sur les bords du Rhin.

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