EN ITALIE
ORiNTHE est située beaucoup plus près du golfe auquel elle a donné son nom que du golfe Saronique. C'est sur le premier de ces deux golfes que s'ouvrait son port principal, le Léchfeon, et c'était surtout du côté de l'Ouest que s'étendaient ses relations commerciales. L'établissement d'une colonie à Corcyre, dès le milieu du huitième siècle, la rendait maîtresse du débouché de l'Adriatique; une autre colonie, Syracuse, assurait à ses navires un point d'accostage sur la côte de Sicile et près du détroit qui donne accès à la moitié occidentale de la Méditerranée. Ce détroit, les marchands corinthiens prirent de bonne heure l'habitude de le franchir; ils allèrent échanger, jusque sur les
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côtes de la Tyrrhénie, les produits manufacturés de leur ville contre
le bronze excellent fabriqué dans le pays. <
Un fait, sur lequel les historiens les plus graves de la Grèce et de Rome sontd*accord, s'explique par ces anciennes relations et montre quelle en était Tintimité. Au milieu du septième siècle, une révolution eut lieu à Corinthe, Cypsélos souleva le bas peuple contre Taristocratie des Bacchiades et établit, sous son autorité absolue, un gouvernement égalitaire. Le chef des Bacchiades, Démaratos, entraînant avec lui toute la partie riche de la population corinthienne, s'embarqua, fit voile vers Tltalie, et aborda sur la côte tyrrhénienne, un peu au nord du Tibre, au port de la ville de Tarquinies (aujourd'hui Corneto). Les trésors que lui et les siens apportaient avec eux, leur supériorité à tous égards sur les habitants du pays, leur valurent un tel ascendant |
que Démaratos devint roi de Tarquinies. Le fils qu'il eut d'une femme *
indigène, Tarchnas, en latin Tarquinius, devint lui-même un peu après roi de Rome, et c'est avec son règne que commencèrent dans i
cette ville les premiers progrès de la civilisation.
Tout à côté de la ville où se fixèrent les Corinthiens de Démaratos, il s'en trouvait une autre, Agylla (maintenant Cervetri), dont la fondation était attribuée aux Pélasges, et qui, de toute antiquité, avait ,
entretenu avec la Grèce des relations amicales. Les habitants d' Agylla étaient si bien reconnus comme des Grecs qu'ils participaient au culte d'Apollon Pythien et avaient obtenu l'autorisation de bâtir à Delphes un trésor destiné à renfermer leurs offrandes. Les Agylléens avaient entre leurs mains le commerce de toute la côte tyrrhénienne, et dans plusieurs circonstances on les vit défendre avec énergie, soit contre les pirates, soit contre des rivaux, comme les Phocéens établis à Alalia dans l'île de Corse, à la fois la sécurité de la mer et leur propre prépondérance. Il n'est guère douteux qu'AgylIa n'ait eu de bonne heure des rapports commerciaux avec Corinthe, et il n'est point invraisemblable qu'après l'arrivée en Italie de Démaratos et des Bacchiades, elle ait reçu dans ses murs un certain nombre de ces immigrants, ou du moins qu'elle ait subi leur influence, jusqu'au
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moment où, à la fin du sixième siècle, elle fut prise par les Étrusques et changea son nom en celui de Caeré.
Malgré les témoignages formels et circonstanciés de Strabon, de Denys d'Halicarnasse, de Polybe, de Tite-Live, de Tacite, de Pline et d'autres encore, l'école critique qui, au commencement de ce siècle, a prétendu réédifier sur de nouveaux plans la moitié de l'histoire romaine, a énergiquement contesté l'existence de cet îlot hellénique sur la côte méridionale de l'Étrurie. Malheureusement pour Niebuhr et ses disciples, là, comme sur beaucoup d'autres points, les découvertes archéologiques de ces cinquante dernières années ont apporté aux traditions recueillies par les auteurs anciens la confirmation la plus éclatante. Tacite dit que les Étrusques reçurent les lettres grecques des Corinthiens de Démaratos '. Or, c'est bien de l'alphabet de Corinthe que dérive l'alphabet étrusque. Pline raconte que le chef des Bacchiades avait amené avec lui des potiers de sa ville natale, et il donne leurs noms, évidemment symboliques, Eucheir et Eugrammos, le « bon modeleur » et le « peintre habile », ainsi que Diopos, « celui qui perce le trou d'évent» dans les terres cuites *. Or, une grande partie des vases qui ont été trouvés depuis 1828 dans les nécropoles de Caeré et de Tarquinies présentent la plus frappante ressemblance avec les vases de Corinthe et portent des inscriptions en alphabet corinthien. Est-il possible d'imaginer une preuve plus irréfragable de la véracité d'une tradition qui, n'en déplaise à Niebuhr, n'avait par elle-même rien d'invraisemblable, et qu'un scepticisme sans raison lui faisait seul rejeter ?
Parmi les vases de style corinthien trouvés à Cœré et à Tarquinies, quelques-uns sont allés enrichir le Musée Grégorien du Vatican, d'autres, en petit nombre, se sont disséminés dans diverses collections particulières; mais la plupart ont été exhumés dans les fouilles considérables faites à Cervetri par le marquis Campana, et appartiennent actuellement au Louvre. Dans le nombre, il en est quelques-