I. A. Conze, Melische Thongefœsse. Leipzig
s 2 L'influence orientale
de canards bruns, d'une espèce commune en Asie Mineure, est un sujet de mythologie grecque. Sur un char traîné par quatre chevaux ailés est un dieu qu'à sa lyre et malgré sa barbe on reconnaît aisément pour Apollon. Derrière lui, deux femmes richement vêtues, la tête ceinte de la Stéphane des déesses, ne peuvent guère être que deux Muses. Devant le char, et se dirigeant vers lui, est Artémis, l'arc et le carquois sur l'épaule, une flèche dans la main gauche ; elle saisit de la droite, par la ramure, le cerf, son compagnon ordinaire, qui ne paraît point se complaire à cette preuve d'afFection. Les chevaux du char d'Apollon sont des bêtes chimériques, dessinées sans aucun souci de la nature, uniquement au point de vue décoratif; mais le contour en est tracé d'une main très ferme et la tournure en est très fîère et très belle. Les quatre divinités sont beaucoup plus gauchement représentées : ici l'artiste ne trouvait plus de modèle. Les nez sont pointus et énormes, comme dans les personnages des vases du Dipylon ; les yeux, obliquement placés, affleurent au contour du front; les mentons sont en retrait, les cous démesurés. Le champ est semé d'ornements, palmettes entre les jambes des chevaux, étoiles, ronds et swastikas de toutes formes dans le reste de la composition (pi. III).
Les ornements et la plus grande partie des figures sont d'un brun presque noir. Il est fait un grand emploi des engobes : le rouge surtout est d'un ton très vif et couvre de grandes surfaces.
Le British Muséum possède un vase non moins remarquable que ceux-là; il a été trouvé à Santorin, et si la nature de la terre dont il est fait rend difficile de le regarder comme sortant d'un atelier théréen, il n'en est pas moins probable qu'il appartient à la fabrique des îles. C'est un prochoos, de la beauté duquel le dessin au trait de la page 53 ne donne pas une idée suffisante. La panse, presque sphérique, est coupée, un peu au-dessus de la mi-hauteur, par une bande horizontale qui, sur le devant, est décorée d'une torsade et, par derrière, d'un méandre. Au-dessous, une première zone d'ornements formés chacun d'une petite palmette et de
dans la Grèce asiatique et dans les îles.
deux volutes, puis une seconde de dents de loup. Au-dessus, dans des compartiments séparés, divers animaux : des chevaux paissant, un lion dévorant un cerf. Le cou, peint avec beaucoup de recherche,
Pig. 19. — Proctaooi irauTi 1 Thén. (Londrei, Britiih Mussom.)
est surmonté d'une tête d'aigle, ie bec largement ouvert, du plus grand caractère'. C'est là une pièce de maîtrise, qui a été faite en partie à i'ébauchoîr et qui a exigé une main fort habile; la forme n'en serait pas explicable si l'on n'admettait que le potier a eu t. Foersier, Annali, 18G9, p. 17a; Montimenti, IX, pi, 5,
L'influence orientale dans les îles.
pour modèle un vase en métal de fabrication phénicienne; c'est là aussi ce qui rend compte de la disparition presque complète desmotifs purement nationaux.
Tels sont les plus beaux produits de la céramique insulaire du septième et du commencement du sixième siècle, art qui déconcerte un peu le regard par le mélange d'éléments hétérogènes, qui disperse l'attention par la multiplicité des ornements, par le nombre de petites taches éparpillées également au milieu des fonds clairs auxquels il se plaît; mais aussi qui, par la variété des motifs qu'il emploie, par l'aspect clair et les couleurs vives de ses œuvres, est une vraie fête pour les yeux; art de décorateur exclusivement, mais de décorateur fort habile et qui va s'instruire à la meilleure école, dans ce monde oriental qui semble, à toutes les époques, avoir eu le privilège de l'imagination inépuisable, de la fantaisie toujours gaie et du sens exquis des couleurs.