I.a céramique dans l'architecture, 3ity
provient des fouilles exécutées en 1828 par le duc de Luynes, avec le concours d'un architecte, M. Debacq, sur l'emplacement des ruines antiques appelées dans le pays la Chiesa di Sansone. Les travaux, malheureusement interrompus par des infiltrations d'eau.
mirent au jour les débris d'un temple grec dorique de la meilleure époque. Jusqu'à ces dernières années, on ne savait quel nom assigner à cet édifice, lorsque M. Lacava eut l'heureuse fortune de découvrir, non loin de là, une inscription du sixième siècle permettant de l'identifier'. Le temple retrouvé par le duc de Luynes était, à n'en pas douter, consacré à Apollon Lyceios, et s'élevait
1. Notifie degli scavi, i8So, p. rgo. article de M, Comparelli.
S-jô Les poteries vernissées et entaillées.
une torsade évidemment imitée du métal. Le fond de la coloration est vert, avec des nuances brunes obtenues par le mélange des matières colorantes.
Sous l'action du temps et d'un séjour prolongé dans le sol, le vernis se décolore parfois et prend un aspect irisé. Tel est le cas pour un autre vase du Louvre, trouvé dans un tombeau de Cervetri (iig. 140)'. La forme, assez lourde, est celle de Voila, et accuse une destination tout à fait usuelle ; le décor est d'ailleurs très simple : il comporte, sur les lèvres du vase, une série de bossettes en saillie régulièrement espacées comme des tètes, de clou, et, sur la panse, quatre reliefs poussés
Fig. 140. - OIU trouvée i Cervetri. aU mOUlC, de ValeUF
(Muiie du Louvre.)
fort inégale. D'un côté est une femme debout dans un édicule, entre une ciste et une table à offrandes (mensa tripes) chargée de pommes de pin et de fruits; à droite, sur la même face, est Dionysos jouant avec une panthère, groupe souvent reproduit par les coroplastes de l'Asie Mineure, et dont la nécropole de Myrîna nous a livré des spécimens. Au revers, les reliefs sont empâtés et d'un style très négligé; ils montrent Hermès avec le caducée, et une divinité, peut-être Héraclès, tenant un animal par la queue. Tandis que le vernis vert de l'extérieur a perdu sa coloration, l'intérieur du vase, mieux conservé, garde encore son enduit jaune; Voila du Louvre appartient donc à la série des terres vernissées.
L'étude de ces vases soulève nombre de questions qui attendent 1. Cf. Maiard, pi, IX, fig. 1.
Les poteries vernissées et émaillées, Syy
encore une solution définitive. Des analyses minutieuses et répétées pourraient seules nous apprendre comment s*cst fait le passage de la glaçure silico-alcaline à la glaçure métallique. D'autre part, nous ne savons guère mieux à quel centre industriel il convient d'attribuer la vulgarisation de cette technique. Des indices certains nous permettent toutefois d'affirmer que les ateliers grecs d'Asie Mineure en ont fait usage, et qu'elle y a joui d'une vogue réelle. En i853, V. Langlois a recueilli à Tarse, parmi les fragments de terres cuites accumulées au Gueuslu-Kalah, des débris de poteries vernissées dont le Louvre s'est enrichi; l'élégance du décor en relief, l'éclat et la transparence du vernis plombeux, où dominent le vert et le jaune, attestent une fabrication soignée, et la nature des fragments montre que Tarse produisait surtout des vases de petites dimensions. Mais la fabrique de Tarse, qui n'a pas un passé bien ancien, et dont la période d'activité ne remonte pas au delà du premier siècle avant notre ère, n'a pas eu le monopole de cette technique; elle l'a sans doute empruntée à d'autres ateliers grecs. Sur la côte occidentale de l'Asie Mineure, les fabricants de terres cuites en ont fait usage pour revêtir leurs figurines d'une couverte jaune ou verte, à base métallique, témoin les spécimens trouvés près de Smyrne, sur le Pagus, et acquis par M. S. Reinach pour le musée du Louvre > ; une autre figurine émaillée à couverte jaune, au même musée, provient de Cymé.
Il faut donc reconnaître que la fabrication des terres vernissées comptait, en Asie Mineure, plusieurs centres importants. Nous croyons volontiers, avec M. Mazard, que l'exportation de ces produits a été très active dans les pays méditerranéens, et qu'on peut attribuer une origine grecque aux élégantes poteries
I. s. Reinach, Mélanges Graux, p. 148. ^analyse chimique y a fait reconnaître la présence de Toxydede plomb (S. Reinach, Bulletin de corresp. hellénique, i883, p. 78). J'en ai vu à Isbarta^ en Asie Mineure^ d^autres spécimens trouvés à Cibyra. On sait que des terres cuites de Pompéi offrent aussi une couverte analogue. ^ Cf. Von Rohden, Die Terracotten von Pomjpeji, p. 29. M. Heuzey a signalé également une statuette vernissée d^Hermcs, signée du nom de P. Fabius Nicias, et trouvée à Angers (Mémoires de la Soc, des Antiquaires de France, t. XXXVIl, 1876, p. Q9).
La céramique dans l'architecture. 38q
semblable à celui des vases peints. On trouve en Attique et en Béotie des terres cuites en forme de tuile dont la destination architecturale ne paraît pas douteuse'. Elles offrent l'aspect d'un cylindre, long d'environ 26 centimètres, qui aurait été coupé dans sa longueur par une section droite, supprimant à peu près un tiers de la superficie; il est fermé à une extrémité et légèrement évasé à l'orifice. La face supérieure est décorée d'ornements imbriqués,
((Vlbèa«9, mustc de la SocUU «TchïolagiqQCl
et sur chacune des faces latérales est ménagé un tableau. Dans les exemplaires les plus anciens, ce tableau est occupé par des figures noires, et à l'extrémité de la tuile, sur la partie fermée, une tête de femme se détache en relief. Les plus récents présentent, au contraire, un décor à figures rouges ; une tête peinte remplace la tête modelée, et des guirlandes d'olivier complètent l'ornementation. Notre figure \â,\ reproduit un spécimen de cette dernière technique, appartenant au musée de la Société archéologique d'Athènes'. Sur la face représentée dans notre dessin, on
t. Voir, sur ces monuments, Bircb, Aneient Potlery, p. 197. — Benndorf, Griecli. und sicil. Vasenbilder, p. 70.'— Furtwaengler, Coll. Sabouroff, notice de la pi. LU, — StudniczkB, Jahrbucb des archieol. Instituts, 1SS7, p. 69-72. On trouvera dans ce dernier article le catalogue des exemplaire* connus jusqu'ici.
I. Dumont et Chaplain, Les Céramiques de la Grèce propre, pi. sa — Cf. notre Catalogue des vases d'Athènes, n" 543.
3go La céramique dans l'architecture.
voit un sujet qui revient fréquemment : une jeune femme, tenant une bandelette, s'entretient avec un éphèbe, et plus loin une autre jeune femme présente un alabastron à son compagnon. Sur l'autre face, le sujet est également emprunté aux scènes de la vie quotidienne; enfin, sur la partie fermée, est peinte une tête de femme à côté d'un rinceau.
A quel genre d'édifices étaient destinées ces tuiles d'une exécution si soignée? La question a été fort controversée. Remarquons tout d'abord que les sujets figurés ne sont pas de nature à éclaircir les doutes; scènes bachiques. Grecs et Amazones s'armant, scènes de toilette ou de conversation galante, offrandes de cadeaux, il n'y a rien là qui indique une destination particulière; ce sont les motifs courants de la céramique attique au cinquième siècle. Nous trouvons, au contraire, une indication précieuse dans ce fait que, à part quelques fragments provenant de l'Acropole d'Athènes, tous les exemplaires connus ont été trouvés dans des nécropoles. Il est donc très légitime de reconnaître ici, avec MM. Furtwaengler et Studniczka, de véritables tuiles faîtières, qui servaient à décorer des tombeaux. Quelques-unes sont percées de trous, comme si elles avaient été fixées au moyen de clous sur une charpente en bois. Il nous est malheureusement impossible de restituer avec certitude le type des tombeaux à fronton de bois recouvert de tuiles; mais c'est une hypothèse assez vraisemblable que de placer ces tuiles faîtières au sommet du fronton et d'y ajouter une acrotère destinée à en boucher l'orifice. Nous constatons donc, dans l'architecture funéraire, l'application d'un système analogue à celui des revêtements de terre cuite. Remarquons seulement que cet usage ne paraît pas s'être répandu hors de l' Attique et de la Béotie. En outre, les monuments connus jusqu'à présent appartiennent à une période très limitée; aucun d'eux n'est postérieur à la fin du cinquième siècle.
L'emploi de la terre cuite dans l'architecture a persisté jusqu'à l'époque romaine. Mais le rôle de jla peinture diminue progrès-
La céramique dans l'architecture. 3qi
sivement à mesure que le modelage prend une impoitance plus grande. Au quatrième siècle, la décoration peinte ne comporte plus que de légers ornements, méandres ou palmettes, tracés sur des cymaises ornées de rinceaux en relief. Une riche série de monuments permet de suivre ce développement de l'élément plastique. Les dalles de frise italiennes, les terres cuites de Pompéi ', méritent, à ce point de vue, une longue étude; mais nous ne pourrions l'entreprendre ici sans dépasser les limites de notre sujet. Nous avons seulement voulu montrer avec quelle originalité les Grecs ont transporté, dans le domaine de l'architecture, les procédés de la peinture céramique, et avec quel art ils ont su les approprier à cette destination.
1. Voir Von Rohden, Die TerracotUnvonPcmpeji, Stuiigan, iSSo.